WALLABIRZINE

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Tag - PuNk RoCk

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dimanche, mai 26 2019

HEAVY HEART – Love Against Capture


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Faut il avoir un cœur d’artichaut pour apprécier Heavy Heart ?

Je ne sais pas. Chacun est différent, ce que je vois et que tout le monde peut voir sera perçu/vécu différemment.

Pourtant il me semble impératif de ne pas nuancer cet apport essentiel que l'on ressent fortement à l'écoute de cet album. Puisque les (nos) choses enfouies tremblent à l'intérieur en une résonance subtile et profonde.

C'est une harmonie de couleur douce, une chaleur mélancolique, une grenadine sur le cœur, c'est certain. Mais comment ces quatre jeunes hommes ont réussit à varier ces variations émotives en une musique fiévreuse, intense ? Qu'importe comment tu nommes, pop punk, punk rock, emo, là n'est pas l'importance, puisque c'est une explosion de caramel. Dur et tendre.

Introspection, ferveur, intensité, tout est harmonie autour de mélodies parfaites, c'est troublant de lésions et de fissures, la lumière y pénètre, elle s'imprègne mélancolique et revient virevolter, légère, insoumise. Il n'y a rien de trop, tout est mesuré avec fluidité, simplicité, sa teneur est bouleversante car d'une netteté naturelle.

Le monde manque de joie, de douceur, de sensations, « Love Against Capture » en exsude la joliesse mélodique, vaporisant une harmonie capiteuse, en sécrète la magie par une pureté impétueuse.

Heavy Heart est un coup d'éclair sonique, il fait vibrer longtemps à l'intérieur, tout ressort débordant de vie, et relie à l'essentiel.


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samedi, mai 4 2019

LE DESERTEUR


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J'ai raison d'avoir tort, sincèrement, c'est mon instinct qui me fixe la limite à la raison d'être étrange et étranger à la fois.

La phrase apparaît comme énigmatique au premier coup d’œil mais comme accroche pour poursuivre votre lecture, vous avouerez que c'est efficace.

Quand j'arrive à l'intersection du café le Palmarium donnant sur la nouvelle place en granit, commune mondialement à toutes les villes désormais, un écran à l'extérieur indique que le Stade Toulousain a battu d'un point le Castres Olympique. Cette information anodine semble capitale dans les rapports humains de cette bourgade refaite à neuf, c’est pour cela que je vous l’indique. Je m'avance vers le Bar O mètre, le lieu du concert, et vers Olivier de l'asso La Lune Derrière Les Granges en train de finir une discussion téléphonique, je m’enquiers de prendre de ses nouvelles et des dernières soirées de la Lune. Nous mettons de l'espoir dans la présence du public tant il nous semble impensable de rater cette affiche.

Ahahahah ! Nous étions ces deux nigauds sur une petit place en train d'échanger de l'espérance, afin de se raccrocher à une constellation oubliée devant le vacarme d'un monde toupie branché au réseau narcissique. Il me semble même que l'on dit que c'est cocasse comme comique de situation.

Je me demande, tu vois, vu de loin, comme ça, tu ne connais pas, quand tu passes et que tu entends du punk rock, ou un truc affilié, tu ne t'es jamais demandé pourquoi ces gens hurlent à s'en péter la voix ? Pourquoi ils te semblent qu'ils font du bruit et pas la musique que t'entends à la radio ? Pourquoi dans ton bled il ne se passe rien qui passe à la télé ? Sur Internet ?

Attends, heyyyyyyyyy, qui n'a jamais entendu parler du WallaBirZine ?


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C'est bien ce qui me semblait.

Passons à la soirée proprement dite, enfin proprement...Le jeune trio *** BONELESS pratique le punk rock avec l'attitude des anciens. Ça joue à la sincérité, c'est à dire à fond comme dans le garage à répétition, avec comme unique dessein électrique d'en foutre plein les murs.



Finalement c'est devenu assez rare des jeunes pois sauteurs jouant du punk, et encore plus de s'en foutre pleinement si leur set n'a pas le niveau linéaire conforme à l'auto-Tune. Boneless en concert c'est l'insouciance de vivre vite et mourir de rire afin de profiter de chaque seconde, sans la main mise sur quoi que ce soit. Le groupe est à la fois nonchalant et bourré d'énergie juvénile.

Boneless n'a pas de style, juste l'envie, la fougue, l’énergie d'être différent. De choquer sans vraiment s'en rendre compte, un truc entre NOFX (prononcé noʊεfεks) et Sex Pistols. D'être bancal et libre de chanter à côté de la plaque. De cracher, de vitupérer, de hurler. Qu'importe l'interprétation, son côté rêche et foutraque est la marque d'une ambivalence de notre ère contemporaine où tout doit être accompli, calculé, contrôlé, dans une éradication de pureté. Boneless est dépravé, il est punk, dans sa définition de lutte, il invective comme les amateurs de fête de la musique chaque 21 juin, mais dans une ruelle sombre, et ceci toute l'année dans chaque rade qui lui prêtera de quoi salir les murs.

Leur dernier morceau a fini entre le MC5 et les Stooges dans une espèce de magma sonique gargantuesque. Tu vois il puise partout où il y a du rêche et de la révolte.

Nox le guitariste est Straight-Edge, c'est rare en Occitanie, son fanzine s'appelle Better Than A Fanzine un clin d’œil au band Better Than a Thousand de Ray Cappo (Youth Of Today, Shelter) il participe à deux organisations de concerts sur Toulouse, Caps & Dogs et La Fête Est Finie. Un bon gars quoi !


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Pourquoi je me sens isolé des autres et de leur modèle de vie, d'intérêts ?

Si chacun est libre de ses choix, on peut généreusement admettre qu'il y en a pas mal qui sont imposés, et le pire c'est que tu dois faire avec, bien souvent. Quand c'est trop souvent il faut bifurquer sinon tu te fais éventrer, bouffer tout cru. Je pense que la culture alternative est un système parallèle. De survie au départ, on en devient vite addictif, ce n'est pas le fait que l'on a réglé tous les problèmes, mais on en a déplacé assez, surtout les plus exigeants par une mesure reposante, et avec des personnes qui comprennent une bonne part de ce que tu ressens, qui tu es, et vers quoi tu tentes d'aller.

Il ne faut pas fonder toute son espérance dessus parce que l'on est pratiquement certain d'être déçu. Il n'y aura pas de miracle. Ne s'attendre à rien est un bon stratagème pour affronter sereinement la vie, mais elle devient vite monotone. Il manque ce désir que l'imagination active à travers la perception que l'on se fait, que l'on fonde pour y voir immerger la douceur, une acidité, une amertume, la violence d'une émotion que le cœur a interprétée. Même si dans la quasi-totalité des cas on se plante, qu'il est bon de se faire du bien. Parce que l'on cherche à - être bien, et par extension à être quelqu'un de bien. Personne ne souhaite être mauvais, d'ailleurs.

Je vous souhaite des désirs électriques, même enfouies, parfois même trop intime pour les divulguer parce que c’est trop fort, parce que l'on est timide, parce que trop de lumière vous aveugle. On est tous différents et on interprète tous différemment.

Quand il advient impossible de se représenter, et peut-être même d'être atteint, on ne peut atteindre personne. Les concerts sont des espaces de liberté et de rencontre commune. Il devient impératif que la jeunesse sorte de son isolement virtuel, et que les gens sortent de ce qui leur est imposé. Vous n'avez pas besoin de briller, juste d'être là et d'être qui vous êtes. De participer à votre façon, il n'y aura pas de jugement. J’ai déjà écrit ça, cela doit être du morse, une bouteille à l’amer stagnant avec les détritus plastiques polluant l’autre côté du monde.

Le concert était à prix libre, mais le public de Castres a préféré fêter la défaite, ailleurs. Je ne comprends pas comment on fait pour ne pas vibrer avec ce genre de musique, avec ces groupes humainement adorables ? La question est en suspens depuis toujours en fait. Dois-je encore plus m'isoler du jour contemporain puisque j'ai de moins en moins d'affinité avec lui ?

Le souci majeur c'est que je ressens cet éloignement comme la menace sociétale qui pèse de plus en plus sur la répulsion commune. On assiste démuni et secrètement peiné à l'avarie sans que l'on puisse interagir. Je ne peux pas, ne veux pas imposer quoi que ce soit, encore moins par une réflexion de contrainte. Il m'a toujours semblé que le dialogue était un parfait moteur d’éclaircissement, à la seule condition de trouver des interlocuteurs.rices capables de faire la part du chemin vers la réconciliation.

Je peux comprendre que l'on n'apprécie pas ce style musical, surtout dans l'hexagone, il n'a jamais bénéficié d'une réelle mise en lumière, certainement même caricaturé par une esthétique d'écorchés vifs avec canette à la main. Ce qui est assez cynique c'est que la plupart des fondements existentiels de cette communauté commencent à franchir les barrières de la normalité, mais maquillés différemment par d'autres qui ont eu la délicatesse narcissique de le prendre à leur compte, comme toujours.

Du coup on te condamne à être un rabat-joie, incapable de se connecter à la life, au game !


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Le WallaBirZine est une alcôve dans un univers parallèle, avec pour unique but de mettre une lumière sur une alternative. De là, on peut y voir l'autre monde s’enivrer de désirs matériels pour faire râler son voisin par excès de rage compétitive, constater que sa jeunesse se dématérialise parce qu'elle ne veut plus participer à la catastrophe annoncée depuis plus de vingt ans au moins. Son repli est dans le virtuel, elle communique ainsi et certains l'on très bien compris. La drogue est toujours aussi dure, remporte un maximum, et en plus elle est légale cette fois.

Je comprends que l'on ne puisse plus aimer dans ce monde, ou moins aimer. Mais rien ne peut m'empêcher d'aimer ce que j'aime. Je ne suis pas présomptueux, je sais entendre les éclairs noirs blanchir le cœur des choses enfouies à travers une musique que vous devriez apprendre à écouter. Ce que l’on perd comme insouciance, légèreté et désinvolture après la vingtaine se métamorphose en sagesse, clarté, et mélancolie.

Je ne suis pas quelque de beau, je me sais bon. Je ne sais pas séduire, je sais juste aimer. J'ai trouvé une utilité dans l'autre Galaxie alternative, si tu arrives par hasard ici je te souhaite la bienvenue, de te mettre à ton aise, et si l'on vient à croiser notre regard un jour, saches que le mien sera doux, profond et chaud, comme le Méditerranéen que je suis, et que je ne cesserais d'être. Je te dis cela si tu as besoin de quelque chose à quoi te rattraper pour me définir. Parce que j’ai l’amère sensation qu’il faut se définir désormais pour pouvoir se rapprocher les uns des autres. Montrer des intentions légitimes afin que chacun dans sa communauté respective appose la rencontre pour sortir de sa zone de confort.


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Puis la force sensible d’HEAVY HEART a pris la scène, comme mon cœur.


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J'ai toujours trouvé ce groupe touchant, il se dégage de leur musique une vulnérabilité émotive assez forte pour que vous posiez un genou à terre. Mais ceci c'est quelqu'un qui a déjà lu les romans de Raymond Carver qui vous écris cela, une personne qui est déjà tombé amoureux à plusieurs reprises rien qu'avec le flottement de cheveu derrière une nuque de fille. Je ne sais pas si on peut se comprendre, si vous pouvez être saisi par le tremblement que le corps transmet comme fragilité quand il se sait vaincu par une émotion folle.

J'en retrouve la transcription à travers la clarté dorée de la musique profonde et légère de ce groupe, aussi mélancolique et lumineuse à la fois. Cette musique ne fait pas que suggérer en moi un trouble. Elle me met en émoi face à sa beauté réelle ou imaginaire. Heavy Heart est un catalyseur émotionnel dont le besoin de s'éprendre à sa douceur, à sa force pour chaque mélomane tombé.e l'obligera de se prendre pour Indiana Jones afin de trouver un substitut musical.

Je vais même vous annoncer la terrible vérité, il n'y en a pas.

Troisième fois et troisième petite mort après leur set, je ne serais plus jamais le même après, je le sais, je revis dans la plénitude.


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Tu te rappelles du pamphlet que j’ai écrit au paragraphe précédent ? Ce n’était pas l'apitoiement du désespéré, c'était le déserteur qui te parlait.

Celles et ceux qui désirent reprendre du pouvoir sur leur vie devraient écouter THE ATTENDANTS . En matière musicale le groupe accorde la voie du post-hardcore monstrueusement bien à son incandescent album « Monster Chronicles ». Le trio est aussi coOol et pénétré en interview qu'une AG à Treillières, et ça c'est balèze.



Le groupe installe un sentimentalisme de reconnaissance nostalgique à travers les ricochets de son punk post-hardcore. Les zab ont conséquemment fait office d’ouverture chez eux, et aussi dingue c’est que dans leur musique il y a des allitérations des Burning Heads, enfin je trouve. The Attendants a interprété des titres de leur nouvel split Ep avec Heavy Heart.

Les canaris du punk rock se sont réunis autour d'un EP sans titre et d'une tournée propice à transfigurer un concentré sonique d’énergie vitale. C'est un disque de soutien aux caisses anti-répression du Grand-Ouest qui a été édité en 200 exemplaires au mois d'avril 2019, il se compose de trois titres par groupe, The Attendants dans la langue de Boris Vian en version post-HxC punk, et Heavy Heart dans le creux émotionnel intensif. Rencontre comme au temps de Michel Polac autour de ce projet généreux et combatif avant leur concert au Bar O mètre, organisé avec La Lune Derrière Les Granges.



Le trio a libéré l’axe post-punk de ses brisures soniques par un aspect que le punk rock ramène à une vérité crue. C’était frontal, savoureux, électrique, emporté.

La meilleure interprétation que l'on peut donner reste celle avec laquelle on se délaisse de tout pour en vivre intensément. C’était caractéristique du concert de The Attendants. Le groupe a joué serrer, sans retenue, avec une sincérité extraordinairement naturelle. Faisant fi de tout, si ce n’est d’être présent et donner le meilleur de lui-même.


Je sais au fond de moi que ce report ce n'est pas le genre de discours qui porte, parce que ce qui est important aujourd'hui c'est d'être là où il faut être vu. Le marché de l'économie est saturé de vice, la ligne occupée par des paroles de mots perdus au détour d'une publicité. Alors il faut que ça luise et reluire comme une barquette de frite bien grasse, parce que c'est toujours les meilleurs qui gagnent. Tu sais ce que c'est la gagne ? T'as déjà perdu alors.

Être vu ne t’empêchera pas de disparaître.

Le problème c'est que l’on n’arrive pas à vendre ce genre de soirée comme un produit accessible, à alimenter la curiosité, à donner l'envie de se déplacer. On pense que l'on est cool mais le cool est devenu une tendance de plus, un rien inutile enrobé dans un package étudié mais totalement expurgé de sa signification première, de sa pureté initiale.

Il faudrait que l'on se foute de cette situation, et que l'on continue notre délire comme on l'a toujours fait, intégré à notre mode de pensée, sans se soucier de rien, de quoi, avec qui. Aller de l'avant, avancer en ayant fait le pas de côté. Une chose est certaine rien ne se passera comme tu l'imagines. Tout arrive comme prévue, parce que quoiqu'il advienne, certaines choses doivent se produire.

Il n'y aura pas de victoire, il n'y a que le temps qui file, inexorablement, tu le sais, tu le sens, quand tu as fini de monter (grandir) c'est déjà la descente. Alors les mots se bousculent davantage pour exprimer les doutes et les regrets, les peines et l'espace restreint qui te gomme au fur et à mesure que tu te sens vieillir.

L'espoir s’assombrit uniquement si tu le souhaites, il n'y a pas de défaite, ce n'était qu'un concert de punk rock...Mais foutrement coOol. Il y en avait pour tous les goûts, mais il n'y avait pas grand monde, cette saveur est amère avec le recul, même si par l'inverse de grand monde, il n'y avait que des petits gens inconnus, il y avait nous, libre et commun, aimant sur la même vibration, pour une soirée lunaire, après la défaite de l'équipe de la ville, dans un coin du midi, loin de là où il faut être vu, mais pas entendu.



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mardi, avril 23 2019

THE YOOHOOS – Up Goes The Rocket


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Immensément ricain dans son style musical avec sa plasticité, agilité, vivacité, légèreté, facilité naturelle, pour qu'à la fois Teenage Bottlerocket, Chixdiggit et Groovie Ghoulies résonnent dans leurs compositions folles, pour un album hyper catchy de Pop-Punk.

Le power trio The Yoohoos est composé de Eggnog Yoohoo au chant et à la gratte, de Vanilla Yoohoo au chant additionnel et à la basse, puis de Koko B. Yoohoo à la batterie et aux chœurs. Le début date de 2005, pour une discographie gruyère avec un Ep sans titre en 2007, puis « Heart Attacks » 2013, et des titres dans des compilations comme « Batshit Crazy » en 2012 et « Different Voices, Same Goal »" , « Tastes Like Bat Guano" en 2011, « Up Goes The Rocket » est leur premier long format.

L'album est vraiment très cool avec toutes ces sucreries mélodiques bubblegum. Il y a le même goût pour la S-F de The Lillingtons avec des sonorités vintage «Space Boy », un sens inné de l'accroche musicale sur la totalité des titres, une coolitude très douce. The Yoohoos c'est aussi le titre « Little Alien » et son rockab-punk-surfique style, pompé sur le « Wipe Out » des Surfaris, et du « Sheena Is A Punk Rocker » des Ramones. Produit par le label Monster Zero, de Kevin Apers thrashers punkers dans Insanity Alert.

Ne demandez pas la Lune à The Yoohoos, ils y sont déjà, et en plus vous allez décoller avec eux de manière supersonique !


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vendredi, avril 19 2019

THE HANGUPS – No Expectations


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Aussi sarcastique que galvanisant, le quatuor Suédois de Malmö appose 4 titres de punk-gum ensoleillée dans le mood de Screeching Weasel avec de la pop punk nordique ultra-vitaminée.

C'est frais, c'est fun, c'est du chamallow-punk insouciant. Il y a une profusion de sonorités craquantes de charme et pour une prise rapide sur le vif, produisant des effets instantanés, crépitants et éclatants de fun. Par exemple on prend la Delorean pour « Bigger Brain » évoquant du Green Day époque " Kerplunk !". Tout aussi élastique avec le titre « Stupid World » qui entame les festivités avec cet esprit de détachement du groupe The Queers. Les breaks Ramonesques de « Out Of Order » symbiose la touche Teenage Bottlerocket à fond. Puis « Done With You » distille la nervosité garage du groupe Marked men et son émotivité enflammée.

Quand le band n'est pas sur la route pour assouplir la connerie des punkers en concert, il fait du skate sous la neige et décharge son adrénaline dans son local en créant du sucre glace musical. Du moins c'est comme cela que l'imagine un méditerranéen. Leur premier E.p sans titre date de 2018 chez Monster Zero Records le label de Kevin Apers, suivi par le titre “Danny Says” en téléchargement sur leur bandcamp. « No Expectations » est leur second E.p, toujours chez Monster Zero, il confirme tout le potentiel d'un groupe vraiment hyper cool et affûté. Attention, le vinyle est limité à 300 copies, ce qui signifie que le disque va partir vite fait.


Même si le monde est stupide, The Hangups lui apporte tout le fun pour le supporter, au point de s'en foutre pour passer du bon temps à glisser sur la surface des choses, et ne garder que le suc émotionnel le plus coOol, le plus intense, dans cette énergie juvénile éternelle de déflagration d'électricité punker !


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lundi, avril 15 2019

THE RATCLIFFS – Hell Mental


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À Innsbruck en Autriche The Rattcliffs glisse son punk rawk issue des familles Hard-Ons, Ramones, Queers, avec une décontraction accrocheuse.

Le groupe débute en 2005 sous l'impulsion de Paul Coyote qui s'accoquine avec deux Mugwumps, l’alchimie est instantanée, puisque que le band n'en démord pas après plusieurs EP, l'album « Bubblegum Warfare » en 2016, « Hell Mental » est leur second long, produit par le chanteur d'Insanity Alert pour le label Monster Zero

Dans le cœur du Tyrol ils ne font pas que pisser de la bière en se malaxant les aisselles avec de la choucroute, la preuve avec ce trio électrisant des harmonies roucoulantes, des riffs qui envoient la purée Ramonesque, une rythmique à propulseur ou bien à ressort.

C'est rêche et collant, c'est punk pour la salissure frappadingue et pop punk pour la friandise sucrée. Ça file droit sur des rails, et à la fois c'est caoutchouteux comme The Toy Dolls. Il y a une grosse base de fun, la souplesse élastique des quatre fantastiques New-Yorkais pour cette musicalité insouciante et joviale.

Le côté pop, frais, mélodique prend vite le dessus pour un déferlement sonique à la fois entraînant et compact, totalement cartoonesque, jamais ennuyeux, ultra fun !


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samedi, avril 6 2019

HAPPY BIRTHDAY


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Une bien belle fête était organisée à l'Athanor dans la préfecture du Tarn pour les 15 ans du groupe Dirty Fonzy.





A 15 ans tu commences l'adolescence et encore, pour les plus précoces, mais tu sais quoi ? Je ne suis pas certain que Dirty Fonzy a véritablement franchi le cap de la puberté ? C’est toujours des jeunes chenapans qui foutent un raffut de mille millions de mille sabords de tonnerre de Brest ! Heuuuu d'Albi.


Le trio du WallaBirZine était présent avec le kit nécessaire pour filmer la célébration. Junk Cacahuète et Vince Big Gym Tonic en mode fêtard mais sXe pour ne pas être sacrifiés un peu trop librement au culte de Bacchus. Nous avions à notre disposition une pièce pour les interviews et l’aval pour placer les caméras : Junk dans le pit en kit main libre et la gestion de go-pro et Big Gym dans les hauteurs sous-plafond de la salle.

Pour ouvrir les festivités c'était avec les hardcoreux d'HypocondriaX. Ouaie il faut cela pour dessouder les cages à miel d'entrée. Ce que fit le groupe sans problème. On sentait que ça piquait au cheveu quand même, enfin, tout est relatif quand on mentionne le niveau capillaire du groupe. Il faut dire qu'il y a de la consanguinité entre les deux formations Tarnaises que sont HypocondriaX et les Dirty, et que la veille il y eut un arrosage automatique, parce que le soleil du compagnonnage avait réuni tous les proches du crew Dirty Fonzy pour se foutre la tête à l'envers. HypocondriaX portait bien son patronyme avec les maux proche d'une fièvre des barriques.

Le groupe a fait son taf, balancer sa hargne dans le pit notamment avec ces trois nouveaux titres parce que le jeune groupe de vieux hardcoreux d'Albi viennent de sortir un EP en format physique, la veille de notre rencontre ils avaient débuté allègrement l'anniversaire des Dirty Fonzy. Ils répondent donc de leur actualité avec la tapette d'un pie-vert dans la tronche.




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C’est à baba, c’est à yoyo, c’est à Bayonne que Shut Up Twist Again a débuté et non à St Tropez (pour le twist). J’ai du mal à imaginer ces gonzes en train de se foutre la tête en vrac habillés de blanc avec un foulard vert autour du cou pendant le raout vomitif des fêtes de leur cité. Bon, ils ont dû le faire plus jeune, cela n’a rien à voir avec leur musique. Pendant leur concert il y avait un fan vraiment too much des Wampas sur le devant de la scène avec un falzar zébré de l'époque d'Enfer magazine et le jeu de jambe de Dick Rivers. Attention je ne me moque pas, je suis incapable d'avoir cette prépondérante assurance. Le gazier, lui avait la même confiance que Corbier du club Dorothée et l’énergie du désespoir je pense pour s’agiter de la sorte. Quoiqu’il en soit il a fait le show.

Le groupe a exécuté un set ajusté entre la vivacité émotionnelle et le bouleversement fédérateur. C'est leur empreinte, d'ailleurs. Même après une pause de concert, et pour une reprise, Shut Up Twist Again envoie toujours la même intensité. Je suis vraiment rasséréné par la puissance que le groupe renvoie comme désir de vivre. Pourtant le public m'a semblé un brin timoré, et pourtant c'était sans compter sur la constante poussée des basques pour le faire sortir d'une forme relative de réserve à contenir sa désinhibition. C’est vrai que ce groupe est absolument tonique sur scène, et la pêche émotionnelle qu’il émet est de même acabit. Il y a de la solidité dans l’ossature musicale, une dépense d’énergie sans compter, le groupe rassemble vraiment autour de valeurs de partage, de communion, pour transmettre et partager en même temps dans un même lieu des sentiments, des centres d’intérêt, des valeurs, des opinions, des responsabilités ou des engagements divers… Il n’y a plus ici celui qui apporte et celui qui reçoit mais toutes les personnes concernées se retrouvent au sein d’une même réalité formant un tout.

Conclusion : Ce quatuor de punk rock propulse l'intensité d'une force brute avec une teneur fédératrice. En concert leur engagement est total, et dans leur auberge espagnole musicale il y a autant la patine mélodique américaine que la ferveur à fleur de peau anglaise. Ainsi ces bayonnais ont résolu l'équation d'un.e procrastinateur.rice avec la solution Shut Up Twist Again = « It's never too late to start again ». Pour en savoir davantage...




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Hey t'sais quoi ? On s'est fait avoir par le début du set des Nantais d'Heavy Heart en pensant que le groupe avait finalisé son soundcheck, et bien non il avait bel et bien commencé.

En live le groupe déploie vraiment ses ailes. C'est plus fort, plus passionnel que sur disque. C’est le constat que nous nous étions fait. Pourtant à mesure que j'écoute leurs disques il me revient une sensation avec laquelle et de façon intime s’est imposé une intuition. J'ai toujours attendu cette musique venir me caresser, et qu'elle existait en moi sous une forme encore trop vaporeuse pour en constater la beauté gracile. C'est chose faite désormais.



Un rêve chaud et humide à travers des errances émotionnelles, et puis quelque chose de doux. C'est peut-être tout simplement comme cela que je ressens l'indie punk de ces quatre jeunes hommes.

Dans le flou le plus tenace j'interroge le groupe par des images claires comme le conçoit Jean-Luc Godard.

Autre chose m'est venu bien après le concert (comme toujours), c’est au sujet de leur profondeur que je n'arrive pas à leur traduire en itw, elle a fait écho au groupe King Of Leon début 2000. Sur ce fait d'être saisi avec le cœur à vif par des jeunes gens capables d'une aisance émotive aussi intuitive qu'immédiate. Leur set était vraiment très cool. J’avais été téléporté lors de leur set à l’Xtremefest et de nouveau m’est revenu la même saveur, la même couleur, le même parfum de délicatesse et de fougue.


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En pleine puberté les Albigeois de Dirty Fonzy fêtent quinze années de punk rock et racontent la teneur de leur rocambolesque parcours, avec du fun, du fun et du fun.



Le brassage malté et le métissage musical font bon mélange chez Dirty Fonzy, et ce, depuis toujours. Quinze ans c’est l’âge du mercurochrome, à la question comment les Dirty briscards allaient négocier ce virage ? La question est simple, frontalement et avec le sourire aux lèvres. Un concert avec lequel le groupe a réalisé une rétrospective de leur discographie, et chaque changement de backdrop permettait d'évoquer une époque à travers le visuel d'un album. Il y avait pas mal de climats différents, dans le punk à rosser les enceintes, en version pub pendant la St Patrick, autour d’un feu de camp, dans une ruelle anglaise, etc…Cela aurait-il pu durer aussi longtemps que l'opéra rock de Martin Circus humblement intitulé La révolution Française ? Que nenni, puisque les Dirty ont réalisé en 100mn un set à chaleur explosive. Leur street punk est fédérateur, il aime la fête et le mélange, entre le punk celtique et le pounk furibard, c'est la déconne en tout genre, parfois même à roulette glissant sur sa cabourdise désinhibée. Les gars sont en places, les voix sont nickel, le pit est dans la parade, on ne tourne pas les serviettes pour autant.

Chez les Dirty seul le sens du partage compte et si tu calcules vite fait cela fait quinze piges, autant te dire que la cohésion en live, elle transpirait immédiatement. Vient le moment du parrainage des anciens avec le trompettiste Dirty Midier, du batteur Dadé Kool (intervenant principal pour le rafraîchissement houblonesque des gars sur scène tout au long du set) et du bassiste Fonzy. Les Albigeois terminent leur set à fond les ballons comme les Ramones. Sur scène c'est l'invasion au point qu'un jack ou une pédale de Johnny Guitare est touché.e, dans le pit Angelo Papas est descendu foutre du kérosène punk dans la meute imbibée de bière. C'est un bordel Fonzynesque et qui résume parfaitement leurs 15 ans de zguenitude punk totalement assumé.


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Entre les concerts on a pu papoter, et parce que Hey Bitches ça biche ! Retrouvez quatre drôles de dames sur le vif , elles ont formé un collectif pour rosir la brique Toulousaine dans l'organisation de concert underground. Rencontre.




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Le final c'était avec le grand orchestre Charly Fiasco.

Monsieur Boule fait du rap pendant le soundcheck, le grand orchestre Charly Fiasco était dans le 8.1 et dans la place, bro ! Avec le meilleur backdrop de toute la soirée sans conteste, malgré l'imposant référencement autobiographique du Dirty Crew. Les Toulousains finissent la soirée sans tambour ni trompette mais avec des guitares banchées sur secteur.

Le fait que le public soit resté est étonnant pour eux, alors que le groupe a quasiment la même longévité que celle des Dirty, et leurs titres sont devenus des hymnes familières à notre façon d'être.

J'adore ces gars. Je ne serais objectif pour traduire leur concert, ce qui ne signifie nullement que c'est du copinage. Si je dois leur dire quelque chose je sais que je peux le leur dire. Avec le temps et l'épaisseur de maturation nécessaire pour esbaudir un public un brin éméché vous pouvez être certain que ce groupe saura trouver les mots qu'il faut.

Les Poulidors du punk rock ont toujours le mot pour rire, la preuve ils ont une actualité secrète et des conneries éblouissantes à dire sur les Dirty Fonzy.



Le bassiste, El Roliano est le seul à avoir exécuté deux sets, et même d’affilés. Le lama du punk hexagonal n’a pas fait main basse (2 points) à sa réputation de crooner du glaviot, il a pu étendre 20 litres de salive sur scène pour que ses collègues passent en mode patinoire.

Pour être tout à fait honnête avec à vous, les charly parlent de manière répété et prolixe entre leurs morceaux uniquement pour calfeutrer un âge avancé demandant un temps de récupération de plus en plus long. A l’âge canonique des Rolling Stone un concert de Charly Fiasco durera 10H00 pour un set effectif de 50mn musical.

Que voulez-vous que je vous dise de plus, vite fait, mal fait selon le pessimisme du groupe ? Mais nannnnnnnn, c'était génial comme set avec un riffing de coupe à mulet des 80's et sa rythmique imposant l'état d'esprit de Motley Crüe pendant la période Shout At The Devil. Un chant bringuebalant des textes fins et à la limite de l'apoplexie en fin de set, surmontés par des chœurs de doo wop aussi sirupeux qu'entre les équipes de rugby du XV de Castelginest et du R.C Labarthe sur Leze reprenant l'invalide à la pine de bois a cappella en 3ème mi-temps, après un score honorable de 7 point Castelginestois contre 78. Oui, c'est effectivement cela qui s'appelle une piquette. Charly a su gagner avec le temps un taux de sympathie relationnel avec l'audace impromptue de ses capacités humaines, musicales, et d'interprètes. Ce groupe est un stimulant dans les domaines des musiques amplifiées et puis c’est tout. Partant perdant et toujours champion du monde invaincu comme étant le groupe à la cabourdise jamais égalée, et l'on oublie trop souvent de le mentionner, avec des textes ciselées et un punk rock qui accroche par son tempérament explosif et foutrement cool.


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Retrouvez toutes les ITW, les lives sur la Chåine WallaBirZine.


Remerciement à la team WBZ Junk Cacaouète & Jus d'Orange/ Vince Big Gym Tonic ; aux orchestres Dirty Fonzy, Charly Fiasco, HypocondriaX, Shut Up Twist Again, Heavy Heart, au collectif de super women Hey Bitches, tous.tes les zguen copains.ines de Pollux/Xtremefest, les Aveyronnais qui parlent super bien l’anglais, le fan des Wampas, et tout ceux.lles présent.es à cette aniv.

Je voudrais remercier tout particulièrement les deux jeunes gars qui se sont pointés devant Junk Cacahuète pour le remercier de la qualité des vidéos et l’éclairage que nous apportions à la scène underground. Ça c’est le meilleur compliment que vous pouviez nous faire, vraiment.

XXX

Bir

Report réalisé pendant l'écoute de l'album éponyme de Tempel, Teenage Bottlerocket Stay Rad, The Claypool Lennon Delirium South Of Reality.


WBZ : Le sens de la fête


mercredi, mars 6 2019

SOFT ANIMALS – Soft Animals


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Le premier album de Soft Animals vient déposer la substance secrète émotionnelle qui dit tout en un fragment.


J'ai découvert ce groupe par le biais de ma lecture du Fanzine Cafzic de Yan, qui a lui même était mis au jus par Frank Violence Frejnik de Punk Rawk.

Ces anciens Slice Of Life, Karman et Over The Stars ont su immédiatement me séduire. C'est une instantanéité qui ne s'explique pas, plus. C'est fulgurant, intense car la digestion de cet excellent album n'a besoin d'aucune maturité, il comble le vide.

On est au cœur de cet entrelacement subtil entre la joliesse capricieuse, les tourments obséquieux, la brisure affective, l'impétuosité à fleur de peau, l'entière exaltation mélodique, dans cette fréquence de rock indé oscillant dans l'intimité du punk rock.

Pénétrant dans la chaleur d'une impulsion rageuse d'émotions, dans laquelle on retrouve l'effusion tourbillonnante de Polar Bear Club, peut-être aussi parce que le quatuor de Lille a bien digéré les mouvances emo des 90's, de Jawbreaker, Second Rate, jusqu'à offrir une palette de nuance d'Embrace à Fugazi.

Il s’échappe de cet album une fluidité intuitive, des désirs qui nous échappent, des ambiances déjà vécues, des errances rêveuses, une cicatrisation indélébile, tout ceci relie à une intériorité bouillonnante ne demandant qu'à imploser pour y être consumer, et renaître à chaque titre, en une vibration intense, comme un rayon de lumière existentielle sur l'écume des choses.


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« La blessure est l'endroit où la lumière rentre en vous » Rümi (poète persan)


mardi, février 12 2019

Interview avec Thierry de la maison d'éditions Rytrut


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Rytrut éditions a traduit des œuvres passionnantes, et élabore une succession de livres dans le domaine musical qui doit tout autant à une curiosité culturelle qu'à s'affranchir des codes. Le gars est loquace, passionné, pointilleux, et c'est à l'image de l'énOrme travail que cette maison d'éditions façonne.



Bonjour Thierry aka ladzi Galaï,

Peux-tu te présenter, qui es-tu ? D'où viens-tu ? Il y a quoi dans ton imaginaire ?


Ladzi Galai en 1985

Ladzi : Je suis le fondateur et factotum de Rytrut. Partout et nulle-part à la fois. C'est pas d'où qu'on vient mais ce qu'on fait qui importe. Je ne suis pas plus nationaliste que régionaliste. Et j'aime pas raconter ma vie, sauf si on me force ! J'ai arrêté de rêver d'illusoire et essaye de m'activer avec ce qui est à ma portée. J'ai aussi sacrifié la musique en laissant de côté des projets inachevés, pour le bon plaisir ou la douleur de nos lecteurs, car l'humain est ambivalent.

Tu as joué dans des groupes (si,si) ? C'était quoi le style ? Le délire ?

Ladzi : J'ai commencé la musique à sept ans avec le piano classique puis la trompette, et un peu plus tard, après l'explosion punk, la basse tout seul en écoutant des disques, puis la guitare même veine basique sans cours ni conservatoire. Ensuite y a eu plusieurs groupes, dans les styles rock, psychobilly, post-punk, tendance expérimental, un peu d'indus à un moment, punk-rock avec quelques touches reggae, puis électro-punk. Et pour finir grève illimitée de la musique ! Par contre je me consacre énormément à en écouter, dénicher ou découvrir, de toutes époques et de styles variés.

Pour toi c'est quoi le punk ? Qu'est-ce qu'il représente ? La culture punk est-elle morte ?

Ladzi : Alors que j'avais été initié au rock à douze ans par mes oncles et cousins, j'ai entendu parlé du punk l'année suivante, en 1977, et demandé à l'un d'entre eux ce que c'était. Il m'a fait écouter les deux premiers singles des Sex Pistols qu'il avait acheté chez Arthaud. Et c'était parti ! C'était ce qu'il me fallait pour affirmer ma différence par rapport aux conventions que cette société semblait vouloir nous inculquer. Chacun y va de sa propre définition du punk suivant le contexte et la manière dont il l'a vécu ou interprété. Pour moi, cela représente une certaine éthique, avoir de l'équité, de l'ouverture d'esprit, des musiques nées de multiples influences des générations précédentes, inspirées par le rock décadent, garage punk, prog rock, art rock, voir autres styles inclassables. Expressions diverses mais pimentées, contestataires, festives ou intellectuelles. C'est plus tard qu'on découvre le pré-punk quand on a aimé le punk rock, puis le post-punk, la new wave, et les musiques personnifiées qui en découlent. C'est un style d'expression qui n'a jamais cessé d'être vivant. C'est devenu une culture ancrée pour certains mais qui fut finalement peu accessible ou comprise par beaucoup. Essayer uniquement de reproduire à l'identique ou se cantonner à des critères pré-conçus peut n'avoir de punk que des apparences. Les clichés de clichés sont sans doute les moins évident à dépasser, mais ils peuvent aussi servir de références et d'identification. Créativité et authenticité restent à mes yeux des critères importants. Certains disent qu'il n'y a pas vraiment eu de genre musical novateur depuis les années 1970... que tout ce qui a suivi avait déjà été inventé. Il y a du vrai, basiquement, mais les formes évoluent au fils du temps, ayant une accroche nouvelle, apportant un autre intérêt. Je m'attacherais à la multitude de groupes intéressants disséminés dans l'histoire de la musique, plus ou moins inconnus, que l'on peut découvrir actuellement, et dont les perles insoupçonnées sont un ravissement de curiosité et d'émotion.


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Tu as participé à des fanzines graphiques, peux-tu en parler ?

Ladzi : Après avoir participé à un zine de potes qui a vu plusieurs numéros entre 1983 et 1985, un fourre-tout ronéotypé puis photocopié, j'ai monté un tape label avec ma copine de l'époque, et à l'occasion de compilations K7 à thème, concocté deux graphzines noir et blanc en invitant des contacts qu'on a eu dans le réseau du mail-art. Intitulé Disco Totem et Le Foliegraph illustré, Rythme & Rut les as sortis en 1988. Et les autres K7 albums étaient parfois accompagnées de livrets... ça date. Plus tard, à l'occasion d'un recueil d'aphorismes personnels paru chez un éditeur abusif – il faut un début à tout – j'ai invité une poignée de graphistes de ma connaissances à les illustrer. Le bouquin des paroles de Jello Biafra que sortira Rytrut suivra finalement un procédé de zine graphique.

Comment es tu arrivé à la création des éditions Rytrut ? Pourquoi ce nom ?

Rytrut est-ce une association ? Combien vous êtes ?

Ladzi : Ça provient du label qui avait sorti une série de K7 de musique alternative, appelé R.R.Products, d'abord pour Réseau Rapetou puis Rythm & Rut. Il y a eu une trentaine de K7 dont des compiles de groupes actifs dans le réseau du mail-art. Le nom de l'édition en découle. Une association de loi 1901 depuis 2003 pour la sortie du premier bouquin (La Philosophie du Punk de Craig O'Hara), à la suite de Rythm & Rut qui avait été déclarée en 1988 au départ plus pour le suivi de mes activités musicales. Nous sommes très peu, c'est une microstructure qui ne peut ni ne souhaite faire concurrence à d'autres mafias mieux organisées ou plus en vogue. C'est pour cette raison que je me considère comme un factotum. L'asso a une présidente et un secrétaire qui agit au niveau informatique sur le site et la boutique. Et le factotum contacte les éditeurs anglophones, les auteurs, traduit, met en page, promeut un peu, empaquette et expédie. Donc trois membres à la base, mais l'asso a aussi recours à d'autres talents pour la traduction, les relectures, le graphisme, l'infographie et diverses rémoulades.

En moyenne à combien éditez-vous chaque livre ? Et vous en vendez combien ? Est-ce suffisant pour les coûts d'impression ?

Ladzi : En fait, ça coûte plus cher d'éditer des traductions que si on nous fournissait le texte en français prêt à l'emploi. Nous signons souvent des contrats avec des éditeurs étrangers, leur payons des avances de royalties, des années avant la sortie d'un livre, car ce boulot demande beaucoup de temps, et donc sans même savoir si on va retomber sur nos pattes. Il y a une prise de risque certaine. Le fait que la 1re édition de La Philosophie du Punk se soit vendue à deux mille exemplaires en un an m'a encouragé à continuer. La seconde édition a passé les trois mille, mais c'est notre best seller ! Pour les autres, à part Going Underground qui a été tiré à deux mille, aucun ne dépasse les mille, la tendance de ces dernières années est passé à cinq cents, et maintenant on fait des tirage à deux cents qui peuvent être réimprimés si besoin. S'il n'y avait que les coûts d'impression, il y a aussi ces avances de royalties avec parfois des droits supplémentaires pour les photos. Une fois tous les frais déduits, remises librairies comprises, il ne reste plus grand chose. Il faut donc avouer que cette activité est plus utile pour la postérité que pour se faire du blé, malgré ce que certains doivent penser. Une part des dépenses de l'asso est couverte par la vente des livres, mais j'ai dû prendre un petit boulot à côté, en garderie scolaire, depuis quelques années. Travailler avec des mômes n'est pas ce qu'il y a de pire. Ça vous donne la pêche et vous ramène à la réalité.


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Je suppose que tu es polyvalent, autodidacte, souple, déterminé, réactif, professionnel, disponible à 300% afin de pallier à tous les corps de métier nécessaire à la pérennité de Rytrut. Qu'est ce que tu fais concrètement ? En quoi cela consiste-il ? Tant dans le domaine de l'édition que de la traduction ?

Ladzi : Bien occupé en effet. Quand tu as des projets ou des ambitions en parallèle, tu te demandes si tu arriveras à les réaliser. Sans fausse modestie, je peux me targuer de tous ces attributs, avec tout de même un petit bémol sur la disponibilité ! Quand je suis sur une traduction, je vérifie si possible tout ce qui est avancé, et, vu que ce sont des livres spécialisés sur la musique, j'écoute tous les titres des groupes dont il est question afin de coller au plus près des descriptions. Procédant également ainsi pour les relectures de traduction, vérifiant les noms et les références diverses, à la littérature, l'histoire, etc., ajoutant des notes, écrivant mêmes des passages complémentaires si besoin. Par conséquent, nos livres sont souvent des versions améliorées des éditons originales. Au départ, j'étais le traducteur principal, puis d'autres s'étant joint à l'aventure, je suis donc passé relecteur ou co-traducteur. Ce n'est pas moi qui m'en suis chargé sur les deux premiers livres, mais j'ai dû apprendre la mise en page professionnelle. Pour des raisons pécuniaires dans un premier temps, puis j'ai trouvé ça plaisant ; ce n'est pas aussi simple que cela ne paraît. Un de mes autres pseudo, Cripure, est conservé pour les signer, ça vient d'un surnom et du nom de mon projet musical mail-artistique du milieu des années 1980, encore utilisé. Ensuite, le bouquet final est le deal pour l'impression, qui s'avère parfois périlleux quand au résultat qualitatif. Quand on est obligé de faire du tri sur un tirage, ça fait grincer des dents ! Voir un boulot de plusieurs années sapé en un tour de main peut être assez décourageant. Imprimer des livres a un coût conséquent quand on est un petit éditeur qui n'imprime pas en Chine à des milliers d'exemplaires pour un coût moindre. C'est la seule chose que nous ne faisons pas nous-même et il s'agit du produit fini que le lecteur aura entre les mains, c'est très important. Je m'occupe aussi, secondé par le webmaster, de l'actualisation du site et de la boutique Rytrut, puis de l'envoi des commandes. Il y a du plaisir mais aussi du turbin.

Comment tu choisis les auteurs avec qui tu travailles ? Comment les as-tu rencontrés ? C'était quoi le deal ?

Ladzi : En 2001, quand j'ai commencé à traduire La Philosophie du Punk, j'ai contacté Craig O'Hara par e-mail, en passant par l'intermédiaire d'un ancien pote, qui participera à la relecture et à la mise en page. On a aussi ajouté à celles de l'auteur des photos qu'il avait prises quand il avait été jardinier au pair à San Francisco. Guillaume Dumoulin avait un petit label et une distro appelé Spock Prod à Grenoble dans les années 1990. Je n'avais pas encore Internet, que j'ai pris en 2003, un peu avant la sortie du livre. Craig était partant, on a donc fait un deal oral avec AK Press, éditeur avec qui il bossait. Quant à l'illustration de couverture, je l'ai proposé à Sapiens, rencontré au Squat de « Le 13 » à Paris, alors que j'y avais joué en solo en avril 2002. Ça tombait bien, il y avait une expo de peintures de Karen et Sapiens, j'ai adoré, et ça collait parfaitement.


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Ladzi : Pour le second, Chansons d'Amour de Crass, j'ai écrit à Penny Rimbaud, qui a gentiment répondu à mes cent questions concernant le texte, et m'a mis en contact avec Pomona, l'éditeur qui venait de publier Love Songs, le recueil des paroles de Crass en anglais. C'est tombé au même moment. Nous n'avons donc pas choisi le titre. Il n'y a pas eu de contrat écrit, pas d'avance, mais un pourcentage un peu trop conséquent nous était demandé de la part de cet éditeur, car on s'était basé sur leur mise en pages ; disons que ça faisait un intermédiaire de plus à rincer, alors ça faisait lourd sur la balance. Deux albums du collectif ayant déjà été traduits par Anne-Claude Lemeur – ses traductions étaient insérées dans les vinyles originaux – je l'ai contactée pour avoir l'autorisation de publier ses traductions, sur lesquelles j'ai pu effectuer un petit rafraîchissement, après avoir carburé sur les autres albums. Vu qu'on nous demande encore ce livre, il sera peut-être plus tard envisagé une seconde édition, mais à condition que toutes les personnes qui l'ont lu achètent et lisent L'histoire de Crass de George Berger ! Sinon, ça sert à quoi de se décarcasser !

Le troisième était un recueil des paroles intégrales de Cor Gout, chanteur du groupe underground néerlandais Trespassers W, un ami de longue date, depuis sa participation à deux compilation de R.R.Products en 1987. On s'est rencontré plusieurs fois, avons aussi enregistré quelques titres ensemble et j'ai composé la musique d'une chanson de TW. Nous avons eu une correspondance postale régulière pendant des années. C'est un auteur doué en langues, il a aussi participé à la traduction, pour ses textes en néerlandais bien entendu mais aussi sur ceux en anglais (ma mère, une institutrice retraitée qui compte aussi parmi nos relectrices, parle le néerlandais mais pas moi). Par ailleurs, Cor Gout est un philosophe et programmateur d’émissions radiophonique et de télévision aux Pays-Bas, et même (il ne voulait pas que je le dise quand on a sorti le livre) footballeur professionnel pendant un an dans un club d'Amsterdam avant que celui-ci ne fusionne avec deux autres clubs de la ville. Ce livre fut illustré par Ronnie Krepel, un musicien polyvalent de TW qui dessina une multitude de crobars, complétant cet ouvrage avec un charme particulier.

Le quatrième, Going Underground de George Hurchalla, sur la scène punk américaine en particulier mais pas uniquement, m'a été conseillé par Craig O'Hara, car ce livre portait un regard nouveau sur le punk et le rock alternatif sans nombrilisme ni complaisance à la violence qui a pu se développer à une période dans la scène hardcore. En plus, l'auteur a interviewé un grand nombres de musiciens des groupes évoqués, ce qui procure une bonne tranche d'histoire réaliste et bien épicée. De plus, il est vaillamment illustré par de nombreuses photos rares. Going Underground est en deuxième position en terme de ventes. J'ai aussi bien communiqué avec Hurchalla au cours du processus, c'est un mec sympa et sportif. C'est par ailleurs un artisan du bois et un fan de punk bien évidemment, qui a eu plus jeune l'expérience de chanter dans un groupe.


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Ladzi : Ensuite seront lancés le projet de traduction des paroles de Jello Birafa et de la bio de Joey Keithley. Mais avant leur finalité, sortira notre cinquième livre, la biographie sur la chanteuse Pink, du journaliste musical et auteur Paul Lester, que j'ai décidé de signer suite à la proposition d'Omnibus Press. Nous allions toucher un autre public et nous attirer les foudres de la clique sectaire et conservatrice du « punk », mais tans pis. C'est une copine punk française d'origine autrichienne, aussi fan de Bowie, qui m'avait fait découvrir cette chanteuse. Moins enthousiasmé au début par son premier album R&B, bien qu'ayant un certain charme, peut-être un peu trop sophistiqué, j'ai plus apprécié les albums suivants. C'est de la pop/rock grand public de qualité, puis ses convictions et engagements méritent autrement de respect que la glandouille de tout un tas de branleurs. Si en France elle n'a pas marché tant que ça – peut-être dû au rictus bien connu des médias élitistes traditionnels – c'est que la barrière de la langue ne touche pas autant les gens, rien à voir avec la popularité que Pink a acquis en Australie. Pour son côté punk, elle a quand même fait un album avec Tim Armstrong de Rancid, qui reste mon préféré, avec celui composé avec Linda Perry, que je connaissais puisse que je l'avais vue jouer dans un pub de Londres en 1996. C'était après les 4-Non Blondes, Linda avait un groupe de mecs sur scène. Ce fut un concert époustouflant, un blues-rock puissant. À la fin du set, je lui ai dit en personne avoir été ému par sa prestation et, avec son débardeur et ses tatouages, elle m'a remercié avec un sourire à tomber par terre.

La bio de Joey Keithley m'a été suggéré par Raf DIY, un guitariste punk et activiste de Limoges, du groupe Attentat Sonore et plus tard du label Guerilla Vinyl. J'avais vu DOA en 1985 la première fois à Grenoble, concert qui avait fini en bagarre (après, j'étais déjà parti) en raison de pseudo-skins, réputés pour venir foutre la merde à des concerts punk à cette période. Keith en dit deux lignes dans son livre. Je l'avais déjà lu en anglais. J'ai contacté Keith et nous l'avons signé avec son éditeur canadien, Arsenal Pulp. Je lui ai ensuite posé quelques questions concernant des passage du texte. Au départ nous devions le traduire à deux, mais Raf manquant de disponibilité, je me suis pratiquement tout tapé, mais il a pu quand même participer à la traduction du prélude et de deux chapitres, et effectuer une relecture. Au cours du boulot, j'ai revu DOA au Mistral Palace à Valence en 2009, et donc rencontré Keithley pour la première fois. Après la sortie de son livre, je lui en ai apporté un certain nombre d'exemplaires à Montpellier – en guise de participation au paiement des droits d'auteur. DOA a joué au Secret Place en 2012, l'occasion de me rendre dans ce lieu mythique. Joey a aussi eu droit à un exemplaire du bouquin de Jello Biafra fraîchement sorti. J'ai ensuite revu DOA à l'Usine de Genève. Ils sont arrivés tard en raison d'un bouchon dans le tunnel du Mont-Blanc, venant d'Italie. Du coup, j'ai donné un coup de main pour décharger le van. Joey Keithley est un punk de la première heure, il apparaît d'ailleurs en couverture du magazine de Vancouver, le Georgia Straight spécial punk rock, sortie en octobre 1977. Celle-ci est incluse dans sa bio, le sixième livre de Rytrut, dans lequel Joe raconte l'épopée de ces pionniers du punk, au sens premier du terme : DOA est le premier groupe à avoir porté le punk rock dans des contrées d'Amérique du Nord toutes aussi paumées les unes que les autres.


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Ladzi : Un regard sur la pochette intérieur de mon vinyle de In God We Trust Inc. des Dead Kennedys, m'a incité à lancer ce projet de livre des paroles de Biafra. J'y avais posé une traduction puérile en français, en 1981. Je me suis donc lancé, début 2005, dans la traduction des paroles du premier album, puis j'ai contacté Jello à Alternative Tentacles pour l'autorisation. Il ne m'a pas directement répondu, mais son publiciste a donné leur accord. Ce fut là encore un contrat oral et j'ai poursuivis sur les autres albums. Puis j'ai eu la proposition du dessinateur français Melvin de faire des illustrations. Il a réalisé douze dessins, un par album. Voulant avoir son accord de vive voix, j'ai pris un billet de concert et d'avion pour assister à une lecture publique de Jello à Bristol en 2007. Après laquelle j'ai pu lui parler dix minutes dans la loge et lui montrer les dessins de Melvin, qui lui ont plu. Suite à quoi il a été décidé d'inviter plein d'autres graphistes pour illustrer toutes ses paroles de chansons. Entre-temps est sorti à Paris un livret contenant seize chansons illustrées des DK, en anglais et en français. Sorti sans concertation avec l'intéressé, celui-ci court-circuitait peut-être un peu notre projet, mais deux traducteurs de ce livret, qui ont tenus a rester anonymes, m'ont proposé de participer à la relecture de notre traduction. Avant la sortie du livre, j'ai vu les Guantanamo School Of Medicine en concert à La Tannerie de Bourg-en-Bresse en 2009, et plus tard lors d'un gros festival à Genève ; je crois que le groupe avait été ajouté à l'affiche car il était programmé dans une petite salle de la région. Puis aux Abattoirs de Bourgoin-Jallieu en 2017, ce fut leur meilleur concert, le son était monstrueux. Il y a donc eu beaucoup d'échanges, dont avec les graphistes, pour arriver à ce pavé gargantuesque.

Ensuite sortira la biographie officielle des Ramones, concoctée par leur tour-manager, chauffeur et homme à tout faire, le légendaire Monte A. Melnick et son acolyte Frank Meyer, journaliste, auteur et chanteur des Streetwalkin' Cheetahs. On peut dire que Monte avait joué en tant que bassiste avant de s'occuper des Ramones : fin des années soixante, dans Triad avec Tommy (future) Ramone et dans Thirty Days Out. J'avais lu l'édition américaine puis Omnibus nous l'a proposé, je n'ai pas hésité un instant. J'ai eu un échange avec eux et posé quelques questions à Monte, qui n'aura de cesse de dire que c'est la meilleure bio des Ramones jamais sortie. Son intérêt, hormis l'aspect beaux-livre bien illustré en quadri, est qu'elle provient du cœur de la machine et se lit comme s'écoute une chanson du groupe, pleine d'anecdotes présentées somme une suite de petits entretiens au franc parlé avec de nombreux musiciens les ayant connus et des techniciens ayant accompagné le groupe.


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Ladzi : Suivra la biographie des Slits, le premier travail de Zoë Howe (ex « Street » Howe), qui reflète par certains côtés une vision féminine du punk. Un groupe qui a élargi le champ d'expérience du style, et motivé pas mal de combo à se monter dans la période post-punk, inspirant un certain nombre de riot grrrls. Mais leur musique se caractérisa ensuite plus dans le reggae et l'improvisation. Ce livre nous a aussi été proposé par Omnibus. Durant le processus, j'ai été un peu en contact avec l'auteure, mais surtout avec Tessa Pollitt, la bassiste des Slits qui est extrêmement sympa. Malgré sa renommé internationale, ce groupe ne s'est jamais fait de pognon et ses musiciennes ont vécu dans la précarité. Nos ouvrages sont souvent des améliorations des éditions originales (je le redis). Pour celui-ci, nous avons disséminées les photos en pleine page (plutôt que regroupées en feuillets) et avons acheté des droits à un agence pour des photos supplémentaires. Tessa nous a aussi envoyé quelques photos de sa collection personnelle, ainsi que des badges à offrir aux personnes qui commandent le livre sur notre boutique. La dernière formation des Slits était bien partie en 2009, avec la sortie du superbe album Trapped Animal, incluant Hollie Cook au claviers et chœurs, la fille de l'Illustre Paul Cook, notamment batteur des Sex Pistols et des Professionnals. Mais le cancer ayant frappé, sans Ari Up, plus de Slits ! Elle décédera l'année suivante, pas longtemps après l'édition originale de leur bio. Pour la première édition du livre, Tessa m'ayant envoyé un article paru dans le numéro de Sounds de 1978, j'ai contacté le photographe Chalkie Davies et il a retrouvé cette photo inédite dans les archives du magazine. Pour la seconde édition révisée, je me suis adressé à Pennie Smith – la photographe qui a pris le fameux cliché de la pochette du London Calling des Clash – et nous avons négocié la photo de couverture (aussi utilisée sur l'édition anglaise), ainsi que ses autres clichés apparaissant à l'intérieur. Ce livre nous a coûté bien cher au final et les ventes ne sont pas suffisantes pour couvrir les dépenses.

Pour l'édition de la biographie de Nirvana de Gillian G. Gaar, c'est notre acolyte de Rytrut, Cyrille Lannez, fan de longue date du groupe, qui souhaitait sortir un travail sur eux. Nous avons d'abord eu la proposition d'un livre retraçant un travail en studio du groupe, mais on le trouvait trop technique, cherchant quelque chose de plus viscéral. Puis Cyrille a contacté Gillian pour traduire Entertain Us, l'Ascension de Nirvana qui s'est avéré être une tranche intéressante et en partie inédite du parcours du groupe, décrivant ses tous débuts au sein de la scène grunge. Nous avons payés des droits à son éditeur anglais, qui ne lui ont apparemment pas été rétribués. Mais c'est une autre histoire et nous n'en sommes pas responsables.

Concernant Burning Britain, le premier livre de Ian Glasper édité en français, je l'avais en anglais depuis un moment, mais je trouvais le texte un eu serré et ne l'ai finalement lu qu'en travaillant dessus. Ian m'a mis en contact avec Cherry Red Books et nous l'avons signé. Il s'est avéré qu'en parallèle une seconde édition anglaise était en préparation chez PM Press, la nouvelle maison d'édition de Craig O'Hara, aux États-Unis. Glasper était en tain de rédiger des ajouts, que nous avons donc aussi eu à traduire, ce qui explique en partie la sortie plus tardive de l'édition française. L'autre raison étant que – toujours soucieux d'amélioration – nous y avons ajouté beaucoup de photos (grâce au fichier bien fourni de Cherry Red) attachant un soin particulier à la mise en pages, afin d'obtenir une agréable lisibilité. J'ai proposé à plusieurs traducteurs de se partager la tâche : Frédéric Jalabert, un de nos relecteurs, notamment animateur de l'émission Lost In Space sur Radio Active à Toulon, promoteur de F.J Ossang et du label de feu Éric Chabert, Underground Productions. C'est un ami de longue date, rencontré en 1989, alors qu'il était étudiant à Grenoble. Il venait aux répètes et concerts de mon groupe de l'époque, No No No ; Nico Poisson, guitariste/chanteur et cofondateur du label SK Records, que l'ai rencontré la première fois alors qu'il donnait un concert avec Ned au Crocoléüs, la saison ou j'ai participé à l'activité du squat, en 2004/2005. Quant à David Mourey, le batteur de Chicken's Call, je l'ai côtoyé dans la scène punk grenobloise de ces deux dernières décennies, notamment au 102 et au Lokal Autogéré. Pour peaufiner le texte, j'ai moi-même travaillé sur une relecture de traduction assidue afin d'assurer la cohérence de l'ensemble, fais des mises à jour et parfois ajouté des passages complémentaires, et un index : l'auteur ne m'en voudra pas, bien au contraire ! Rytrut est fier d'avoir édité ce monument sur la scène punk britannique ! Parler de « seconde vague » est un peu généraliste car certains groupes proviennent directement de l'explosion punk.


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Ladzi : Pour terminer, L'histoire de Crass nous a été suggéré par Christophe Mora, guitariste/chanteur d'une série de groupes hardcore punk et du label toulousain Stonehenge Records. J'ai ensuite contacté l'auteur anglais George Berger et signé son livre avec Omnibus. II utilise ce pseudo pour son métier d'auteur et de journaliste. Il est aussi chanteur du groupe anarcho-punk underground Flowers In The Dustbins. Son travail sur la bio de Crass est impressionnant. Ce n'est pas seulement un descriptif de l'évolution du groupe, car le récit remonte aux sources, dans les années soixante, et George s'est entretenu avec tous les membres du collectif (sauf un). II s'agit du livre le plus pointu que nous ayons eu à traduire. Christophe s'y est collé avec discernement et j'ai fait ma part de relecteur et co-traducteur. Il se vend étonnamment moins que ne s'est vendu celui des paroles de Crass, alors qu'en plus d'être complémentaire, c'est un livre essentiel qui intervient dans le sujet anarcho-punk et retrace le contexte social, culturel et politique de l'époque, témoignant de son impact sur les générations alternatives passés et futures.

As-tu des sollicitations par des auteurs ? Des groupes ?

Ladzi : Nous avons eu quelques propositions de sujets liés à la musique ou sociétal, mais au vu de nos possibilités limitées, l'asso ne peut se développer davantage en signant des livres dont elle ne pourra pas assurer le suivi ni le financement, et se contente de poursuivre les quelques ouvrages en cours. Il est vrai que notre ligne éditoriale se limite aux groupes anglophones. Nous ne fonctionnons pas comme une grande maison d'édition qui reçoit des tonnes de manuscrits, mais comme une petite micro-structure qui travaille sur un livre comme on pourrait le faire sur un disque enregistré à la maison. Les livres de Rytrut ne représentent qu'une infime partie des groupes et des musiques qui nous tiendraient à cœur de raconter. Mais on ne peut pas tout faire dans une vie, il faut faire des choix, le temps nous est compté ! On n'est pas des dinosaures, ça fait longtemps qu'il sont ensevelis. Continuons de déterrer leurs squelettes ! Nos livres demandent beaucoup de travail, il ne s'agit pas de poser des traductions aléatoires vite fait sans vérifier les tenants et les aboutissants. Si certains s'imaginent que c'est simple et qu'on fait ça pour se faire du blé, il se fourvoient. On le fait avant tout car ça découle d'une passion et c'est comme un cadeau fait aux lecteurs, même s'ils doivent acheter les livres, sans quoi nous ne pourrions pas les éditer bien évidemment. Nous ne sommes pas subventionnés par des vendeurs d'armes. Il s'agit de promouvoir une certaine culture avec un état d'esprit particulier.

Peux-tu faire une présentation de chaque livre ? Et notamment des deux derniers livres ?

Ladzi : En plus des infos que j'ai données concernant les auteurs et traducteurs, les résumés des lires se trouvent facilement sur le site web de Rytrut. Quand aux deux derniers, la bio de Nirvana est la seconde édition de l'ouvrage de Gillan Gaar, Entetain Us, L'Acension de Nirvana, sur laquelle nous avons studieusement retravaillé le texte, supprimé quelques coquilles (il arrive que l'on s'empresse pour des raisons de timing, mais nous tachons d'éviter cela), assuré une meilleure impression et changé de couverture afin de spécifier qu'il s'agit d'une édition bien différente de la première. La photo en couverture a été prise par Kevin Estrada lors du même concert que celle apparaissant sur l'édition anglaise. Il a touché ses droits comme Martyn Goodacre pour celle de la quatrième de couverture. Malgré mon intérêt depuis les premières années du punk pour une multitude de groupes et de styles, j'ai toujours gardé un attrait particulier pour Nirvana. J'avais découvert leur premier album, Bleach, en le commandant par hasard, comme je le faisais alors, par intuition ou simple curiosité, ou après avoir lu un commentaire, directement au (catalogue du) COUPER label californien Subterranean Records, dont je recevais régulièrement le catalogue distro. Ce label a aussi été un petit disquaire à San Francisco entre 1984 et 1988. Au passage, je ferai remarquer que l'attitude punk est aussi de soutenir les indépendants en leur commandant directement leurs productions, au lieu de passer par des multinationales qui se rincent au passage, même si toute diffusion participe aussi à soutenir les indépendants... les librairies et les distro sont importantes pour pallier au phénomène de vampirisation. Plus tard, à la sortie de Nervermind, ça m'a fait drôle de voir l'ampleur du succès de Nirvana. J'ai préféré acheter Incesticide d'aiilleurs. Nous aimions écouter des musiques underground, censées ne pas toucher le grand public ou ne le toucher que relativement, et paf ! Nirvana défraie la chronique, merde, qu'est-ce qui se passe ? C'est le monde à l'envers ! Après In Utero, Nirvana joue à Grenoble et invite les Buzzocks en ouverture en plus. Y a pas photo, il fallait y aller, et quel concert ce fut, monstrueux à tout point de vue, musique au top, Pat Smear à la seconde gratte, éclairage scénique impressionnant et son nickel, ce qui n'était pas gagné d'avance dans cette salle.

Ce label a aussi été un petit disquaire à San Francisco entre 1984 et 1988. Au passage, je ferai remarquer que l'attitude punk est aussi de soutenir les indépendants en leur commandant directement leurs productions, au lieu de passer par des multinationales qui se rincent au passage, même si toute diffusion participe aussi à soutenir les indépendants... les librairies et les distro sont importantes pour pallier au phénomène de vampirisation. Plus tard, à la sortie de Nervermind, ça m'a fait drôle de voir l'ampleur du succès de Nirvana. J'ai préféré acheter Incesticide d'aiilleurs. Nous aimions écouter des musiques underground, censées ne pas toucher le grand public ou ne le toucher que relativement, et paf ! Nirvana défraie la chronique, merde, qu'est-ce qui se passe ? C'est le monde à l'envers ! Après In Utero, Nirvana joue à Grenoble et invite les Buzzocks en ouverture en plus. Y a pas photo, il fallait y aller, et quel concert ce fut, monstrueux à tout point de vue, musique au top, Pat Smear à la seconde gratte, éclairage scénique impressionnant et son nickel, ce qui n'était pas gagné d'avance dans cette salle.


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Ladzi : Pour terminer, le clou de l'année 2018 : The Who by Numbers, L'histoire des Who à travers leur musique. Il ne s'agit pas d'un hommage à l'album des Who portant ce titre, mais bien à leur entière discographie, et ce chanson par chanson. Ce n'est pas une biographie dans le sens précis du terme, mais le livre inclut la biographie du groupe au fur et à mesure qu'il décrypte et analyse ses chansons, ses opéras-rock, ses vidéos, ses films, etc.. The Who by Numbers, donc, littéralement Les « Who par les chiffres », on aurait même pu l'intituler en français, pourquoi pas ? Ce qui évoque bien sûr le point par point, une chronologie ainsi que la classification qui est faite de leurs disques dans les classements britanniques et étasuniens. Mais « Numbers » évoque aussi une catégorie chez les mods. Plusieurs années de boulot de traduction, d'écoutes approfondies de leur musique, de visionnages des films les concernant nous donne une version française bien plus complète que l'édition originale. Sa mise en page est aussi nettement plus attrayante. Pourquoi j'ai choisi les Who ? À moitié par hasard. Je l'ai d'abord commandé pour moi sans arrière pensée. Puis j'ai trouvé que ce serait intéressant de remonter dans le temps aux origines du punk. En plus, le batteur des Stiff Little Fingers, Steve Grantley était dans le coup, et le journaliste Alan Parker a travaillé avec les Monty Python ! Personnellement, j'avais connu la musique des Who à la même période où je découvris le punk, lors de son explosion. C'est un oncle qui avait été guitariste dans un groupe de lycée à Grenoble dans les années soixante, qui m'avait donné son double LP des Who. C'était l'édition française de 1974 de leur 3e album, The Who Sell Out, qui contenait en fait aussi le second album, A Quick One (ce que j'apprendrai des années après !) La pochette avec des boîtes de conserves. J'étais un jeune ado et j'adorais le côte loufoque de ce double-vinyle, que je préférais à leur premier opus, écouté plus tard et qui était plus proche du rock classique. Il faut dire que nous étions alors davantage inspirés par le Your Generation de Generation X ! Et nous apprendrons bien longtemps après que dernière cette ironie générationnelle se cachait un engouement de nombreux groupes punk pour les groupes de leurs grand-frères les ayant inspiré, notamment le prog rock underground. J'avais 14 ans, donc en 1978, la mère de mon pote d'enfance du quartier nous dépose devant un cinéma, où nous avons assistés, tous seuls, comme des grands, à la projection de Tommy. Watcha ! Tout est dit.

Quel est le prochain projet (en vue)  ? En plus du punk, allez-vous vous orienter vers le Hardcore ? Vers des nouvelles ?

Ladzi : Nous avons déjà sorti un livre essentiel traitant de la scène hardcore originelle, Going Undergound. qui est toujours disponible. On ne pense pas couvrir des périodes plus récentes, non pas par manque de curiosité ou d'ambition, mais toujours en raison de nos possibilités limitées. Pour l'anecdote, quand j'ai débuté en traduction, pour me faire la main, vers le milieu des années 1990, j'ai bossé sur le pamphlet d'Henry Rollins Bodybag Dans l'idée, c'est vrai, de peut-être travailler sur ses écrits à l'avenir. C'étaient les premiers petits livres qu'il publiait. Puis il a commencé a être vraiment trop prolifique, alors j'ai vite pensé que je ne pourrais pas suivre, à moins de me concentrer uniquement à cela. Ce qui m'était bien sûr impossible. En plus, j'étais encore bien actif au niveau musique à l'époque. Nous avons en fait trois nouveaux livre sur le feu, il y a encore beaucoup de travail. Mais je ne ne vendrais pas la peau du cul avant de l'avoir pelée ! Puis une ou deux petites rééditions. Et après, s'il y a un après, nous aviserons.


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Les livres sont disponibles en librairie, as tu un réseau ? Sur le net existe-il une version dématérialisée ?

Ladzi : Économiquement, pour nous comme pour de nombreux petits producteurs, les conditions sont devenues encore plus difficiles ces dernières années. Les coup de fabrication augmentant et l'augmentation successives des tarifs postaux ne faisant qu'accroître notre déficit, nous avons dû augmenter les remises. Le prix des livres n'augmente pas chaque année, lui ! La privatisation de La Poste était une grave erreur, qui a nuit à une multitude de micro-entreprises et continue de participer à la catastrophe économique en France.

Il est certain que si nous avons instauré un site de VPC c'est dans le but de limiter les pertes et d'encourager les gens à nous soutenir en nous commandant les livres directement : il n'y a pas plus punk en matière de marché ! Je le redis. Ils soutiennent la possibilité d'imprimer le livre suivant. Pour les personnes refusant le paiement par carte, il est toujours possible de nous envoyer un chèque. Rytrut est aussi son propre diffuseur. Nous avons eu des propositions en ce sens, mais ça ne fonctionnerai pas dans notre cas, ce serait travailler à perte ; il nous faut un minimum entrer dans les frais. Il y a bien quelques librairies qui nous commandent des livres pour les avoir en rayon, mais la plupart du temps ce sont des commandes ponctuelles de leurs clients, ce qui est bien aussi. Cela représente quand même le plus gros pourcentage de nos ventes. Il y a aussi quelques distros qui nous sont restées fidèles depuis le début et c'est cool !

La question du livre numérique a récemment été remise sur le tapis, en raison des nouvelles possibilité qui nous permettraient de rester indépendants sur la diffusion. Ce fut un choix jusqu'à maintenant de ne faire que de l'édition papier, notamment parce que nous refusions de passer par les plate-formes obligatoires contre lesquelles nous luttons. Et nous continuons de résister à notre niveau, on ne baisse toujours pas les bras ! Même si les gens les plus susceptibles de nous soutenir ne le font pas forcément ; où ne le peuvent tout simplement pas car leurs priorités sont ailleurs. Nous connaissons aussi la précarité.

L'éventualité du livre numérique a donc été soulevée, mais étant donné que la plupart de nos livres ont vu des contrats d'édition pour des livres papier, il nous faudra négocier des avenants avec les éditeurs concernés mentionnant cette nouvelle close, et bien sûr leur proposer un pourcentage.Tout cela sera étudié en temps voulu, mais si nous le faisons, ces versions contiendront des mise en pages simples, avec juste le texte sans photos où illustrations (ce qui, par ailleurs, nécessiterait également un paiement de droits supplémentaires). Je suis désolé de saouler avec l'aspect économique du sujet, mais on ne peut pas bosser plus gratuitement que nous le faisons déjà. Et pour les gens qui veulent le vrai livre, le beau livre, ce sera toujours sur papier !


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La lecture est une réponse à l'ignorance selon toi ? Est-ce un modèle de lutte amoureuse ?

Ladzi : N'est ignorant que Steve! Plus on en sait moins on apprend. Oui, mais il ne s'agit pas de lire recroquevillé dans sa bulle sans jamais en sortir, ni rien faire d'autre, sinon ça peut avoir l'effet inverse. Tout ce qu'on peut vivre ou ne pas faire peut contribuer à l'éveil de toute une chacune. Est-ce que lire c'est agir ? C'est en tout cas certainement plus positif que les tartes dans la gueule... même si on en rêve ! Ah Ah !

Merci pour tes réponses.

CiaO))) XXX Bir


FINE


jeudi, janvier 31 2019

Résonance Indélébile


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Longtemps le temps nous traverse et fait entendre en chacun de soi le murmure secret vers la quête de notre présence sur terre. Mais seriez-vous davantage disposer à entendre le murmure acoustique d'un jeudi soir dans la province de Castres ?

Il est vingt heures au café Jean-Jaurès, le zinc s'illumine de binouze crémeuse, d'un p’tit blanc sec qui donne le rouge aux filles. Les conversations s'allongent d'une pimpante agitation fraternelle sous l’œil hospitalier du cafetier. Personne n'a encore pour l'heure sombré dans cet état éthylique et fini avec une rythmique free jazz dans la tête.

Comme toute personne préférant regarder les autres plutôt que participer par principe à l'installation fallacieuse d'un tour de piste séducteur, je constate qu’il y a dans ce café une approche avec laquelle on trouve le luxe d'être serein. On n'y sent pas l'équanimité hypocrite d'un jugement masturbatoire, pas plus que la violence miséreuse des addictions compensatrices. En deux concerts chaque groupe m'a annoncé exactement la même constatation, ce lieu a quelque chose d'atypique et de cool, c'est parfait pour des concerts.

Je trouve que la bibliothèque offre un refuge cotonneux, que la décoration à la fois spartiate et conviviale, notamment avec les peintures africaines de Tony Chessa dispose d'une nostalgie accueillante vers cet esprit troquet, bistrot social, commune à l'échange que connaissent bien les personnes nées au 20ième siècle. La citation de Jean-Jaurès sur un mur : « C'est au fond qu'il n'y a qu'une seule race : l'humanité » semble paraphraser l'esprit de ce café avec celle du taulier.

L’unique et irremplaçable La Lune Derrière Les Granges organise cette soirée placée sous le calme de l’acoustique avec Mauvaise Pioche et Intenable, sachant qu'il y a endogamie musicale autour des membres avec le groupe Nina's School, et Intenable aussi.

La dernière fois que j'ai utilisé l'expression « Mauvaise Pioche » je suis tombé sur le pouilleux au jeu de carte, et autant te dire que ça remonte à un bail que le proprio à déserter depuis plus de vingt piges.

Mauvaise Pioche est le projet solo d'Anthony que vous connaissez certainement comme bassiste dans Guerilla Poubelle. Son approche de l'acoustique n'est pas commune à celle des sixties du Greenwich Village, et pas plus qu'à celle estivale du noceur de plage. Il est seul sur scène, dans cette mise à nu intimidante et à la fois si libératrice dans son paradoxe, parce qu'elle offre le risque de ne plus s'estomper dans un groupe, mais permet de se révéler. Jusqu'à faire disparaître cet autre que l'on a surpris à s'inventer, parce qu'il faut bien rêver à être autre-chose, que le réel et virtuel imposent la dualité contemporaine, parfois même pour définir l’image que l’on reflète par les autres, et aussi afin de satisfaire cet ego, si fort, si tenace.

L'équipe de la salle Lo Bolegason est présente pour un apéro-tapas, sur une table le merch des deux comparses séjourne, dehors c'est café clope ou clope bière, qu'importe les lézardes pourvues qu'elles fassent un minimum effet.

Anthony entame son set acoustique, je mets entre guillemet en fait car ce futé a choisi de rattacher à son chant et à sa guitare, des pré-enregistrements instrumentaux via son téléphone portable. Ainsi si visuellement il est seul sur scène, la technologie le réconforte d'un équilibre rythmique, d’atmosphères propices à une acclimatation musicale, en fonction de l'intonation des différents morceaux. L'orientation générale est typée punk rock, pop punk, rock indé...De ce mélange cosmopolite, représentatif d'un happy-end fluorescent, d'une harmonie de doute et de craquelure amère. Anthony jalonne à sa musique des mélodies de serpentins entaillés d'éclat. Un peu comme une tablette de chocolat noir avec des amandes, c'est consistant au départ, ça fond en bouche, ça craque sous la dent, et tu as la stimulation de la sérotonine contre le stress et l'anxiété. Il interprétera en majorité des titres de son album « Premier Tirage », avec deux nouveaux inédits. Sa télécaster accuse les stigmates d'un bidouillage au scotch et c'est raccord avec cet esprit bricolage indépendant. Ses pieds suivent les contorsions mouvantes de son jeu de guitare sec, de son chant et la ligne de vie musicale que libère son téléphone.

Les riffs illustrent une dramaturgie punker avec sa longue liste d'adversité et de sinuosité bravache. Son chant granuleux se gorge d'une pigmentation émotionnelle, et d'une liberté de ton proche de celle qu'enfant on jalousait au personnage de Mark Twain, Tom Sawyer. Le temps dévore le regret, ou l'amplifie, qu'importe, on retrouve de la joie dans l'agonie. Il y a cette joie enfantine à l'intérieur des doutes de l'homme, de cet homme.

Pendant que Junk cacahouète & jus d’orange filme, Delphine Gabet fige l'instant présent avec son regard unique de photographe, quelques personnes se sont avancées devant, certaines désinhibées émettent une parole que l'alcool a libéré à la faveur d'une errance nocturne. Il y a cette femme un peu pompette, elle s'adresse à Anthony sans retenue, les mots lui glissent de son esprit embué à la forme faussement prétentieuse, mais dont le fond est bienveillant. Elle s'agite sans prise à l'étourderie, sans remords, elle titube sur ses mots et vacille avec générosité et affection. C'est à la fois amusant et pathétique.

Mauvaise Pioche creuse dans les atours de son intimité profonde de quoi soulever autant le limon du punker que sa joyeuseté. Il suffit de suivre les empreintes des astres vides et des bribes de poussières pour vagabonder dans ce chemin de traverse à la segmentation épineuse, où le gars sur scène dépiaute son mal-être, sa parole, sa vision, mais toujours avec la fraîcheur d'une espièglerie attachante.



Seules les bêtes sortent la nuit. C'est à la fois une résistance à l'incarcération du quotidien, et une désobéissance félonne, une désinvolture princière. A vingt ans, on craint le ridicule mais on aime l'excès, on abhorre la solitude, mais on s'isole par son zèle. Au-delà de la trentaine l'expérience prouve que l'horizon est inaccessible. Passé quarante...Pfffffff...Laisse tomber !

L'artiste puise en lui la force de sortir ce qui lui brûle à l'intérieur, ce qui à la fois le contamine et le nourri. Il est souvent difficile de mettre les mots adéquats sur ce que tes émotions expriment, alors magnifier son art c'est lui apporter l'exacte émotion. Cette sorte de révélation que l’autre encaisse dans l’ombre d’un spot en concert, avec l’effervescence émotionnelle qui pétille dans le ventre, et jusqu’à en avoir les jambes flageolant sur du coton transparent. Il faut manier, sculpter son art seul pour en entendre tonner la sommation sensible. Mais aucun homme sur terre n’est parvenu à réaliser seul, personne, jamais. S'entourer des bonnes personnes c'est comme un bastingage quand on tient la barre du navire. Intenable est sur scène en duo, Kévin à la guitare/chant et un violoncelliste/chœurs de punk, nommé Raw Man.

Intenable est à la base un trio de punk rock dont les maux précipitent avec une justesse mélodique ce que la plaie pessimiste des mots fendille comme vase excédentaire. C'est le deuxième concert de cette tournée, entamé la veille à Toulouse grâce à l'organisation HEY Bitches (girl raw pöwer,Organisation de concerts Pâtisserie Photographie Calligraphie Organisation de mariages / Fête de... ).

Si la formule tâtonne encore, parce que l’on ne sent pas l'osmose, je suis certain qu'elle arrivera, car pour autant chacun ne s'isole pas dans sa partie. Il s'agit juste de réglage que la scène égrène au fil des concerts. Kévin tient à son art, il en porte les lésions, la cicatrisation, un faux pas et tu touches à son être. Expliquer la trame narrative des titres fait partie du processus de liaison qui relie comme une cordée, l’auteur à l’auditrice.eur, c'est important dans le cadre d'une atmosphère plus intime, où tu dois recueillir le public sous ton aile naturiste. Prendre son envol nécessite un rapport de confiance quand tu fais face au précipice. Parce que même dans le noir complet il y a toujours une fissure où la lumière pénètre, où l'on peut teindre sa douleur d'un arc en ciel de délice. Intenable joue à cela, il laisse filtrer la lumière, à toi de la voir.



La guitare folk fut une arme dans les sixties, mais depuis que la protestation est humanitaire il y a un étourdissement dans cette oppression, on ne sait plus où en est la contre-culture, si elle est cette zone à défendre bio, facile et interchangeable dans la communication du marketing 2.0, cette haie naturelle à l'art du combat et à la résistance, où ce quartier populaire qui survie face à la médiocrité populiste où marine sa récupération avec les dents serrées ?

Traduire en folk ce que l'électricité du punk rock ouvre comme brèche à défendre est un genre de nervure boisée qui offre parfois la complicité soyeuse d'une danse. C'est lors de la Cover de Nina's School en trio avec Anthony que cet échange se produisit. C'est arrivé comme cela...Les femmes dansent, souvent, tout le temps, elles n'ont pas peur du ridicule, d'ailleurs pourquoi fendre le ridicule quand les corps sculptent ce que les mots ne permettent de faire avec autant de souplesse et de grâce ? J'aime les femmes pour leur audace à s'amuser, à libérer le contraste que la tension de l'homme cogne avec son arrogante masculinité.

Intenable finit son set l'esprit tranquille. C'est dans cette résonance indélébile que le punk rock renforce l'acuité sensorielle que chacun transbahute au fond de soi, comme un appel d'air à pouvoir ressentir librement, cet ensemble, ce tout, fragile et intense, cet animal qui vit à l’intérieur de soi.

La soirée était coOol, intime, tendrement velouteuse, merci à La Lune Derrière Les Granges, au Café Jean-Jaurès, à Intenable et Mauvaise Pioche.

Quand on sort de cette bulle on retrouve l'étrange diction du noctambule qui soulève bien des errances au rabat-joie straigh-edge.


sXe

Les noceurs m'ennuient éperdument avec leur bon-vivre, leur saoulerie du vivre ensemble, la mondanité à petit canapé et apéritif festif. Rien que le mot festif me file la nausée de toute façon. Tourner les serviettes je suis contre. Surtout en fin de repas, quand les miettes, les morceaux du repas et tous les germes se répandent sur l’ensemble des convives...On atteint le summum de la festivité à ce moment-là nan ? Autant lécher directement la cuvette d'une personne atteinte de gastro-entérite si vous voulez partager le vivre ensemble microbien.

Heyyyyyyyyyy j'aime le titre « Musique » de France Gall pour encaisser son « Faisons taire les mélancoliques, avec notre propre rythmique et notre joie. », mais bon chacun son truc, si ton trip c'est la picole et la clope, le mien c'est un livre et un thé.

Il pleuviote, les manteaux épais et les écharpes douces doivent garantir protection face à la viscosité hivernale. Je rentre vers mes pénates, les lumières de la ville s'éloignent et je m'enfonce dans l'épaisse nuitée périphérique avec le satin du « Naima » de Coltrane, et j’ai même pas mal à la tête.

Retrouver les vidéos via la chaîne WBZ, les photos via la page FB WBZ.

CiaO)))

XXX

Bir


vendredi, janvier 11 2019

CAFZIC N°75


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Yan est un landais stakhanoviste. Il gère une émission de radio « Electric Trouble », des concerts sur Mont-De-Marssan avec l'asso Electric Troubles Productions, notamment au Royal Electric, au Café Music, et un fanzine le Cafzic. Il œuvre toujours à parfaire une discipline philanthropique qui depuis 75 numéros file le tournis, des bouffées de chaleur et un trou à la banque. A chaque fois je suis ses empreintes avec des chroniques teintées de fougue, de clin d’œil érudit, d'altruisme, une honnêteté bienveillante, un regard pointilleux, et à chaque fois je vais sur les sites des groupes, achète leur disque.



Yan est un passeur passionné, un connaisseur généreux, un bienfaiteur de la culture underground. Quand tu as un gars de cette trempe dans ton coin, tu peux être certain qu'il va te faire remuer le bordel comme une toupie. C'est un défricheur et à cet effet le fanzine c'est un paquet d'itw, de chronique de disques en tout genre, donc beaucoup de découvertes, et souvent excellentes. Il en parle avec un amusement érudit, avec une sincérité émotionnelle, gage d'honnêteté. Des dessins croqués pour ce « Spécial Rock et couture » apportent dérision punk pour humour pounk, le bestiaire est fringant et fait planer comme un avion sans ailes, pour battre à plate couture tous les Charlélie au poil long et à la barbe fine.

Retrouver toutes les interview via la page FB du Cafzic, ainsi que la bande son de ce numéro 75, vous pouvez aussi consulter ce numéro, c'est toujours très cool à lire et intéressant.


yan


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