WALLABIRZINE

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vendredi, octobre 18 2019

FACING THE ENEMY


Interview

WallaBirZine : Pouvez-vous présenter le groupe ? Comment est né le projet ? Qu'est ce que vous avez fait auparavant ?

Facing The Enemy : Salut, On est Facing The Enemy, on vient de Suisse et le premier line up s'est formé en 2011. Le projet est né sur la volonté de Steven (chanteur) de créer un band hardcore. Tout s'est fait en une soirée dans un bar. Les membres se connaissaient de vue. En discutant un peu et après quelques verres, Facing The Enemy est né. Première répète la semaine qui suivi et après un mois, premier live.

Chacun jouait dans son groupe respectif. Arnaud à la drum dans un band de deathcore, Raff (premier bassiste) dans un groupe de thrash, Carlos à la guitare dans un band de musique latino et divers band de metal en tout genre, Val à la basse dans un band de jazz et un autre de metalcore, Séb à la guitare dans un band de metal et Steven au chant dans un band de groove metal.


Facing the Enemy est un film américain réalisé par Robert Malenfant en 2001, cela a voir avec le nom de votre groupe ?

FTE : On s'attendait à cette question mais non, aucun lien avec le film.

Pour nous, Facing The Enemy symbolise l'affrontement de chacun face à son propre ennemi.


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WBZ : Vous maniez plusieurs styles musicaux s'articulant autour du hardcore avec talent, je vous trouve beaucoup de cran d'assouvir votre identité sonore, c'est à la fois précieux et admirable de sincérité. Est ce que c'était primordial de vous accomplir d'emblée ?

FTE : Déjà merci ! ça fait super plaisir. En premier lieu non, on voulait faire du punk hardcore pur et dur. Et avec le temps, les différents styles musicaux de chacun et nos expériences, on ne voulait plus se cantonner à un seul genre mais graviter autour. La musique permet de s’exprimer librement alors pourquoi se mettre des barrières ?


WBZ : La guitare hispanisante est une spécificité de votre groupe, en plus de vous détacher des stéréotypes du genre, pouvez vous expliquer cet attrait ?

Les origines sud-Américaines de Carlos et son expérience dans la musique latine ainsi que Steven qui est un grand fan de musique sud-américaine, ont permis d’incorporer ces sonorités de manière naturelle.


WBZ : Votre hardcore est crossover, plusieurs cultures se mélangent, plusieurs langues, plusieurs styles musicaux, etc...C'était primordial pour votre affirmation/votre identité sonore ?

FTE : Non on, on n'a pas forcément pensé à une identité sonore mais c est en composant et en jammant que notre identité c’est dévoilée comme une évidence.


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WBZ : Et peut-être même de rétablir que l'unité est une composante essentielle de la pluralité ?

FTE : Ouais, c'est pas faux !


WBZ : Le hardcore était fondamental comme moyen d'expression pour vous, pourquoi ? Vous y puiser quoi dedans qui permet de vous exprimer ?

FTE : C'est un des genres qui nous paraissait le plus adéquat pour nous exprimer et surtout l’énergie qui en ressort.

WBZ : Il y a beaucoup de contrastes dans votre musique avec cette surcharge pondérable de lourdeur et d'instant plus léger, vous arrivez à chaque fois à maintenir une cohésion, une assise, et un équilibre vraiment très beau, je suis assez ébahi. C'est quelque chose d'inné, que vous avez travaillé longuement, une alchimie précise, etc... ?

FTE : Non, c'est venu naturellement et le fait qu'on aime ce qu'on fait à créer cette cohésion! C’est un retour qui fait d’autant plus plaisir, car quand on joue nos morceaux, on y prend énormément de plaisir et c’est important pour nous d’arriver à transmettre cette énergie et ces impressions.


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WBZ : Votre Ep éponyme et ce premier album a été enregistré et mixé par Chris Noth, pourquoi lui ? Le son est gigantesque ? C'est lui /vous/ ensemble que vous avez trouvé le son qui correspondait à toutes vos attentes pour cet album ?

FTE : D'abord on voulait travailler avec une personne du coin et on savait de par sa réputation qu'il était doué! Et c'est vrai !

Chris a une oreille, une créativité et une ouverture d'esprit qui nous a permis d'arriver à ce résultat !

Le fait de mélanger ses idées et son approche de la musique avec la nôtre donne naissance à tellement de choses qu’on a dû trier ! L’album n’aurait clairement pas cette « couleur » sans lui et on peut dire qu’on a trouvé une symbiose assez cool en bossant ensemble. C'est un pur plaisir de bosser avec et Encore un grand merci à lui.


WBZ : Quel est votre regard sur « Disbelief », avez vous des anecdotes sur la composition, l'enregistrement en particulier ?

FTE : C'est une très grande fierté pour nous de sortir cet album qui reflète clairement les années de travail et qui répond a nos attentes. On a exploité les idées de chacun y compris Chris pour arriver à ce résultat et, pour l'anecdote, on a un fond sonore avec des chants grillons enregistrés en Thaïlande avec un téléphone et passés dans une disto sur une des tracks que peut-être quelques oreilles affûtées percevront. Une idée de Chris !


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WBZ : Vous avez des dates de tournée à annoncer ? Des trucs à dire particuliers ?

FTE : Comme on a bossé comme des acharnés sur cet album et qu’on est un peu à la bourre, on n’a pas encore de dates de tournées pour 2020 à annoncer, mais ça arrivera et on espère passer par la France ! On vernira en Suisse à Neuchâtel cet album le 25.10.2019, date de sa sortie, et la semaine suivante nous serons au Metal Assault festival (Montreux, CH) avec une tête d’affiche qui va combler les fans du genre. On avait pas le droit d'annoncer le headliner mais maintenant l'info est rendue publique: c'est pour First Blood qu'on ouvrira au Metal Assault. Sinon ben, un énorme merci à vous de vous être penchés sur notre bébé et longue vie au Wallabirzine !


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Retrouvez la chronique de l'abum "Disbelief" de FACING THE ENEMY .


dimanche, février 17 2019

Interview avec Eric de l'Usine à Musique de Toulouse


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Studios de répétition

Salle de spectacle

École de musique

2 rue de l’égalité - 31200 Toulouse

05 82 95 58 14 / 07 68 62 43 37

Lien : Usine à Musique et la page FB de UAM.

La récente Usine à Musique sur Toulouse (juin 2016) fait le défi du complexe musical de 1000m², avec une salle de concert de 200 places, une scène de 25m² pour une programmation éclectique, des studios de répétition de 30m² et 40m² équipés de matériels haut de gamme, climatisés, insonorisés, et traités acoustiquement, une école de musique. C'est Eric Maury, un des trois cogérants et programmateur de L’Usine à Musique qui répond à nos questions.


D'où vous venez ( milieu associatif, etc...) ? Comment l'équipe s'est formée ?

Eric : Nous étions guitariste et bassiste d’un groupe de pop-rock (compos et reprises) toulousain, nommé « 5e sens ». Le groupe n’existe plus car nous manquons de temps. Le batteur et le bassiste ont trouvé un autre groupe depuis.

Pourquoi créer cette salle ?

Eric : Puisque nous avons pu répéter et jouer dans pas mal d’endroits à Toulouse, nous avons projeté l’idée de créer cet endroit et quand le concept est devenu cohérent et faisable, nous avons décidé de le faire.

Quel est son fonctionnement ? (horaire) / qu'est ce qu'il y a dans cette salle ? ( concert, salle de répétition...)

Eric : Nous ouvrons à 11h et fermons à 2h du matin en semaine, 3h le samedi (on peut aussi fermer à 5h lors d’événements spéciaux comme notre soirée métal organisée au nouvel an ou bien la veille d’un jour férié).

Les 10 salles de répét’ sont disponibles de 11h à 1h du matin.


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Quel est votre réseau (public subventionné / underground) ?

Eric : Nous sommes en SARL, et nous n’avons aucune subvention. Nos ressources financières sont uniquement basées sur notre clientèle.

Des subventions des collectivités seraient les bienvenues bien sûr.

Avec quelle association/Quel partenariat êtes vous engagé ?

Eric : Un bon nombre de médias, d’asso et de collectifs qui relaient notre programmation.

Liste non-exhaustive :

Réseaux : Culture bar-bars, Réseau Culture et bientôt Octopus

Asso : France Métal Asso

Radio : Radio FMR, radio occitania + l’émission de Canal Sud : Scream for me Toulouse

Webradio : La Grosse Radio

Presse écrite : Clutch

Webzine : Pull-Up mag, Music Waves


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Avec quel partenaire aimeriez-vous travailler ( festival / label / groupe / booking )

Eric : Nous aimerions devenir une SMAC

Pour quel public ? et pourquoi ?

Eric : Et bien tous les toulousains en fait. Nous n’avons pas de préférences. La musique et les concerts sont pour tout le monde.

Quelle est votre ambition ? Vos exigences pour atteindre les attentes du public, des groupes ?

Eric : Notre ambition est de pouvoir accueillir régulièrement des groupes à renommée nationale.

Vos choix de programmation ? Si vous avez quelque chose à dire sur les concerts de 2019 et des groupes, de leurs albums, ou autres...

Eric : Nos choix sont influencés par la qualité musicale. Mais de ce côté-là, nous n’avons jamais été déçus, tous les groupes qui se sont produits étaient excellents.

Par exemple nous recevons Les 3 Fromages le 1er mars (groupe de rock festif), on a aussi reçu Lyricson/The Tuff lions (reggae), Mercyless (métal), etc…

Votre regard (et votre expérience) sur le spectacle live ? les nouvelles façon de le diffuser ?

Eric : On a encore quelques dizaines d’années à écouter les grosses radios et la TV, mais c’est la fin.

La production musicale est énorme et le public cherche lui-même ses sons.

Tout passe maintenant par les plateformes digitales.

Donc les groupes vous devoir faire des concerts pour exister en plus de streamer.

Quelle est votre originalité / ou comment vous démarquer des autres salles ?

Eric : C’est un complexe musical qui propose des salles de répétitions, une école de musique, un espace culturel d’exposition artistique et du live.

Donc il y a de la vie tout le temps.

Que pensez-vous de Toulouse et la raréfaction des bars concerts ?

Eric : C’est dans l’air du temps car le centre-ville étant de plus en plus cher, la population qui y réside veut la proximité sans en avoir les inconvénients. Une seule personne qui se plaint et c’est un quartier qui perd son animation musicale.

Si en plus elle a le soutient de la mairie…. La messe est dite… jusqu’aux prochaines élections où l’équipe peut avoir une autre vision du centre-ville. Rêvons un peu…

Merci à toi.


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mardi, février 12 2019

Interview avec Thierry de la maison d'éditions Rytrut


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Rytrut éditions a traduit des œuvres passionnantes, et élabore une succession de livres dans le domaine musical qui doit tout autant à une curiosité culturelle qu'à s'affranchir des codes. Le gars est loquace, passionné, pointilleux, et c'est à l'image de l'énOrme travail que cette maison d'éditions façonne.



Bonjour Thierry aka ladzi Galaï,

Peux-tu te présenter, qui es-tu ? D'où viens-tu ? Il y a quoi dans ton imaginaire ?


Ladzi Galai en 1985

Ladzi : Je suis le fondateur et factotum de Rytrut. Partout et nulle-part à la fois. C'est pas d'où qu'on vient mais ce qu'on fait qui importe. Je ne suis pas plus nationaliste que régionaliste. Et j'aime pas raconter ma vie, sauf si on me force ! J'ai arrêté de rêver d'illusoire et essaye de m'activer avec ce qui est à ma portée. J'ai aussi sacrifié la musique en laissant de côté des projets inachevés, pour le bon plaisir ou la douleur de nos lecteurs, car l'humain est ambivalent.

Tu as joué dans des groupes (si,si) ? C'était quoi le style ? Le délire ?

Ladzi : J'ai commencé la musique à sept ans avec le piano classique puis la trompette, et un peu plus tard, après l'explosion punk, la basse tout seul en écoutant des disques, puis la guitare même veine basique sans cours ni conservatoire. Ensuite y a eu plusieurs groupes, dans les styles rock, psychobilly, post-punk, tendance expérimental, un peu d'indus à un moment, punk-rock avec quelques touches reggae, puis électro-punk. Et pour finir grève illimitée de la musique ! Par contre je me consacre énormément à en écouter, dénicher ou découvrir, de toutes époques et de styles variés.

Pour toi c'est quoi le punk ? Qu'est-ce qu'il représente ? La culture punk est-elle morte ?

Ladzi : Alors que j'avais été initié au rock à douze ans par mes oncles et cousins, j'ai entendu parlé du punk l'année suivante, en 1977, et demandé à l'un d'entre eux ce que c'était. Il m'a fait écouter les deux premiers singles des Sex Pistols qu'il avait acheté chez Arthaud. Et c'était parti ! C'était ce qu'il me fallait pour affirmer ma différence par rapport aux conventions que cette société semblait vouloir nous inculquer. Chacun y va de sa propre définition du punk suivant le contexte et la manière dont il l'a vécu ou interprété. Pour moi, cela représente une certaine éthique, avoir de l'équité, de l'ouverture d'esprit, des musiques nées de multiples influences des générations précédentes, inspirées par le rock décadent, garage punk, prog rock, art rock, voir autres styles inclassables. Expressions diverses mais pimentées, contestataires, festives ou intellectuelles. C'est plus tard qu'on découvre le pré-punk quand on a aimé le punk rock, puis le post-punk, la new wave, et les musiques personnifiées qui en découlent. C'est un style d'expression qui n'a jamais cessé d'être vivant. C'est devenu une culture ancrée pour certains mais qui fut finalement peu accessible ou comprise par beaucoup. Essayer uniquement de reproduire à l'identique ou se cantonner à des critères pré-conçus peut n'avoir de punk que des apparences. Les clichés de clichés sont sans doute les moins évident à dépasser, mais ils peuvent aussi servir de références et d'identification. Créativité et authenticité restent à mes yeux des critères importants. Certains disent qu'il n'y a pas vraiment eu de genre musical novateur depuis les années 1970... que tout ce qui a suivi avait déjà été inventé. Il y a du vrai, basiquement, mais les formes évoluent au fils du temps, ayant une accroche nouvelle, apportant un autre intérêt. Je m'attacherais à la multitude de groupes intéressants disséminés dans l'histoire de la musique, plus ou moins inconnus, que l'on peut découvrir actuellement, et dont les perles insoupçonnées sont un ravissement de curiosité et d'émotion.


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Tu as participé à des fanzines graphiques, peux-tu en parler ?

Ladzi : Après avoir participé à un zine de potes qui a vu plusieurs numéros entre 1983 et 1985, un fourre-tout ronéotypé puis photocopié, j'ai monté un tape label avec ma copine de l'époque, et à l'occasion de compilations K7 à thème, concocté deux graphzines noir et blanc en invitant des contacts qu'on a eu dans le réseau du mail-art. Intitulé Disco Totem et Le Foliegraph illustré, Rythme & Rut les as sortis en 1988. Et les autres K7 albums étaient parfois accompagnées de livrets... ça date. Plus tard, à l'occasion d'un recueil d'aphorismes personnels paru chez un éditeur abusif – il faut un début à tout – j'ai invité une poignée de graphistes de ma connaissances à les illustrer. Le bouquin des paroles de Jello Biafra que sortira Rytrut suivra finalement un procédé de zine graphique.

Comment es tu arrivé à la création des éditions Rytrut ? Pourquoi ce nom ?

Rytrut est-ce une association ? Combien vous êtes ?

Ladzi : Ça provient du label qui avait sorti une série de K7 de musique alternative, appelé R.R.Products, d'abord pour Réseau Rapetou puis Rythm & Rut. Il y a eu une trentaine de K7 dont des compiles de groupes actifs dans le réseau du mail-art. Le nom de l'édition en découle. Une association de loi 1901 depuis 2003 pour la sortie du premier bouquin (La Philosophie du Punk de Craig O'Hara), à la suite de Rythm & Rut qui avait été déclarée en 1988 au départ plus pour le suivi de mes activités musicales. Nous sommes très peu, c'est une microstructure qui ne peut ni ne souhaite faire concurrence à d'autres mafias mieux organisées ou plus en vogue. C'est pour cette raison que je me considère comme un factotum. L'asso a une présidente et un secrétaire qui agit au niveau informatique sur le site et la boutique. Et le factotum contacte les éditeurs anglophones, les auteurs, traduit, met en page, promeut un peu, empaquette et expédie. Donc trois membres à la base, mais l'asso a aussi recours à d'autres talents pour la traduction, les relectures, le graphisme, l'infographie et diverses rémoulades.

En moyenne à combien éditez-vous chaque livre ? Et vous en vendez combien ? Est-ce suffisant pour les coûts d'impression ?

Ladzi : En fait, ça coûte plus cher d'éditer des traductions que si on nous fournissait le texte en français prêt à l'emploi. Nous signons souvent des contrats avec des éditeurs étrangers, leur payons des avances de royalties, des années avant la sortie d'un livre, car ce boulot demande beaucoup de temps, et donc sans même savoir si on va retomber sur nos pattes. Il y a une prise de risque certaine. Le fait que la 1re édition de La Philosophie du Punk se soit vendue à deux mille exemplaires en un an m'a encouragé à continuer. La seconde édition a passé les trois mille, mais c'est notre best seller ! Pour les autres, à part Going Underground qui a été tiré à deux mille, aucun ne dépasse les mille, la tendance de ces dernières années est passé à cinq cents, et maintenant on fait des tirage à deux cents qui peuvent être réimprimés si besoin. S'il n'y avait que les coûts d'impression, il y a aussi ces avances de royalties avec parfois des droits supplémentaires pour les photos. Une fois tous les frais déduits, remises librairies comprises, il ne reste plus grand chose. Il faut donc avouer que cette activité est plus utile pour la postérité que pour se faire du blé, malgré ce que certains doivent penser. Une part des dépenses de l'asso est couverte par la vente des livres, mais j'ai dû prendre un petit boulot à côté, en garderie scolaire, depuis quelques années. Travailler avec des mômes n'est pas ce qu'il y a de pire. Ça vous donne la pêche et vous ramène à la réalité.


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Je suppose que tu es polyvalent, autodidacte, souple, déterminé, réactif, professionnel, disponible à 300% afin de pallier à tous les corps de métier nécessaire à la pérennité de Rytrut. Qu'est ce que tu fais concrètement ? En quoi cela consiste-il ? Tant dans le domaine de l'édition que de la traduction ?

Ladzi : Bien occupé en effet. Quand tu as des projets ou des ambitions en parallèle, tu te demandes si tu arriveras à les réaliser. Sans fausse modestie, je peux me targuer de tous ces attributs, avec tout de même un petit bémol sur la disponibilité ! Quand je suis sur une traduction, je vérifie si possible tout ce qui est avancé, et, vu que ce sont des livres spécialisés sur la musique, j'écoute tous les titres des groupes dont il est question afin de coller au plus près des descriptions. Procédant également ainsi pour les relectures de traduction, vérifiant les noms et les références diverses, à la littérature, l'histoire, etc., ajoutant des notes, écrivant mêmes des passages complémentaires si besoin. Par conséquent, nos livres sont souvent des versions améliorées des éditons originales. Au départ, j'étais le traducteur principal, puis d'autres s'étant joint à l'aventure, je suis donc passé relecteur ou co-traducteur. Ce n'est pas moi qui m'en suis chargé sur les deux premiers livres, mais j'ai dû apprendre la mise en page professionnelle. Pour des raisons pécuniaires dans un premier temps, puis j'ai trouvé ça plaisant ; ce n'est pas aussi simple que cela ne paraît. Un de mes autres pseudo, Cripure, est conservé pour les signer, ça vient d'un surnom et du nom de mon projet musical mail-artistique du milieu des années 1980, encore utilisé. Ensuite, le bouquet final est le deal pour l'impression, qui s'avère parfois périlleux quand au résultat qualitatif. Quand on est obligé de faire du tri sur un tirage, ça fait grincer des dents ! Voir un boulot de plusieurs années sapé en un tour de main peut être assez décourageant. Imprimer des livres a un coût conséquent quand on est un petit éditeur qui n'imprime pas en Chine à des milliers d'exemplaires pour un coût moindre. C'est la seule chose que nous ne faisons pas nous-même et il s'agit du produit fini que le lecteur aura entre les mains, c'est très important. Je m'occupe aussi, secondé par le webmaster, de l'actualisation du site et de la boutique Rytrut, puis de l'envoi des commandes. Il y a du plaisir mais aussi du turbin.

Comment tu choisis les auteurs avec qui tu travailles ? Comment les as-tu rencontrés ? C'était quoi le deal ?

Ladzi : En 2001, quand j'ai commencé à traduire La Philosophie du Punk, j'ai contacté Craig O'Hara par e-mail, en passant par l'intermédiaire d'un ancien pote, qui participera à la relecture et à la mise en page. On a aussi ajouté à celles de l'auteur des photos qu'il avait prises quand il avait été jardinier au pair à San Francisco. Guillaume Dumoulin avait un petit label et une distro appelé Spock Prod à Grenoble dans les années 1990. Je n'avais pas encore Internet, que j'ai pris en 2003, un peu avant la sortie du livre. Craig était partant, on a donc fait un deal oral avec AK Press, éditeur avec qui il bossait. Quant à l'illustration de couverture, je l'ai proposé à Sapiens, rencontré au Squat de « Le 13 » à Paris, alors que j'y avais joué en solo en avril 2002. Ça tombait bien, il y avait une expo de peintures de Karen et Sapiens, j'ai adoré, et ça collait parfaitement.


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Ladzi : Pour le second, Chansons d'Amour de Crass, j'ai écrit à Penny Rimbaud, qui a gentiment répondu à mes cent questions concernant le texte, et m'a mis en contact avec Pomona, l'éditeur qui venait de publier Love Songs, le recueil des paroles de Crass en anglais. C'est tombé au même moment. Nous n'avons donc pas choisi le titre. Il n'y a pas eu de contrat écrit, pas d'avance, mais un pourcentage un peu trop conséquent nous était demandé de la part de cet éditeur, car on s'était basé sur leur mise en pages ; disons que ça faisait un intermédiaire de plus à rincer, alors ça faisait lourd sur la balance. Deux albums du collectif ayant déjà été traduits par Anne-Claude Lemeur – ses traductions étaient insérées dans les vinyles originaux – je l'ai contactée pour avoir l'autorisation de publier ses traductions, sur lesquelles j'ai pu effectuer un petit rafraîchissement, après avoir carburé sur les autres albums. Vu qu'on nous demande encore ce livre, il sera peut-être plus tard envisagé une seconde édition, mais à condition que toutes les personnes qui l'ont lu achètent et lisent L'histoire de Crass de George Berger ! Sinon, ça sert à quoi de se décarcasser !

Le troisième était un recueil des paroles intégrales de Cor Gout, chanteur du groupe underground néerlandais Trespassers W, un ami de longue date, depuis sa participation à deux compilation de R.R.Products en 1987. On s'est rencontré plusieurs fois, avons aussi enregistré quelques titres ensemble et j'ai composé la musique d'une chanson de TW. Nous avons eu une correspondance postale régulière pendant des années. C'est un auteur doué en langues, il a aussi participé à la traduction, pour ses textes en néerlandais bien entendu mais aussi sur ceux en anglais (ma mère, une institutrice retraitée qui compte aussi parmi nos relectrices, parle le néerlandais mais pas moi). Par ailleurs, Cor Gout est un philosophe et programmateur d’émissions radiophonique et de télévision aux Pays-Bas, et même (il ne voulait pas que je le dise quand on a sorti le livre) footballeur professionnel pendant un an dans un club d'Amsterdam avant que celui-ci ne fusionne avec deux autres clubs de la ville. Ce livre fut illustré par Ronnie Krepel, un musicien polyvalent de TW qui dessina une multitude de crobars, complétant cet ouvrage avec un charme particulier.

Le quatrième, Going Underground de George Hurchalla, sur la scène punk américaine en particulier mais pas uniquement, m'a été conseillé par Craig O'Hara, car ce livre portait un regard nouveau sur le punk et le rock alternatif sans nombrilisme ni complaisance à la violence qui a pu se développer à une période dans la scène hardcore. En plus, l'auteur a interviewé un grand nombres de musiciens des groupes évoqués, ce qui procure une bonne tranche d'histoire réaliste et bien épicée. De plus, il est vaillamment illustré par de nombreuses photos rares. Going Underground est en deuxième position en terme de ventes. J'ai aussi bien communiqué avec Hurchalla au cours du processus, c'est un mec sympa et sportif. C'est par ailleurs un artisan du bois et un fan de punk bien évidemment, qui a eu plus jeune l'expérience de chanter dans un groupe.


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Ladzi : Ensuite seront lancés le projet de traduction des paroles de Jello Birafa et de la bio de Joey Keithley. Mais avant leur finalité, sortira notre cinquième livre, la biographie sur la chanteuse Pink, du journaliste musical et auteur Paul Lester, que j'ai décidé de signer suite à la proposition d'Omnibus Press. Nous allions toucher un autre public et nous attirer les foudres de la clique sectaire et conservatrice du « punk », mais tans pis. C'est une copine punk française d'origine autrichienne, aussi fan de Bowie, qui m'avait fait découvrir cette chanteuse. Moins enthousiasmé au début par son premier album R&B, bien qu'ayant un certain charme, peut-être un peu trop sophistiqué, j'ai plus apprécié les albums suivants. C'est de la pop/rock grand public de qualité, puis ses convictions et engagements méritent autrement de respect que la glandouille de tout un tas de branleurs. Si en France elle n'a pas marché tant que ça – peut-être dû au rictus bien connu des médias élitistes traditionnels – c'est que la barrière de la langue ne touche pas autant les gens, rien à voir avec la popularité que Pink a acquis en Australie. Pour son côté punk, elle a quand même fait un album avec Tim Armstrong de Rancid, qui reste mon préféré, avec celui composé avec Linda Perry, que je connaissais puisse que je l'avais vue jouer dans un pub de Londres en 1996. C'était après les 4-Non Blondes, Linda avait un groupe de mecs sur scène. Ce fut un concert époustouflant, un blues-rock puissant. À la fin du set, je lui ai dit en personne avoir été ému par sa prestation et, avec son débardeur et ses tatouages, elle m'a remercié avec un sourire à tomber par terre.

La bio de Joey Keithley m'a été suggéré par Raf DIY, un guitariste punk et activiste de Limoges, du groupe Attentat Sonore et plus tard du label Guerilla Vinyl. J'avais vu DOA en 1985 la première fois à Grenoble, concert qui avait fini en bagarre (après, j'étais déjà parti) en raison de pseudo-skins, réputés pour venir foutre la merde à des concerts punk à cette période. Keith en dit deux lignes dans son livre. Je l'avais déjà lu en anglais. J'ai contacté Keith et nous l'avons signé avec son éditeur canadien, Arsenal Pulp. Je lui ai ensuite posé quelques questions concernant des passage du texte. Au départ nous devions le traduire à deux, mais Raf manquant de disponibilité, je me suis pratiquement tout tapé, mais il a pu quand même participer à la traduction du prélude et de deux chapitres, et effectuer une relecture. Au cours du boulot, j'ai revu DOA au Mistral Palace à Valence en 2009, et donc rencontré Keithley pour la première fois. Après la sortie de son livre, je lui en ai apporté un certain nombre d'exemplaires à Montpellier – en guise de participation au paiement des droits d'auteur. DOA a joué au Secret Place en 2012, l'occasion de me rendre dans ce lieu mythique. Joey a aussi eu droit à un exemplaire du bouquin de Jello Biafra fraîchement sorti. J'ai ensuite revu DOA à l'Usine de Genève. Ils sont arrivés tard en raison d'un bouchon dans le tunnel du Mont-Blanc, venant d'Italie. Du coup, j'ai donné un coup de main pour décharger le van. Joey Keithley est un punk de la première heure, il apparaît d'ailleurs en couverture du magazine de Vancouver, le Georgia Straight spécial punk rock, sortie en octobre 1977. Celle-ci est incluse dans sa bio, le sixième livre de Rytrut, dans lequel Joe raconte l'épopée de ces pionniers du punk, au sens premier du terme : DOA est le premier groupe à avoir porté le punk rock dans des contrées d'Amérique du Nord toutes aussi paumées les unes que les autres.


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Ladzi : Un regard sur la pochette intérieur de mon vinyle de In God We Trust Inc. des Dead Kennedys, m'a incité à lancer ce projet de livre des paroles de Biafra. J'y avais posé une traduction puérile en français, en 1981. Je me suis donc lancé, début 2005, dans la traduction des paroles du premier album, puis j'ai contacté Jello à Alternative Tentacles pour l'autorisation. Il ne m'a pas directement répondu, mais son publiciste a donné leur accord. Ce fut là encore un contrat oral et j'ai poursuivis sur les autres albums. Puis j'ai eu la proposition du dessinateur français Melvin de faire des illustrations. Il a réalisé douze dessins, un par album. Voulant avoir son accord de vive voix, j'ai pris un billet de concert et d'avion pour assister à une lecture publique de Jello à Bristol en 2007. Après laquelle j'ai pu lui parler dix minutes dans la loge et lui montrer les dessins de Melvin, qui lui ont plu. Suite à quoi il a été décidé d'inviter plein d'autres graphistes pour illustrer toutes ses paroles de chansons. Entre-temps est sorti à Paris un livret contenant seize chansons illustrées des DK, en anglais et en français. Sorti sans concertation avec l'intéressé, celui-ci court-circuitait peut-être un peu notre projet, mais deux traducteurs de ce livret, qui ont tenus a rester anonymes, m'ont proposé de participer à la relecture de notre traduction. Avant la sortie du livre, j'ai vu les Guantanamo School Of Medicine en concert à La Tannerie de Bourg-en-Bresse en 2009, et plus tard lors d'un gros festival à Genève ; je crois que le groupe avait été ajouté à l'affiche car il était programmé dans une petite salle de la région. Puis aux Abattoirs de Bourgoin-Jallieu en 2017, ce fut leur meilleur concert, le son était monstrueux. Il y a donc eu beaucoup d'échanges, dont avec les graphistes, pour arriver à ce pavé gargantuesque.

Ensuite sortira la biographie officielle des Ramones, concoctée par leur tour-manager, chauffeur et homme à tout faire, le légendaire Monte A. Melnick et son acolyte Frank Meyer, journaliste, auteur et chanteur des Streetwalkin' Cheetahs. On peut dire que Monte avait joué en tant que bassiste avant de s'occuper des Ramones : fin des années soixante, dans Triad avec Tommy (future) Ramone et dans Thirty Days Out. J'avais lu l'édition américaine puis Omnibus nous l'a proposé, je n'ai pas hésité un instant. J'ai eu un échange avec eux et posé quelques questions à Monte, qui n'aura de cesse de dire que c'est la meilleure bio des Ramones jamais sortie. Son intérêt, hormis l'aspect beaux-livre bien illustré en quadri, est qu'elle provient du cœur de la machine et se lit comme s'écoute une chanson du groupe, pleine d'anecdotes présentées somme une suite de petits entretiens au franc parlé avec de nombreux musiciens les ayant connus et des techniciens ayant accompagné le groupe.


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Ladzi : Suivra la biographie des Slits, le premier travail de Zoë Howe (ex « Street » Howe), qui reflète par certains côtés une vision féminine du punk. Un groupe qui a élargi le champ d'expérience du style, et motivé pas mal de combo à se monter dans la période post-punk, inspirant un certain nombre de riot grrrls. Mais leur musique se caractérisa ensuite plus dans le reggae et l'improvisation. Ce livre nous a aussi été proposé par Omnibus. Durant le processus, j'ai été un peu en contact avec l'auteure, mais surtout avec Tessa Pollitt, la bassiste des Slits qui est extrêmement sympa. Malgré sa renommé internationale, ce groupe ne s'est jamais fait de pognon et ses musiciennes ont vécu dans la précarité. Nos ouvrages sont souvent des améliorations des éditions originales (je le redis). Pour celui-ci, nous avons disséminées les photos en pleine page (plutôt que regroupées en feuillets) et avons acheté des droits à un agence pour des photos supplémentaires. Tessa nous a aussi envoyé quelques photos de sa collection personnelle, ainsi que des badges à offrir aux personnes qui commandent le livre sur notre boutique. La dernière formation des Slits était bien partie en 2009, avec la sortie du superbe album Trapped Animal, incluant Hollie Cook au claviers et chœurs, la fille de l'Illustre Paul Cook, notamment batteur des Sex Pistols et des Professionnals. Mais le cancer ayant frappé, sans Ari Up, plus de Slits ! Elle décédera l'année suivante, pas longtemps après l'édition originale de leur bio. Pour la première édition du livre, Tessa m'ayant envoyé un article paru dans le numéro de Sounds de 1978, j'ai contacté le photographe Chalkie Davies et il a retrouvé cette photo inédite dans les archives du magazine. Pour la seconde édition révisée, je me suis adressé à Pennie Smith – la photographe qui a pris le fameux cliché de la pochette du London Calling des Clash – et nous avons négocié la photo de couverture (aussi utilisée sur l'édition anglaise), ainsi que ses autres clichés apparaissant à l'intérieur. Ce livre nous a coûté bien cher au final et les ventes ne sont pas suffisantes pour couvrir les dépenses.

Pour l'édition de la biographie de Nirvana de Gillian G. Gaar, c'est notre acolyte de Rytrut, Cyrille Lannez, fan de longue date du groupe, qui souhaitait sortir un travail sur eux. Nous avons d'abord eu la proposition d'un livre retraçant un travail en studio du groupe, mais on le trouvait trop technique, cherchant quelque chose de plus viscéral. Puis Cyrille a contacté Gillian pour traduire Entertain Us, l'Ascension de Nirvana qui s'est avéré être une tranche intéressante et en partie inédite du parcours du groupe, décrivant ses tous débuts au sein de la scène grunge. Nous avons payés des droits à son éditeur anglais, qui ne lui ont apparemment pas été rétribués. Mais c'est une autre histoire et nous n'en sommes pas responsables.

Concernant Burning Britain, le premier livre de Ian Glasper édité en français, je l'avais en anglais depuis un moment, mais je trouvais le texte un eu serré et ne l'ai finalement lu qu'en travaillant dessus. Ian m'a mis en contact avec Cherry Red Books et nous l'avons signé. Il s'est avéré qu'en parallèle une seconde édition anglaise était en préparation chez PM Press, la nouvelle maison d'édition de Craig O'Hara, aux États-Unis. Glasper était en tain de rédiger des ajouts, que nous avons donc aussi eu à traduire, ce qui explique en partie la sortie plus tardive de l'édition française. L'autre raison étant que – toujours soucieux d'amélioration – nous y avons ajouté beaucoup de photos (grâce au fichier bien fourni de Cherry Red) attachant un soin particulier à la mise en pages, afin d'obtenir une agréable lisibilité. J'ai proposé à plusieurs traducteurs de se partager la tâche : Frédéric Jalabert, un de nos relecteurs, notamment animateur de l'émission Lost In Space sur Radio Active à Toulon, promoteur de F.J Ossang et du label de feu Éric Chabert, Underground Productions. C'est un ami de longue date, rencontré en 1989, alors qu'il était étudiant à Grenoble. Il venait aux répètes et concerts de mon groupe de l'époque, No No No ; Nico Poisson, guitariste/chanteur et cofondateur du label SK Records, que l'ai rencontré la première fois alors qu'il donnait un concert avec Ned au Crocoléüs, la saison ou j'ai participé à l'activité du squat, en 2004/2005. Quant à David Mourey, le batteur de Chicken's Call, je l'ai côtoyé dans la scène punk grenobloise de ces deux dernières décennies, notamment au 102 et au Lokal Autogéré. Pour peaufiner le texte, j'ai moi-même travaillé sur une relecture de traduction assidue afin d'assurer la cohérence de l'ensemble, fais des mises à jour et parfois ajouté des passages complémentaires, et un index : l'auteur ne m'en voudra pas, bien au contraire ! Rytrut est fier d'avoir édité ce monument sur la scène punk britannique ! Parler de « seconde vague » est un peu généraliste car certains groupes proviennent directement de l'explosion punk.


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Ladzi : Pour terminer, L'histoire de Crass nous a été suggéré par Christophe Mora, guitariste/chanteur d'une série de groupes hardcore punk et du label toulousain Stonehenge Records. J'ai ensuite contacté l'auteur anglais George Berger et signé son livre avec Omnibus. II utilise ce pseudo pour son métier d'auteur et de journaliste. Il est aussi chanteur du groupe anarcho-punk underground Flowers In The Dustbins. Son travail sur la bio de Crass est impressionnant. Ce n'est pas seulement un descriptif de l'évolution du groupe, car le récit remonte aux sources, dans les années soixante, et George s'est entretenu avec tous les membres du collectif (sauf un). II s'agit du livre le plus pointu que nous ayons eu à traduire. Christophe s'y est collé avec discernement et j'ai fait ma part de relecteur et co-traducteur. Il se vend étonnamment moins que ne s'est vendu celui des paroles de Crass, alors qu'en plus d'être complémentaire, c'est un livre essentiel qui intervient dans le sujet anarcho-punk et retrace le contexte social, culturel et politique de l'époque, témoignant de son impact sur les générations alternatives passés et futures.

As-tu des sollicitations par des auteurs ? Des groupes ?

Ladzi : Nous avons eu quelques propositions de sujets liés à la musique ou sociétal, mais au vu de nos possibilités limitées, l'asso ne peut se développer davantage en signant des livres dont elle ne pourra pas assurer le suivi ni le financement, et se contente de poursuivre les quelques ouvrages en cours. Il est vrai que notre ligne éditoriale se limite aux groupes anglophones. Nous ne fonctionnons pas comme une grande maison d'édition qui reçoit des tonnes de manuscrits, mais comme une petite micro-structure qui travaille sur un livre comme on pourrait le faire sur un disque enregistré à la maison. Les livres de Rytrut ne représentent qu'une infime partie des groupes et des musiques qui nous tiendraient à cœur de raconter. Mais on ne peut pas tout faire dans une vie, il faut faire des choix, le temps nous est compté ! On n'est pas des dinosaures, ça fait longtemps qu'il sont ensevelis. Continuons de déterrer leurs squelettes ! Nos livres demandent beaucoup de travail, il ne s'agit pas de poser des traductions aléatoires vite fait sans vérifier les tenants et les aboutissants. Si certains s'imaginent que c'est simple et qu'on fait ça pour se faire du blé, il se fourvoient. On le fait avant tout car ça découle d'une passion et c'est comme un cadeau fait aux lecteurs, même s'ils doivent acheter les livres, sans quoi nous ne pourrions pas les éditer bien évidemment. Nous ne sommes pas subventionnés par des vendeurs d'armes. Il s'agit de promouvoir une certaine culture avec un état d'esprit particulier.

Peux-tu faire une présentation de chaque livre ? Et notamment des deux derniers livres ?

Ladzi : En plus des infos que j'ai données concernant les auteurs et traducteurs, les résumés des lires se trouvent facilement sur le site web de Rytrut. Quand aux deux derniers, la bio de Nirvana est la seconde édition de l'ouvrage de Gillan Gaar, Entetain Us, L'Acension de Nirvana, sur laquelle nous avons studieusement retravaillé le texte, supprimé quelques coquilles (il arrive que l'on s'empresse pour des raisons de timing, mais nous tachons d'éviter cela), assuré une meilleure impression et changé de couverture afin de spécifier qu'il s'agit d'une édition bien différente de la première. La photo en couverture a été prise par Kevin Estrada lors du même concert que celle apparaissant sur l'édition anglaise. Il a touché ses droits comme Martyn Goodacre pour celle de la quatrième de couverture. Malgré mon intérêt depuis les premières années du punk pour une multitude de groupes et de styles, j'ai toujours gardé un attrait particulier pour Nirvana. J'avais découvert leur premier album, Bleach, en le commandant par hasard, comme je le faisais alors, par intuition ou simple curiosité, ou après avoir lu un commentaire, directement au (catalogue du) COUPER label californien Subterranean Records, dont je recevais régulièrement le catalogue distro. Ce label a aussi été un petit disquaire à San Francisco entre 1984 et 1988. Au passage, je ferai remarquer que l'attitude punk est aussi de soutenir les indépendants en leur commandant directement leurs productions, au lieu de passer par des multinationales qui se rincent au passage, même si toute diffusion participe aussi à soutenir les indépendants... les librairies et les distro sont importantes pour pallier au phénomène de vampirisation. Plus tard, à la sortie de Nervermind, ça m'a fait drôle de voir l'ampleur du succès de Nirvana. J'ai préféré acheter Incesticide d'aiilleurs. Nous aimions écouter des musiques underground, censées ne pas toucher le grand public ou ne le toucher que relativement, et paf ! Nirvana défraie la chronique, merde, qu'est-ce qui se passe ? C'est le monde à l'envers ! Après In Utero, Nirvana joue à Grenoble et invite les Buzzocks en ouverture en plus. Y a pas photo, il fallait y aller, et quel concert ce fut, monstrueux à tout point de vue, musique au top, Pat Smear à la seconde gratte, éclairage scénique impressionnant et son nickel, ce qui n'était pas gagné d'avance dans cette salle.

Ce label a aussi été un petit disquaire à San Francisco entre 1984 et 1988. Au passage, je ferai remarquer que l'attitude punk est aussi de soutenir les indépendants en leur commandant directement leurs productions, au lieu de passer par des multinationales qui se rincent au passage, même si toute diffusion participe aussi à soutenir les indépendants... les librairies et les distro sont importantes pour pallier au phénomène de vampirisation. Plus tard, à la sortie de Nervermind, ça m'a fait drôle de voir l'ampleur du succès de Nirvana. J'ai préféré acheter Incesticide d'aiilleurs. Nous aimions écouter des musiques underground, censées ne pas toucher le grand public ou ne le toucher que relativement, et paf ! Nirvana défraie la chronique, merde, qu'est-ce qui se passe ? C'est le monde à l'envers ! Après In Utero, Nirvana joue à Grenoble et invite les Buzzocks en ouverture en plus. Y a pas photo, il fallait y aller, et quel concert ce fut, monstrueux à tout point de vue, musique au top, Pat Smear à la seconde gratte, éclairage scénique impressionnant et son nickel, ce qui n'était pas gagné d'avance dans cette salle.


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Ladzi : Pour terminer, le clou de l'année 2018 : The Who by Numbers, L'histoire des Who à travers leur musique. Il ne s'agit pas d'un hommage à l'album des Who portant ce titre, mais bien à leur entière discographie, et ce chanson par chanson. Ce n'est pas une biographie dans le sens précis du terme, mais le livre inclut la biographie du groupe au fur et à mesure qu'il décrypte et analyse ses chansons, ses opéras-rock, ses vidéos, ses films, etc.. The Who by Numbers, donc, littéralement Les « Who par les chiffres », on aurait même pu l'intituler en français, pourquoi pas ? Ce qui évoque bien sûr le point par point, une chronologie ainsi que la classification qui est faite de leurs disques dans les classements britanniques et étasuniens. Mais « Numbers » évoque aussi une catégorie chez les mods. Plusieurs années de boulot de traduction, d'écoutes approfondies de leur musique, de visionnages des films les concernant nous donne une version française bien plus complète que l'édition originale. Sa mise en page est aussi nettement plus attrayante. Pourquoi j'ai choisi les Who ? À moitié par hasard. Je l'ai d'abord commandé pour moi sans arrière pensée. Puis j'ai trouvé que ce serait intéressant de remonter dans le temps aux origines du punk. En plus, le batteur des Stiff Little Fingers, Steve Grantley était dans le coup, et le journaliste Alan Parker a travaillé avec les Monty Python ! Personnellement, j'avais connu la musique des Who à la même période où je découvris le punk, lors de son explosion. C'est un oncle qui avait été guitariste dans un groupe de lycée à Grenoble dans les années soixante, qui m'avait donné son double LP des Who. C'était l'édition française de 1974 de leur 3e album, The Who Sell Out, qui contenait en fait aussi le second album, A Quick One (ce que j'apprendrai des années après !) La pochette avec des boîtes de conserves. J'étais un jeune ado et j'adorais le côte loufoque de ce double-vinyle, que je préférais à leur premier opus, écouté plus tard et qui était plus proche du rock classique. Il faut dire que nous étions alors davantage inspirés par le Your Generation de Generation X ! Et nous apprendrons bien longtemps après que dernière cette ironie générationnelle se cachait un engouement de nombreux groupes punk pour les groupes de leurs grand-frères les ayant inspiré, notamment le prog rock underground. J'avais 14 ans, donc en 1978, la mère de mon pote d'enfance du quartier nous dépose devant un cinéma, où nous avons assistés, tous seuls, comme des grands, à la projection de Tommy. Watcha ! Tout est dit.

Quel est le prochain projet (en vue)  ? En plus du punk, allez-vous vous orienter vers le Hardcore ? Vers des nouvelles ?

Ladzi : Nous avons déjà sorti un livre essentiel traitant de la scène hardcore originelle, Going Undergound. qui est toujours disponible. On ne pense pas couvrir des périodes plus récentes, non pas par manque de curiosité ou d'ambition, mais toujours en raison de nos possibilités limitées. Pour l'anecdote, quand j'ai débuté en traduction, pour me faire la main, vers le milieu des années 1990, j'ai bossé sur le pamphlet d'Henry Rollins Bodybag Dans l'idée, c'est vrai, de peut-être travailler sur ses écrits à l'avenir. C'étaient les premiers petits livres qu'il publiait. Puis il a commencé a être vraiment trop prolifique, alors j'ai vite pensé que je ne pourrais pas suivre, à moins de me concentrer uniquement à cela. Ce qui m'était bien sûr impossible. En plus, j'étais encore bien actif au niveau musique à l'époque. Nous avons en fait trois nouveaux livre sur le feu, il y a encore beaucoup de travail. Mais je ne ne vendrais pas la peau du cul avant de l'avoir pelée ! Puis une ou deux petites rééditions. Et après, s'il y a un après, nous aviserons.


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Les livres sont disponibles en librairie, as tu un réseau ? Sur le net existe-il une version dématérialisée ?

Ladzi : Économiquement, pour nous comme pour de nombreux petits producteurs, les conditions sont devenues encore plus difficiles ces dernières années. Les coup de fabrication augmentant et l'augmentation successives des tarifs postaux ne faisant qu'accroître notre déficit, nous avons dû augmenter les remises. Le prix des livres n'augmente pas chaque année, lui ! La privatisation de La Poste était une grave erreur, qui a nuit à une multitude de micro-entreprises et continue de participer à la catastrophe économique en France.

Il est certain que si nous avons instauré un site de VPC c'est dans le but de limiter les pertes et d'encourager les gens à nous soutenir en nous commandant les livres directement : il n'y a pas plus punk en matière de marché ! Je le redis. Ils soutiennent la possibilité d'imprimer le livre suivant. Pour les personnes refusant le paiement par carte, il est toujours possible de nous envoyer un chèque. Rytrut est aussi son propre diffuseur. Nous avons eu des propositions en ce sens, mais ça ne fonctionnerai pas dans notre cas, ce serait travailler à perte ; il nous faut un minimum entrer dans les frais. Il y a bien quelques librairies qui nous commandent des livres pour les avoir en rayon, mais la plupart du temps ce sont des commandes ponctuelles de leurs clients, ce qui est bien aussi. Cela représente quand même le plus gros pourcentage de nos ventes. Il y a aussi quelques distros qui nous sont restées fidèles depuis le début et c'est cool !

La question du livre numérique a récemment été remise sur le tapis, en raison des nouvelles possibilité qui nous permettraient de rester indépendants sur la diffusion. Ce fut un choix jusqu'à maintenant de ne faire que de l'édition papier, notamment parce que nous refusions de passer par les plate-formes obligatoires contre lesquelles nous luttons. Et nous continuons de résister à notre niveau, on ne baisse toujours pas les bras ! Même si les gens les plus susceptibles de nous soutenir ne le font pas forcément ; où ne le peuvent tout simplement pas car leurs priorités sont ailleurs. Nous connaissons aussi la précarité.

L'éventualité du livre numérique a donc été soulevée, mais étant donné que la plupart de nos livres ont vu des contrats d'édition pour des livres papier, il nous faudra négocier des avenants avec les éditeurs concernés mentionnant cette nouvelle close, et bien sûr leur proposer un pourcentage.Tout cela sera étudié en temps voulu, mais si nous le faisons, ces versions contiendront des mise en pages simples, avec juste le texte sans photos où illustrations (ce qui, par ailleurs, nécessiterait également un paiement de droits supplémentaires). Je suis désolé de saouler avec l'aspect économique du sujet, mais on ne peut pas bosser plus gratuitement que nous le faisons déjà. Et pour les gens qui veulent le vrai livre, le beau livre, ce sera toujours sur papier !


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La lecture est une réponse à l'ignorance selon toi ? Est-ce un modèle de lutte amoureuse ?

Ladzi : N'est ignorant que Steve! Plus on en sait moins on apprend. Oui, mais il ne s'agit pas de lire recroquevillé dans sa bulle sans jamais en sortir, ni rien faire d'autre, sinon ça peut avoir l'effet inverse. Tout ce qu'on peut vivre ou ne pas faire peut contribuer à l'éveil de toute une chacune. Est-ce que lire c'est agir ? C'est en tout cas certainement plus positif que les tartes dans la gueule... même si on en rêve ! Ah Ah !

Merci pour tes réponses.

CiaO))) XXX Bir


FINE


mardi, janvier 29 2019

STORMHAVEN ITW

Ce groupe de prog death rock m'a foutu une vrai mandale avec son dernier opus ''Liquid Imagery'', il sera en concert à Toulouse le 23/02 à l'usine à musique pour interpréter l'album dans son intégralité. C'est Zach, guitariste-chanteur-compositeur qui répond à l'ITW.


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Pouvez-vous présenter le groupe, sa création en 2010, sur quelle base musicale ? Quelles sont vos envies alors ? Quel souhait aujourd'hui ? Comment apporter un regard neuf ? Se renouveler à chaque album ?

J'ai créé Stormhaven en finissant mes études en musicologie en 2010 à Toulouse. Pendant 3 ans, Régis et moi avons travaillé pour notre diplôme en jazz et, une fois cette étape passée, nous étions prêt à nous lancer dans un projet sérieux. Une fois que j'avais quelques riffs en stock, j'ai contacté un batteur (Alban) et un bassiste (Jo) qui étaient à la recherche d'un groupe.   Au début on ne savait pas exactement ce qu'on voulait. Sûrement quelque chose d'un peu technique, avec des gros riffs et des bonnes parties au clavier. Mon idéal aurait été d'avoir un chanteur/frontman type «Russell Allen» car, à l'époque, ni Régis ni moi pensions endosser ce rôle, on ne pensait pas inclure du chant guttural dans le projet.

Après quelques auditions décevantes nous avons décidé d'arrêter les recherches là et de voir ce que l'on pouvait faire nous-mêmes. Aucun de nous deux n'avait vraiment l'âme ou la personnalité du vrai frontman donc nous avons décidé de faire le job à deux, ce qui rendait la tâche bien plus atteignable.

Huit ans après la création du groupe, on est toujours en train d'écrire ,de jouer de la musique, de déconner ensemble en répète, c'est ce qu'on adore faire ! Nous sommes toujours à recherche d'endroit où nous pouvons jouer notre musique.  

Le premier EP ''Mystical Journey" date de 2014 puis l'album "Exodus" en 2016 que vous avez considéré comme le fondement de votre identité musicale pour les années à venir. Comment la définissez-vous ? (La connotation Death metal progressif semble très réductrice si l'on voulait définir votre musique). De par vos multiples influences (je suppose), mais pour épurer, Symphony X et Opeth sont est une grande influence dans votre musicalité ? Il y a du Gojira à l'intérieur de votre ADN  ?

Oui Exodus était pour nous un nouveau départ. Nous avions dû nous séparer de notre batteur (Alban) avant l'enregistrement car le niveau technique était trop élevé. C'est après quelques mois de recherches que l'on a trouvé Quentin qui ne tarda pas à enregistrer les parties sans problème. Depuis ce moment là, le line up n'a pas changé et j'espère garder l'équipe le plus longtemps possible car chacun apporte quelque chose d'unique au projet.

Pour ce qui est des influences on peut citer Symphony X, Opeth et Enslaved comme étant nos «piliers» d'inspiration. Gojira est évidemment quelque part dans notre ADN mais n'a pas une place centrale.


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Mais vous devez une grosse partie de vos fondations à Deep Purple, Cream, Hendrix et Iron Maiden ?

Oui, ce qui fédère l'équipe va être Maiden !!  On est tous fan dans le groupe. Si on a de la route à faire ou du temps à perdre avant de jouer on va se tourner vers une bonne playlist Maiden pour se motiver.   

Pendant mon adolescence j'ai écouté de nombreuses fois des lives de Deep Purple. J'ai dû acheter le fameux "Live in Japan" plusieurs fois car je le manipulais trop ! Un ami à l'époque m'avait dit que Hendrix jouait 8h de guitare par jour ! Je ne savais pas que c'était possible, j'ai admiré cette légende pour ça.  

Pour nourrir sa musique il est nécessaire de butiner le pollen d'autres groupes, d'autres musicalités ?

Evidemment ! Notre groupe est catégorisé "Death Metal Progressif" mais c'est malgré nous. On adore tellement de styles de Metal différents : le Death, le Black, le Prog (of course !), le Thrash, etc; d'autres styles aussi : Folk, Blues, rock, etc. Nous avons du mal à nous cantonner à un style d'écriture et je pense que ça ressort dans notre musique.

Est il possible pour un progressiste du metal de ne pas parler de Dream Theater et de Steven Wilson en 2018 pour définir un metal progressif complexe, profond, captivant, brillant ?

Nous avons tous écouté Dream Theater à un moment donné, les structures complexes de ce genre de groupe ont forcément forgé nos goûts, nos oreilles… Il est évident qu’un grand batteur de prog comme Portnoy a fasciné et influencé Quentin par exemple. On préfère tout de même les débuts de DT.

Steven Wilson, personnellement je l’ai découvert bien plus tard, Porcupine Tree était un peu passé à la trappe malgré moi. Mais mieux vaut tard que jamais! Je suis d’ailleurs allé voir Steven Wilson au Bikini cette semaine et le concert était grandiose et inspirant.


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Peux-tu présenter les différents membres de Stormhaven et leur passé musical ?  

(Je sais par ailleurs que tu es franco-américain, et que tu as commencé à apprendre la guitare par le blues, d’ailleurs pendant un temps dans Blue Meadows, groupe de power blues avec Quentin batteur de Stormhaven depuis 2016, dont le troisième album "Drinkin' Cheap Whiskey" est sorti en 2017.

Zack et Régis (chant/clavier/) vous vous êtes rencontrés à la fac de musique. Quelle Fac ? Qu'est ce que vous gardez de cette formation/éducation ? Est ce qu'il y a justement chez Stormhaven des éléments musicaux provenant d'autres styles que le metal/blues/folk ? (et que vous avez étudié à la fac de musique)

Régis et moi nous sommes rencontrés à la fac de musicologie Toulouse Jean Jaures où nous avons obtenus notre licence Jazz. Cela nous a appris à comprendre les structures complexes de la musique et nos donner de bonnes bases pour comprendre et composer de la musique. La musique Jazz même n’est néanmoins pas trop notre truc.

Moi j’ai également fait le conservatoire de solfège classique.

Jo n’a pris que quelques cours de basse, la passion est essentiellement son moteur. Quentin lui a fait une école privée de musique actuelle, là où j’enseigne depuis 8 ans.

Musicalement en plus du metal, du jazz et du blues il n’y a pas d’autres styles bien particuliers que nous pourrions citer précisément, les influences sont tellement diverses, on ne se pose pas vraiment cette question quand nous composons.

Vous avez la spécificité depuis « Exodus » de créer des concepts albums. D'où vous vient cette envie (cet égarement pour les non-progressistes) ?  

L'idée même d'Exodus m'est venue lorsque j'ai découvert "Crimson" de Edge Of Sanity. C'est une histoire fictive parlant d'un futur sombre et sur l'album il n'y a qu'une piste de 40 minutes. Encore une fois j'ai découvert une manière nouvelle de raconter une histoire que je ne pensais pas possible, et je trouvais ça génial. Pour entendre les riffs de fin tu es obligé d'écouter depuis le début. Avec Exodus, les autres membres du groupe ont réussi à me persuader de découper le morceau en plusieurs pistes par facilité d'écoute et de jeu live mais l'idée reste la même: il faut raconter une histoire.


  On va parler de votre nouvel album. Comment s'est passée la création ? l'enregistrement de « Liquid Imagery » ? Avec qui et où ? Êtes vous satisfaits ?  

La prochaine étape pour moi a été la découverte de "Visions" de Haken. Encore une fois un album concept où la musicalité et l'histoire se suivent à la perfection. L'un se nourrit de l'autre tout le long. Dans l'écriture de "Liquid Imagery" je voulais tout simplement produire quelque chose de similaire. Exodus a été pour moi aussi la première fois que j'enregistrais les guitares seul chez moi. Cette fois-ci j'avais un peu plus d'expérience donc j'ai su un peu mieux m'organiser. Tout d'abord nous avons enregistré les parties batterie à Dismalsound Studios.Tout les reste a été fait chez moi. Nous sommes retournés au studio pour faire le mix donc quelques mois après seulement. Le mastering a été fait par George Bokos de Grindhouse Studios à Athènes. Au final, nous sommes extrêmement fiers du résultat.


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C'est un album concept, sur les derniers instants d'un homme sur un bateau perdu en mer et qui va affronter une tempête. On pense à la nouvelle d'Ernest Hemingway « Le Vieil Homme et la Mer » et de l’homme seul face à la grandeur et la puissance de la nature, et de la condition de l’homme. Que pouvez vous en dire ? Pourquoi raconter cette histoire ?

L’histoire m’est venue au fil de l’écriture, je n’ai absolument pas cherché l’inspiration dans un livre. C’est un peu difficile d’expliquer clairement comment m’est venu ce thème. Je compose un peu à l’instinct, c’est plus en réécoutant plusieurs fois mes compos que j’arrive à me projeter quelque part et ensuite réellement construire une histoire, et bien évidemment écrire les paroles.

  Les morceaux sont moins longs que le précédent. Pourquoi ?

Avec un peu plus d’expérience j’arrive plus facilement à découper des chapitres. J’essaye aussi de me mettre à la place de l’auditeur sinon je pourrais écrire des morceaux de 15 ou 20 minutes à chaque fois, haha. C’est tout de même bien de pouvoir jouer différents morceaux et albums en live, surtout quand on a 45 minutes de set par exemple.  

Il y a du mouvement dans vos structures, les climats changent aussi, pourtant vous avez aéré tout cela comme un appel d'air. Cela me paraît crucial chez vous que votre musique ne croule pas sous le poids d'une indigestion. Pourtant vous n'avez pas l'air de vous restreindre en terme de créativité, vous étoffez sans cesse mais sans jamais asphyxier. Il y a un super dosage Stormhaven ?

Uhm...MERCI ! Quand on crée, on se projette et on espère que les auditeurs vont pouvoir se plonger facilement et intensément dans l’histoire. On fait du mieux qu’on peut en tout cas et, si la magie opère alors on est heureux.

Vous arrivez à plonger l'auditeur dans cette histoire avec une part très sombre, tout en apportant d'autres couleurs à cette noirceur, mais sans mélancolie. (Enfin pour moi du moins). A cet effet je voulais avoir votre opinion sur la façon d'apporter d'autres couleurs, est ce pour donner de l'espoir à cet homme ? Pour montrer sa lutte pour survivre ? Est ce que cette mise en abîme est une façon pour vous de donner de la voix à votre existence musicale ?

Pour moi, Stormhaven est le fait d’exploiter tout un tas d’univers musicaux, divers styles et utiliser plein d’outils. Même si une histoire se termine mal, cela ne veut pas dire qu’il faut se plonger dans une noirceur absolue, sinon on aurait peut-être fait du post black haha.

Dans Liquid, l’histoire racontée est une lutte pour survivre, il y a d’un côté une profonde envie de vivre qui est une pensée plutôt positive. D’un autre côté la fin étant inévitable, le protagoniste le sait dès le début, la fin peut donc être perçue comme une délivrance.


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Il y a de superbes solos sur ce nouvel album. Comment vous composez/construisez vos solos ? C'est inné ? Vous suivez une gamme spécifique ?

Les solos pour cet album ont été composés pendant l’enregistrement, je n’aime pas écrire des solos car je n’aime pas faire tout le temps les mêmes. Là encore c’est un peu à l’instinct selon l’humeur et le morceau.  

Vos structures progressistes sont à la fois tortueuses et délicates. Cette forme de dualité est un partie pris ? (Dualité que l'on retrouve dans le chant). Pouvez-vous l'expliquer ?

Parfois l’histoire se répète et parfois non, parfois le temps semble s’accélérer, d’autres fois être figé. L’histoire est tout en progression, la musique aussi je suppose.  

Pour le mixage et l’équilibre des compositions, quel(s) choix avez-vous fait -  ou/et concédé ?

Nous avons essayé de trouver un équilibre entre les différents instruments, ce qui n’est pas évidement. La guitare et le clavier doivent ressortir un poil plus afin de poser les ambiances. Quand on mix on écoute tellement de fois les morceaux qu’on n’est pas sûrs à 100% d’atteindre l’équilibre parfait mais on y passe énormément de temps pour que le rendu soit le mieux possible. C’est un travail d’écoute, de patience et bien entendu d’équipe, en tout cas chez Stormhaven.


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Comme vous êtes basé sur Toulouse, êtes-vous allés à la première édition du festival de Metal progressif « Very Prog Festival » le 12 et 13/10/2018 ? Si oui quel est votre meilleur concert ?

Le fait d’avoir vu des icônes telles que Portnoy, Sheehan...ça reste un moment inoubliable, l’ambiance était super pendant le concert de Sons of Apollo. Le concert de Caligula’s Horse était magique aussi.

Pour 2019 le festival se nommera Ready For Prog, vous y jouerez ?

A priori non, mais on ne lâche pas l’affaire !

Pas trop loin non plus de la ville Rose, est ce que vous connaissez le festival Rock In Opposition ? L'Xtremefest ?

Rock In Opposition ça ne me parle pas et l’Xtreme Fest oui, Quentin y a joué avec son autre groupe, Tempt Fate et nous sommes souvent festivaliers.

Je voudrais votre regard en tant que musicien progressiste sur le drone Metal dont les structures bougent à peine mais qui partage entre autre avec le metal progressiste la volumineuse durée d'un titre sans structure classique (couplet/pont/refrain) ?

Je ne connais pas assez le Drone pour t’en parler.

Quel futur pour Stormhaven ? ( C'est l'instant promotionnel)

Stormhaven sur les planches en compagnie d’Opeth ?!

Mais sinon, faire plaisir aux gens et continuer à nous faire plaisir en faisant évoluer le projet du mieux qu’on peut.

Je te remercie pour le temps que tu m'as accordé.

Un grand merci à toi.


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jeudi, décembre 6 2018

TUT TUT VROOM VROOM


GO FAST

Les Culicidés, surtout appelés moustiques ont un rôle dans les écosystèmes. Ils sont source de nuisance par les piqûres qu’ils infligent et sont le plus important groupe de vecteurs d’agents pathogènes transmissibles à l’être humain. Ils présentent la caractéristique d'être muni d'antennes longues et fines à multiples articles, des ailes pourvues d’écailles, et des femelles possédant de longues pièces buccales en forme de trompe rigide de type piqueur-suceur.

Il n'existe qu'une espèce de Cannibal Mosquitos dans l'hexagone, rareté exemplaire et unique en son genre pour redonner le sourire avec un mélange de jerk-surfique Rock'n'rOlliën et de twist-rOckabürlesque.

Il serait parjure pour le WBZ de ne point donner la parole à ce vecteur de culture populaire, et vous offrir très chères lectrices et lecteurs l’outrecuidance liberté de ton de ces bizzzzzzzzzarres moustiques cannibales par le biais d'une interview primesautière.




Une présentation de l'orchestre s'impose et des différents groupuscules des membres de CM ayant électrifiés dans d'autres styles/groupes si c'est advenu ?

Tous les trois : Et bien pour l'orchestration :

Pat Mosquitos : Je joue de la basse, je viens particulièrement du punk rock, j'ai fondé avec El Cannibal ISP, joué dans Sons Of buddha, Bad Chickens... aujourd'hui je chante dans Shit Storm du punk hardcore et joue et chante dans Whore, un groupe de punk également...

Airwesh Mosquitos : je joue de la batterie, je viens du métal et du punk, j'ai œuvré dans Swine Punch du fast hardcore, Hardcore Anal Hydrogen de l'électro indus métal...(ndlr : groupe frappadingue que je conseille chaudement). Je joue actuellement dans Whore et Little Box, un groupe de punk rock...

El Cannibal : Je joue de la guitare, je lance aussi des samples et fait les montages vidéos... J'ai fondé avec Pat ISP et je joue et chante actuellement dans les Sauvages, un groupe de rockabilly assez primitif...


CRASH TEST

La date de création de Cannibal Mosquitos est au début des années 2010, c'est une expérience d'hybridation de laboratoire qui a mal tournée ? Une nouvelle espèce due au réchauffement climatique ? L'unique réponse au marasme quotidien, ou que sais-je encore..?

Airwesh : Tout à fait, après une soirée de mélange avec différents produits issus de laboratoires divers et variés, mais aussi avec l'apparition de l'arrivée dans nos contrées d'espèces venues du sud, et qui se sont parfaitement acclimatées dans nos contrées. Personne ne pouvait échapper à la naissance des moustiques vengeurs !

El Cannibal : En effet, on pourrait rajouter que Cannibal Mosquitos sont trois insectes certes énervés mais également pas très crédibles ! Leur but unique est d'obliger ceux qui viennent les voir en concert à twister ! Dans leur Surf musique, le public sera exposé à leurs ajouts de samples plutôt comiques, et de diffusions sur leur télévisions réparties sur la scène avec de petits bijoux de séries B, et de vieux films oubliés....

Pat Mosquitos : La passion des CM est le rock'n'roll, nous sommes énervés mais nous jouons pour les jeunes révoltés, et aussi les moins jeunes révoltés...


PIQÛRE DE RAPPEL

Chaque album est un concept en soi ?

El Cannibal : Le premier album est sans thème, mais à partir du second « Surfin Love Party » nous évoquons l'érotisme, notre 45 tours « Porno Piccolo » est orienté sur la pornographie et sur notre dernier « Vroom Vroom », les bagnoles et les motos !

Airwesh : Nous efforçons à chaque album de sélectionner un thème, cela se passe en général lors de soirées apéritives où chacun émet le souhait de choisir une thématique. La plus originale l'emporte évidement.

« Cannibal Mosquitos Surprise Attack » en 2011 a libéré une piqûre surfique mêlant rock'n'roll sixties, castagne sonique, et plus si affinités...Quel est votre regard sur cet album, sur cette période ?

El Cannibal : Pat et moi sortions nouvellement de la fin de ISP. Les CM a été une nouvelle histoire, une sorte de continuité punk en jouant un style que nous aimions depuis longtemps. Ce fut une période de rebondissement en créant ce groupe. Nous avons dans la foulée sortie « Cannibal Mosquitos Surprise Attack », du gros son qui sature, des morceaux qui vont à l'essentiel ! Cet album nous a propulsés dans la scène surf, une super période, de super tournées et festivals dont le Surfer Joe en Italie...

Airwesh : Pour ma part c'est l'album qui a lancé le groupe. C'est un peu la marque de fabrique du groupe, tous les morceaux ont été enregistrés sans retouches et en one-shot, d’où le son très garage et énergique. Les albums qui viennent ensuite sont plus classiques, mais nous souhaitons fortement revenir aux sources, et à ce son pour les prochains albums.

Pat Mosquitos : Pour moi c'est mon album préféré ! Il est suintant et bien garage ! Nous l'avons fait avec notre premier batteur Ludo, un punk qui joue dans Good Good Things, Primitive Agression... Nous l'avons enregistré bien à l'arrache. J'ai beaucoup apprécié.

Vous avez participé à des compilations aussi ?

El Cannibal : Oui nous figurons sur plusieurs compilations, « l'appel de la surf musique » avec le morceau « Nice flip flop twist », « génération Sheriff » avec le morceau « Non, non, non », « Compilation Cafzic Fanzine » avec le morceau « TF 1 Get Off the air » et la dernière en date « Overdrive Conspiration » que l'on trouve sur bandcamp uniquement avec le morceau « Viva los Cannibal Mosquitos ».


succion sanguine

Le très burné « Surfin Love Party » en 2013 a lascivement poussé l'excitation aphrodisiaque jusqu'à cet orgasme auditif que Franky Vincent essaye en vain d'accomplir à l'aide de bois bandé, de corne de rhinocéros et de poppers. Vous aviez envie de vous frotter au lieu de sucer à l'époque ? C'était quoi le trip cette fois-ci ? Vous avez encore vos vieux téléviseurs en tournée ?

Airwesh : Nous étions en pleine période d'été, le soleil, les longues journées de chaleurs moites. Cette ambiance a fait darder tous les Moustiques. Il nous a pris l’irrésistible envie de diffuser du love en son et en image sur nos téléviseurs cathodiques.

El Cannibal : Un vieux fantasme mis en album peut être... La faute de nos conversations passionnées et effrénées sur le sujet lors de nos répétitions, ou trajets en camion... En tous cas c'est le constat de ses films érotiques de M6 regardés en cachette le dimanche soir, ses premières vhs que nous nous échangions dans nos sacs à dos, ou les récits érotiques racontés à la radio par la radieuse Brigitte Lahaie...Oui un petit exutoire sur le sujet vaste de l'érotisme avec un côté fun, histoire de faire passer le tout en dansant... Nos téléviseurs sont toujours de la partie, à chaque thème, de nouveaux montages vidéo !

Pat Mosquitos : Je pense que nous sommes fidèles à nous même... Nous avons fait cet album assez facilement...

J'ai l'intime conviction qu'à chaque album vous égrenez des piques dont on retrouvera le dard venimeux dans l'album suivant. Avez-vous la sensation que votre discographie suinte une cohérence ?

Airwesh : Nous nous efforçons à chaque album d'évoluer et de changer de thème, d'ambiance (notamment parce que nous n'avons pas toujours enregistré dans le même studio). Malgré tout cela le son des instruments se ressemble depuis le premier album, et est reconnaissable au fur et à mesure que la discographie évolue.

El Cannibal : Probablement, difficile à dire puisque à chaque thème nous épuisons à peu près le sujet pour chaque album. On rebondit sur un nouveau thème, à chaque fois... Laisse-nous encore deux, trois albums et puis on fera un point (rires...)

Pat Mosquitos : Nous sommes cohérents à chaque album et nous avons toujours le même son basique, même si les enregistrements diffèrent. Le fil conducteur est que nous enregistrons toujours sur la brèche, dans le rouge... On se met en danger puisque une fois que les morceaux sont créés, on les enregistre dans la foulée...


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« Il trajedie Dell Autostrada » est un titre de « Cannibal Mosquitos Surprise Attack » qui aurait très bien pu figurer dans votre dernier opus (chroniqué en ces pages subliminales), le bien nommé « Vroom Vroom » ?

En cœur : Exact !

Airwesh Mosquitos : Il figure encore sur notre set list !

El Cannibal : La seule explication serait que le premier album contient pas mal de futur thème nos prochains albums... à méditer...

Oui du coup cela rejoint la question précédente sur la cohérence de votre discographie.

Vous avez pris le temps pour ce nouvel album, pourquoi ?

El Cannibal  et Airwesh : Oui celui-ci a pris pas mal de temps ! Il y a eu après le second disque pas mal de changement, nous avons quittez le label « Dirty Witch » qui a co-produit le premier album, produit le second. Le temps de composer était court puisque nous sommes tout le temps en train de jouer, nous ne nous sommes jamais arrêtés, beaucoup de week-end, de tournées...Mais nous avons entre temps sorti notre 45 tours « Porno Piccolo », et nous voulions le sortir avant notre troisième album. Pour finir nos vies personnelles sont, je dois dire, assez chargées. Notre signature sur notre nouveau label « Savage Cannibalism Records » (rires..), a remis tout cela en place doucement...

Airwesh : Hélas nous ne sommes que des Moustiques amateurs et notre petit quotidien de vie d'insectes influe sur nos compositions. Il y a certains morceaux aussi où l'inspiration est immédiate, et d'autres non. Ceci explique ce temps long pour construire les morceaux...

Pat Mosquitos : Nous avons des vies bien chargées, jobs, enfants... du coup c'est une organisation très serrée.

C'est quoi le road trip de Vroom Vroom ?

Airwesh : au départ, c'est prendre le volant à bord d'une berline américaine des années 60, s'arrêter à une station-service et faire une rencontre complètement inattendue. On reprend ensuite la route parmi les routiers et on roule jusqu'à la prochaine étape...

El Cannibal : Cet album est un hommage au moteur thermique qui permet aux petites gens de se déplacer, voyager au volant d'une caisse, un van ou une moto... on évoque dans ce disque des anecdotes comme des rencontres étranges, des discutions d'embouteillages, des séries avec comme héroïne une voiture...

Pat Mosquitos : Le road trip « Vroom Vroom » c'est El Cannibal qui adore les bagnoles, surtout les anciennes, moi, je préfère les accidents !


tapette pour moustique cannibale

Au niveau des textures sonores vous avez voulu une différence par rapport à vos albums précédents ?

El Cannibal : Enregistrer dans un studio pro a été vraiment différent de ce que nous faisions d'habitude ! Enregistrer en one-shot, faire quelques bricolages pour faire sonner le tout, alors qu'au Magic Studio, Nicos nous a fait enregistrer pas à pas, j'ai pu faire mes guitares pas à pas au lieu de jouer dans l'urgence. Nous voulions vraiment tenter l'expérience et voir ce que donnait le résultat. Le truc assez incroyable, est que nous avons gardé l'énergie de notre musique malgré un son plus soigné et clair.

Pat Mosquitos : Oui nous avons voulu essayer un autre studio, nous allions au NSR studio en général, alors du coup, ça a changé notre façon d’enregistrer. Pour moi c'est une super expérience et je trouve le résultat plutôt cool !

Airwesh : Quand nous enregistrons, nous jouons les morceaux en live et on essaye de les jouer à peu près correctement. Pour le son on se règle comme pendant les répétitions, c'est ce qui va définir les textures sonores. Le ressenti, les intentions et les émotions ont aussi leur importance au moment où nous jouons. Le studio ainsi que la prise de son jouent également sur l'ambiance de l'album. Nous ne cherchons pas à travailler une texture en particulier. Ce n'est que du feeling.

On peut se procurer cet album où ?

Airwesh : A bourg de Péage (rires...)

Pat Mosquitos : Dans les disquaires ou nous laissons nos albums (Dangerhouse à Lyon, mais aussi en Suisse, Belgique...), dans les distros, de groupe, de bars, de labels comme Monster zero records en Autriche, dans nos concerts évidement, tu me trouveras au stand et pour finir sur la page fb du label.

El Cannibal : oui tu nous contactes sur notre page en message privé et nous te postons le disque...



Vous sucez jusqu'à la moelle la trinité Surf-rockab'punk ?

Airwesh : Je ne comprends pas la question, mais je dirais que oui...

Pat Mosquitos : je dirais plus le Surf Garage Punk

El Cannibal : Nous venons du punk, on retrouve le style dans notre jeu c'est clair, le rockab et aussi le Psychobilly sont deux styles dont je m'inspire beaucoup, le premier pour le coté roots du rock'n'roll et le second pour l'énergie qu'il dégage !

Vos albums étaient édités par Dirty Witch records, « Vroom Vroom » est lui chez Savage Cannibalism Records, votre label. Ce choix D.I.Y est dû à une nécessité, à quoi ?

El Cannibal : Comme je te le disais un peu plus haut, nous avons pris la décision de quitter Dirty Witch, par choix de liberté si j'ose dire, et de vouloir diriger à 100% notre musique, même si c'est un peu utopique... Notre nouveau label, car on débute vraiment, nous a donné cette liberté, mais en revanche, c'est un travail gigantesque... de plus je compte bien que ce label gère également d'autres groupes que nous, nous avons dans le futur quelques coup de cœur que nous aimerions signer c'est sûr...

Airwesh : Nous avons passé de très bons moments avec Dirty Witch, c'est ce label qui a lancé le groupe, mais au fil du temps, il y a eu des divergences entre le label et le groupe. Nous ne sommes que d'éternels adolescents qui n'en font qu'à leur tête alors que le label prenait la place d'un parent qui essayait de faire preuve d'autorité. C'est pour cette raison que nous avons préféré créer notre label et nous organiser comme bon nous semble.


SPRAY INSECTICIDE

Vous surfez la vague éternelle du rock'n'roll comme si à chaque fois c'était la dernière ?

El Cannibal : notre fonctionnement est l'urgence, faire les choses sur le fil du rasoir, donc on joue notre musique comme si c'était la dernière fois...

Airwesh : Comme le dirait l'artiste engagé Lenni-Kim : Yolo ! Notre vie de moustique est éphémère et notre vie de surfer aussi. On ne pourra pas piquer tout le monde !

Pat Mosquitos : Le rock'n'roll est immortel !

Link Wray a t'il défini à lui seul la métamorphose du rock ? Comme quelque chose de simple, puissant, efficace, allant à l'essentiel de manière primitive ?

Airwesh, Pat et El Cannibal : Link Wray nous a largement inspiré, nous sommes d'ailleurs très fan ! Nous essayons produire des morceaux simples et efficaces tout comme il le fait, mais c'est un exercice très difficile !

Il y a dans vos titres des lignes mélodiques qui font des clins d’œil à des musiques que l'on a entendues sans que l'on se souvienne forcément de quoi il s'agissait. Est-ce un jeu pour vous ?

Pat Mosquitos : nous puisons notre inspiration partout ; dans des films, des cartoons, des pubs, des vieilles séries...

El Cannibal : Oui c'est jeu, bien drôle et difficile à faire surtout ! Nous ne reprenons pas du tout (à part nos reprises) des riffs qui existent déjà... nous en faisons mais dans un ordre différent, ce qui permet de faire un peu d'originalité... mais on nous dit souvent cela en concert...

Airwesh : Lorsque nous sommes en tournée et pendant les grands trajets, nous adorons écouter des chansons cultes populaires voir originales. C'est sûrement grâce a cela que nous nous inspirons et trouvons quelques lignes mélodiques...


RACE KID

On sent une véritable passion pour le twist, le jerk, les standards épiques des sixties que l'on entendait pendant le bal du 14 juillet ou des fêtes de village ?

El Cannibal : C'est sûrement une nostalgie d'une certaine époque, moi je n'ai pas connu celle-ci, ma période bal du 14 juillet fut dans les années 80 et 90, il y avait du rock, pas vraiment des sixties...

Pat Mosquitos : Si tu le dis, je ne suis jamais allé dans les bals des sixties, mais ça doit y ressembler.

Airwesh : Ce sont des styles que nous avons toujours aimé, mais jamais vraiment osé jouer. On les apprécie d'avantage depuis qu'on les joue dans Cannibal.

Cannibal Mosquitos c'est une vie de rock'n'roll, une rasade d'humour, une musique jubilatoire aussi torride que gargantuesque, l'attaque frontale de tous les épidermes sans distinction, et quoi d'autres encore... ?

Airwesh : Ce sont des reprises décalées, des samples cultes, des diffusions d'images rétro, de l'autodérision en costume, de la transpiration sous les masques, du twist en pagaille, bref une piqûre de jouvence.

Cannibal Mosquitos : c'est pour moi le groupe rêvé, on peut jouer un grand nombre de morceaux, reprendre les morceaux que l'on veut, jouer n'importe où, et surtout, avec des moments où nous disons sans retenue n'importe quoi !

Sur scène vous portez un masque intégral de moustique vengeur et une combinaison orange. Le masque est-ce une référence au groupe de surf d'Amérique Latine ? Pour la couleur orange, êtes-vous en fait des moines shaolin, où est-ce un renvoi au défoliant chimique l'agent orange ?

Pat Mosquitos : En sortant de Guantánamo, le gouvernement américain nous les a offert et comme ils nous ont torturé au visage, on a mis les masques pour ne pas avoir à s'expliquer!

El Cannibal : Oui les masques sont un clin d’œil aux groupes mexicains, la combi orange, en fait... j'aime bien l'explication de Pat !

La surf possède un lexique musical, une dramaturgie mélodique, des sonorités réverbérantes, des codes bien établis tant sonores que visuels, votre approche dépend de tout cela et qu'avez-vous inoculé de plus ?

El Cannibal : oui il y a quelques codes inévitables, nous, en revanche, je pense que nous avons cradé le son, mis un peu plus d'énergie par rapport aux groupes classiques que j'adore, et mis du visuel à fond, je parle des tenues et des télévisions.

Pat Mosquitos : La Surf Classique peut être parfois ennuyante, nous, nous la jouons à notre façon ! Avec la folie du groove et un son bien dégueulasse, comme les Mummies (groupe de garage punk).

Airwesh : Notre approche dépend de tout cela bien évidemment mais aussi des groupes avec qui on a pu jouer, ou que l'on a vus sur scène et qui nous ont inspirés... On se rend compte que la surf musique est un vaste milieu et que beaucoup de groupe la représente. Et tout moustique que nous sommes, nous essayons tant bien que mal de nous nourrir de tout cela. Nous nous sommes bien fait inoculer !

Le burlesque est-il la marque de votre succion ?

Pat Mosquitos : peut-être

El Cannibal : oui !

Airwesh : ouais !

Est-ce qu'avec Vroom Vroom on peut enfreindre les codes de bonne conduite en écoutant cet album avec un volume élevée sans craindre un joint de culasse ?

El Cannibal : Pas la peine de faire un plein d'essence, de faire le niveau d'huile ! Tout à fond dans le rouge, avec l'autoradio à donf, le coude par-dessus la portière, et let's gooooooooooo!! Tant pis pour le joint de culasse!

Airwesh : Avec «Vroom Vroom» tout est possible. La maréchaussée vous respecte, elle vous craint, et le plus génial, pas besoin d'entretenir ton moteur !

Pat Mosquitos : Bien sûr! Tu peux doubler par la gauche et conduire complètement bourré au vin rouge !

Cet album marche-t-il au super, au sans plomb, au diesel, à l'électrique ?

El Cannibal : Au vieux super, qui sentait super bon dans les stations-services !

Airwesh : au super assurément!

Pat Mosquitos : il marche plutôt au rock'n'roll, c'est un carburant assez bon marché !

La question que vous souhaitiez que l'on vous pose (et il faut y répondre) ?

Pat Mosquitos : Question : Est-ce que je peux voyager dans ton cerveau et en revenir indemne ? Ma réponse : non...

El Cannibal : ok, la question : Maintenant que vous avez complètement révolutionné le monde de la surf musique, tous les autres groupes sont désormais dans l'oubli tellement vous êtes plus que génial ! A chaque écoute de vos disques, votre public pleure de joie ! En fait, vous n'avez vraiment plus rien à prouver! En avez-vous conscience? La réponse (sur un air aigris) : ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiie !

Je vous laisse le mot de la fin...

Pat Mosquitos : Les CM c'est de la bombe atomique, achetez nos disques et faîtes nous jouer ! On fera tout pour faire les fous !

El Cannibal et Airwesh (En cœur) : un grand merci à toi Bir ! Nerver forget, Let's Surf! Let's Twist !

Bizzzzous !


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