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Tag - rock lunaire

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mardi, septembre 18 2018

MØL - Jord


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Jamais molle et prononcé muhl, le quintette du Danemark rassemble tranquillement depuis 2014 une discographie magnifique et époustouflante.

Ce premier album épouse le royaume expansif et noirci du blackgaze.

Aaaaaaaaaah ! le voilà le soucis majeur.

J'entends fort souvent que le mélange de shoegaze rêveur/éthéré et de black metal intransigeant aboutit à un rock mainstream au final. Ce qui m'oblige à argumenter avec colère sur l'aspect dictatorial que courrouce les trolls du net et les intégristes du réel dans cette uniformisation de leur moralisme à la con.

Le blackgaze est très certainement la musique favorite des mélancoliques au cœur noir. La guimauve a une saveur torturée d'hémoglobine. C'est dans ce spleen que prend corps une musique forte et évasive, avec une émotion douce et puissamment chancelante tout à la fois.

Faisant suite à leur deux premiers EP, Møl et II, Jord étire la litote stratosphérique de l'obscurité avec la luminosité délicate du son en réverbération des guitares. La légèreté cotonneuse jointe à la noirceur profonde ajourent les persiennes de Ghost Bath et de So Hideous, épousant aussi bien la torpeur profonde de Slowdive que l'anxiété cathartique de Deafheaven.

Les chansons sont plus courtes et plus concises que ce que le blackgaze a de coutume de réaliser, pourtant elles ont un impact tout aussi viscéral. Le chanteur Kim Song possède ce ton d'hurlement strident en contrepoint dévastateur et approprié à l'orchestration luxuriante d'un post-rock comme Explosions In The Sky, là où pousse le sens de la désinhibition pop de Rolo Tomassi, ainsi qu'à travers les embruns de noisy lourde, et même vers ces moments d'accalmie câline, car telle est la nature organique, émotive et déchirante de MØL.


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mercredi, juillet 25 2018

BLACKWATER HOLYLIGHT – Blackwater Holylight


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Un voile éthéré s’abat tout ankylosé sur des sonorités punk/garage/rock dégoulinant de heavy-fuzz.

La suavité d’un chant choral mène la torpeur lunaire vers le doom décroissant.

Sapristi ce groupe de femelle de Portland métamorphose l’ivresse du corps à corps vers celui du cœur à cœur diaphane.

Aussi épris par ce groupe que tout autant délaissé, et je ne saurais vous en soumettre l’exacte vérité... Séduit par l’atmosphère savoureuse, sucrée par une félinité engourdie transportant chaque titre dans un trip psychédélique, ce que parfois un piano vient en affirmer le délire. On pense très souvent à un mélange The Breeders & The Doors, puis The Cure sur le Pink Floyd de Syd Barrett, de Janes Addiction avec Dead Meadow, de Bardo Pond et Chelsea Wolfe. Autant vous l’affirmer, cet opus témoigne d’un venin étourdissant. Son dard mélodique s’immisce lentement, il se propage dans une tension moite de chaleur et d’humidité vénérienne. La beauté réside dans cette indolence sauvage de grunge pop doomy.

Le quatuor façonne de manière sommaire ses atmosphères, son approche leste et lente lui confère le temps de poser pierre après pierre un bruissement aqueux, de faire crépiter une étendue de procession mélodique, de léviter ses compositions avec un envoûtement vespéral, de brumasser des bouffées de chaleur sonique jusqu’à cette ivresse fuzzique. Il est impératif de sentir le souffle de ce disque et d’en ressentir toute la persévérance fantasmagorique, son calme absolue et la nécessité d’être bouleversé par son audace adoucissante, sa sensibilité, sa vulnérabilité, ses déclinaisons de chœur toujours complétées par un fuzz profond de psychédélisme lourd, et immersif, en contraste avec un sens de la structure légère.

Le groupe se libère du segmentant couplet pont refrain, fait tourbillonner son hallucinogène sens capiteux en même temps que son shoegaze délicate, son goth obsédant, son wooziness folkie, de temps en temps, ou tout en même temps. Sans être gêné de s'éloigner, ni trop stéréotypé des méandres langoureux de la new wave, le charme opère à cœur ouvert, c’est vrai.

Les contemplatifs viendront plonger dans ce bain bouillonnant, dans cette étuve amoureuse de spleen, de caresse subtile, et de douceur absolue. Mais Blackwater Holylight déleste à lui cette façon créer de grands fragments de paysages sonores mélancoliques brumeux, et d’immenses rayons ensoleillés dans cette litanie mélancolique post-rockienne, qu’on en vient parfois à délaisser, comme par paresse.


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jeudi, juillet 12 2018

THE BREEDERS – All Nerve


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Le come-back des sisters Deal fera t’il frémir la nostalgie des quadragénaires ? C’est peu ou prou ce que l’on conçoit avec désinvolture pataude en 2018 à l’annonce d’un nouvel album des Breeders.

Après les Pixies Kim Deal déballe The Breeders pour un premier opus ‘’Pod’’ marquant, mais c’est avec la déflagration du hit ‘‘Cannonball  ’’ sur leur second Last Splash que le groupe parviendra à toucher une nimbée de fans en 1993. La suite est simple comme un prolétaire que l’on fout sous la lumière pour amuser la galerie et faire du fric avec après qu’il ait passé son adolescence à entendre sans cesse que c’était une burne. La célébrité se chargera de fournir à l’ego de quoi perdre la réalité, ou du moins de l’éviter avec le cocktail parodique du rocker : dope & alcool.

De reconquête en reconquête, depuis une re-formation dans une époque qui recycle, 2 albums cool et une tournée anniversaire pour le jubilé de l’album de Last Splash plus loin, nous en sommes là. Mais pendant que les folowers folowisent, les tweetos tweetent, est-ce que The Breeders a quelque chose à dire en 2018 ? Est ce que les quadra, quinqua et trentenaires vont lâcher leur smoothie bio menthe poivré à la papaille du Mexique pour écouter ce rock ankylosé de torpeur mélodique grungy ?

Ils seraient vraiment bête de s’en passer tant le groupe fluidifie avec un sens mélodico-tragique ce qu’il avait façonné avec race et beauté en 1993.

C’est donc avec ce même mélange d’hébétude subtile que les mélodies trouvent un angle pour se reposer dans votre esprit, puis s’épanouir au fil d’écoute toujours plus profonde, toujours plus intime.

Il n’y a que les femmes pour aller puiser à l’intérieur cette puissante douceur ravir à jamais une profondeur si câline, bienfaitrice, réparatrice. Le disque passe sans encombre les atermoiements suspicieux et ne rature pas l’image écornée du passé. Fini le temps où l’on figeait une époque à travers un disque, d’ailleurs à bien y repenser pourquoi résulter à une telle démarche sourde ? Puisque du coup le groupe était emprisonné dans un cocon d’où il ne pouvait s’extraire, et ne pouvait papillonner à sa créativité. Peut-être que The breeders l’a bien compris et appose à ses nouvelles compositions le nectar créatif de sa beauté solennelle, singulière et intemporelle.

La reformation d’illustre groupe est généralement une justification afin de ressortir du catalogue la discographie et faire des leçons de goût en imprégnant son retour dans cette forme d’édification de son aura, et de son culte. Bien souvent aussi l’album de la reformation est un prétexte à se dédouaner de morceau ancien et d’essayer tant bien que mal de réactiver une osmose naïve de jadis, qui n’a plus lieu depuis que l’ensemble du personnel s’est jeté aux ordures tous les non-dits.

Mais ce groupe revient certes avec des rides de maturité, mais il souligne surtout dans ses titres ancrés dans une énergie de sagesse, une relation très intime. Alors c’est vrai que l’on ne peut s’empêcher de regarder dans le rétro avec nostalgie apparente, mais la mélancolie des Breeders est quelque chose d’unique à vivre au présent, sans détour, rien qu’avec cette intime conviction d’être ancré avec quelqu’un que l’on connaît bien, et qui nous connaît mieux que tout. Les abîmes dans lesquels le groupe laisse des bouts de son souffle ne sont plus, les émanations du passé flottent comme la flamme d’une bougie, et sa lumière éclaire, et dévoile en nous ce qui se cachait à la surface.

C'est certain, avec ce disque il y a quelque chose de typiquement féminin de ne pas voir les choses mais de les ressentir. Alors fermez les yeux, et soyez être à l’écoute de l’autre sans le voir, et être dans la perception de l’autre sans le décrire.


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mardi, juillet 10 2018

NOT SCIENTISTS - Golden Staples


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Modifier l'angle de sa zone de confort pour en sortir, a permis au groupe de légitimement ouvrir son horizon. Les titres sont des bijoux aigre-doux, dont le sens du songwriting à la cool possède un délicat venin à l'amertume tenace.


Une subtile nouvelle orientation s'est emparée de la musicalité du groupe. En premier lieu une sonorité cristalline des guitares claires, on baigne dans le trip revival 80's, sécheresse et sobriété laissent entrer la noirceur et les blessures assassines filant un coup de fouet sur les mélodies. S'ensuit pour étoffer l’ensemble d'un même mood des lignes brunes de basse gonflantes, et une rythmique douce et saccadée. La production glucosée donne à ce « Golden Staples » une épaisseur de ton, de contraste d'atmosphère assez singulier dans leur discographie. C'est le genre de friandise acidulée pour laquelle l'addiction se révèle trop importante pour pouvoir s'en dégoûter un jour.

Sans passer par la case angulaire de la froideur du post-punk épileptique, Not Scientist s'affirme avec des effluves de fragments soniques souvent hallucinés, et qui libèrent un arôme de douceur comme nul autre. La fluidité d'un punk-rock mélodique fiévreux, hanté par une beauté diaphane, possédée d'une aura solaire éblouissant de contre-jour pop, affirme cette envie de spleen. Avec des textures ambiant au ton âpre Fugazien, la froideur emo de Naked Raygun, la délicatesse crû de Texas is the Reason, le groupe lyonnais créé en 2013 devrait plaire autant aux fans du label Manic Depression Records qu'à celui de Smalltones Records.

Not Scientists vient de sortir son meilleur album, et ce kaléidoscope musical n'est pas un filtre à style musicaux, même si du rock indé, punk rock, post-punk-hardcore, emocore, tout cela résonne de manière douceâtre et spleenétique, car cet opus possède une âme sonique unique, libérant des effluves émotives où se joue ici la philosophique différence suprême entre faire revivre et perdurer à l'infini.

"Golden Staples" est une pluie de douceur !


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Et un seul adjectif peut décrire à merveille cet album, il s'agit de « Superbe ».


samedi, avril 28 2018

GURA – Caligura


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Les fils prodigues des Stooges rentrent tout juste de Mercure pour vous faire rôtir les cages à miel dans l’avènement gluant de ce « Caligura » fort jouissif.

Si vous avez la préciosité mélomane de récurer au quotidien votre encéphale avec un papier de verre de qualité noisy et sludge, il ne vous saura pas anodin de vous munir d'un tulle gras de circonstance pour essuyer le salpêtre explosif de cet alboOoüm tonitruant.

Depuis 2004 à Gand,  ville belge néerlandophone, située en Région flamande au confluent de la Lys et de l'Escaut de Frida la blonde...Gura manifeste une envie indécrottable de jouer avec la boue et la suie. Le groupe a sculpté des formes neurasthéniques de combustions dont la mue depuis 2015 avec l'arrivée d'un saxophoniste, vient à point nommer un style d'expérimentation sonique assez torride pour vous en jaser la libation.

Dès la première effraction de mesure on déboutonne son froc et laisse aérer la toison pubienne car on sait intuitivement que cette indolente errance de free-sludge accole une descente des profondeurs de doom cosmique. Diantre nous y sommes, ben oauie à la convergence de notre voie lactée, à ce point de rendez-vous de tous les fêlés de la planète qui ont cette sublimation existentialiste de vénérer l’outrage et la désinvolture, avec une violence de l'acte et la beauté du geste fou.

Tu ne vois toujours pas de quoi je parle et où je veux que tu ailles hein ? Dis toi que l'absurdité des contrastes adhère à l'hystérie collective dans ce disque. Donc forcement que ce groupe a pioché sans vergogne dans la discothèque de leur parenté ces disques dégoulinants de stupre sonique que les sixties/seventies en avaient régurgité la convection libertaire en mélangeant autant de drogue qu'il existait à cette époque précise. Ainsi la basse tombe le masque de plomb dans la lave volcanique d'un surréalisme du trouble, le saxophone dégueule des morceaux entiers de stridences saxo-cacophoniques, oui bon et ben allez Zu quoi....La batterie poignarde une marée de toms et de cymbales dadaïstes, le hurleur vomit du sang vocal dans le mélange d'une poésie de beatnik au point que l'on en perd son Fluxus !

Il est vrai que cette façon d'empiler des strates musicales en cube du vorticisme est habituelle pour le fan de Stromae !?! Mais selon la défiance universelle étrangère à sa zone de confort, je ne saurais que trop vous conseiller de suspendre vos doutes et mépris au croc de boucher de Leatheface et d'aller vagabonder dans le nectar outrecuidant de cet opus. Tant la pesanteur d'un Down sous acide y cloque d'indépendance, que les extravagances d'un Primus au haschich acétifie les thèmes progressifs, que le rock à moustache de Franck Zappa se bourre d'une toison de souffre sonique visqueuse, pour que l'acid rock frappadingue d'Amon Düül II en intensifie l'effervescence attraction.

Dans la passion fulgurante que la vie apporte à chaque écoute d'un Gråäl audacieux et jubilatoire il y a des instants de doute et de folie que l’usage de la musique réussit à adoucir quand la tempête s’immole dans la pureté d’une eau qui en éteint l’incendiaire. C’est avec ces moments de soulagement que la vie d’un mélomane se trouble à l’ordre divin de l’existence musicale, juste avant d’être à nouveau terrassé sur place par la puissance de feu d’une autre musique aussi sauvage que le plus terrifiant des orages d’été. Cet album possède la foudre bestiale d’une sauvagerie orageuse dont le rock en est le plus primitif émissaire.

Veuillez à cet effet édifier rite, statue et plus si affinité, parce que cet album foudroie avec l'impétuosité menaçante de déraciner vos idoles. Ceci fait acte de fulgurance, mais ne vous y trompez pas dans quelques temps, la coutume de son écoute altérera une routine qui en étouffera le brasier, et alors ainsi ce totem s’oubliera, comme tant d’autres. Pourtant après bien des années de silence il ressortira fétiche, s’entichant d’une aura que les nouvelles générations consentiront pour s’agenouiller à son illumination. C’est à partir de cela que cet opus peut prétendre à sa prestance avant-gardiste et rejoindre le panthéon des œuvres de méditation lumineuse, car « Caligura » est un opus comme « Metal Machine Music » et le « Fun House » traversés de fulgurance de gravitation noire schizophrénique.


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lundi, mars 12 2018

MYRKUR - Mareridt


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Si tu es blonde à belle gueule d'ange et que tu décides de jouer du black atmosphérique-Pagan new age, et bien tu vas en chier ta race.

C'est ce qui est arrivé à la Danoise Myrkur (signifiant ténèbres en V.O)  devant une communauté black metOl soudée à satisfaire son hégémonie phallique-nihiliste avec un mépris digne d'un taliban.

On ne sait pas vraiment ce qui a contrit l'animosité pourtant déjà naturelle des moralistes des cavernes vikings, si c'est le fait qu'elle soit femme, où l'aide des éminences Kristoffer Rygg de Ulver et Teloch de Mayhem en tant que guitariste studio pour son premier album « M » ? Sauf qu'elle ne s'est pas démontée et a vaillamment poursuivie sa voie. Nous lui en sommes gré.

« Mareridt » est un concept album dont chaque composition traduit une terreur nocturne. Dans cette sublimation où cauchemar, songe, illusion se joignent à l'émotion et l'intuition, se forme un conte.

Le conte est un voyage, une épopée apportant du sens à l'imaginaire, il est intemporel et universel, il traduit les questionnements par métaphore en créant morale et légende, tout en servant de base éducative. C'était peut-être la meilleure réponse pour éclairer les hommes à la musique de Myrkur, l’enchanteresse.

Le conte porte en lui une force émotionnelle, philosophique puissante. Son caractère hybride et polymorphe possède les caractéristiques que l'on retrouve dans cet opus. De la sorte que la musicalité traditionalisme scandinave et folklorique se joint à une hybridation sonore suffisamment gracieuse pour en être séduit après plusieurs écoutes. Dans les passages les plus vaporeux on pense à Chelsea Wolfe pour la torpeur dark, avec parfois même Elysian Fields pour l'indolence, ainsi qu'un soupçon de Tori Amos, Kate Bush, Cocteau Twins pour le côté vaporeux, féminin, opalin, avec cette légèreté des profondeurs et le sens profond pour dévoiler avec finesse.


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Quand la Valkyrie devient Hel ou Hela, la déesse des morts dans la mythologie nordique, c'est le black naturaliste et mystérieux de Wolves In The Throne Room sous un coulis de Darkthrone qui se narre. Ainsi s’ordonne la poésie des bois, le maléfice de la forêt, et on en suit la Sága, on suit cette déesse des contes et des légendes de la mythologie nordique 2.0 avec une forme de fascination, tant les mystères féminins nous semblent ( à nous les mâles) aussi mystérieux que profond depuis toujours.

Myrkur est donc Akka, un esprit féminin du chamanisme, et son culte se généralise sous forme d'incantations et de rituels en concert. Magie ancienne, fragilité de la beauté, force tellurique, on se sent ancré à une force primaire et à l'évanescence naturelle du temps. Ce qui demeure étrange, c'est que Myrkur exerce une attraction et un ennui à la fois, proche de cet esprit de la forêt qui hante et pour lequel on ne croit pas. La belle et la bête communiquent à l'unisson avec possessivité sur des compositions sombres, magiques pour ne pas dire féerique, là où résonne dans la nuit les énigmes intrigantes du il était une fois...dans un pays loin d'ici...

Suite à l'écoute de Mareridt j'ai rêvé à une sorte de ‘’terreur nocturne’’ pour le black metalleux qui a craché des pierres d'insultes et de mort sur cette femme libre et possédée par l'odeur envoûtante de l'indépendance créatrice, je vous en donne lecture :

« Il désirait une relation animale alors il violenta sa chatte avec mépris pour qu'elle devienne chienne. Seulement quand il crut possible de devenir assez bestial pour assurer sa domination, il se retrouva nez à nez avec une chienne de garde, qui lui sortit trois remarques assassines de but en blanc qui eurent pour effet dissuasif de le faire débander, et de clore tout espoir dans cette relation où il perdait d'avance le monopole de l'autorité et de la domination. Quand il partit désarçonné, elle souriait passive avec la délicatesse d'une lionne. »


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mardi, mars 6 2018

WHITE WARD – Futility Report


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La scène ukrainienne bénéficie de groupe reconnue comme Astrofaes, Nokturnal Mortum ou Drudhk, ainsi White Ward originaire d'Odessa en prolonge l’insolente stature. Après 5 ans de demos, splits et EP, voici le premier album 6 titres pour 40 minutes de post-black avant-gardiste, parce qu’avec la présence d’un saxophone au sein de ce sextet on a franchi un cap, que dis-je une péninsule.

Soyons clair et sans méprise, ce disque n’est pas un enfumage, il crée une perturbation dont le trouble se dissipe tout aussi rapidement qu’un orage estival.

Par conséquent ce n’est pas du free jazz black metal, pas du tout, car il n’y a pas de free jazz. Un groupe comme Shining ( From °Norway°) dispose du free-jazz avec sa fusion sonique, mais pas White Ward.

Le groupe explore en progressiste les méandres de l’intensité du black metål. Sa mélancolie ambiante vient du post-black. White Ward se charge de bouleverser le style vers une mutation déjà entreprise depuis que le public black s’est élargi vers d’autres sphères stylistiques. Ainsi il ne fait que poursuivre l’évolution de la post-génération en intégrant les diverses variations tant au niveau des instruments que des atmØsphères. Par ce fait il ne sera guère surprenant pour un mélomane d’attiser sa curiosité avec un tel disque. De faire télescoper la maturation qu’il a intégrée dans les connexions de sa culture.



Des empreintes jazzy, oui il y a. L’on peut introduire cet aspect comme le groupe Morphine dans les 90’s et la lave des Stooges dans les 80’s. Le saxophone se fond dans les flammes et devient cette volute chaude, inhérente à la singularité du groupe. C’est véritablement un plus, cela métamorphose leur atmosphère, la musicalité, l’élément est très bien intégré, il lave par incandescence de son volcan sonique l’âpreté froide du black vers une musicalité bouillante et surtout douce. C’est certainement cette douceur que l’on entend souvent avec les groupes atmosphériques qui ici fait office d’apaisement. Par contre c’est très propre, surement trop pour les amateurs de raw et là c’est même certain, et également pour tous ceux dont le black est une amertume en bouche. Cet ajout est parfois aussi une union entre la partie vocale et le saxophone, alors pour l’image cela rappelle Jimi Hendrix et sa guitare si vous vous imaginez le délire. Mais le sax n’ingère pas la totalité de sa seule présence, cela reste du post-black ténébreux, avec cette capiteuse curiosité ineffable il est vrai.

On baigne avec Futility Report dans cette perdition éthérée de ces dernières années où Ulver nage en toute aise, d’ailleurs il y a une cover des Norvégiens, et dans le bouillonnement du spleen de Deafheaven.


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jeudi, février 1 2018

WOLVES IN THE THRONE ROOM - Thrice Woven


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Je n'avais jamais écouté ce groupe auparavant, mais ce Thrice Woven a su se découvrir à un moment où j'observais dans mes errances existentielles le besoin naturel de revenir à une vérité sauvage. D'entendre rugir le crépitement originel de la création dans sa simplicité, tout autant que dans sa démesure naturelle.

Du coup et comme je le fais à chaque fois que je découvre un groupe, je vais explorer sa discographie histoire de remettre l'ensemble dans son contexte. Et là surprise WITTR navigue à proue dans une multitude d'essai dont un Celestite assez trompe l’œil, enfin l'oreille plutôt, pour émettre un doute subtil sur la potentialité que se soit bien le même groupe à la réalisation d'un opus de ce calibre de superficialité new-age.

Je n'ai pas creusé davantage et j'ai écouté Thrice Wovenen en me laissant tomber à la renverse sur un sol tapis de mousse, avec le majestueux balancement des branches comme seule vision de mouvement pendant une nuit où les étoiles brillaient de mille feu dans le pâle éclairage d'une Lune opaline.

On se retrouve avec l'esprit de Myrkur pour cet amour à l'ode pastorale, et cette progression vers le chemin de traverse où l'on se fraye un passage dans les forêts de l'obscurité et de la poésie d'un naturaliste, qui affectionne de trouver une Urtica pilulifera dont l'espèce d'herbacée à feuilles velues est reconnue comme faisant partie des plantes médicinales les plus utiles et les plus efficaces, puisque ces feuilles sont couramment utilisées comme toniques, dépuratives, diurétiques, anti-inflammatoires.

Seulement si l'on fait fi de cette romance naturaliste, on flâne dans ce bois blackgaze avec une envie puissante de ressentir le flux primitif des conversations anciennes des arbres eux-mêmes. Malheureusement nous n'avons plus la capacité de telle palabre de nos jours, alors nous laissons le soin à des hurluberlu(e)s le soin de nous réapprendre l'ode de vie immémorial qui a maintenu notre planète dans un état de droit naturel et pérenne. Est ce que ce trio est composé d'hurluberlus ?

Ce trio vient d'Olympia dans l'état de Washington, à sa base les frères Weaver recueillent à proximité de l'épaisse forêt l'éblouissement séculaire pour composer des titres de post-black primitif et atmosphérique, dans un recueillement païen. 

Hanté par une beauté à l'état sauvage comme sur leur vespéral opus Celestial Lineage, le groupe prolonge la douceur de la mousse avec le froid résigné de la nuit, englobant les atours de leur album Black Cascade afin de jumeler diverses périodes et empreintes passées dans ce linceul sonique.

Comme invités il y a au chant Steve Von Till de Neurosis ainsi qu'Anna Von Hausswolff, ainsi que Zeynep Oyku à la harpe sur le morceau Mother Owl, Father Ocean. La production a su établir le mérite de faire émerger une épaisseur conséquente à la robuste primitive, sans jamais omettre d'en amoindrir l'intensité.



Vous en conviendrez amies des agglomérations, le silence de la nature la nuit vous est effrayant. Il y a dans cet album une pénombre naturelle dans laquelle la noirceur présente est une ombre dans l'ombre, et où l'on se fait tout petit pour ne pas atténuer la puissante revigorante de ne faire qu'un avec les éléments naturels les plus obscurs et mystérieux.


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vendredi, janvier 26 2018

THE BLACK NOODLE PROJECT – Divided We Fall


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Bienheureux de retrouver un nouvel opus de The Black Noodle Project.

Le tandem de compositeur Jérémie Grima (guitares, claviers et chant) et Sébastien Bourdeux (guitares) a réalisé avec ce nouvel opus un spatial post-progressif à décrocher le satellite Lunaire. Leur précédent « Ghosts & Memories » datant de 2013 m’avait déjà bien arrimé dans ses douceurs rêveuses, depuis, le line up a changé et c'est avec l'aide notoire de Tommy Rizzitelli (batterie) et Frédéric Motte (basse) que The Black Noodle Project a pu lancer sa comète sonique dans la voie lactée des mélomanes amoureux des univers célestes.

« Divided We Fall » poursuit cette même quête d’absolue contemplation inhérente à leur musicalité rêveuse.

Caractéristique fondamentale à l'ensemble de leurs songes, la guitare est une nécessité directrice à l’envol planant du groupe. Les plages synthétiques se consacrent elles, à faire immerger les atmosphères, permettant de déployer par la suite un thème précipitant des variations mélodiques vers cet envol mélodieux et divin que la guitare témoigne. Délicatesse et volupté mélancolique se joignent à l’écrin de douceur et y confortent une mansuétude musicale. La plupart des titres restent instrumentaux et tous cajolent les oreilles. La nouveauté réside dans le chant, beaucoup plus présent. Ce qui engendre à la place des sensations instrumentales avec lesquelles nous puisâmes dans notre fort intérieur la capacité rêveuse, une direction, puisque les mots en donnent le chemin. Quant à la partie vocale, on en sent la fragilité, et ceci apporte aux mots une sensation de vulnérabilité, avec un point de vérité symptomatique de la tendresse musicale.

Si le floyd n’est jamais loin des terres brumeuses et éthérées de The Black Noodle Project, l’on peut aisément projeter toutes sortes de référence cinématographique quand on sait la passion que témoigne Jérémie pour la musique de film (des fragments de dialogues se font entendre par ailleurs…). Tout comme la musicalité aérienne avec des groupes comme Monkey3, Alcest, le rock prog douceâtre faisant émerger cette mer de quiétude propre à l’évanescence sensitive.

La précision de chaque note file le tournis, ça te touche en profondeur, tu sens une élévation, quelque chose de doux et de flottant dans cette musique, est ce un soulagement ? Du réconfort ? De l'enchantement ? Une protection comme un talisman musical ? Ce qui est certain c'est cette béatitude sereine à la fin de l'écoute.

Pour ce sixième opus les planètes de la composition se sont alignées, au lieu de plaquer des strates de mélodies et de sons en progheadbanger, le groupe a mélangé ses titres avec de la poussière d'étoiles filantes, par laquelle ce rock-atmosphérique tient à un ensemble de Porcupine Tree/Anathema/Riverside, mais et surtout il est et demeure pas moins qu’un nouveau voyage reposant dans l’alcôve vaporeuse d’un groupe passionné par l’alchimie du rêve, lui apposant une forme d'immensité.


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mardi, janvier 16 2018

QUICKSAND - Interiors


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Après 22 ans d’absence, intitulé Interiors via le label Epitaph, cet album a été composé et enregistré avec le line up originel : le batteur Alan Cage, le frontman-guitariste Walter Schreifels, le bassiste Sergio Vega et le guitariste Tom Capone.

Vibrez enfants du jour de gloire, vous pouvez enfin le faire avec le retour de Quicksand.


  • La douceur bordel de merde il n'y a que ça de vrai dans ce monde absurde de méchanceté pure.

Faire de l’or à partir de choses simples. Donner un sens à l'abstraction sonique, se soumettre à l'émotion brute, pure, douce et en câliner la commotion jusqu'à en jouir. Voilà à quoi peut se définir Quicksand. Un post-hardcore à la Fugazi assaisonné de metal indie à la Helmet comme il disait dans les 90's pour classer ce groupe, alors que l'unique innovation c'est d'avoir su faire vibrer les brèches de l'emocore.

Je parle bien d'Emocore, d'un style musical à part entière, bien avant que celui-ci ne soit perverti par des masturbateurs à mèche. Et pourtant oui, c'était bien à cet endroit que ce groupe a agité sa magie sensitive, dans ce clair obscur, étrange, et si précieux, ouaie un brouillard sensitif éclairant des séquences emötives sanguinolentes de spleen, capable de vider un émöphile de son sang pour le remplir d'émotions.

On en entend ici la parenthèse avec ce don de générosité capable de donner de la lumière dans le son chaleureux des guitares, et dans ce jeu au feeling si spécifique.

On en sent les agitations internes et cela délivre la sève émotionnelle lors de structures musicales jouissives de beauté nue. C'est en cela même que les guitares forment un indestructible et vigoureux arc-boutant, la basse en booste la silhouette que le rythme en imprime le mirage.


  • On obéit souvent à une trace intérieure et Interiors est une œuvre magnétique puisant dans sa puissance l'accès direct vers le cœur, capable à lui seul de vous faire planer.


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lundi, décembre 18 2017

HERON – You Are Here Now


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Émergeant des paysages ruraux du nord-ouest de la Pennsylvanie, le premier opus d'Heron est une œuvre maîtresse capiteuse qui englobe presque tous les éléments du post-rock et stimule le succès du genre sous sa forme moderne.

Pourtant la construction des titres est basique. Elle se forme à la mesure d'une introduction minimaliste et planante, puis donne jour à une atmosphère ambiante, douce et discrète, laquelle égrène son chemin jusqu'à ce que le crescendo ascensionnel vers l'épique offre une vue panoramique sur tous les espaces sonores. De plus, ce post-rock atmosphérique est capable de pénétrer le silence fantastiquement minimaliste par le biais d'une écriture de morceaux intenses et sauvages.

Souvent c'est l'émergence d'une câlinerie allongeant son pas de feutrine sombre, pour prendre son envol au fur et à mesure vers l'éther de la dream pop et du shoegaze, là où les performances hypnotiques rendent corps à la puissance émotive. Alors transcendance et résonance forment à travers une vaste gamme d'harmonique tout un pan du sublime. On plonge et replonge dans le nectar de la simplicité, donnant une qualité fantastique et rêveuse, en y intégrant une véritable force émotive à la musique. Ainsi les images apparaissent. La douceur d'une plage abandonnée, la caresse d'un vent chaud, la sérénité d'une montagne, la beauté sauvage d'une forêt, la pureté du rire d'enfants, le sourire de l'amour, la sensation de quiétude...Votre côté lunaire dessinera alors votre promenade rêveuse.

C'est une musique que l'on pourrait traduire comme évanescente, pourtant sa douceur est un réconfort, ainsi qu'une expérience qui brille à jamais comme un océan de quiétude post-rock lumineuse.


jeudi, décembre 14 2017

CHELSEA WOLFE – Hiss Spun


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Même blottie dans un coin d'une pièce claire la louve Chelsea Wolfe est de retour dans les vastes plaines moroses de l'obscur et de l'expérimentation acariâtre.

Son"drone-metal-art-folk" est caractérisé par un jeu de guitare expérimental, des chants éthérés et des sonorités surréalistes, allant de Björk à Nine Inch Nails, de Nick Cave à Tori Amos, de Siouxsie Sioux à Suicide, de Kate Bush à Pharmakon, de PJ Harvey à Aphex Twin...Ce 7ème album appose une mouvance opaline pour un charme vénéneux.


Mais si ! Parce que la louve s'avance à travers des atmosphères profondes et brumeuses et qu'elle fait apparaître pour se dévoiler. Elle s'offre ainsi à nue aux ténèbres, poursuit dans l'antre de variation baroque, au contour de la noirceur gothique et de son venin, puis retourne sans cesse à la fragilité de l'évanescence, et toujours avec la puissance de la sauvagerie. On a toujours la sensation qu'elle est insaisissable. Alors elle croque, triture les sons, défricheuse dans le bois dormant de son anxiété, elle se jette dans les cauchemars, et c'est là qu'elle mord.

On touche le sublime dans les moments d'orchestrations de musique contemporaine et sur des mélodies douces, mélancoliquement flottantes, avec lesquelles on ne peut qu’assister impuissant à la décadence plus intimiste du spectre émotionnel de la belle.


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Au comble de l’épuisement suit toujours l'apaisement, ondulant entre ambient et léthargie pour augmenter la tension de manière graduelle, et écraser l’auditeur dans une nouvelle bourrasque d’une musique déchaînée, et aussi décharnée dans sa violence sourde que purement jouissive. Elle émerveille et effraye, calme et épuise. C’est l'art de semer le trouble pour faire apparaître la noirceur.

La californienne sort du tréfonds une hypnose musicale avec un côté rêche, âpre, squameux. D'ailleurs elle dénude ses compositions et en contraste l'arborescence avec l'apport du gonflement doOom de la guitare de Troy Van Leeuwen (Failure, Queens Of The Stone Age), le chant d'Aaron Turner (Sumac, Mamiffer) sur le titre Vex et la production de Kurt Ballou (Converge).

Son monde n'est pas hermétique, mais on y entend les peurs enfantines, les blessures de l'amour, les affres telluriques de l'indicible, un univers schizophrénique correspondant aux multiples facettes de cette femme intrigante qui affole les sens, de cette ardente femme qui plaît au cœur ; l'une est un bijou, l'autre un trésor, parce que Chelsea Wolfe est un cristal noir.


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mercredi, décembre 6 2017

WIDOWSPEAK – Except The Best


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On avait laissé Widowspeak avec leur troisième album All Yours en 2015, produit par Jarvis Tarveniere membre du groupe Woods, le duo maternait sa dream-pop avec un shoegaze intimiste et nostalgique, ténue dans le spectre musical des 90's.

Cet album a été écrit lorsque la chanteuse Molly Hamilton s'est retrouvée à la dérive dans une période ambivalente de sa vie, là où les bouleversements entre passé/présent/futur trouvent l'épicentre d'une déflagration existentielle. Autocritique, doute, incertitude, errance, tergiversation, vague à l'âme, recherche vers le temps perdu Proustien...Dans le nœud insoluble de cette errance la beauté diaphane de Widowspeak tutoie les nuages de la mélancolie.

oOOOooOOOooOOOooOOOooh !

Et oui. La voix douce et délicate de Molly Hamilton fait résonance à celle d'Hope Sandoval de Mazzy Star avec lequel le groupe partage la symbiose hypnotique des reverbs de guitare cristalline, et même cette lenteur flottante qui donne la sensation que le temps s'arrête tout net.

Hors le temps ne stoppe jamais sa marche, et quand les choses vous échappent, que l'anxiété s'immisce en vous, cela donne les compositions du quatrième opus du duo de Brooklyn, avec son mélange de twee Pop allant de Black Tambourine à Heavenly, un peu du zeste du Velvet Underground, la fragilité de Blonde Redhead, la folk voluptueuse de Cat Power, la romance mélancolique de Nada Surf avec celle de Landscape. On en retourve le nectar dans des titres comme Dog, Good Sport, The Dream qui retiennent dans les songes, et la chanson Fly On The Wall aussi, oui comme le titre d'un album médiocre d'ACDC.

Produit par Kevin MacMahon (Swans, Real Estate), Molly Hamilton et Robert Earl Thomas ont recruté de nouvelles têtes avec notamment Willy Muse à la basse et James Jano à la batterie, et cela s'entend. Des volutes oniriques de regret, des saveurs enfouies venant flotter dans chaque commissure des compositions, une flânerie rêveuse matelassée des mots que l'on susurre la nuit de pleine lune, des instants flottants de trouble, des attentes en suspension au dessus du vide, des gestes qui réchauffent, et d'autres qui étouffent par leur incertitude, le bruissement des illusions, l'ajournement des fuites en avant, les envies initiales, les perspectives de lutte contre l'oubli, l'ébranlement des convictions, la pause en attendant l'embellie.

Oui Widowspeak partage le même doute que la vie, et c'est en cela que son album touche par sa fragilité.


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lundi, décembre 4 2017

MONARCH – Never Forever


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Voici l'album qui déclenchera chez les fans inconditionnels du mur du son Bayonnais un éclairage supplémentaire à la distorsion Dröne-sludge-doOomesque et à sa majestueuse fréquence sonique épique.

Faisant foi et loyauté à sa discographie comme un Sun O))) impétueux et immuable, Monarch dégorge toutefois d’innovation tout en restant sombre et monotone dans son crépitement tellurique. Ainsi une lumière vient ourdir une trame musicale dans laquelle le groupe illumine et s'illumine vers une voie nouvelle. Il se dégage désormais une émotion que l'obscurité développée par Monarch s'était toujours abstenue d'en faire frémir la déflagration.

C'est dans cette aube naissante que le groupe fait jour avec ses nuits mélodiques, et avec une théâtralité quelque peu infatuée il est notable de le stipuler. Je préviens qu’il y aura de l'abracadabrantesque pour ceux qui souhaiteront participer à ce culte, à cette forme de rituel maléfique, dans cette chasse à la sorcière qui fait éclore à côté d'un doux précipice le rituel faisant éclore la fleur mélancolique et l'obscurité toute entière.

Never Forever est un album fondateur, un oracle bouleversant, un rêve vers un ailleurs mystique.


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Le corps de leur musique est une folie opiacée, lente et douce que les murmures, les fredonnements cajolent par le contraste bestial des hurlements déchirant le tourment. Ah oui on l'entend mugir la zolie Emilie, miauler, murmurer puis gueuler dans le lointain dans ce cri d'orfraie antique avec lequel on se sent vivre dans un autre lieu. On se perçoit ainsi plongé dans une forêt noire et épaisse où siège dans cette obscurité végétale le vaste d'un temple olympien à l’opaline couleur réfléchissante, avec l'immobilité des colonnes ioniques, doriques, corinthiennes pour unique perspective. Tout cela se passe dans la promiscuité d'un soir Luciférien où la lenteur de la musique appose une kinésie à toute gestuelle, et laisse place entière à une imagination exubérante et grotesque. Car oui on vit le moment avec l'aplomb d'une audace insoumise, sans crainte.

Cet ainsi que dans cet instant suspendu mon benjamin de fils passe et me voit en train de mimer un rituel vêtu d'un slip hellénique et d'une toge guerrière avec une serviette de bain à motif féminin et aux lignes zébrés. Son frère cadet s'immobilise à sa hauteur pendant que j'officie à allumer des bougies dans mon antre. La musique étanche la soif maléfique. Devant cette situation ubuesque sortant d’un film de Fellini sous acide, mes enfants se prêtent au rite.

Cerise sur le gâteau basque à ce disque Bayonnais il y a une cover de Kiss, « Black Diamont » rebaptisé ici en « Diamant Noir ». Fichtre mais que dire de cette reprise méconnaissable ? C'est lent, très lent, pis c’est lourd aussi, très lourd, tu vois Anvil et leur enclume ? Et bien tu rajoutes trois Black Sabbath + un Sun O))) pour la lourdeur et la profondeur, la suite c’est Monarch qui lui apporte une mélancolie vénéneuse d'une atomique splendeur implosive.

Aussi détonnant qu'étonnant, aussi maléfique qu'éthérique, Monarch ouvre une nouvelle page de son livre sibyllin.


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samedi, décembre 2 2017

LEPROUS – Malina


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Leprous est un groupe Norvégien, ce cinquième album rappelle la marque du band pour son rock progressif modéré contemporain, et de ses lentes complaintes pour un son léché. L'alternance musicale de Leprous fonctionne de par le compromis qu'il génère dans sa mutation sonique transgenre.

Bâtir une cathédrale d'art dramatique et féerique n'est pas chose commune. Les sables mouvants Leprousiens permettent de s'enfoncer dans la mélancolie avec ravissement, tout autant que prendre l'envol pendant la colère d'un orage. Le groupe essaye de garder une cohésion malgré des fluctuations de line-up conséquentes depuis sa bonne dynamique depuis l'abum Coal en 2013. Pourtant on sent que le groupe s'est assagi, il y a moins d'instabilité musicale mais tout autant de bouleversement émotionnel. L'amplitude de l'ensemble se promène dans une atmosphère hautement mélanco-mélo-émo.

Le groupe est passé du prog à la pop avec de subtile ambiance ouatée, un peu comme Depeche Mode vers une accroche polyrythmique oppressante, une manière d'ébranler chaque secousse, qu'elle soit émotionnelle ou provoquer par des variations musicales, l'ensemble de ces montagnes russes oscille de la sobriété intimiste à la déflagration emphatique. Pourtant il épouse merveilleusement les expressions mélodiques qui permettent de donner du relief, il donne vie et corps à ces compositions en apportant de l'épaisseur, il donne du sens à son émotivité et apporte ce grain d'émotivité passionnelle qui renforce ou fragilise à bon escient. La force de Leprous c'est ce contraste mesuré et permanent, menant au chavirement, tout autant qu'à des longueurs un peu too much.

Le point culminant du groupe reste son chant. D'ailleurs autre vedette norvégienne, Morten Harket le chanteur de Aha partage la tessiture qu'Einar Solberg le chanteur de Leprous. Ce chant angélique dit Haute-contre, épousant l'éther, l'on en retrouve l'orientation vers les œuvres religieuses et les opéras des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. D'ailleurs la pièce musicale « The Last Milestone » en démontre toute la noblesse avec son instrumentation à base uniquement de violons et de violoncelles.

Fragile et incandescent par son contraste, « Malina » est un opus maniéré de qualité, exécuté avec l'art et la manière donc.


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mardi, novembre 28 2017

SOROR DOLOROSA – Apollo


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Gravitant autour de l'émancipation, Soror Dolorosa gifle avec exubérance un troisième opus sobrement lumineux.

Servile d'une attache sombre, l'encre noire a coulé sous les eaux saumâtres depuis l'antiquité discographique du groupe. Jadis effleurant l'albâtre sombre avec Severance (2009) et Blind Scenes (2011) tout aussi emprunt de noirceur divine, que d'abîme opaque qu'exhale leur soupir final, Soror Dolorosa avait étendu lymphatique des mélodies à la tristesse profonde, tout en s'exhibant dans la mélancolie Baudelairienne.

Pourtant tout a commencé par : "Vierges qui, au coin de chaque rue, ouvrent les bras du fond d'une niche, parmi des cires et des roses sous un globe, qu'on dirait des fleurs mortes dans un cercueil de verre. Oui, il secouerait le joug mauvais! Il se repentait. Il avait été le défroqué de la douleur. Mais il ferait pénitence. Il redeviendrait ce qu'il fut. Déjà il recommençait à être pareil à la ville. Il se retrouvait le frère en silence et en mélancolie de cette Bruges douloureuse, soror dolorosa. Ah! comme il avait bien fait d'y venir au temps de son grand deuil! Muettes analogies ! Pénétration réciproque de l'âme et des choses! Nous entrons en elles, tandis qu'elles pénètrent en nous." - Bruges-la-Morte, 1892 - Georges Rodenbach

Sans jamais renier ses racines cold Wave / Post Punk, la basse n'est plus cette héroïnomane sombre que les guitares cristallines projetaient dans les veines musicales du combo, défroissant la mousseline gothique, exhumant une sonorité coldwave aux différentes blessures, à défaut d'être cicatricielle.

Il me semble que désormais le groupe a dévêtu de manière préventive et non curative son apparence gothique.

Voilà, l’expression est lâchée, et elle invoque une resucée de stéréotype avec laquelle Soror Dolorosa s'en détache à peine les chaînes, s'émancipe de cette chrysalide, et lui permet de prendre réellement son envol. Leur précédent album No More Heroes (2013) était déjà marqué de cette métamorphose entre The Cure, Sister Of Mercy et David Bowie. Cette saignée se confirme désormais vers une empreinte ambiant, post-rock-shoegazienne, comme avec le sculptural titre Yata. Sauf qu'ici c'est l'ensemble de l’œuvre qui en est constellée, comme la pop brumeuse versus le trio norvégien AHA avec Another Life ou celle de Depeche Mode avec That Run .

Accentuant les vertiges mélancoliques vers l'évanescence instrumentale, opérant à cœur ouvert dans les abysses shoegaze, le groupe a beaucoup appris de l'évacuation sensible que l'on remue entre ciel et terre en concert, que l'on convoque près d'un précipice épousant le vertige quand il est temps de se dénuder entièrement. Leur tournée avec Alcest et une gestation de quatre ans auront eu mille fois raison d'offrir le nectar créatif de sa phase instinctive, pour cet album exalté par cette trempe de cygne noir Bauhausien, et dans ce brouillard anglais de Joy Division.

Le groupe « rencontre les écumes sulfureuses et nitreuses, les marie, et par un art subtil les réduit, adustes et cuites, en grains noirs » selon le Paradis perdu de John Milton.

Le spectre baroque est séminal, la lumière de ce kaléidoscope sonique est toujours aussi fataliste dans le chant tragique d'Andy Julia, et il est formellement spleenétique musicalement. Apollo respire l'essence même de la vie ténébreuse, romantique, romanesque, il sécrète de son essaim angélique la splendeur et la beauté fatale, son air est dangereux et fatal, il convole son offrande lumineuse dans un rock noir qui rend triste et chagrin, absolue d'ivresse, de froideur lunaire, d'éclipse solaire, et de chérissement cotonneux.

Capable d’aimer comme aimerait un ange, d'embraser comme s'enflamme la passion, de papillonner loin du péché véniel, la beauté est partout dans cet opus au baiser vermeil  !


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dimanche, novembre 12 2017

MOGWAI – Every Country's Sun


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Longtemps je garderais dans mon être les mélopées câlines de Mogwai.

La première fois on attend la fin de ces longs préludes musicaux, sans admettre que le classique couplet/pont/refrain n'existera pas sur les terres écossaises. Bien entendu c'était il y a longtemps, le post-rock n'en était qu'à ses balbutiements. L'initiation se fera opaque, l'intronisation se réalise par petite touche d'infiltration dans la beauté aqueuse que distille le groupe. Le clair obscur prend différente teinte quand enfin l'assimilation devient légèreté, ainsi la révélation poétique se fait jour, et plus rien ne sera plus comme avant. Non plus rien. La perception musicale se pare d'un filtre anti-age, à l'addiction contemplative intemporelle. Mogwai est instrumental, votre imagination fera le reste. Parle si tu as des mots plus fort que le silence.

La discographie d'un groupe est jonchée de collaboration, de maturité de langage, de choix distinct, d'une époque, d'une identification, et que sais-je encore...Sur le fil du rasoir Mogwai a jalonné sa carrière d'instant suspendu. Les mélomanes funambules apprécient de prendre de la hauteur, d'épouser leur regard musical sur de vaste paysage fuyant vers des perspectives et des horizons lointains. Plus c’est haut, moins il y a d’oxygène, et plus la perte de l’équilibre est violente.

Ce neuvième album Every Country's Sun en contraste l'étendue avec un panorama post-rockien vaste, lent, capiteux, doucereux. L'apesanteur du flottement est doux, se sentir léger dans cet intermède sonique ramène à un état de sérénité libérateur. Mogwai remplit le vide, moule, coule, fond son acier avec de la plume, des perles de pluie avec des lames de feu, nuance de puissance et de profondeur, de couleur et d'élévation. Un chant vient parfois suspendre le temps, nous déraciner du cosmos de Mogwai.

Le groupe surnage dans son ouragan de sensibilité et de sensualité comme un big bang tellurique intérieur, là où la plénitude des sens est une explosion des émotions, sensations. Tout ne fait pas corps pourtant, des fêlures, des craquements, une fragmentation de la tectonique des plaques soniques depuis le départ du guitariste John Cummings, le groupe est un quatuor. Un déséquilibre que l'on entend. Même si dans la formation de Glasgow tout semble éphémère, elle folâtre dans l'ambiant mélancolique, se dépouille de tension rock cataclysmique, évapore la dream pop grisâtre, suspend le shoegaze luminescent, tout dans ces ambiances atmosphériques et cette violence sonique se dilate, se métamorphose, tout est transitoire, vulnérable, indécis. Étions-nous dans l'expérimentation ? Dans le progressisme ? Dans le diffus ? Dans le néant ? Le groupe tisse ses filaments arachnéens musicaux, il défie avec l'arme des guitares, tire des larmes et la vie flotte sans cesse avec sa force et sa fragilité. C'est peut-être en cela que Mogwai renforce sa capacité inoubliable, faire bruisser la vie dans chacune de ses pièces musicales.


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vendredi, octobre 27 2017

OUR CEASING VOICE – Free Like Tonight


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Le cœur peut battre, mais il a battu retraite à l'endroit où les fausses étapes et les impasses le conduisent.


C'est avec cette citation que l'on définit le méconnu trio autrichien Our Ceasing Voice, qui pousse avec son troisième album l'incandescence passion du gouffre dark et de la volupté angélique.

Depuis leur premier opus When The Headline Hit Home en 2011, le groupe jalonne à pas gourd une merveille musicale purificatoire, capable de délester le souffle court du poids de l'existence par une lumière secrète enivrante. Véritable diamant brut habité par une belle âme qui ne cache pas ses faiblesses That Day Last November leur second album avait ce désir capiteux en lui. Une force acérée par des atmosphères et des mélodies incantatoires de post-rock. Mais il manquait une épaisseur, une gravité certaine, avec Free Like Tonight tout prend acte et existence. C'est un accomplissement légitime après toutes les étapes de la musicalité du groupe, car il y a véritablement un souffle supérieur.

Leur post-rock est sépulcral et leur shoegaze ambiant est baroque, c'est à la fois émotionnel et mélancolique par les fréquences de beauté dark que ce rock fouette en une caresse de plume, et de cire chaude pour faire frémir en contraste avec des courants d'air glacial. Le chant crépusculaire du nouveau membre Dominik Dörfler ajoute une atmosphère de profondeur et d'affliction vraiment très sombre. C'est littéralement un atout majeur dans la nouvelle approche sensitive à la teinte noire du groupe.

Leurs chansons convoquent les passions dans des ruines, elles ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un cœur qui bat. On en jouit, on peut même en peindre la silhouette éclore du bout des songes. Ces chansons sont comme une rose en floraison dans notre fort intérieur buisson ardent. Il y a des épines partout tout autour et il est impossible d'en forcer l'éclosion. Malgré le fait d'en être absolument épris du regard, il faut en être contaminé corps et âme.

Ainsi lorsque la rose s'épanouira en vous, alors seulement vous pourrez la contempler, ressentir son pollen et finalement la connaître. Son doux venin est précieux, cette beauté pure ne doit pas être prise avec légèreté. Il y a une telle profondeur dans cette remontée des limbes qu'elle dévoile une vérité jusque là insondable. Ce n'est pas un décorum dark comme on a l'habitude de nous en vendre la pâte poussiéreuse.


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Ce disque hante par sa morsure dans les blessures assassines. On pourrait craindre la douleur de sa brûlure, il n'en est rien. C'est comme quand on touche brièvement la flamme d'une chandelle, nous ne ressentons aucune douleur. Ce n'est pas de la magie, les flammes jaunes dansent au dessus alors que le bleu du feu est la combustion, la partie la plus chaude de la flamme se trouve à la lisière entre ces deux zones. Our Ceasing Voice est la bougie éclairante, pas la flamme dans le mouroir de l'âme impure.

Écouter une musique élégiaque fait fleurir une sensation de tourment, de souffrance, d'affliction. Les personnes mélancoliques perçoivent dans ce retrait naturel un besoin automnal de faner, pour mieux se renouveler avec une vivacité printanière. Un cycle introspectif empreint de sobriété et de recueillement afin d'écouler le trop plein, se délester de l'accumulation de la souffrance, de l'anxiété, de toute cette incertitude.

Mon sang coule dans le feu de mon existence, mon cœur bat sans limite, mais si l'amour se consume pour ne plus devenir que cendre, alors la douleur sera en moi. Les larmes que l'on ne pleure pas chutent toutes en gouttelettes avec tristesse, elles viennent percer le cœur à vif et martèlent la pensée de toutes les larmes à verser. L'album est sombre et poétique, dramatique et remplit de même attachement du lierre sur les pierres, avec un sens raffiné des longueurs ouatées, d'une densité lugubre, d'atmosphères pénétrantes, atmosphériques, intimistes, de mélodies accrocheuses, où les braises crépitantes de l'enfer s'éteignent sous la pluie dépressive saturée de désespoir.

Ce disque plonge dans le même état comateux que le sublime Industrial Silence des nørvégiëns de Madrugada. Our Ceasing Voice érode, fait frémir dans ce cimetière à cœur ouvert la beauté mélancolique de son post-rock spleenétique.


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jeudi, octobre 12 2017

SLOWDIVE – Slowdive


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Le retour feutré du shoegaze de Slowdive fait partie des correspondances que l'on cajole.

La luminosité de leur musique s'ouvre telle l’Épervière frutiqueuse au tout début de l'aurore et en tout fin de journée crépusculaire avec l'Hipomée pourpre. Comme le naturaliste Linné, à l’écoute d’une Nature généreuse, prend soin de l’observer et met au point l’Horloge de Flore, véritable et merveilleuse prouesse botanique, accompagnant le temps qui s’écoule et s’appuyant sur le simple fait qu’un grand nombre de plantes s’épanouissent et se ferment à des heures fixes, Slowdive réalise une prouesse identique avec nos émotions enfouies. Sa faculté musicale est empreint d'une délicatesse d'orfèvre, avec ce quatrième album le temps se dilate et referme avec lui , le doux parfum capiteux des réminiscences et celui de vivre le plein instant.

Slowdive c'était il y a longtemps, vingt deux ans en arrière, dans une autre vie maintenant. Ce groupe était un point lumineux dans la noirceur de l'inconnu. À la mode Shoegaze dans la première moitié des 90's, le jeune groupe est insouciant avec la tête plongée vers le sol, sans pomper l'air. Il jouait avec détachement des embruns soniques, émanation superbe et incandescente que la dream pop en fera fructifier le penchant acidulé en un temps suspendu. Puis le glas est survenu avec l'emblématique britpop et dissipa en un coup de vent médiatique les nuages shoegaziens pour la grisaille arrogante du royaume britannique.

Dans l'ère contemporaine Slowdive est une influence fertile, post-rock & blackgaze lui doivent leur co-existence. Depuis un appel d'air nostalgique qui empile le retour des Pixies, Blur, les Stone Roses, Ride, Lush, My Bloody Valentine, The Jesus & Mary Chains, en 2014 le groupe remet son art sur scène, puis apparaît cet album. Le band joue ses effluves mélodiques indolentes dans une torpeur ténébreuse, avec ce spleen émotif, pudique, dans une époque qui a toujours du mal à se détacher de sa dépression. On émiette chaque titre en s'enracinant à cet opus éponyme à chaque écoute. Le groupe y injecte une tristesse tranquille, et sa mélancolie écumeuse dépose sur chaque ressac émotionnel reçu une infinie quiétude.

Il y a une lumière incomparable sur cet album, celle d'une maturité que l'existence féconde avec lenteur. La brume sonique n'est plus ce parfait isolant thermique à nos anxiétés-souffrances que le groupe a édifié en un mur blanc shoegazien. C'est désormais une cachette onirique, où perle des puits de jour. Ce retour attendu délivre un engourdissement nécessaire à l'ébullition ardente que le monde presse dans sa dynamique clinquante de boule à facette. Si il te semble que c'est trop propre et fade, écoute sans rien attendre, alors le vide en toi se remplira de lumière.

Les amoureux de l'air libre apprécieront cette dépressurisation perpétuelle des anglais de Newcastle. Parce que leur cœur s’ouvre à cette voix musicale comme s’ouvrent les fleurs pendant la bise blonde de l'aurore ! Slowdive est un bien-aimé qui sèche les pleurs, rassure la tendresse avec ses mélodies d’autrefois, et permet que l'on se verse dans sa coupe, pour voguer dans l’ivresse ! Sous sa brise légère le cœur frémit d'amour et de compassion. Le cœur s’ouvre à sa voix musicale comme s’ouvrent les fleurs pendant le baiser noir du crépuscule !

Slowdive revient et avec lui la douceur.


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mercredi, octobre 4 2017

MESSA – Belfry


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Messa est un groupe de doom Italien qui aurait pu passer inaperçu mais avec un tel souffle musical, il regorge de pépites que le doÖom affectionne dans les antiques sépultures enivrantes.

Dès l'introduction tout devient limpide, on baigne dans les profondeurs de la perversité sonore d'Electric Wizard. Puis le second titre Babalon s'ouvre à la charnelle douceur sombre d'un doom capiteux. L'opus dans son ensemble plonge dans ce venin, alternant morceau introductif et titre irrésistible.

Les compositions possèdent une épaisseur et une profondeur de grande précision. Messa pousse la virtuosité de son envoûtement par le contraste qu'il impose entre sérénité et fougue. Si le procédé existe et fonctionne depuis la nuit des temps, il faut une dose de magie pour qu'il devienne poésie, fantasme, et celui-ci est parfait pour propulser son doom dans les ténèbres.

Le rythme est lent, la basse lourde, la chanteuse libère le poison sensuel qui apporte la chaleur bestiale aux riffs afin de se mouvoir dans les ténèbres. Messa se rapproche de groupe comme Jex Thoth, Jess & The Ancient Ones, Alunah, Christian Mistress et de ce vieux démon heavy. En ce sens il consent à traduire un son vintage, une densité révolue et le charme que l'on confie au présage quand les cieux se chargent d'obscurité et grondent en faisant crépiter la nature sauvage.

Belfry est un disque crépitant du feu et qui lave par purification !


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