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Tag - rock lunaire

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mercredi, janvier 9 2019

CAT POWER – Wanderer


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Charlyn Marie Marshall est une compositrice/musicienne américaine autodidacte de folk indie.

Six années après son album électronique « Sun » de 2012 pendant lesquelles elle a fui l’arène existentielle dont elle fut cette écorchée vive sur les piques addictives de la dépression, jusqu'à être mise à mort par Matador, son label depuis le début de sa carrière, elle revient avec l'opus « Wanderer ».

Consumée d'être chat noir, elle retrouve vie avec son nouveau label Domino qui lui offre l'opportunité de jouer ses ballades à la fragilité mélancolique.

Dès l'introduction a cappella du titre "Wanderer", le chat dans la gorge de Chan Marshall aka Cat Power  retrouve l'âme de son jardin secret, porteur d'une vérité spirituelle. S'ensuit une folk tendre et évasive au spleen tenace, alternant guitare et piano minimaliste vers ce sentiment spirituel de sensualité.

Cat Power donne à son pacte diabolique la fiévreuse beauté câline.

La belle chante, et tout résonne à l'intérieur. L'émotion mise à nue se débarrasse de ses démons. C'est épuré, puissant et doux à la fois.

Elle déchire le ruban de ses blessures incisives, l'on se détache doucement avec elle de tout entrave, de toutes peurs, seules les cicatrices sont encore visibles, comme un écho invraisemblable.

C’est une œuvre que l'on pressent chargée de sens avec d'étranges harmonies vocales se jumelant à un registre sombre, car Cat Power connaît la noirceur de l'addiction.

Si l'homme en noir a payé Cash ses démons, Cat Power a peut-être sept vie de rédemption, et aussi parce que la féline est une femme assagie depuis qu'elle est mère.

Elle dégaine sa rengaine tristounette pour y dévoiler la clarté de la rédemption. C'est triste, fort, sombre et le timbre de sa voix à la robe soyeuse est toujours aussi grave.


On trouve énOrmément de personnes sur le net qui reprennent dans leur chambre des chansons pop afin de les transfigurer d'une version dépouillée. La cover de « Stay » de Rihanna est Cat Powerisée par une patte de velours en une chatterie musicale. Tout aussi charmeuse en duo avec Lana del Rey sur le titre « Woman », sa tendresse possède la caresse introspective où filtrent une poésie intimiste et des impressions émotionnelles. L'unique titre le plus bankable est « Horizon » avec de l'auto-Tune dégueulasse, absolument à proscrire de cet album.


Le crépuscule a déjà consommé l'outrageuse nuitée que l'aube dévoile l'espérance d'une lumière nouvelle. Cat Power est retombée sur ses pattes. Alors chavourez !


black pussycat


jeudi, décembre 20 2018

EMMA RUTH RUNDLE – On Dark Horses


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Emma est bien mimi avec sa voix chaleureuse, un peu comme une réapparition spectrale d'Alanis Morissette, elle est cependant davantage connue au sein du groupe Marriages, pourtant Emma a conquis en solo par sa douceur lunaire décroissante.


La sensibilité cotonneuse dont parfois elle semble faire flotter sa musique à la surface du dark joue de son errance subtile, surtout pour déposer des cendres rock sur de la dentelle mélodique. Avec un écrin à fleur de peau, et même avec toute ce que l'on avait pris soin d'enterrer auparavant, on est saisi.

Ainsi c'est jolie, charmant, mais on sent la finesse de la broderie latente malgré tout, pourtant on lui pardonne.

Sur cette disculpation, tu dois connaître parfois cet ennui secret qui advient quand tu attends d'être à nouveau touché en plein cœur par cet artiste qui avait su émouvoir jusqu'à remuer en toi l'indicible beauté crépusculaire, et qui n'arrive pas toujours à le reproduire malgré le fait d'enjoliver l'ensemble pour te replonger dans cette même sapidité.

Il se passe un peu cela avec ce disque. Alors il me faudra attendre et laisser filer avant d'être envahi par la romance vespérale de ce « On Dark Horses », et même d'aller agiter la magie noire de PJ Harvey, de Nick Cave, de Siouxie pour parvenir à percer les arcanes mélancoliques et fiévreuses de cet opus altérable.

Même si le crépis mural de la maison s'effondre on sait qu'en dessous furète l'envoûtement cold wave/post-rockien d'Emma et de son velouté cuprique. Tout comme on entendra en écho intime son ivresse mélancolique et la douce vénusté emprunt de fumerolle féerique de Tori Amos.

La charmeuse Emma envoûte dans le secret d'alcôve de sa musique lunaire, en étant la dépositaire de cette communauté de l'ombre qui de King Dude à Chelsea Wolfe crie pour l'introduction de la louve dans les bois maléfiques afin de perpétuer l'alchimie du rêve ténébreux.


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dimanche, décembre 16 2018

ALICE IN CHAINS - Rainier Fog


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Le concept de noyade est toujours présent en 2018 dans la musicalité d'Alice In Chains.

La saveur lacrymale, l'immersion introspective, l'asphyxie souffreteuse, et toute cette mélancolie qui en découle personnifie le monde engloutie du groupe. Cet opus est une chimère de plus, une île qui secrète une quiétude patente, loin du tourisme existentiel, on baigne dans les eaux troublées de l'intériorisation, là où le noueux attache son amarre, où les angoisses se figent. Mais le génie du groupe est de faire reposer l'oppression en poussière filandreuse, d'aller suspendre le doute en caresse, le mal-être dans un ballet sensible d'effleurement pour en amadouer le piquant.

Si la dissonance musicale est présente elle installe une atmosphère propice à la perdition marécageuse, tout en lui conférant une vision de beauté. Parce que parmi la noirceur il y a toujours une lumière et une beauté, il suffit de lui donner corps et vie, et Alice In Chains en épouse tous les contrastes. Il est redoutable dans l'exploration des cimes ténébreuses. Son paysage sonore est toujours vallonnée de dépravation sonique, de beauté crépusculaire, de perversion insalubre, d'éclaboussure charmeuse, et s'éclaire dans cette brèche ou étincelle une myriade de couleur musicale.

Ombre et lumière, flou et clarté, brouillard et lumière, ce sixième album fait valeur de constance, d’exécution romanesque, de chaleur reposante, d'impulsion de vapeur mélodique et d'ombrage fantomatique dans la discographie du groupe, tout comme on peut lui trouver une redondance, un embarras soporifique, en fait il est lié à votre état naturel mélancolique.

Recommandation : Ce disque est à écouter au repos.


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vendredi, octobre 19 2018

DEAFHEAVEN – Ordinary Corrupt Human Love


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D'une beauté promise à l'oubli «Ordinary Corrupt Human Love » affirme son incandescence des cimes black métal atmosphérique, de post-rock et de shoegaze pop.


D'une certaine froideur mélancolique désinhibée par le contraste bestial du black metAl, les San-franciscains n'en oublient jamais leur sensibilité à fleur de peau. On en retrouve toute la grâce passionnelle avec cet opus libéré. Libéré de sa réclusion d'iconoclaste, de sa candeur souffreteuse, seul reste l'inconcevable témoignage envers l'Amour.


On oublie le dernier rêve mais on se remémore toujours le premier amour. Partant peut-être de ce postulat et influencé par le roman « La Fin d’une Liaison » écrit par Graham Greene, le disque dépose un écrin romantique, des tourments passionnels, avec un tempérament fort, trempé par le souffre rugissant de la fureur d'aimer. Une fois encore Deafheaven rugit son blackgaze, mais cette fois avec la délicatesse nacrée d'une musique impressionnisme post-rockienne.

La volupté mélancolique est vaporeuse et son empreinte virginale rejoint l'emo/black de leur album « Sunbather ».


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Si l'album semble éclater c'est qu'il laisse la pleine liberté à sa puissance émotive le soin de s'éparpiller dans une résonance mélancolique. Les styles musicaux épousent les formes de chacun, et dans un mariage sans raison gardée, seul le cœur parle et prédomine à rendre sourd et aveugle quand on ne voit plus qu'amour.

Parfois il y a de la redondance, comme une subtilité mal dégrossi, mais qu'importe, cette œuvre est parfaite pour les dreamers, seulement pour eux. Si tu n'es pas un contemplatif tu ne pourras pas rester dans le songe éternel de cet amour musical. La présence de Chelsea Wolfe sur un titre n'est pas anodine pour charmer davantage cependant.


Quand on se brûle, touché par une réalité créative, au point de prendre la foudre, intense, de se voir se consumer par les flammes passionnelles, c’est merveilleux, mais après il ne reste plus que des cendres quand tout s'est éteint. C'est l'effet de ce disque, beau et enivrant, puis que l'on oublie, comme pour mieux le laisser nous enivrer d'amour par la suite.


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dimanche, septembre 30 2018

WESS MEETS WEST – A Light Within The Fracture


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L'essentiel du rêve éveillé se situe dans le creux de cet album de post-rock aux textures électroniques.

Chaque détail paraît secondaire et pourtant il renforce chaque émotion dans un sentiment d'ouverture à l'autre, un acte compatissant de pondération pour l'équilibre des forces, de fluidité énergétique, d'amour que le groupe déploie à travers toute la gamme de son exploration sensible.

Wess Meets West est un quatuor instrumental/expérimental de New Haven dans le Connecticut, dont le troisième album studio, A Light Within The Fracture chez Hassle Records demeure une superbe pièce atmosphérique. Avec sa lumière intérieure cet album poursuit la tradition câline pour combiner des paysages sonores basés sur l'électronique, avec des éléments de rock progressif et post-rock.

Il y a un bel équilibre des courbes volubiles musicales notamment entre une texture atmosphérique soigneusement conçue et un suivi concis, bien que les éléments rock du paysage sonore semblent être incorporés dans une mesure d'amplification émotive servant à renforcer les textures au centre de l'album. Le travail de guitare en sous-couches éveille l'émotion des mélodies et des atmosphères, surtout avec la ponctuation raffinée de la musique électronique, et oui encore.

« A Light Within the Fracture » est façonné comme si sa raison d'être était d'introduire un auditeur de rock aux atmosphères électroniques d'une manière douce et naturelle.

Une construction progressive d'ajout de textures et une approche minimaliste de l'harmonie créer une atmosphère de maelstrom doux, avec le contraste évident d'émettre de l'espoir même dans les endroits/moments les plus sombres. Le liant sensitif d'apporter de la couleur et de l'émotion dans la musique par de petites subtilités musicales et le sens du petit détail anodin, mais qui à force d'écoute se découvre comme des errances orgasmiques, et habite l'écoute d'une dimension bienveillante et intime.


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mardi, septembre 18 2018

MØL - Jord


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Jamais molle et prononcé muhl, le quintette du Danemark rassemble tranquillement depuis 2014 une discographie magnifique et époustouflante.

Ce premier album épouse le royaume expansif et noirci du blackgaze.

Aaaaaaaaaah ! le voilà le soucis majeur.

J'entends fort souvent que le mélange de shoegaze rêveur/éthéré et de black metal intransigeant aboutit à un rock mainstream au final. Ce qui m'oblige à argumenter avec colère sur l'aspect dictatorial que courrouce les trolls du net et les intégristes du réel dans cette uniformisation de leur moralisme à la con.

Le blackgaze est très certainement la musique favorite des mélancoliques au cœur noir. La guimauve a une saveur torturée d'hémoglobine. C'est dans ce spleen que prend corps une musique forte et évasive, avec une émotion douce et puissamment chancelante tout à la fois.

Faisant suite à leur deux premiers EP, Møl et II, Jord étire la litote stratosphérique de l'obscurité avec la luminosité délicate du son en réverbération des guitares. La légèreté cotonneuse jointe à la noirceur profonde ajourent les persiennes de Ghost Bath et de So Hideous, épousant aussi bien la torpeur profonde de Slowdive que l'anxiété cathartique de Deafheaven.

Les chansons sont plus courtes et plus concises que ce que le blackgaze a de coutume de réaliser, pourtant elles ont un impact tout aussi viscéral. Le chanteur Kim Song possède ce ton d'hurlement strident en contrepoint dévastateur et approprié à l'orchestration luxuriante d'un post-rock comme Explosions In The Sky, là où pousse le sens de la désinhibition pop de Rolo Tomassi, ainsi qu'à travers les embruns de noisy lourde, et même vers ces moments d'accalmie câline, car telle est la nature organique, émotive et déchirante de MØL.


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mercredi, juillet 25 2018

BLACKWATER HOLYLIGHT – Blackwater Holylight


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Un voile éthéré s’abat tout ankylosé sur des sonorités punk/garage/rock dégoulinant de heavy-fuzz.

La suavité d’un chant choral mène la torpeur lunaire vers le doom décroissant.

Sapristi ce groupe de femelle de Portland métamorphose l’ivresse du corps à corps vers celui du cœur à cœur diaphane.

Aussi épris par ce groupe que tout autant délaissé, et je ne saurais vous en soumettre l’exacte vérité... Séduit par l’atmosphère savoureuse, sucrée par une félinité engourdie transportant chaque titre dans un trip psychédélique, ce que parfois un piano vient en affirmer le délire. On pense très souvent à un mélange The Breeders & The Doors, puis The Cure sur le Pink Floyd de Syd Barrett, de Janes Addiction avec Dead Meadow, de Bardo Pond et Chelsea Wolfe. Autant vous l’affirmer, cet opus témoigne d’un venin étourdissant. Son dard mélodique s’immisce lentement, il se propage dans une tension moite de chaleur et d’humidité vénérienne. La beauté réside dans cette indolence sauvage de grunge pop doomy.

Le quatuor façonne de manière sommaire ses atmosphères, son approche leste et lente lui confère le temps de poser pierre après pierre un bruissement aqueux, de faire crépiter une étendue de procession mélodique, de léviter ses compositions avec un envoûtement vespéral, de brumasser des bouffées de chaleur sonique jusqu’à cette ivresse fuzzique. Il est impératif de sentir le souffle de ce disque et d’en ressentir toute la persévérance fantasmagorique, son calme absolue et la nécessité d’être bouleversé par son audace adoucissante, sa sensibilité, sa vulnérabilité, ses déclinaisons de chœur toujours complétées par un fuzz profond de psychédélisme lourd, et immersif, en contraste avec un sens de la structure légère.

Le groupe se libère du segmentant couplet pont refrain, fait tourbillonner son hallucinogène sens capiteux en même temps que son shoegaze délicate, son goth obsédant, son wooziness folkie, de temps en temps, ou tout en même temps. Sans être gêné de s'éloigner, ni trop stéréotypé des méandres langoureux de la new wave, le charme opère à cœur ouvert, c’est vrai.

Les contemplatifs viendront plonger dans ce bain bouillonnant, dans cette étuve amoureuse de spleen, de caresse subtile, et de douceur absolue. Mais Blackwater Holylight déleste à lui cette façon créer de grands fragments de paysages sonores mélancoliques brumeux, et d’immenses rayons ensoleillés dans cette litanie mélancolique post-rockienne, qu’on en vient parfois à délaisser, comme par paresse.


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jeudi, juillet 12 2018

THE BREEDERS – All Nerve


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Le come-back des sisters Deal fera t’il frémir la nostalgie des quadragénaires ? C’est peu ou prou ce que l’on conçoit avec désinvolture pataude en 2018 à l’annonce d’un nouvel album des Breeders.

Après les Pixies Kim Deal déballe The Breeders pour un premier opus ‘’Pod’’ marquant, mais c’est avec la déflagration du hit ‘‘Cannonball  ’’ sur leur second Last Splash que le groupe parviendra à toucher une nimbée de fans en 1993. La suite est simple comme un prolétaire que l’on fout sous la lumière pour amuser la galerie et faire du fric avec après qu’il ait passé son adolescence à entendre sans cesse que c’était une burne. La célébrité se chargera de fournir à l’ego de quoi perdre la réalité, ou du moins de l’éviter avec le cocktail parodique du rocker : dope & alcool.

De reconquête en reconquête, depuis une re-formation dans une époque qui recycle, 2 albums cool et une tournée anniversaire pour le jubilé de l’album de Last Splash plus loin, nous en sommes là. Mais pendant que les folowers folowisent, les tweetos tweetent, est-ce que The Breeders a quelque chose à dire en 2018 ? Est ce que les quadra, quinqua et trentenaires vont lâcher leur smoothie bio menthe poivré à la papaille du Mexique pour écouter ce rock ankylosé de torpeur mélodique grungy ?

Ils seraient vraiment bête de s’en passer tant le groupe fluidifie avec un sens mélodico-tragique ce qu’il avait façonné avec race et beauté en 1993.

C’est donc avec ce même mélange d’hébétude subtile que les mélodies trouvent un angle pour se reposer dans votre esprit, puis s’épanouir au fil d’écoute toujours plus profonde, toujours plus intime.

Il n’y a que les femmes pour aller puiser à l’intérieur cette puissante douceur ravir à jamais une profondeur si câline, bienfaitrice, réparatrice. Le disque passe sans encombre les atermoiements suspicieux et ne rature pas l’image écornée du passé. Fini le temps où l’on figeait une époque à travers un disque, d’ailleurs à bien y repenser pourquoi résulter à une telle démarche sourde ? Puisque du coup le groupe était emprisonné dans un cocon d’où il ne pouvait s’extraire, et ne pouvait papillonner à sa créativité. Peut-être que The breeders l’a bien compris et appose à ses nouvelles compositions le nectar créatif de sa beauté solennelle, singulière et intemporelle.

La reformation d’illustre groupe est généralement une justification afin de ressortir du catalogue la discographie et faire des leçons de goût en imprégnant son retour dans cette forme d’édification de son aura, et de son culte. Bien souvent aussi l’album de la reformation est un prétexte à se dédouaner de morceau ancien et d’essayer tant bien que mal de réactiver une osmose naïve de jadis, qui n’a plus lieu depuis que l’ensemble du personnel s’est jeté aux ordures tous les non-dits.

Mais ce groupe revient certes avec des rides de maturité, mais il souligne surtout dans ses titres ancrés dans une énergie de sagesse, une relation très intime. Alors c’est vrai que l’on ne peut s’empêcher de regarder dans le rétro avec nostalgie apparente, mais la mélancolie des Breeders est quelque chose d’unique à vivre au présent, sans détour, rien qu’avec cette intime conviction d’être ancré avec quelqu’un que l’on connaît bien, et qui nous connaît mieux que tout. Les abîmes dans lesquels le groupe laisse des bouts de son souffle ne sont plus, les émanations du passé flottent comme la flamme d’une bougie, et sa lumière éclaire, et dévoile en nous ce qui se cachait à la surface.

C'est certain, avec ce disque il y a quelque chose de typiquement féminin de ne pas voir les choses mais de les ressentir. Alors fermez les yeux, et soyez être à l’écoute de l’autre sans le voir, et être dans la perception de l’autre sans le décrire.


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mardi, juillet 10 2018

NOT SCIENTISTS - Golden Staples


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Modifier l'angle de sa zone de confort pour en sortir, a permis au groupe de légitimement ouvrir son horizon. Les titres sont des bijoux aigre-doux, dont le sens du songwriting à la cool possède un délicat venin à l'amertume tenace.


Une subtile nouvelle orientation s'est emparée de la musicalité du groupe. En premier lieu une sonorité cristalline des guitares claires, on baigne dans le trip revival 80's, sécheresse et sobriété laissent entrer la noirceur et les blessures assassines filant un coup de fouet sur les mélodies. S'ensuit pour étoffer l’ensemble d'un même mood des lignes brunes de basse gonflantes, et une rythmique douce et saccadée. La production glucosée donne à ce « Golden Staples » une épaisseur de ton, de contraste d'atmosphère assez singulier dans leur discographie. C'est le genre de friandise acidulée pour laquelle l'addiction se révèle trop importante pour pouvoir s'en dégoûter un jour.

Sans passer par la case angulaire de la froideur du post-punk épileptique, Not Scientist s'affirme avec des effluves de fragments soniques souvent hallucinés, et qui libèrent un arôme de douceur comme nul autre. La fluidité d'un punk-rock mélodique fiévreux, hanté par une beauté diaphane, possédée d'une aura solaire éblouissant de contre-jour pop, affirme cette envie de spleen. Avec des textures ambiant au ton âpre Fugazien, la froideur emo de Naked Raygun, la délicatesse crû de Texas is the Reason, le groupe lyonnais créé en 2013 devrait plaire autant aux fans du label Manic Depression Records qu'à celui de Smalltones Records.

Not Scientists vient de sortir son meilleur album, et ce kaléidoscope musical n'est pas un filtre à style musicaux, même si du rock indé, punk rock, post-punk-hardcore, emocore, tout cela résonne de manière douceâtre et spleenétique, car cet opus possède une âme sonique unique, libérant des effluves émotives où se joue ici la philosophique différence suprême entre faire revivre et perdurer à l'infini.

"Golden Staples" est une pluie de douceur !


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Et un seul adjectif peut décrire à merveille cet album, il s'agit de « Superbe ».


samedi, avril 28 2018

GURA – Caligura


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Les fils prodigues des Stooges rentrent tout juste de Mercure pour vous faire rôtir les cages à miel dans l’avènement gluant de ce « Caligura » fort jouissif.

Si vous avez la préciosité mélomane de récurer au quotidien votre encéphale avec un papier de verre de qualité noisy et sludge, il ne vous saura pas anodin de vous munir d'un tulle gras de circonstance pour essuyer le salpêtre explosif de cet alboOoüm tonitruant.

Depuis 2004 à Gand,  ville belge néerlandophone, située en Région flamande au confluent de la Lys et de l'Escaut de Frida la blonde...Gura manifeste une envie indécrottable de jouer avec la boue et la suie. Le groupe a sculpté des formes neurasthéniques de combustions dont la mue depuis 2015 avec l'arrivée d'un saxophoniste, vient à point nommer un style d'expérimentation sonique assez torride pour vous en jaser la libation.

Dès la première effraction de mesure on déboutonne son froc et laisse aérer la toison pubienne car on sait intuitivement que cette indolente errance de free-sludge accole une descente des profondeurs de doom cosmique. Diantre nous y sommes, ben oauie à la convergence de notre voie lactée, à ce point de rendez-vous de tous les fêlés de la planète qui ont cette sublimation existentialiste de vénérer l’outrage et la désinvolture, avec une violence de l'acte et la beauté du geste fou.

Tu ne vois toujours pas de quoi je parle et où je veux que tu ailles hein ? Dis toi que l'absurdité des contrastes adhère à l'hystérie collective dans ce disque. Donc forcement que ce groupe a pioché sans vergogne dans la discothèque de leur parenté ces disques dégoulinants de stupre sonique que les sixties/seventies en avaient régurgité la convection libertaire en mélangeant autant de drogue qu'il existait à cette époque précise. Ainsi la basse tombe le masque de plomb dans la lave volcanique d'un surréalisme du trouble, le saxophone dégueule des morceaux entiers de stridences saxo-cacophoniques, oui bon et ben allez Zu quoi....La batterie poignarde une marée de toms et de cymbales dadaïstes, le hurleur vomit du sang vocal dans le mélange d'une poésie de beatnik au point que l'on en perd son Fluxus !

Il est vrai que cette façon d'empiler des strates musicales en cube du vorticisme est habituelle pour le fan de Stromae !?! Mais selon la défiance universelle étrangère à sa zone de confort, je ne saurais que trop vous conseiller de suspendre vos doutes et mépris au croc de boucher de Leatheface et d'aller vagabonder dans le nectar outrecuidant de cet opus. Tant la pesanteur d'un Down sous acide y cloque d'indépendance, que les extravagances d'un Primus au haschich acétifie les thèmes progressifs, que le rock à moustache de Franck Zappa se bourre d'une toison de souffre sonique visqueuse, pour que l'acid rock frappadingue d'Amon Düül II en intensifie l'effervescence attraction.

Dans la passion fulgurante que la vie apporte à chaque écoute d'un Gråäl audacieux et jubilatoire il y a des instants de doute et de folie que l’usage de la musique réussit à adoucir quand la tempête s’immole dans la pureté d’une eau qui en éteint l’incendiaire. C’est avec ces moments de soulagement que la vie d’un mélomane se trouble à l’ordre divin de l’existence musicale, juste avant d’être à nouveau terrassé sur place par la puissance de feu d’une autre musique aussi sauvage que le plus terrifiant des orages d’été. Cet album possède la foudre bestiale d’une sauvagerie orageuse dont le rock en est le plus primitif émissaire.

Veuillez à cet effet édifier rite, statue et plus si affinité, parce que cet album foudroie avec l'impétuosité menaçante de déraciner vos idoles. Ceci fait acte de fulgurance, mais ne vous y trompez pas dans quelques temps, la coutume de son écoute altérera une routine qui en étouffera le brasier, et alors ainsi ce totem s’oubliera, comme tant d’autres. Pourtant après bien des années de silence il ressortira fétiche, s’entichant d’une aura que les nouvelles générations consentiront pour s’agenouiller à son illumination. C’est à partir de cela que cet opus peut prétendre à sa prestance avant-gardiste et rejoindre le panthéon des œuvres de méditation lumineuse, car « Caligura » est un opus comme « Metal Machine Music » et le « Fun House » traversés de fulgurance de gravitation noire schizophrénique.


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