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chronique de disques

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mardi, mars 6 2018

WHITE WARD – Futility Report


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La scène ukrainienne bénéficie de groupe reconnue comme Astrofaes, Nokturnal Mortum ou Drudhk, ainsi White Ward originaire d'Odessa en prolonge l’insolente stature. Après 5 ans de demos, splits et EP, voici le premier album 6 titres pour 40 minutes de post-black avant-gardiste, parce qu’avec la présence d’un saxophone au sein de ce sextet on a franchi un cap, que dis-je une péninsule.

Soyons clair et sans méprise, ce disque n’est pas un enfumage, il crée une perturbation dont le trouble se dissipe tout aussi rapidement qu’un orage estival.

Par conséquent ce n’est pas du free jazz black metal, pas du tout, car il n’y a pas de free jazz. Un groupe comme Shining ( From °Norway°) dispose du free-jazz avec sa fusion sonique, mais pas White Ward.

Le groupe explore en progressiste les méandres de l’intensité du black metål. Sa mélancolie ambiante vient du post-black. White Ward se charge de bouleverser le style vers une mutation déjà entreprise depuis que le public black s’est élargi vers d’autres sphères stylistiques. Ainsi il ne fait que poursuivre l’évolution de la post-génération en intégrant les diverses variations tant au niveau des instruments que des atmØsphères. Par ce fait il ne sera guère surprenant pour un mélomane d’attiser sa curiosité avec un tel disque. De faire télescoper la maturation qu’il a intégrée dans les connexions de sa culture.



Des empreintes jazzy, oui il y a. L’on peut introduire cet aspect comme le groupe Morphine dans les 90’s et la lave des Stooges dans les 80’s. Le saxophone se fond dans les flammes et devient cette volute chaude, inhérente à la singularité du groupe. C’est véritablement un plus, cela métamorphose leur atmosphère, la musicalité, l’élément est très bien intégré, il lave par incandescence de son volcan sonique l’âpreté froide du black vers une musicalité bouillante et surtout douce. C’est certainement cette douceur que l’on entend souvent avec les groupes atmosphériques qui ici fait office d’apaisement. Par contre c’est très propre, surement trop pour les amateurs de raw et là c’est même certain, et également pour tous ceux dont le black est une amertume en bouche. Cet ajout est parfois aussi une union entre la partie vocale et le saxophone, alors pour l’image cela rappelle Jimi Hendrix et sa guitare si vous vous imaginez le délire. Mais le sax n’ingère pas la totalité de sa seule présence, cela reste du post-black ténébreux, avec cette capiteuse curiosité ineffable il est vrai.

On baigne avec Futility Report dans cette perdition éthérée de ces dernières années où Ulver nage en toute aise, d’ailleurs il y a une cover des Norvégiens, et dans le bouillonnement du spleen de Deafheaven.


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lundi, février 26 2018

ANNIHILATOR – For The Demented


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Il n'est point difficile de décrire la musicalité de ce groupe depuis sa constante évolution pléthorique, il y a des repères dans sa discographie selon les différentes tendances musicales pendant une époque donnée et définie.

Ceci est réalisable uniquement dans le cas où tu es un mélomane aguerri du dit groupe en question, et pourra jouir sans entrave de cette musicalité libertaire. Malgré ta virginité à Annihilator et au fait qu’après une première écoute tu ne pompes rien à rien à la muzak du band, no problemo, tu pourras toi aussi goûter avec obstination aux frémissements de ce thrash métAl Space krautrock prog qui va chercher sur le devant de la scène avant-gardiste des 90's la scission sonique progressiste adéquat avec ce énième album. En ce qui concerne notre ère 2.0 Annihilator s'obstine à démontrer sa maestria et ça crépite, ça scintille de partout, ça Voivodïde (si du verbe canadien Voivod), ça fracasse des riffs outrecuidants et des solos venus d'une autre planète, et surtout d'un autre système solaire que le nôtre, cela va s'en dire.

Annihilator possède cette force centrifugeuse thrashy indéniable, et le groupe bazarde à coup de canadair (normal pour des canadiens nan ?) un océan de démonstration sonique comme il en a le talent, tel que ce Twisted Lobotomy. L'album descend aussi dans le rythme avec la ballade Piece Of You, fort jolie soit dit en passant et dans le mood du Metallica du black album...Bon quand même niveau solo heyyyyyyyyyy ça mouline grave dans tous les sens du terme, et c'est pour cela qu'Annihilator est passionnant, des titres à rallonge qui suivent à l'instinct l'inspiration du grand bonhomme derrière Annihilator, puisque Jeff Waters s'autorise tout, et sa création se dispense de faire la fine bouche quand exulte ses compositions.

Chapeau bas donc une fois encore, tant ce groupe a une capacité à manier les styles, les genres, pour en faire une distinction propre à sa patte musicale, à son terrain de jeu. On passe du thrash triphasé à un titre comme The Way qui est dans l'esprit d’un Danko Jones pour que ça suinte du coOol rawk'n'roll. Le groupe est capable un instant de funk plus tard avec Not All There de mélanger sa sauce à d’autres préparations soniques, et tout le temps ça fracasse des breaks de partout, une progression versatile dans tous les sens du terme, bref du Annihilator pur jus, avec des fréquences de même amplitude qui sont déphasés à l’ensemble du disque mais qui marquent une ambition remarquable à se renouveler sans cesse.


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samedi, février 24 2018

GRAVE PLEASURES - Motherblood


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Le post-punk/deathrock très moderne des ex-Beastmilk fait suite à leur premier opus « Climax » datant de 2013, puis à l'E.P « Use Your Deluge », la sortie au début d’automne 2017 de ce « Motherblood » fait oublier leur album « Dreamcrash » et la refonte de leur line-up, du changement d'appellation du groupe en Grave Pleasures.

Les Finlandais séduisent comme à leur origine post-Punk pour esprit goth. Les paroles macabres pour mélancolie profonde, l'esthétique des titres glabres avec une sous-couche de profondeur rock’n’roll, les teintes sombres pour une tendance très pop et dansante, donc oui Graves Pleasures conjugue à merveille la froideur 80's d'Echo And The Bunnymen, The Cure, Joy Division, Bauhaus et Sisters of Mercy...


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...Et dis toi que plus une musique est ancienne, plus on y est accoutumé, plus elle produit d'effet. Mais en plus de ce fait, le groupe atomise avec Motherblood des compositions addictives pour titres catchy. Que ce soit avec son chant suave à la Dave Gahan et à l'hypnotise Cold Wave, à sa rythmique calligraphique, sa basse spectrale, ses riffs caverneux, ce disque attise les passions comme un véritable phénix avec son death rock et cette tendance pour se livrer à la douceur d'un plaisir étrange, lié à la faiblesse il est vrai, et cet attendrissement est un coup d'extrême force. Atmosphère sèche, désir capiteux, évanescence superbe, froideur abyssale, chaleur bestiale, on baigne dans un entre-deux étrange.


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La pochette montre la déesse Kali symbole de puissance et de destruction. Elle est le changement qui commence parfois par une chute. Ne la maudit jamais, c'est au sol que tu trouves l'humilité car elle permet par la suite de se régénérer, de se renouveler. L'ancienne vie de Beatsmilk est consumée, Graves Pleasures renaît aussitôt de ses cendres.

L’album libère quelque chose du chagrin, de la douleur et d'autres choses que l'on ne peut élucider, c'est la représentation sonore, simultanée, du mouvement du sentiment. Son caractère profane est sa purification par une froide gaîté. C'est quelque chose de grisant et d'électrique à la fois !


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vendredi, février 16 2018

UNSANE – Sterilize


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C'est une réalité : Unsane stérilise et après tu contusionnes de partout, c'est dingue nan ?

Le grain musical de cette folie sonore transfigure au culte que l'on doit à ce groupe. Depuis plus de trente piges leur noise rock est à l’incandescence ce que le feu du brasier sonique demeure pour enflammer une discographie fiévreuse.

Noise rock brute, granuleuse, aride, tourmentée, nerveuse, habitée par les affres psychiques d'une dégénérescence constante et ambivalente, le son est crade, sali de ces mouvements d'impulsivités malignes qui en libèrent la violence à l'état pur. Oui Unsane est ce genre de groupe qui te file mal au crane parce qu'il tape fort. Tu fais écouter cela à des néophytes et ils te regardent avec ce regard remplit d'incompréhension et de méfiance devant tout ce ramdam qui pour eux n'est que cacophonique. Alors que pour toi c'est avec précision qu'il traduit l'aspect protéiforme que prend la folie quand elle s'empare de sa liberté insoumise. On peut ainsi affirmer qu'Unsane partage avec Eyehategod une passion sanguinolente pour l'oppression musicale et son altération.

Sterilize, l'album le plus pop (lol comme disent les jneus) du groupe Unsane n'est en aucun cas atteint de mollesse, c'est juste que le groupe parvient a égrené mélodiquement parlant là où jusqu'à présent il n'avait fait qu'effleurer son impulsivité hystérique, sans jamais atteindre l'explosibilité nécessaire pour que ses compositions accèdent au statut ou tout s’imbrique merveilleusement bien, sans anicroche, sans aspect monolithique, sans désagrégation apparente. La saveur progressiste s'intègre à la singularité rugueuse, revêche, spartiate du groupe, et avec laquelle le trio Spencer/Curran/Signorelli se découvre beaucoup plus mordant dans son insalubrité.

Des riffs grisâtres de mur de béton brut sur un sol de salpêtre, des syncopes soniques sur des mélodies tortueuses, des climats malsains, un rythme sec sur des saillies pétrifiées, des bouffées de chaleur dans le corridor de la mort, un chant rugueux qui vomit des sécrétions de peau morte, Unsane n'en a toujours pas fini avec la folie des hommes, ni avec l'abrasion sonique.

Cet album n'a pas la constance épileptique, ni autiste qu’auparavant, il possède une épaisseur généreuse à sa démence, d'ailleurs Distance devient ainsi LE titre phare du groupe, celui qui devrait propulser les projecteurs comme a pu le connaître un groupe comme Therapy? Dans les 90's...Mais nnnnan bien entendu que je ne crois que ce soit possible de nos jours une seule seconde, le trio malgré un statut culte d’équarrisseur dans l'underground restera toujours culte dans les bas-fonds a joué une musique vraiment malsaine et jamais stérile. C'est comme ça...La rancœur comme acte de foi, la bile comme solution à la détresse mélancolique, Unsane stérilise et après tu contusionnes de partout, c'est dingue nan ?


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jeudi, février 8 2018

ELECTRIC WIZARD – Wizard Bloody Wizard


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Dans une société fonctionnant de manière pyramidale où seul le gratin d'en haut régit ce qui doit être, même le noyau dur de la sphère contre-culturelle fonctionnera de la sorte et prônera celui qui sera garant des différents modèles loyaux à leur idéal de jeunesse.

Outre ce passe-droit de lèse-majesté absolument infâme, le plus absurde dans cette histoire de régence c’est que le temps reste figé pour cette élite alors qu'il est impermanent. De la sorte que tout ce qui sort de l'intransigeance de ces décisionnaires n'est bon qu'au crachat du mépris, et notamment sur la populace béotienne et inculte promt à empapaouter. Seulement quand un éminent artiste de cet ordre parvient à s'extirper de cette zone étriquée, voire de se dépraver de la vigueur initiale, alors il ne devient plus un lieu saint mais une pourriture de vice à donner aux chiens. C'est ce qui arrive à cet imminent groupe anglais.

Alors : FUCK OFF aux élitistes, aux dogmatistes, aux réacs !

Le titre est un grOs clin d’œil à l'album de Black Sabbath Sabbath Bloody Sabbath, signifiant s'il fallait en douter que les britanniques honorent encore et toujours le sacrement Sabbathienne même avec moins de boue dans leur son. Car Electric Wizard a éclairci sa volumétrie sonore. Déjà parce que Wizard Bloody Wizard a été enregistré en analogique, produit par Jus Oborn (assurant le mixage via son propre studio Satyr IX) et Liz Buckingham. Autre point capital dans le renouveau du band, ce disque est le premier album avec le batteur Simon Poole et le bassiste Clayton Burgess.

D'un doOom viscéral Electric Wizard est passé à un heAvy rock, mais sans jamais se départir de sa passion pour les sixties & seventies, bien au contraire.


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La plongée dans cette sépulture acide fera résonner un sens du riffing mélodiquement bluesy, écho dissolu à la dépravation musicale à laquelle les fans se gorgent de ce sel pour cristalliser leur vénération.

Il devient impérieux de sauter dans cette noirceur psychédélique, et de l'entendre s'exalter de la sorte, cela confine ton cerveau au déchaînement tellurique, car faire face à ce bouillonnement heavy rock, à cette frénésie krautrock-bluesy, cela exige une écoute approfondie et salvatrice. On va ainsi s’étourdir devant ce précipice de tantrisme Led Zepellinesque, ce méphistophélique bouillonnement de métal noir Sabbathien comme dans une hypnose totale et abyssale.

Je voue un culte à ce groupe, déjà ils sont Anglais, insulaires superbes avec cette arrogance rebelle marquant dans leur art la fougue à un univers culturel impie, vulgaire et dangereux, avec lequel son halo me suffit amplement pour en frémir d’exaltation.

Avec « Wizard Bloody Wizard » le band n'a rien perdu de ses atmosphères étouffantes, de son modus operandi dans sa provocation musicale, avec son triangle maléfique : psychédélisme/horreur/vintage. Liant absolue à l'esprit malin du combo, justifiant à toutes les expérimentations soniques anciennes aussi grasses qu'aujourd'hui pleines de la clairvoyance par un venin mortuaire. Les lignes vocales de Jus Osborn sont plus limpides qu’auparavant, émergeant d'une éternité de brouillard afin de nasiller en démoniaque, avec la lenteur funèbre, la nocivité rock'n'roll.

Electric Wizard poursuit ainsi donc son chemin de traverse hallucinogène avec l'affront inébranlable de rendre à son culte le goût du profane !


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mardi, février 6 2018

GRETA VAN FLEET - From The Fires


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En 2018 le monde du rock cherche toujours son phénomène qui deviendra LE groupe satellitaire, essayant de renifler en clébard d'infortune de vieux bluesmen ce qui pourrait potentiellement devenir dans le lot de groupe de jeunes plein de promesses, ces relents de saveur ancienne. Le rock critique a vendu son âme au diable de la pudibonderie commerciale, les grandes firmes du secteur musical sont désaffectées et ont migré en star-up vers l’égide future digitale. Pourtant les fans du vieux hard-rock bluesy, seuls consommateurs de l'objet fétiche réel légitiment une attente pour s'hérisser les poils du pubis, alors des vieux chercheurs d'or scrutent tous les rades de la planète pour trouver la pépite, y lassant leur vie par désinvolture superbe en agonisant soir après soir dans la vapoteuse fumerolle d'un rock approprié à la norme.

Puis un matin se levant du pied gauche après une sévère gueule de bois en mettant la main droite dans le cendrier plein de mégot, un de ces chercheurs de l'ombre tombe via la croisée du net sur un titre comme il s'en faisait naguère quand le rock était droit et dur comme une bite en érection.

Formé en 2012 au fin fond des États-Unis, Greta Van Fleet est une affaire de famille (Josh au chant, Sam à la basse et le dernier des Kiszka, Jake, à la guitare). Biberonné au rock des ancêtres comme on gave une oie de maïs pour nourrir son foie, le groupe a foi dans les reliques soniques, c'est sa culture, son cheminement, la diablerie de son carrefour idéologique. Alors le grain vocal de Josh gonfle le Zeppelin de Robert Plant dans le Söul-heavy, leur sens du riffing heavy rock à la coOol produit cet arc électrique qui fout la trique, jugulé à ce sens affûté du timing rythmique et le groupe passe le stade anal à croupir dans un bar à celui de soulever les foules.

«  From The Fires » est un album constituant leur carte de visite, pour la cause il réunit l'E.P Black Smoke Rising et quatre titres inédits. Dans le lot on distingue à s'en péter les oreilles un Edge Of Darkness incandescent de groove, le Zeppelinesque Guns&Roses titre Highway Tune qui se passe de tout commentaire, comme « A Change Is Gonna Come'' cover de Sam Cooke, transcendé par l'immense Otis Redding qui produit son petit effet sympathique. Les plus ironiques diront que ces jeunes manquent de maturité et que c'est typique du registre générique une fois la surprise passée.

Sans crier au génie, cet opus concernera tous les fans mal sevrés de cet illustre rock depuis l’inclusion émergente du rap, de la pop pop a jam contemporain, sachez qu'il n'y a aucun plagiat, Greta Van Fleet est la version et masculine de 4 Non Blondes meet led Zep aka Lynyrd Skynyrd.

C'est peut-être un énième retour vers le futur de plus...Cela reste toujours un trip.


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jeudi, février 1 2018

WOLVES IN THE THRONE ROOM - Thrice Woven


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Je n'avais jamais écouté ce groupe auparavant, mais ce Thrice Woven a su se découvrir à un moment où j'observais dans mes errances existentielles le besoin naturel de revenir à une vérité sauvage. D'entendre rugir le crépitement originel de la création dans sa simplicité, tout autant que dans sa démesure naturelle.

Du coup et comme je le fais à chaque fois que je découvre un groupe, je vais explorer sa discographie histoire de remettre l'ensemble dans son contexte. Et là surprise WITTR navigue à proue dans une multitude d'essai dont un Celestite assez trompe l’œil, enfin l'oreille plutôt, pour émettre un doute subtil sur la potentialité que se soit bien le même groupe à la réalisation d'un opus de ce calibre de superficialité new-age.

Je n'ai pas creusé davantage et j'ai écouté Thrice Wovenen en me laissant tomber à la renverse sur un sol tapis de mousse, avec le majestueux balancement des branches comme seule vision de mouvement pendant une nuit où les étoiles brillaient de mille feu dans le pâle éclairage d'une Lune opaline.

On se retrouve avec l'esprit de Myrkur pour cet amour à l'ode pastorale, et cette progression vers le chemin de traverse où l'on se fraye un passage dans les forêts de l'obscurité et de la poésie d'un naturaliste, qui affectionne de trouver une Urtica pilulifera dont l'espèce d'herbacée à feuilles velues est reconnue comme faisant partie des plantes médicinales les plus utiles et les plus efficaces, puisque ces feuilles sont couramment utilisées comme toniques, dépuratives, diurétiques, anti-inflammatoires.

Seulement si l'on fait fi de cette romance naturaliste, on flâne dans ce bois blackgaze avec une envie puissante de ressentir le flux primitif des conversations anciennes des arbres eux-mêmes. Malheureusement nous n'avons plus la capacité de telle palabre de nos jours, alors nous laissons le soin à des hurluberlu(e)s le soin de nous réapprendre l'ode de vie immémorial qui a maintenu notre planète dans un état de droit naturel et pérenne. Est ce que ce trio est composé d'hurluberlus ?

Ce trio vient d'Olympia dans l'état de Washington, à sa base les frères Weaver recueillent à proximité de l'épaisse forêt l'éblouissement séculaire pour composer des titres de post-black primitif et atmosphérique, dans un recueillement païen. 

Hanté par une beauté à l'état sauvage comme sur leur vespéral opus Celestial Lineage, le groupe prolonge la douceur de la mousse avec le froid résigné de la nuit, englobant les atours de leur album Black Cascade afin de jumeler diverses périodes et empreintes passées dans ce linceul sonique.

Comme invités il y a au chant Steve Von Till de Neurosis ainsi qu'Anna Von Hausswolff, ainsi que Zeynep Oyku à la harpe sur le morceau Mother Owl, Father Ocean. La production a su établir le mérite de faire émerger une épaisseur conséquente à la robuste primitive, sans jamais omettre d'en amoindrir l'intensité.



Vous en conviendrez amies des agglomérations, le silence de la nature la nuit vous est effrayant. Il y a dans cet album une pénombre naturelle dans laquelle la noirceur présente est une ombre dans l'ombre, et où l'on se fait tout petit pour ne pas atténuer la puissante revigorante de ne faire qu'un avec les éléments naturels les plus obscurs et mystérieux.


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dimanche, janvier 28 2018

CANNIBAL CORPSE – Red Before Black


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Une nouvelle perforation sonique de brutal death old school des maîtres en la matière est toujours reçue par une prosternation dans le WBZ. On ne prend jamais avec légèreté un opus de Cannibal Corpse et une étude complète est obligatoire.

La qualité sonore est bien présente, c'est une véritable explosion sonique qui transparaît pendant 45 mn, le travail d'Erik Rutan symbiose avec intérêt à la corrosion du son old school. Il s'en dégage des atmosphères parfaites à l'univers gore du quintet floridien, et en libère la barbarie, et je ne vous parle même pas de l’agressivité tourbillonnante qui s'impose comme un typhon et entrechoque les neurones du cerveau en compote pour bébé.

Niveau lourdeur, on est servi avec une bonne épaisseur de graisse, histoire de passer l'hiver dessus bien au chaud et rembourré avec cette matière huileuse. Les solis sont tour à tour véloces et rapides à la Slayer, ou tout aussi incisif qu'à la Deicide. Les breaks rythmiques se font amples et ouvrent les séquences morbides comme on éventre avec une tronçonneuse de précision une carcasse molle remplit de victuaille pour viandard. Le groupe et il me semble que c'est devenu tendance, est revenu à ses fondamentaux, parce que les ébats qui allongent la durée de leurs séquences d’abattages finalement tout le monde s'en branle, ce que l'on attend et entend c'est la fureur sonique venir tout écraser sur son passage (le plus étroit possible le passage bien entendu).

On ne peut pas dire que l'évolution du groupe fut exemplaire depuis leur début, Cannibal Corpse c'est un peu le AC/DC du brutal, tu sais ce que tu vas prendre dans les ratiches à l'avance et quand ça arrive enfin, tu as beau faire le fanfaron mais au lieu d'avancer vers la percussion avec la bravoure d’un légionnaire sur une chèvre tu recules tellement tu prends cher dans ta gueule.

Cannibal Corpse a toujours élevé le débat au niveau des viscères, son art visuel n'est plus à débattre depuis fort longtemps, et sa dimension musicale remplit les enceintes avec une contamination élégiaque. Si bon nombre de groupes contemporains recopient l'original avec une technicité exemplaire, jamais ils ne pourront atteindre ce rang royal que les floridiens ont atteint, très certainement parce que depuis plus de vingt ans ce groupe demeure à jamais comme celui qui a poussé le refoulement bien au-delà de la dépravation, de l’agressivité, et de la violence pure.

De l'insoutenable à l'inconcevable Cannibal Corpse en est le maître incontesté, aucune nouveauté, rien que du brut, du brutal, point final.


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vendredi, janvier 26 2018

THE BLACK NOODLE PROJECT – Divided We Fall


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Bienheureux de retrouver un nouvel opus de The Black Noodle Project.

Le tandem de compositeur Jérémie Grima (guitares, claviers et chant) et Sébastien Bourdeux (guitares) a réalisé avec ce nouvel opus un spatial post-progressif à décrocher le satellite Lunaire. Leur précédent « Ghosts & Memories » datant de 2013 m’avait déjà bien arrimé dans ses douceurs rêveuses, depuis, le line up a changé et c'est avec l'aide notoire de Tommy Rizzitelli (batterie) et Frédéric Motte (basse) que The Black Noodle Project a pu lancer sa comète sonique dans la voie lactée des mélomanes amoureux des univers célestes.

« Divided We Fall » poursuit cette même quête d’absolue contemplation inhérente à leur musicalité rêveuse.

Caractéristique fondamentale à l'ensemble de leurs songes, la guitare est une nécessité directrice à l’envol planant du groupe. Les plages synthétiques se consacrent elles, à faire immerger les atmosphères, permettant de déployer par la suite un thème précipitant des variations mélodiques vers cet envol mélodieux et divin que la guitare témoigne. Délicatesse et volupté mélancolique se joignent à l’écrin de douceur et y confortent une mansuétude musicale. La plupart des titres restent instrumentaux et tous cajolent les oreilles. La nouveauté réside dans le chant, beaucoup plus présent. Ce qui engendre à la place des sensations instrumentales avec lesquelles nous puisâmes dans notre fort intérieur la capacité rêveuse, une direction, puisque les mots en donnent le chemin. Quant à la partie vocale, on en sent la fragilité, et ceci apporte aux mots une sensation de vulnérabilité, avec un point de vérité symptomatique de la tendresse musicale.

Si le floyd n’est jamais loin des terres brumeuses et éthérées de The Black Noodle Project, l’on peut aisément projeter toutes sortes de référence cinématographique quand on sait la passion que témoigne Jérémie pour la musique de film (des fragments de dialogues se font entendre par ailleurs…). Tout comme la musicalité aérienne avec des groupes comme Monkey3, Alcest, le rock prog douceâtre faisant émerger cette mer de quiétude propre à l’évanescence sensitive.

La précision de chaque note file le tournis, ça te touche en profondeur, tu sens une élévation, quelque chose de doux et de flottant dans cette musique, est ce un soulagement ? Du réconfort ? De l'enchantement ? Une protection comme un talisman musical ? Ce qui est certain c'est cette béatitude sereine à la fin de l'écoute.

Pour ce sixième opus les planètes de la composition se sont alignées, au lieu de plaquer des strates de mélodies et de sons en progheadbanger, le groupe a mélangé ses titres avec de la poussière d'étoiles filantes, par laquelle ce rock-atmosphérique tient à un ensemble de Porcupine Tree/Anathema/Riverside, mais et surtout il est et demeure pas moins qu’un nouveau voyage reposant dans l’alcôve vaporeuse d’un groupe passionné par l’alchimie du rêve, lui apposant une forme d'immensité.


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mercredi, janvier 24 2018

THE BLACK DAHLIA MURDER – Nightbringers


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Dans la loge maçonnique de St Pons dans le département de l'Hérault, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, ayant pour objet la recherche de la vérité  « ésotérique », mettant l'accent sur le processus initiatique censé faire passer le membre des « ténèbres » extérieures à une « illumination » intérieure, se présente devant vous en loge blanche un compagnon 2ème grade et en chapitre du IVe ordre un Chevalier de l'Aigle. Ces deux augustes membres contemplent sous leur yeux ébahis le dernier mouvement vinylique du groupe The Black Dahlia Murder.

S'ensuit une discussion philanthropique, philosophique et progressive, ayant pour objet la recherche de la vérité  « ésotérique », mettant l'accent sur le processus initiatique censé faire passer le membre des « ténèbres » extérieures à une « illumination »intérieure.

En loge blanche le compagnon 2ème grade : Ah diable que ces solis sont exubérants de charme et de malice.

En chapitre du IVe ordre un Chevalier de l'Aigle : Oui il est vrai, il est vrai. Ceci est le résultat efficace qui marque une nouvelle étape avec le départ du guitariste Ryan Knight, son remplaçant est le prodige Brandon Ellis du groupuscule herbacé Cannabis Corpse, lequel crible de superbes solis sur cet opus démoniaque.

Ah bon ? Figurez-vous cher confrère que pas plus tard que hier j’ai visionné un reportage sur Christophe Rocancourt, ce vaurien est véritablement diabolique, profitant d’une enfance souffreteuse il a su jouer à sa guise de la compassion afin de chaparder chaque samaritain. Munit d’un culot qui en fit son charisme, cette crapule a réussi à passer sa vie à ne rien foutre si ce n'est de voler en n'ayant de cesse de vivre au dépend de la naïveté de ses contemporains. N’est-ce pas la définition du satanisme ?

Oui j’en reconnais la délicieuse interprétation.

Ce démon aura rapiné sa famille qui voyait en lui un sauveur alors qu’il n’avait en face qu’un égocentrique malicieux à la sauvagerie existentielle commune à celle d’un entrepreneur du web.

Son fonds de commerce c’est lui et lui seul en somme ?

Oui.

Voulez-vous que nous poursuivions l’écoute de ce nouvel opus de The Black Dahlia Murder en nous concentrant davantage sur les effets subtils qu'il délivre ?

Volontiers surtout que le croustillant deathalique me semble ici joindre avec une fréquence Heavy le chaînon manquant à leur discographie ?

Oui je plussoie entièrement à votre imminence grise. Il y a une lourdeur synonyme d’une épaisseur de maturité que l’on rencontre quand la bedaine prend ces centimètres de gras qui soulève le tricot de peau.

Ahahahaha, je reconnais là votre propension à satisfaire une ironie qui ne manque pas de mordant ?

Ahahahaha, et que dire de votre amour pour la gaudriole syntaxique. Elle vous mènera au purgatoire mon ami.

Ne soyez pas si miséricordieux avec mon humble personne. Par ailleurs je me demandais si vous aviez déjà surpris le diable pendant un concert de ce groupe américain ?

Oui il m’en incombe de vous en avouer la vérité. Je l’ai vu se faufiler tel un serpent entre des âmes prises dans le brasier du groupe.

Et alors ?

Et bien figurez-vous que j’en retrouve la flamme avec cet album.

Ah bon ? Pourtant Nightbringers reste connoté dans le style coutumier du band, ainsi un pléonasme sonore semble pour le moins établi dans leur discographie de la sorte qu'avec celui-ci on y entend comme une redondance ?

Mais vous n’y êtes pas du tout mon ami ! N’entendez-vous pas le crépitement divin qui surgit çà et là avec la caractéristique principale des profondeurs ténébreuses ? Comment ne pas être subjugué par la mainmise de ces compositions lapidaires, beaucoup plus perverses car spirituelles. Spirituelle dans le sens où celles-ci conjuguent à merveille et jusqu’à satiété la vigueur éperdue de rencontrer le malin.

Whaouuuu mais je n’avais pas vu cela sous cet angle, étant quelque peu distrait par l’encolure des éléments typiques que l’on rencontre dans chaque titre de l’imposant The Black Dahlia Murder. C’est étrange même que ce groupe n’ait pas été englouti dans le sac à vomi du global metOl 2.0 ?

Oui c’est assez incroyable, tant leur approche oldschool s’avère de nos jours un caillou dans une godasse en plein désert.

Pensez-vous alors que cet album sera suivi et admiré pour ce qu’il est ?

Alors là mon cher je ne peux en prétendre la vision, tant nos congénères ont la subtile manière de se vautrer dans une admiration succincte auprès d'une idylle du supermarché cathodique, et au rayon des périssables.

Que le diable les emporte.

Oui châtiment et damnation à tous ces cons



Les agapes soniques sont ici de l'ordre d'une congrégation maléfique alors ?

Certes, certes et la force attractive d'un tel opus mon ami est absolument impérieuse. Je dirais avec effronterie que l'art royal fait office de vestige devant une telle œuvre maçonnique.

Alors d'obédience death et qui se présente aujourd'hui plus souvent comme une société « discrète » que comme une société « secrète ».

C'est en cela que « Nightbringers » revêt les fonctions symboliques de maître cornu, la triangulation musicale du combo constitue un genre expressif, et inscrit les membres de cette communauté au-delà des schémas de type interpersonnel, et vise un dépassement des contraires, censé opérer un processus de transformation au sein de l’individu même.

Ahhhhh bordel de foutre à Satan vous avez entièrement raison.

33 mn de death mélodique haché menu avec un TBDM beaucoup plus offensif que lors de ses derniers opus, je dis un grand oui de satisfaction musicale, alors amitiés fraternelles et te salue par les nombres qui te sont connus. 

Je te frataccole généreusement et sereinement très cher car cet album est maléfique !

Oui, Mouahahahahahah !!


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mardi, janvier 16 2018

QUICKSAND - Interiors


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Après 22 ans d’absence, intitulé Interiors via le label Epitaph, cet album a été composé et enregistré avec le line up originel : le batteur Alan Cage, le frontman-guitariste Walter Schreifels, le bassiste Sergio Vega et le guitariste Tom Capone.

Vibrez enfants du jour de gloire, vous pouvez enfin le faire avec le retour de Quicksand.


  • La douceur bordel de merde il n'y a que ça de vrai dans ce monde absurde de méchanceté pure.

Faire de l’or à partir de choses simples. Donner un sens à l'abstraction sonique, se soumettre à l'émotion brute, pure, douce et en câliner la commotion jusqu'à en jouir. Voilà à quoi peut se définir Quicksand. Un post-hardcore à la Fugazi assaisonné de metal indie à la Helmet comme il disait dans les 90's pour classer ce groupe, alors que l'unique innovation c'est d'avoir su faire vibrer les brèches de l'emocore.

Je parle bien d'Emocore, d'un style musical à part entière, bien avant que celui-ci ne soit perverti par des masturbateurs à mèche. Et pourtant oui, c'était bien à cet endroit que ce groupe a agité sa magie sensitive, dans ce clair obscur, étrange, et si précieux, ouaie un brouillard sensitif éclairant des séquences emötives sanguinolentes de spleen, capable de vider un émöphile de son sang pour le remplir d'émotions.

On en entend ici la parenthèse avec ce don de générosité capable de donner de la lumière dans le son chaleureux des guitares, et dans ce jeu au feeling si spécifique.

On en sent les agitations internes et cela délivre la sève émotionnelle lors de structures musicales jouissives de beauté nue. C'est en cela même que les guitares forment un indestructible et vigoureux arc-boutant, la basse en booste la silhouette que le rythme en imprime le mirage.


  • On obéit souvent à une trace intérieure et Interiors est une œuvre magnétique puisant dans sa puissance l'accès direct vers le cœur, capable à lui seul de vous faire planer.


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mardi, janvier 9 2018

TEENAGE BOTTLEROCKET – Stealing The Covers


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Après le décès de leur batteur et frère d'armes sonique, le quintette décide de continuer, mais avant cela il fallait tracer la symbolique d'un trait sur l'avant et l'après.

Stealing The Covers est un album qui reprise des nuggets rapides de punky fun de groupe underground. 14 chansons par des groupes méconnus que le groupe de punk rock du Wyoming a découvert au cours des 15 dernières années passées en tournée. Des groupes comme Varsity Weirdos et Onion Floured Rings peuvent être énormes dans leurs scènes locales, mais pas en dehors des limites de leur ville, et même le web est impuissant.

L'album est un fourre tout, de punk raw, de pop gum, de Ramones-core chargé d'harmonies et de chœurs. Cela fonctionne parce que Teenage Bottlerocket a un son spécifique. C'est rapide, amusant, stable et facilement reconnaissable, alors même que ces chansons ont été rédigées par une douzaine d'autres personnes, ils semblent tous être venus de ce groupe et c'est assez dingue cette réappropriation.

Les chansons ne sont pas des plaisirs superficiels dont l'espérance de vie ne dépasse quelques jours. Ces chansons résistent à l'épreuve du temps.

La liste des titres et de leur groupe originel donne :

The Way I Know - Varsity Weirdos

Back and Forth - Hollywood Blondes

College Town - Jüke

Don't Go -The Scutches

RoboCop Is a Halfbreed Sellout - Sprocket Nova

No Hugging No Learning - Head

Shit Fuck God Damn - Artimus Maximus

Gay Parade - The Gullibles

It Came From the Radio - The Blendours

Alien Motion Technology - The Mugwumps

Hat Nerd -The Four Eyes

My Very Best - The 20Belows

I Kill Butterflies- Onion Flavored Rings

Why The Big Pause - The Punchlines


vendredi, janvier 5 2018

UFOMAMMUT – 8


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On commence l'année par un disque de 2017 c'est dire si le WBZ est de son temps...

Nouvel ovni des transalpins qui restent dans la même mouvance magmatique-slüdge pour invoquer la symbolique de l'infini avec 8.

L'écoute d'un album d'Ufomammut est toujours un plongeon dans les abysses soniques. L'aqueuse méditation qu'engendre une telle musique est souvent constellée par une myriade d'effets psychotropes avec laquelle d'étranges images subliminales apparaissent.

Lors des derniers opus le chant est devenu une matière sonore prépondérante à la stabulation sonique du groupe. On en retrouve les psalmodies ésotériques se répandant dans tous les interstices des nouvelles compositions, elles apportent un éclat supplémentaire, ainsi qu'une spécificité propre à la spongieuse capacité évocatoire que le groupe diffuse avec mystification.

Force et intensité forment depuis toujours une dualité au spectre sonore d'Ufomammut, souvent noyé dans un maelstrom fangeux dont on a peine à s'extraire, tant la linéarité se métamorphose en transe, et souvent quand on se laisse envahir par une extase puissamment flottante.

Le trio a toujours su maîtriser ses atmosphères psychotropes, lui donner de quoi fantasmer. On en retrouve toute l'ampleur et l'élévation avec ce 8, ainsi que ces illuminations soniques paranormales. Comme de coutume il y a des titres ronflants, toujours aussi longs, interminables, mais dégageant une telle intensité qu'une fois encore on se fait baiser à écouter cet utopique liant magique aux anticipations des films de S-F, approfondissant une sauce épaisse à l'amertume divinatoire.

Ce 8 est une bouillie parcourue par le corps magnétique de Monster Magnet, le space cake d'Hawkwind, révélant apparition de strate harmonique, suspension temporelle, lestage tellurique, hallucination contemplative.

Si dans l'espace personne ne vous entendra hurler, dans celui d'Ufomammut la pression est  éreintante, effrayante, intrigante et solidement incandescente.


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vendredi, décembre 29 2017

ALUNAH – Solennial


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Déjà avec l'album précédent, ''Awakening The Forest", je me disais que cette vague de groupe de doom à chanteuse allait subir une fin de non-recevoir une fois que la mode serait arrivée sur le rivage. Alors si sur l'échelle de la hype je ne peux absolument pas juger étant isolé loin derrière les dunes, mais ce qu'il y a de certain c'est que ce groupe Anglais maîtrise à merveille les codes des sorcières. Il envoûte avec trois crapauds de riffs gluants, un chant de vipère venimeuse, le bouillon d'une basse baignant dans une grosse carbure rythmique.

L'ensemble de cette décoction se confection dans une marmite vintage. Si l'esthétique se marie à l'harmonisation d'une composition inspirée, c'est la mélancolie qui retient le souffle de l'amertume. Parce qu'Alunah domine la langueur lancinante et allonge à l'artefact vintage cette densité à son doom pour cloquer à outrance, mais toujours dans une délicieuse torpeur de spleen.

Alunah et les norvégiens de High Priest of Saturn malaxent fort bien cette instance léthargique, ainsi que la qualité précieuse d'insuffler une âme à sa musique.

La solennité d'un tel album mérite la plus ample bénédiction des disciples du monde souterrain, jusqu'à y consacrer votre dévotion à écouter par des écoutes/offrandes régulières, et surtout à l'abri de tout.


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lundi, décembre 18 2017

HERON – You Are Here Now


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Émergeant des paysages ruraux du nord-ouest de la Pennsylvanie, le premier opus d'Heron est une œuvre maîtresse capiteuse qui englobe presque tous les éléments du post-rock et stimule le succès du genre sous sa forme moderne.

Pourtant la construction des titres est basique. Elle se forme à la mesure d'une introduction minimaliste et planante, puis donne jour à une atmosphère ambiante, douce et discrète, laquelle égrène son chemin jusqu'à ce que le crescendo ascensionnel vers l'épique offre une vue panoramique sur tous les espaces sonores. De plus, ce post-rock atmosphérique est capable de pénétrer le silence fantastiquement minimaliste par le biais d'une écriture de morceaux intenses et sauvages.

Souvent c'est l'émergence d'une câlinerie allongeant son pas de feutrine sombre, pour prendre son envol au fur et à mesure vers l'éther de la dream pop et du shoegaze, là où les performances hypnotiques rendent corps à la puissance émotive. Alors transcendance et résonance forment à travers une vaste gamme d'harmonique tout un pan du sublime. On plonge et replonge dans le nectar de la simplicité, donnant une qualité fantastique et rêveuse, en y intégrant une véritable force émotive à la musique. Ainsi les images apparaissent. La douceur d'une plage abandonnée, la caresse d'un vent chaud, la sérénité d'une montagne, la beauté sauvage d'une forêt, la pureté du rire d'enfants, le sourire de l'amour, la sensation de quiétude...Votre côté lunaire dessinera alors votre promenade rêveuse.

C'est une musique que l'on pourrait traduire comme évanescente, pourtant sa douceur est un réconfort, ainsi qu'une expérience qui brille à jamais comme un océan de quiétude post-rock lumineuse.


jeudi, décembre 14 2017

CHELSEA WOLFE – Hiss Spun


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Même blottie dans un coin d'une pièce claire la louve Chelsea Wolfe est de retour dans les vastes plaines moroses de l'obscur et de l'expérimentation acariâtre.

Son"drone-metal-art-folk" est caractérisé par un jeu de guitare expérimental, des chants éthérés et des sonorités surréalistes, allant de Björk à Nine Inch Nails, de Nick Cave à Tori Amos, de Siouxsie Sioux à Suicide, de Kate Bush à Pharmakon, de PJ Harvey à Aphex Twin...Ce 7ème album appose une mouvance opaline pour un charme vénéneux.


Mais si ! Parce que la louve s'avance à travers des atmosphères profondes et brumeuses et qu'elle fait apparaître pour se dévoiler. Elle s'offre ainsi à nue aux ténèbres, poursuit dans l'antre de variation baroque, au contour de la noirceur gothique et de son venin, puis retourne sans cesse à la fragilité de l'évanescence, et toujours avec la puissance de la sauvagerie. On a toujours la sensation qu'elle est insaisissable. Alors elle croque, triture les sons, défricheuse dans le bois dormant de son anxiété, elle se jette dans les cauchemars, et c'est là qu'elle mord.

On touche le sublime dans les moments d'orchestrations de musique contemporaine et sur des mélodies douces, mélancoliquement flottantes, avec lesquelles on ne peut qu’assister impuissant à la décadence plus intimiste du spectre émotionnel de la belle.


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Au comble de l’épuisement suit toujours l'apaisement, ondulant entre ambient et léthargie pour augmenter la tension de manière graduelle, et écraser l’auditeur dans une nouvelle bourrasque d’une musique déchaînée, et aussi décharnée dans sa violence sourde que purement jouissive. Elle émerveille et effraye, calme et épuise. C’est l'art de semer le trouble pour faire apparaître la noirceur.

La californienne sort du tréfonds une hypnose musicale avec un côté rêche, âpre, squameux. D'ailleurs elle dénude ses compositions et en contraste l'arborescence avec l'apport du gonflement doOom de la guitare de Troy Van Leeuwen (Failure, Queens Of The Stone Age), le chant d'Aaron Turner (Sumac, Mamiffer) sur le titre Vex et la production de Kurt Ballou (Converge).

Son monde n'est pas hermétique, mais on y entend les peurs enfantines, les blessures de l'amour, les affres telluriques de l'indicible, un univers schizophrénique correspondant aux multiples facettes de cette femme intrigante qui affole les sens, de cette ardente femme qui plaît au cœur ; l'une est un bijou, l'autre un trésor, parce que Chelsea Wolfe est un cristal noir.


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mercredi, décembre 6 2017

WIDOWSPEAK – Except The Best


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On avait laissé Widowspeak avec leur troisième album All Yours en 2015, produit par Jarvis Tarveniere membre du groupe Woods, le duo maternait sa dream-pop avec un shoegaze intimiste et nostalgique, ténue dans le spectre musical des 90's.

Cet album a été écrit lorsque la chanteuse Molly Hamilton s'est retrouvée à la dérive dans une période ambivalente de sa vie, là où les bouleversements entre passé/présent/futur trouvent l'épicentre d'une déflagration existentielle. Autocritique, doute, incertitude, errance, tergiversation, vague à l'âme, recherche vers le temps perdu Proustien...Dans le nœud insoluble de cette errance la beauté diaphane de Widowspeak tutoie les nuages de la mélancolie.

oOOOooOOOooOOOooOOOooh !

Et oui. La voix douce et délicate de Molly Hamilton fait résonance à celle d'Hope Sandoval de Mazzy Star avec lequel le groupe partage la symbiose hypnotique des reverbs de guitare cristalline, et même cette lenteur flottante qui donne la sensation que le temps s'arrête tout net.

Hors le temps ne stoppe jamais sa marche, et quand les choses vous échappent, que l'anxiété s'immisce en vous, cela donne les compositions du quatrième opus du duo de Brooklyn, avec son mélange de twee Pop allant de Black Tambourine à Heavenly, un peu du zeste du Velvet Underground, la fragilité de Blonde Redhead, la folk voluptueuse de Cat Power, la romance mélancolique de Nada Surf avec celle de Landscape. On en retourve le nectar dans des titres comme Dog, Good Sport, The Dream qui retiennent dans les songes, et la chanson Fly On The Wall aussi, oui comme le titre d'un album médiocre d'ACDC.

Produit par Kevin MacMahon (Swans, Real Estate), Molly Hamilton et Robert Earl Thomas ont recruté de nouvelles têtes avec notamment Willy Muse à la basse et James Jano à la batterie, et cela s'entend. Des volutes oniriques de regret, des saveurs enfouies venant flotter dans chaque commissure des compositions, une flânerie rêveuse matelassée des mots que l'on susurre la nuit de pleine lune, des instants flottants de trouble, des attentes en suspension au dessus du vide, des gestes qui réchauffent, et d'autres qui étouffent par leur incertitude, le bruissement des illusions, l'ajournement des fuites en avant, les envies initiales, les perspectives de lutte contre l'oubli, l'ébranlement des convictions, la pause en attendant l'embellie.

Oui Widowspeak partage le même doute que la vie, et c'est en cela que son album touche par sa fragilité.


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lundi, décembre 4 2017

MONARCH – Never Forever


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Voici l'album qui déclenchera chez les fans inconditionnels du mur du son Bayonnais un éclairage supplémentaire à la distorsion Dröne-sludge-doOomesque et à sa majestueuse fréquence sonique épique.

Faisant foi et loyauté à sa discographie comme un Sun O))) impétueux et immuable, Monarch dégorge toutefois d’innovation tout en restant sombre et monotone dans son crépitement tellurique. Ainsi une lumière vient ourdir une trame musicale dans laquelle le groupe illumine et s'illumine vers une voie nouvelle. Il se dégage désormais une émotion que l'obscurité développée par Monarch s'était toujours abstenue d'en faire frémir la déflagration.

C'est dans cette aube naissante que le groupe fait jour avec ses nuits mélodiques, et avec une théâtralité quelque peu infatuée il est notable de le stipuler. Je préviens qu’il y aura de l'abracadabrantesque pour ceux qui souhaiteront participer à ce culte, à cette forme de rituel maléfique, dans cette chasse à la sorcière qui fait éclore à côté d'un doux précipice le rituel faisant éclore la fleur mélancolique et l'obscurité toute entière.

Never Forever est un album fondateur, un oracle bouleversant, un rêve vers un ailleurs mystique.


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Le corps de leur musique est une folie opiacée, lente et douce que les murmures, les fredonnements cajolent par le contraste bestial des hurlements déchirant le tourment. Ah oui on l'entend mugir la zolie Emilie, miauler, murmurer puis gueuler dans le lointain dans ce cri d'orfraie antique avec lequel on se sent vivre dans un autre lieu. On se perçoit ainsi plongé dans une forêt noire et épaisse où siège dans cette obscurité végétale le vaste d'un temple olympien à l’opaline couleur réfléchissante, avec l'immobilité des colonnes ioniques, doriques, corinthiennes pour unique perspective. Tout cela se passe dans la promiscuité d'un soir Luciférien où la lenteur de la musique appose une kinésie à toute gestuelle, et laisse place entière à une imagination exubérante et grotesque. Car oui on vit le moment avec l'aplomb d'une audace insoumise, sans crainte.

Cet ainsi que dans cet instant suspendu mon benjamin de fils passe et me voit en train de mimer un rituel vêtu d'un slip hellénique et d'une toge guerrière avec une serviette de bain à motif féminin et aux lignes zébrés. Son frère cadet s'immobilise à sa hauteur pendant que j'officie à allumer des bougies dans mon antre. La musique étanche la soif maléfique. Devant cette situation ubuesque sortant d’un film de Fellini sous acide, mes enfants se prêtent au rite.

Cerise sur le gâteau basque à ce disque Bayonnais il y a une cover de Kiss, « Black Diamont » rebaptisé ici en « Diamant Noir ». Fichtre mais que dire de cette reprise méconnaissable ? C'est lent, très lent, pis c’est lourd aussi, très lourd, tu vois Anvil et leur enclume ? Et bien tu rajoutes trois Black Sabbath + un Sun O))) pour la lourdeur et la profondeur, la suite c’est Monarch qui lui apporte une mélancolie vénéneuse d'une atomique splendeur implosive.

Aussi détonnant qu'étonnant, aussi maléfique qu'éthérique, Monarch ouvre une nouvelle page de son livre sibyllin.


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samedi, décembre 2 2017

LEPROUS – Malina


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Leprous est un groupe Norvégien, ce cinquième album rappelle la marque du band pour son rock progressif modéré contemporain, et de ses lentes complaintes pour un son léché. L'alternance musicale de Leprous fonctionne de par le compromis qu'il génère dans sa mutation sonique transgenre.

Bâtir une cathédrale d'art dramatique et féerique n'est pas chose commune. Les sables mouvants Leprousiens permettent de s'enfoncer dans la mélancolie avec ravissement, tout autant que prendre l'envol pendant la colère d'un orage. Le groupe essaye de garder une cohésion malgré des fluctuations de line-up conséquentes depuis sa bonne dynamique depuis l'abum Coal en 2013. Pourtant on sent que le groupe s'est assagi, il y a moins d'instabilité musicale mais tout autant de bouleversement émotionnel. L'amplitude de l'ensemble se promène dans une atmosphère hautement mélanco-mélo-émo.

Le groupe est passé du prog à la pop avec de subtile ambiance ouatée, un peu comme Depeche Mode vers une accroche polyrythmique oppressante, une manière d'ébranler chaque secousse, qu'elle soit émotionnelle ou provoquer par des variations musicales, l'ensemble de ces montagnes russes oscille de la sobriété intimiste à la déflagration emphatique. Pourtant il épouse merveilleusement les expressions mélodiques qui permettent de donner du relief, il donne vie et corps à ces compositions en apportant de l'épaisseur, il donne du sens à son émotivité et apporte ce grain d'émotivité passionnelle qui renforce ou fragilise à bon escient. La force de Leprous c'est ce contraste mesuré et permanent, menant au chavirement, tout autant qu'à des longueurs un peu too much.

Le point culminant du groupe reste son chant. D'ailleurs autre vedette norvégienne, Morten Harket le chanteur de Aha partage la tessiture qu'Einar Solberg le chanteur de Leprous. Ce chant angélique dit Haute-contre, épousant l'éther, l'on en retrouve l'orientation vers les œuvres religieuses et les opéras des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. D'ailleurs la pièce musicale « The Last Milestone » en démontre toute la noblesse avec son instrumentation à base uniquement de violons et de violoncelles.

Fragile et incandescent par son contraste, « Malina » est un opus maniéré de qualité, exécuté avec l'art et la manière donc.


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mardi, novembre 28 2017

SOROR DOLOROSA – Apollo


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Gravitant autour de l'émancipation, Soror Dolorosa gifle avec exubérance un troisième opus sobrement lumineux.

Servile d'une attache sombre, l'encre noire a coulé sous les eaux saumâtres depuis l'antiquité discographique du groupe. Jadis effleurant l'albâtre sombre avec Severance (2009) et Blind Scenes (2011) tout aussi emprunt de noirceur divine, que d'abîme opaque qu'exhale leur soupir final, Soror Dolorosa avait étendu lymphatique des mélodies à la tristesse profonde, tout en s'exhibant dans la mélancolie Baudelairienne.

Pourtant tout a commencé par : "Vierges qui, au coin de chaque rue, ouvrent les bras du fond d'une niche, parmi des cires et des roses sous un globe, qu'on dirait des fleurs mortes dans un cercueil de verre. Oui, il secouerait le joug mauvais! Il se repentait. Il avait été le défroqué de la douleur. Mais il ferait pénitence. Il redeviendrait ce qu'il fut. Déjà il recommençait à être pareil à la ville. Il se retrouvait le frère en silence et en mélancolie de cette Bruges douloureuse, soror dolorosa. Ah! comme il avait bien fait d'y venir au temps de son grand deuil! Muettes analogies ! Pénétration réciproque de l'âme et des choses! Nous entrons en elles, tandis qu'elles pénètrent en nous." - Bruges-la-Morte, 1892 - Georges Rodenbach

Sans jamais renier ses racines cold Wave / Post Punk, la basse n'est plus cette héroïnomane sombre que les guitares cristallines projetaient dans les veines musicales du combo, défroissant la mousseline gothique, exhumant une sonorité coldwave aux différentes blessures, à défaut d'être cicatricielle.

Il me semble que désormais le groupe a dévêtu de manière préventive et non curative son apparence gothique.

Voilà, l’expression est lâchée, et elle invoque une resucée de stéréotype avec laquelle Soror Dolorosa s'en détache à peine les chaînes, s'émancipe de cette chrysalide, et lui permet de prendre réellement son envol. Leur précédent album No More Heroes (2013) était déjà marqué de cette métamorphose entre The Cure, Sister Of Mercy et David Bowie. Cette saignée se confirme désormais vers une empreinte ambiant, post-rock-shoegazienne, comme avec le sculptural titre Yata. Sauf qu'ici c'est l'ensemble de l’œuvre qui en est constellée, comme la pop brumeuse versus le trio norvégien AHA avec Another Life ou celle de Depeche Mode avec That Run .

Accentuant les vertiges mélancoliques vers l'évanescence instrumentale, opérant à cœur ouvert dans les abysses shoegaze, le groupe a beaucoup appris de l'évacuation sensible que l'on remue entre ciel et terre en concert, que l'on convoque près d'un précipice épousant le vertige quand il est temps de se dénuder entièrement. Leur tournée avec Alcest et une gestation de quatre ans auront eu mille fois raison d'offrir le nectar créatif de sa phase instinctive, pour cet album exalté par cette trempe de cygne noir Bauhausien, et dans ce brouillard anglais de Joy Division.

Le groupe « rencontre les écumes sulfureuses et nitreuses, les marie, et par un art subtil les réduit, adustes et cuites, en grains noirs » selon le Paradis perdu de John Milton.

Le spectre baroque est séminal, la lumière de ce kaléidoscope sonique est toujours aussi fataliste dans le chant tragique d'Andy Julia, et il est formellement spleenétique musicalement. Apollo respire l'essence même de la vie ténébreuse, romantique, romanesque, il sécrète de son essaim angélique la splendeur et la beauté fatale, son air est dangereux et fatal, il convole son offrande lumineuse dans un rock noir qui rend triste et chagrin, absolue d'ivresse, de froideur lunaire, d'éclipse solaire, et de chérissement cotonneux.

Capable d’aimer comme aimerait un ange, d'embraser comme s'enflamme la passion, de papillonner loin du péché véniel, la beauté est partout dans cet opus au baiser vermeil  !


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