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Tag - rock lunaire

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mardi, janvier 16 2018

QUICKSAND - Interiors


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Après 22 ans d’absence, intitulé Interiors via le label Epitaph, cet album a été composé et enregistré avec le line up originel : le batteur Alan Cage, le frontman-guitariste Walter Schreifels, le bassiste Sergio Vega et le guitariste Tom Capone.

Vibrez enfants du jour de gloire, vous pouvez enfin le faire avec le retour de Quicksand.


  • La douceur bordel de merde il n'y a que ça de vrai dans ce monde absurde de méchanceté pure.

Faire de l’or à partir de choses simples. Donner un sens à l'abstraction sonique, se soumettre à l'émotion brute, pure, douce et en câliner la commotion jusqu'à en jouir. Voilà à quoi peut se définir Quicksand. Un post-hardcore à la Fugazi assaisonné de metal indie à la Helmet comme il disait dans les 90's pour classer ce groupe, alors que l'unique innovation c'est d'avoir su faire vibrer les brèches de l'emocore.

Je parle bien d'Emocore, d'un style musical à part entière, bien avant que celui-ci ne soit perverti par des masturbateurs à mèche. Et pourtant oui, c'était bien à cet endroit que ce groupe a agité sa magie sensitive, dans ce clair obscur, étrange, et si précieux, ouaie un brouillard sensitif éclairant des séquences emötives sanguinolentes de spleen, capable de vider un émöphile de son sang pour le remplir d'émotions.

On en entend ici la parenthèse avec ce don de générosité capable de donner de la lumière dans le son chaleureux des guitares, et dans ce jeu au feeling si spécifique.

On en sent les agitations internes et cela délivre la sève émotionnelle lors de structures musicales jouissives de beauté nue. C'est en cela même que les guitares forment un indestructible et vigoureux arc-boutant, la basse en booste la silhouette que le rythme en imprime le mirage.


  • On obéit souvent à une trace intérieure et Interiors est une œuvre magnétique puisant dans sa puissance l'accès direct vers le cœur, capable à lui seul de vous faire planer.


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lundi, décembre 18 2017

HERON – You Are Here Now


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Émergeant des paysages ruraux du nord-ouest de la Pennsylvanie, le premier opus d'Heron est une œuvre maîtresse capiteuse qui englobe presque tous les éléments du post-rock et stimule le succès du genre sous sa forme moderne.

Pourtant la construction des titres est basique. Elle se forme à la mesure d'une introduction minimaliste et planante, puis donne jour à une atmosphère ambiante, douce et discrète, laquelle égrène son chemin jusqu'à ce que le crescendo ascensionnel vers l'épique offre une vue panoramique sur tous les espaces sonores. De plus, ce post-rock atmosphérique est capable de pénétrer le silence fantastiquement minimaliste par le biais d'une écriture de morceaux intenses et sauvages.

Souvent c'est l'émergence d'une câlinerie allongeant son pas de feutrine sombre, pour prendre son envol au fur et à mesure vers l'éther de la dream pop et du shoegaze, là où les performances hypnotiques rendent corps à la puissance émotive. Alors transcendance et résonance forment à travers une vaste gamme d'harmonique tout un pan du sublime. On plonge et replonge dans le nectar de la simplicité, donnant une qualité fantastique et rêveuse, en y intégrant une véritable force émotive à la musique. Ainsi les images apparaissent. La douceur d'une plage abandonnée, la caresse d'un vent chaud, la sérénité d'une montagne, la beauté sauvage d'une forêt, la pureté du rire d'enfants, le sourire de l'amour, la sensation de quiétude...Votre côté lunaire dessinera alors votre promenade rêveuse.

C'est une musique que l'on pourrait traduire comme évanescente, pourtant sa douceur est un réconfort, ainsi qu'une expérience qui brille à jamais comme un océan de quiétude post-rock lumineuse.


jeudi, décembre 14 2017

CHELSEA WOLFE – Hiss Spun


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Même blottie dans un coin d'une pièce claire la louve Chelsea Wolfe est de retour dans les vastes plaines moroses de l'obscur et de l'expérimentation acariâtre.

Son"drone-metal-art-folk" est caractérisé par un jeu de guitare expérimental, des chants éthérés et des sonorités surréalistes, allant de Björk à Nine Inch Nails, de Nick Cave à Tori Amos, de Siouxsie Sioux à Suicide, de Kate Bush à Pharmakon, de PJ Harvey à Aphex Twin...Ce 7ème album appose une mouvance opaline pour un charme vénéneux.


Mais si ! Parce que la louve s'avance à travers des atmosphères profondes et brumeuses et qu'elle fait apparaître pour se dévoiler. Elle s'offre ainsi à nue aux ténèbres, poursuit dans l'antre de variation baroque, au contour de la noirceur gothique et de son venin, puis retourne sans cesse à la fragilité de l'évanescence, et toujours avec la puissance de la sauvagerie. On a toujours la sensation qu'elle est insaisissable. Alors elle croque, triture les sons, défricheuse dans le bois dormant de son anxiété, elle se jette dans les cauchemars, et c'est là qu'elle mord.

On touche le sublime dans les moments d'orchestrations de musique contemporaine et sur des mélodies douces, mélancoliquement flottantes, avec lesquelles on ne peut qu’assister impuissant à la décadence plus intimiste du spectre émotionnel de la belle.


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Au comble de l’épuisement suit toujours l'apaisement, ondulant entre ambient et léthargie pour augmenter la tension de manière graduelle, et écraser l’auditeur dans une nouvelle bourrasque d’une musique déchaînée, et aussi décharnée dans sa violence sourde que purement jouissive. Elle émerveille et effraye, calme et épuise. C’est l'art de semer le trouble pour faire apparaître la noirceur.

La californienne sort du tréfonds une hypnose musicale avec un côté rêche, âpre, squameux. D'ailleurs elle dénude ses compositions et en contraste l'arborescence avec l'apport du gonflement doOom de la guitare de Troy Van Leeuwen (Failure, Queens Of The Stone Age), le chant d'Aaron Turner (Sumac, Mamiffer) sur le titre Vex et la production de Kurt Ballou (Converge).

Son monde n'est pas hermétique, mais on y entend les peurs enfantines, les blessures de l'amour, les affres telluriques de l'indicible, un univers schizophrénique correspondant aux multiples facettes de cette femme intrigante qui affole les sens, de cette ardente femme qui plaît au cœur ; l'une est un bijou, l'autre un trésor, parce que Chelsea Wolfe est un cristal noir.


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mercredi, décembre 6 2017

WIDOWSPEAK – Except The Best


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On avait laissé Widowspeak avec leur troisième album All Yours en 2015, produit par Jarvis Tarveniere membre du groupe Woods, le duo maternait sa dream-pop avec un shoegaze intimiste et nostalgique, ténue dans le spectre musical des 90's.

Cet album a été écrit lorsque la chanteuse Molly Hamilton s'est retrouvée à la dérive dans une période ambivalente de sa vie, là où les bouleversements entre passé/présent/futur trouvent l'épicentre d'une déflagration existentielle. Autocritique, doute, incertitude, errance, tergiversation, vague à l'âme, recherche vers le temps perdu Proustien...Dans le nœud insoluble de cette errance la beauté diaphane de Widowspeak tutoie les nuages de la mélancolie.

oOOOooOOOooOOOooOOOooh !

Et oui. La voix douce et délicate de Molly Hamilton fait résonance à celle d'Hope Sandoval de Mazzy Star avec lequel le groupe partage la symbiose hypnotique des reverbs de guitare cristalline, et même cette lenteur flottante qui donne la sensation que le temps s'arrête tout net.

Hors le temps ne stoppe jamais sa marche, et quand les choses vous échappent, que l'anxiété s'immisce en vous, cela donne les compositions du quatrième opus du duo de Brooklyn, avec son mélange de twee Pop allant de Black Tambourine à Heavenly, un peu du zeste du Velvet Underground, la fragilité de Blonde Redhead, la folk voluptueuse de Cat Power, la romance mélancolique de Nada Surf avec celle de Landscape. On en retourve le nectar dans des titres comme Dog, Good Sport, The Dream qui retiennent dans les songes, et la chanson Fly On The Wall aussi, oui comme le titre d'un album médiocre d'ACDC.

Produit par Kevin MacMahon (Swans, Real Estate), Molly Hamilton et Robert Earl Thomas ont recruté de nouvelles têtes avec notamment Willy Muse à la basse et James Jano à la batterie, et cela s'entend. Des volutes oniriques de regret, des saveurs enfouies venant flotter dans chaque commissure des compositions, une flânerie rêveuse matelassée des mots que l'on susurre la nuit de pleine lune, des instants flottants de trouble, des attentes en suspension au dessus du vide, des gestes qui réchauffent, et d'autres qui étouffent par leur incertitude, le bruissement des illusions, l'ajournement des fuites en avant, les envies initiales, les perspectives de lutte contre l'oubli, l'ébranlement des convictions, la pause en attendant l'embellie.

Oui Widowspeak partage le même doute que la vie, et c'est en cela que son album touche par sa fragilité.


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lundi, décembre 4 2017

MONARCH – Never Forever


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Voici l'album qui déclenchera chez les fans inconditionnels du mur du son Bayonnais un éclairage supplémentaire à la distorsion Dröne-sludge-doOomesque et à sa majestueuse fréquence sonique épique.

Faisant foi et loyauté à sa discographie comme un Sun O))) impétueux et immuable, Monarch dégorge toutefois d’innovation tout en restant sombre et monotone dans son crépitement tellurique. Ainsi une lumière vient ourdir une trame musicale dans laquelle le groupe illumine et s'illumine vers une voie nouvelle. Il se dégage désormais une émotion que l'obscurité développée par Monarch s'était toujours abstenue d'en faire frémir la déflagration.

C'est dans cette aube naissante que le groupe fait jour avec ses nuits mélodiques, et avec une théâtralité quelque peu infatuée il est notable de le stipuler. Je préviens qu’il y aura de l'abracadabrantesque pour ceux qui souhaiteront participer à ce culte, à cette forme de rituel maléfique, dans cette chasse à la sorcière qui fait éclore à côté d'un doux précipice le rituel faisant éclore la fleur mélancolique et l'obscurité toute entière.

Never Forever est un album fondateur, un oracle bouleversant, un rêve vers un ailleurs mystique.


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Le corps de leur musique est une folie opiacée, lente et douce que les murmures, les fredonnements cajolent par le contraste bestial des hurlements déchirant le tourment. Ah oui on l'entend mugir la zolie Emilie, miauler, murmurer puis gueuler dans le lointain dans ce cri d'orfraie antique avec lequel on se sent vivre dans un autre lieu. On se perçoit ainsi plongé dans une forêt noire et épaisse où siège dans cette obscurité végétale le vaste d'un temple olympien à l’opaline couleur réfléchissante, avec l'immobilité des colonnes ioniques, doriques, corinthiennes pour unique perspective. Tout cela se passe dans la promiscuité d'un soir Luciférien où la lenteur de la musique appose une kinésie à toute gestuelle, et laisse place entière à une imagination exubérante et grotesque. Car oui on vit le moment avec l'aplomb d'une audace insoumise, sans crainte.

Cet ainsi que dans cet instant suspendu mon benjamin de fils passe et me voit en train de mimer un rituel vêtu d'un slip hellénique et d'une toge guerrière avec une serviette de bain à motif féminin et aux lignes zébrés. Son frère cadet s'immobilise à sa hauteur pendant que j'officie à allumer des bougies dans mon antre. La musique étanche la soif maléfique. Devant cette situation ubuesque sortant d’un film de Fellini sous acide, mes enfants se prêtent au rite.

Cerise sur le gâteau basque à ce disque Bayonnais il y a une cover de Kiss, « Black Diamont » rebaptisé ici en « Diamant Noir ». Fichtre mais que dire de cette reprise méconnaissable ? C'est lent, très lent, pis c’est lourd aussi, très lourd, tu vois Anvil et leur enclume ? Et bien tu rajoutes trois Black Sabbath + un Sun O))) pour la lourdeur et la profondeur, la suite c’est Monarch qui lui apporte une mélancolie vénéneuse d'une atomique splendeur implosive.

Aussi détonnant qu'étonnant, aussi maléfique qu'éthérique, Monarch ouvre une nouvelle page de son livre sibyllin.


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samedi, décembre 2 2017

LEPROUS – Malina


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Leprous est un groupe Norvégien, ce cinquième album rappelle la marque du band pour son rock progressif modéré contemporain, et de ses lentes complaintes pour un son léché. L'alternance musicale de Leprous fonctionne de par le compromis qu'il génère dans sa mutation sonique transgenre.

Bâtir une cathédrale d'art dramatique et féerique n'est pas chose commune. Les sables mouvants Leprousiens permettent de s'enfoncer dans la mélancolie avec ravissement, tout autant que prendre l'envol pendant la colère d'un orage. Le groupe essaye de garder une cohésion malgré des fluctuations de line-up conséquentes depuis sa bonne dynamique depuis l'abum Coal en 2013. Pourtant on sent que le groupe s'est assagi, il y a moins d'instabilité musicale mais tout autant de bouleversement émotionnel. L'amplitude de l'ensemble se promène dans une atmosphère hautement mélanco-mélo-émo.

Le groupe est passé du prog à la pop avec de subtile ambiance ouatée, un peu comme Depeche Mode vers une accroche polyrythmique oppressante, une manière d'ébranler chaque secousse, qu'elle soit émotionnelle ou provoquer par des variations musicales, l'ensemble de ces montagnes russes oscille de la sobriété intimiste à la déflagration emphatique. Pourtant il épouse merveilleusement les expressions mélodiques qui permettent de donner du relief, il donne vie et corps à ces compositions en apportant de l'épaisseur, il donne du sens à son émotivité et apporte ce grain d'émotivité passionnelle qui renforce ou fragilise à bon escient. La force de Leprous c'est ce contraste mesuré et permanent, menant au chavirement, tout autant qu'à des longueurs un peu too much.

Le point culminant du groupe reste son chant. D'ailleurs autre vedette norvégienne, Morten Harket le chanteur de Aha partage la tessiture qu'Einar Solberg le chanteur de Leprous. Ce chant angélique dit Haute-contre, épousant l'éther, l'on en retrouve l'orientation vers les œuvres religieuses et les opéras des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. D'ailleurs la pièce musicale « The Last Milestone » en démontre toute la noblesse avec son instrumentation à base uniquement de violons et de violoncelles.

Fragile et incandescent par son contraste, « Malina » est un opus maniéré de qualité, exécuté avec l'art et la manière donc.


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mardi, novembre 28 2017

SOROR DOLOROSA – Apollo


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Gravitant autour de l'émancipation, Soror Dolorosa gifle avec exubérance un troisième opus sobrement lumineux.

Servile d'une attache sombre, l'encre noire a coulé sous les eaux saumâtres depuis l'antiquité discographique du groupe. Jadis effleurant l'albâtre sombre avec Severance (2009) et Blind Scenes (2011) tout aussi emprunt de noirceur divine, que d'abîme opaque qu'exhale leur soupir final, Soror Dolorosa avait étendu lymphatique des mélodies à la tristesse profonde, tout en s'exhibant dans la mélancolie Baudelairienne.

Pourtant tout a commencé par : "Vierges qui, au coin de chaque rue, ouvrent les bras du fond d'une niche, parmi des cires et des roses sous un globe, qu'on dirait des fleurs mortes dans un cercueil de verre. Oui, il secouerait le joug mauvais! Il se repentait. Il avait été le défroqué de la douleur. Mais il ferait pénitence. Il redeviendrait ce qu'il fut. Déjà il recommençait à être pareil à la ville. Il se retrouvait le frère en silence et en mélancolie de cette Bruges douloureuse, soror dolorosa. Ah! comme il avait bien fait d'y venir au temps de son grand deuil! Muettes analogies ! Pénétration réciproque de l'âme et des choses! Nous entrons en elles, tandis qu'elles pénètrent en nous." - Bruges-la-Morte, 1892 - Georges Rodenbach

Sans jamais renier ses racines cold Wave / Post Punk, la basse n'est plus cette héroïnomane sombre que les guitares cristallines projetaient dans les veines musicales du combo, défroissant la mousseline gothique, exhumant une sonorité coldwave aux différentes blessures, à défaut d'être cicatricielle.

Il me semble que désormais le groupe a dévêtu de manière préventive et non curative son apparence gothique.

Voilà, l’expression est lâchée, et elle invoque une resucée de stéréotype avec laquelle Soror Dolorosa s'en détache à peine les chaînes, s'émancipe de cette chrysalide, et lui permet de prendre réellement son envol. Leur précédent album No More Heroes (2013) était déjà marqué de cette métamorphose entre The Cure, Sister Of Mercy et David Bowie. Cette saignée se confirme désormais vers une empreinte ambiant, post-rock-shoegazienne, comme avec le sculptural titre Yata. Sauf qu'ici c'est l'ensemble de l’œuvre qui en est constellée, comme la pop brumeuse versus le trio norvégien AHA avec Another Life ou celle de Depeche Mode avec That Run .

Accentuant les vertiges mélancoliques vers l'évanescence instrumentale, opérant à cœur ouvert dans les abysses shoegaze, le groupe a beaucoup appris de l'évacuation sensible que l'on remue entre ciel et terre en concert, que l'on convoque près d'un précipice épousant le vertige quand il est temps de se dénuder entièrement. Leur tournée avec Alcest et une gestation de quatre ans auront eu mille fois raison d'offrir le nectar créatif de sa phase instinctive, pour cet album exalté par cette trempe de cygne noir Bauhausien, et dans ce brouillard anglais de Joy Division.

Le groupe « rencontre les écumes sulfureuses et nitreuses, les marie, et par un art subtil les réduit, adustes et cuites, en grains noirs » selon le Paradis perdu de John Milton.

Le spectre baroque est séminal, la lumière de ce kaléidoscope sonique est toujours aussi fataliste dans le chant tragique d'Andy Julia, et il est formellement spleenétique musicalement. Apollo respire l'essence même de la vie ténébreuse, romantique, romanesque, il sécrète de son essaim angélique la splendeur et la beauté fatale, son air est dangereux et fatal, il convole son offrande lumineuse dans un rock noir qui rend triste et chagrin, absolue d'ivresse, de froideur lunaire, d'éclipse solaire, et de chérissement cotonneux.

Capable d’aimer comme aimerait un ange, d'embraser comme s'enflamme la passion, de papillonner loin du péché véniel, la beauté est partout dans cet opus au baiser vermeil  !


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dimanche, novembre 12 2017

MOGWAI – Every Country's Sun


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Longtemps je garderais dans mon être les mélopées câlines de Mogwai.

La première fois on attend la fin de ces longs préludes musicaux, sans admettre que le classique couplet/pont/refrain n'existera pas sur les terres écossaises. Bien entendu c'était il y a longtemps, le post-rock n'en était qu'à ses balbutiements. L'initiation se fera opaque, l'intronisation se réalise par petite touche d'infiltration dans la beauté aqueuse que distille le groupe. Le clair obscur prend différente teinte quand enfin l'assimilation devient légèreté, ainsi la révélation poétique se fait jour, et plus rien ne sera plus comme avant. Non plus rien. La perception musicale se pare d'un filtre anti-age, à l'addiction contemplative intemporelle. Mogwai est instrumental, votre imagination fera le reste. Parle si tu as des mots plus fort que le silence.

La discographie d'un groupe est jonchée de collaboration, de maturité de langage, de choix distinct, d'une époque, d'une identification, et que sais-je encore...Sur le fil du rasoir Mogwai a jalonné sa carrière d'instant suspendu. Les mélomanes funambules apprécient de prendre de la hauteur, d'épouser leur regard musical sur de vaste paysage fuyant vers des perspectives et des horizons lointains. Plus c’est haut, moins il y a d’oxygène, et plus la perte de l’équilibre est violente.

Ce neuvième album Every Country's Sun en contraste l'étendue avec un panorama post-rockien vaste, lent, capiteux, doucereux. L'apesanteur du flottement est doux, se sentir léger dans cet intermède sonique ramène à un état de sérénité libérateur. Mogwai remplit le vide, moule, coule, fond son acier avec de la plume, des perles de pluie avec des lames de feu, nuance de puissance et de profondeur, de couleur et d'élévation. Un chant vient parfois suspendre le temps, nous déraciner du cosmos de Mogwai.

Le groupe surnage dans son ouragan de sensibilité et de sensualité comme un big bang tellurique intérieur, là où la plénitude des sens est une explosion des émotions, sensations. Tout ne fait pas corps pourtant, des fêlures, des craquements, une fragmentation de la tectonique des plaques soniques depuis le départ du guitariste John Cummings, le groupe est un quatuor. Un déséquilibre que l'on entend. Même si dans la formation de Glasgow tout semble éphémère, elle folâtre dans l'ambiant mélancolique, se dépouille de tension rock cataclysmique, évapore la dream pop grisâtre, suspend le shoegaze luminescent, tout dans ces ambiances atmosphériques et cette violence sonique se dilate, se métamorphose, tout est transitoire, vulnérable, indécis. Étions-nous dans l'expérimentation ? Dans le progressisme ? Dans le diffus ? Dans le néant ? Le groupe tisse ses filaments arachnéens musicaux, il défie avec l'arme des guitares, tire des larmes et la vie flotte sans cesse avec sa force et sa fragilité. C'est peut-être en cela que Mogwai renforce sa capacité inoubliable, faire bruisser la vie dans chacune de ses pièces musicales.


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vendredi, octobre 27 2017

OUR CEASING VOICE – Free Like Tonight


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Le cœur peut battre, mais il a battu retraite à l'endroit où les fausses étapes et les impasses le conduisent.


C'est avec cette citation que l'on définit le méconnu trio autrichien Our Ceasing Voice, qui pousse avec son troisième album l'incandescence passion du gouffre dark et de la volupté angélique.

Depuis leur premier opus When The Headline Hit Home en 2011, le groupe jalonne à pas gourd une merveille musicale purificatoire, capable de délester le souffle court du poids de l'existence par une lumière secrète enivrante. Véritable diamant brut habité par une belle âme qui ne cache pas ses faiblesses That Day Last November leur second album avait ce désir capiteux en lui. Une force acérée par des atmosphères et des mélodies incantatoires de post-rock. Mais il manquait une épaisseur, une gravité certaine, avec Free Like Tonight tout prend acte et existence. C'est un accomplissement légitime après toutes les étapes de la musicalité du groupe, car il y a véritablement un souffle supérieur.

Leur post-rock est sépulcral et leur shoegaze ambiant est baroque, c'est à la fois émotionnel et mélancolique par les fréquences de beauté dark que ce rock fouette en une caresse de plume, et de cire chaude pour faire frémir en contraste avec des courants d'air glacial. Le chant crépusculaire du nouveau membre Dominik Dörfler ajoute une atmosphère de profondeur et d'affliction vraiment très sombre. C'est littéralement un atout majeur dans la nouvelle approche sensitive à la teinte noire du groupe.

Leurs chansons convoquent les passions dans des ruines, elles ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un cœur qui bat. On en jouit, on peut même en peindre la silhouette éclore du bout des songes. Ces chansons sont comme une rose en floraison dans notre fort intérieur buisson ardent. Il y a des épines partout tout autour et il est impossible d'en forcer l'éclosion. Malgré le fait d'en être absolument épris du regard, il faut en être contaminé corps et âme.

Ainsi lorsque la rose s'épanouira en vous, alors seulement vous pourrez la contempler, ressentir son pollen et finalement la connaître. Son doux venin est précieux, cette beauté pure ne doit pas être prise avec légèreté. Il y a une telle profondeur dans cette remontée des limbes qu'elle dévoile une vérité jusque là insondable. Ce n'est pas un décorum dark comme on a l'habitude de nous en vendre la pâte poussiéreuse.


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Ce disque hante par sa morsure dans les blessures assassines. On pourrait craindre la douleur de sa brûlure, il n'en est rien. C'est comme quand on touche brièvement la flamme d'une chandelle, nous ne ressentons aucune douleur. Ce n'est pas de la magie, les flammes jaunes dansent au dessus alors que le bleu du feu est la combustion, la partie la plus chaude de la flamme se trouve à la lisière entre ces deux zones. Our Ceasing Voice est la bougie éclairante, pas la flamme dans le mouroir de l'âme impure.

Écouter une musique élégiaque fait fleurir une sensation de tourment, de souffrance, d'affliction. Les personnes mélancoliques perçoivent dans ce retrait naturel un besoin automnal de faner, pour mieux se renouveler avec une vivacité printanière. Un cycle introspectif empreint de sobriété et de recueillement afin d'écouler le trop plein, se délester de l'accumulation de la souffrance, de l'anxiété, de toute cette incertitude.

Mon sang coule dans le feu de mon existence, mon cœur bat sans limite, mais si l'amour se consume pour ne plus devenir que cendre, alors la douleur sera en moi. Les larmes que l'on ne pleure pas chutent toutes en gouttelettes avec tristesse, elles viennent percer le cœur à vif et martèlent la pensée de toutes les larmes à verser. L'album est sombre et poétique, dramatique et remplit de même attachement du lierre sur les pierres, avec un sens raffiné des longueurs ouatées, d'une densité lugubre, d'atmosphères pénétrantes, atmosphériques, intimistes, de mélodies accrocheuses, où les braises crépitantes de l'enfer s'éteignent sous la pluie dépressive saturée de désespoir.

Ce disque plonge dans le même état comateux que le sublime Industrial Silence des nørvégiëns de Madrugada. Our Ceasing Voice érode, fait frémir dans ce cimetière à cœur ouvert la beauté mélancolique de son post-rock spleenétique.


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jeudi, octobre 12 2017

SLOWDIVE – Slowdive


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Le retour feutré du shoegaze de Slowdive fait partie des correspondances que l'on cajole.

La luminosité de leur musique s'ouvre telle l’Épervière frutiqueuse au tout début de l'aurore et en tout fin de journée crépusculaire avec l'Hipomée pourpre. Comme le naturaliste Linné, à l’écoute d’une Nature généreuse, prend soin de l’observer et met au point l’Horloge de Flore, véritable et merveilleuse prouesse botanique, accompagnant le temps qui s’écoule et s’appuyant sur le simple fait qu’un grand nombre de plantes s’épanouissent et se ferment à des heures fixes, Slowdive réalise une prouesse identique avec nos émotions enfouies. Sa faculté musicale est empreint d'une délicatesse d'orfèvre, avec ce quatrième album le temps se dilate et referme avec lui , le doux parfum capiteux des réminiscences et celui de vivre le plein instant.

Slowdive c'était il y a longtemps, vingt deux ans en arrière, dans une autre vie maintenant. Ce groupe était un point lumineux dans la noirceur de l'inconnu. À la mode Shoegaze dans la première moitié des 90's, le jeune groupe est insouciant avec la tête plongée vers le sol, sans pomper l'air. Il jouait avec détachement des embruns soniques, émanation superbe et incandescente que la dream pop en fera fructifier le penchant acidulé en un temps suspendu. Puis le glas est survenu avec l'emblématique britpop et dissipa en un coup de vent médiatique les nuages shoegaziens pour la grisaille arrogante du royaume britannique.

Dans l'ère contemporaine Slowdive est une influence fertile, post-rock & blackgaze lui doivent leur co-existence. Depuis un appel d'air nostalgique qui empile le retour des Pixies, Blur, les Stone Roses, Ride, Lush, My Bloody Valentine, The Jesus & Mary Chains, en 2014 le groupe remet son art sur scène, puis apparaît cet album. Le band joue ses effluves mélodiques indolentes dans une torpeur ténébreuse, avec ce spleen émotif, pudique, dans une époque qui a toujours du mal à se détacher de sa dépression. On émiette chaque titre en s'enracinant à cet opus éponyme à chaque écoute. Le groupe y injecte une tristesse tranquille, et sa mélancolie écumeuse dépose sur chaque ressac émotionnel reçu une infinie quiétude.

Il y a une lumière incomparable sur cet album, celle d'une maturité que l'existence féconde avec lenteur. La brume sonique n'est plus ce parfait isolant thermique à nos anxiétés-souffrances que le groupe a édifié en un mur blanc shoegazien. C'est désormais une cachette onirique, où perle des puits de jour. Ce retour attendu délivre un engourdissement nécessaire à l'ébullition ardente que le monde presse dans sa dynamique clinquante de boule à facette. Si il te semble que c'est trop propre et fade, écoute sans rien attendre, alors le vide en toi se remplira de lumière.

Les amoureux de l'air libre apprécieront cette dépressurisation perpétuelle des anglais de Newcastle. Parce que leur cœur s’ouvre à cette voix musicale comme s’ouvrent les fleurs pendant la bise blonde de l'aurore ! Slowdive est un bien-aimé qui sèche les pleurs, rassure la tendresse avec ses mélodies d’autrefois, et permet que l'on se verse dans sa coupe, pour voguer dans l’ivresse ! Sous sa brise légère le cœur frémit d'amour et de compassion. Le cœur s’ouvre à sa voix musicale comme s’ouvrent les fleurs pendant le baiser noir du crépuscule !

Slowdive revient et avec lui la douceur.


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mercredi, octobre 4 2017

MESSA – Belfry


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Messa est un groupe de doom Italien qui aurait pu passer inaperçu mais avec un tel souffle musical, il regorge de pépites que le doÖom affectionne dans les antiques sépultures enivrantes.

Dès l'introduction tout devient limpide, on baigne dans les profondeurs de la perversité sonore d'Electric Wizard. Puis le second titre Babalon s'ouvre à la charnelle douceur sombre d'un doom capiteux. L'opus dans son ensemble plonge dans ce venin, alternant morceau introductif et titre irrésistible.

Les compositions possèdent une épaisseur et une profondeur de grande précision. Messa pousse la virtuosité de son envoûtement par le contraste qu'il impose entre sérénité et fougue. Si le procédé existe et fonctionne depuis la nuit des temps, il faut une dose de magie pour qu'il devienne poésie, fantasme, et celui-ci est parfait pour propulser son doom dans les ténèbres.

Le rythme est lent, la basse lourde, la chanteuse libère le poison sensuel qui apporte la chaleur bestiale aux riffs afin de se mouvoir dans les ténèbres. Messa se rapproche de groupe comme Jex Thoth, Jess & The Ancient Ones, Alunah, Christian Mistress et de ce vieux démon heavy. En ce sens il consent à traduire un son vintage, une densité révolue et le charme que l'on confie au présage quand les cieux se chargent d'obscurité et grondent en faisant crépiter la nature sauvage.

Belfry est un disque crépitant du feu et qui lave par purification !


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dimanche, septembre 10 2017

GRANDADDY – Last Place


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Grandaddy est un vieux groupe revenu des limbes avec une émotivité innée, capable d'enjoliver une mélancolie douceâtre vers la lumière et l'expectative. Toutefois son caractère musical quelque peu intimiste risque de contraster dans une époque de zapping en tout genre, où la quête de l'émotion rapide est en tout point antagoniste avec cet album, laissant une saveur de générosité musicale, d'expérimentation douceâtre, d'apaisement rêveur.

Onze ans plus tard, voici le come-back inspiré des atours Grandaddyesques pour que les fans nostalgiques claquent des clins d’œil en signe de reconnaissance à chaque titre. En faisant preuve d'un sens plus objectif face à ce retour, je trouve et pense que c'est jolie, oui c'est cool d'entendre encore un groupe comme Grandaddy aujourd'hui, célébrant envolée harmonique pour jouissance mélodique, variation électronique pour inspiration sans limite. Oui sans limite, cela ne m’apparaît pas du tout présomptueux d'écrire cela. Ce groupe agit avec magie, dans la légèreté, élégance, bienveillance à élaborer avec méticulosité des chansons trottant avec euphorie et bonheur dans la tête.

Cette musique se déleste avec désinvolture pour distraire, elle confine dans une atmosphère amniotique, fragile, disposant d'une ambiant tout en apesanteur dans ses gènes pour vous emmitoufler d'amour, d'hésitation à voir un monde, à vous découvrir dans l'épaisseur cotonneuse de sa joliesse, et tout autant dans ses tourments sombres. Parce que dans cette mélancolie on se sent éveillé, comme épanoui à recevoir la rémission musicale tant les arrangements sont somptueux, et c'est un doux euphémisme pour argumenter sur la délicatesse du compositeur Jason Lytle, avec lequel on se sent complice de l'isolement à comprendre un monde de plus en plus artificiel, technologique, synthétique.

Cet opus capte la lumière solaire avec la sensibilité d'un enfant, enrobe avec le côté pop pastel à Weezer, la crème planante de Philip Glass, les rotations soniques et lunaires de Flotation Toy Warning, dans une sorte de space rock pop au bidouillage électro et à l'orchestration sophistiquée.

Une fois de plus Grandaddy sort un disque spleenétique unique pour les dreamers.


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mercredi, septembre 6 2017

ABSTRACT VOID – Into The Blue


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Abstract Void est le projet solo d'un gars de la planète terre qui a conçu une musique électronique triste qui fait danser. « Into The blue » est son premier opus dans lequel la synthwave y côtoie le bläck atmosphérique, où le shoegaze mélancolique révèle sa lumière au post-Rock, où la musique électro-Dark ambient pénètre sa ténébreuse torpeur au blackgaze, où le retrowave étourdie la dream Pop et manifeste le Shoegaze.

Les ambiances, harmonies, mélodies sont très bien traitées. Il y a une force centrifugeuse mélancolique à l'intérieur et sa puissance de rotation fait tourner la tête, d'autant plus que le gazier est assez malicieux pour amplifier avec des effets d'élévation. C'est vrai aussi que l'on en retrouve les atours dans pas mal de production désormais. Vous savez cette sensation de flottement, de mélodie éthérée qui vous emporte dans le confins nuageux, là où douceur et sensation de béatitude vous baignent dans sa légèreté amniotique.

Bien entendu pour cette retrowave on pense à Perturbator avec son spirit de tremolo tremens 80's, quoique son dernier opus New Model souhaite ériger une cathédrale et fini par se ramasser par son errance.

Bon ce qu'il y a de vraiment abouti et d'intéressant avec Abstract Void c'est que le beat danse sous les nappes synthétiques, que les couleurs nous apparaissent phosphorescentes, et que la dépression de contraste entre la noirceur du blackgaze et la synthwave s'accouplent merveilleusement bien.

J'ai l'impression que l'isolement des hommes entraîne cette introspection musicale qui implose littéralement en chacun de nous dans cette vie contemporaine, et de ce fait il me semble désormais que nous sommes dans le règne éphémère des contemplatifs, enfin !


jeudi, juillet 6 2017

Colour Haze – In Her Garden


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« In her Garden » est le 13ème opus de Colour Haze, groupe de stoner psyché allemand à la prestidigitation lunaire et à l'obscurité lumineuse.

Colour Haze forme ce triangle équilatéral propre au formation culte tel que Cream, The Jimi Hendrix Experience, Grand Funk Railroad, dans lequel il anoblit un heavy rock psychédélique aux influences distinctes comme allant de Led Zeppelin / Jimi Hendrix / Black Sabbath / Kyuss / Moving Targets / Cream / The Who / The Beatles / Frank Zappa / NoMeansNo / King Crimson / Humble Pie / Rolling Stones / Mudhoney / Monster magnet / Grand Funk / Calexico / Steve Cropper / Godspeed You Black Emperor / Mountain / MC 5 / Traffic / Santana / The Obsessed.

Le groupe reprend peu ou proue là où il avait les choses planer. On en retrouve la délicatesse feutrée, le botanisme musical, l'ode hippie, et une saveur Led Zeppelinesque assez hors d'age certes, mais dont les différents apesanteurs souterraines prennent leur envol intemporel dans une époque contemporaine qui recycle le vintage.

Les titres sont longs, il faut s'acclimater à cette torpeur de transe, à ce heavy blues, à ce stoner psychédélique brûlant, fiévreux, cachant dans l’interstice de son venin les atours inquiétants du sombre.

Colour Haze possède un groOve singulier, une distanciation musicale, et un sens de la rêverie bien réel. Capable de faire intervenir des cuivres pour légiférer à l'audace de son songe sonore les qualités ésotériques qui permettent de planer.

Oui Colour Haze est un groupe de doux méditatifs, aimant faire tonitruer des riffs lourds, faire s'envoler des mélodies dans les nuages et sacraliser l'ode éperdue à la passion sonique.

« In The Garden » est riche d'une flore musicale dont le terreau ancien ne fait qu’embellir la rose et ses épines.


vendredi, juin 16 2017

NYCTALGIA – A Hint Of Eternity


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Je ne sais comment ?? mais je n’avais jamais entendu ce groupe. J’engage ici-bas que je vais remédier à cette carence en approfondissant leur discographie, même si je redoute toutefois une redondance…

Basé sur du post-rock, cet album de Nyctalgia caracole dans les nuages du septième ciel avec un ensemble d’instrument à corde, chœurs angélique féminin, ainsi qu’un piano, en plus des guitares cristallines. Il cajole par sa grâce spleenétique, par le précipice qu’il accorde à la mélancolie d’en recevoir le chagrin.

Aux trémolos violonistes répond l’affliction lacrymale et sa luminosité lunaire, confinant à un recueillement contemplatif, si cher à mon cœur. Ce post-rock instrumental et orchestral possède une immense profondeur de champ et cette caresse subtile d’effleurer par sa douceur vaporeuse l’apesanteur céleste. Il y a quelque chose ici qui tient de la beauté que l’on accorde à la nature sauvage, et qui émeut par l’harmonie somptueuse qu’elle détient. Et cet opus m’a aussi remémoré le band Islandais Sigur Rós avec cette errance délicate et indomptée. On en ressort tout étourdi, avec le cœur léger, et les joues humides parce que c’est beau à en chialer.

Parfois il est préférable de n’écouter qu’un seul album d’un groupe. Parce que maintenir avec lui cet instant précis où l’on se rencontre, demeure un moment unique avec lequel on reviendra sublimer son souvenir.

Celui-ci a agité l’émoi, et sa conservation en un temps précis où j’en ressentais le besoin a inauguré un souvenir qui ne cessera d’être une évocation d’importance désormais.

Alors que si l’on franchissait le pas d’écouter un autre album à ce moment précis, il y aura toujours ce doute inextinguible qui planera avec hésitation et obstination, jusqu’à concevoir que d’entendre ne serait-ce qu’un soupçon de rabâchage serait capable à lui seul d’atténuer toute la beauté grandiloquente absorbée la première fois en un état de félicité absolue, et que l’on nomme : Révélation.

Fatalement la curiosité apparaît comme une garce qui fait luire le verbe croire à la commissure de ses lèvres désireuses et capricieuses.

Oserai-je me dévoiler plus encore, et d’être agréablement surpris si je me penchais sur la discographie de ce groupe ? Pour le moment je laisse le doute planer, même si au fond de moi je sais déjà que mes lèvres se rapprochent toujours un peu plus du désir d’entendre la caresse musicale du groupe m’enivrer une fois encore, et d'en bouleverser les strates rêveuses.


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mercredi, juin 14 2017

STORMHAVEN - Exodus


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Pétri d'une maîtrise musicale et du liberté de composition, Stormhaven est un groupe de death--prögressiste ayant sorti un premier E.P « mystical journey » en 2014. Avec « Exodus » il gravit une marche de progression assez impressionnante.

Le quatuor se compose de Zach (guitare et chant), Régis (synthétiseur et chant), Jonathan (basse) et de Quentin (batterie), pour "Exodus" il y a un triptyque « Part 1 The Emerging Ghost », « Part 2 The Crystal Gate », « Exodus Part 3 The Celestial Eye », œuvrant ainsi comme une grosse pièce sonique, il devient impérieux de sauter dans cette noirceur, et de l'entendre s'exalter de la sorte, cela confine ton cerveau dans un déchaînement tellurique, car faire face à ce bouillonnement Bläck DeAthalique, à cette frénésie krautrock exige une écoute approfondie. Munit d'influences diverses et variées allant de Dark Funeral, Dimmu Borgir, Death, Coroner, Dream Theater, Symphony X  jusqu'à l'immuable capacité sensorielle Opethienne (première période), Stormhaven a su digérer avec intelligence afin de fluidifier ses compositions avec.

La richesse musicale est présente, elle se déleste d'un surpoids technique par l'apport d'une atmosphère conséquente à la salubrité des titres. De stature assez longue, les morceaux imposent eux-mêmes une liberté de ton que le groupe rend grâce par le biais d'une luminosité conséquente, sans pour autant suspendre une noirceur absolument généreuse. Très bien produit, chaque élément est à sa place et soupèse son propre poids sans étouffer les autres, comme une composante essentielle à la représentation qu'elle sculpte.




En cinq titres d'une générosité époustouflante, le talentueux Stormhaven domine très largement son propos, sans être démonstratif, ni brouillon, ni prétentieux. La fluidité est son grand art et lui confère une envergure à part. On sent une forte exigence de restituer à sa patience la maturité de composition nécessaire pour célébrer son envergure, afin de rendre à son art la discipline musicale qui en forge la force, la grandeur.

Ce groupe conte une histoire, vous embarque dans son royaume, il partage l'intimité de son art en y restituant toute l'amplitude, la teneur, ce qui souligne ce que disait Paul Klee dans son journal : “Au-dedans de moi ondule, certainement, une mer, parce que je suis sensible. L'irrémédiable, c'est de ressentir de telle sorte qu'à toutes les extrémités règne la tempête et nulle part un maître qui commande au chaos.”

Un disque qui va vous clouer sur place !


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dimanche, mai 7 2017

SKY FLYING BY - Miscellany


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Un jour vous trouverez dans cette musicalité une poésie lunaire capable de faire refléter en vous ce qu’il y a de plus profond comme quiétude.

Mais avant d’en arriver à cet état, vous devrez admettre que l’ennui qui est le vôtre en écoutant ce disque n’est uniquement dû parce que vous disposez d’un bagage trop encombrant, qui prend trop de place, comme votre ego, et votre mémoire sélective. Sans ces poids mort vous pourriez ressentir la douce puissance de votre souffle de vie à chaque respiration. Car ce n’est qu’en ayant assimilé ce fait que cet album prend tout son sens.

Ainsi et en premier lieu, prenez conscience d’une chose anodine, mais qui est capitale pour tout le monde. Votre respiration est là, depuis votre premier souffle de vie, présente à chaque souffle, et pourtant vous n’y prêtez quasiment jamais attention, sauf quand votre cœur et vos émotions s’emballent.

Cet album n’est rien, quasiment abstrait, et pourtant il possède un souffle bien tenace qui nous raccorde à sa puissance souterraine. On en sent l’émergence explosive se renverser en un ressac puissant, et se répandre en une eau à la douceur aussi affable que son repos en apaise la constance.

Pour cela il égrène des morceaux introductifs s’étirant comme un début de jour sans fin, croissant avec la lumière naissante dans cet instant de préliminaire où naît l’émotion initiale. Nappes synthétiques musicales et voilages s’unissent pour flotter sans cesse dans une lumière opaline. Cliquetis et douceur mélangent leur lenteur afin de laisser s’épanouir la musique, câline elle se déroule, se distend dans la quiétude et rassérène notre sensation d’apaisement.


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Sky Flying By allonge sa détente avec des compositions apaisantes, n’en finissant plus de rayonner, de soulager, et d’assouvir dans l’existence un instant de sagesse et de grandeur tout à la fois dans le calme qu’il propage.

Par ce fait, et en deuxième lieu prenez conscience d’une chose qui est capitale pour tout le monde. Cavaler à en perdre l’haleine, et l’on ne sent plus que la vitesse de l’adrénaline qui nous pousse à accélérer sans cesse, vers ce mouvement perpétuel qui suggère de mener à satiété notre ego.

Alors bien souvent, « Y a-t-il une limite à cette frénésie ? » se demande t’on parfois prit dans la tenaille avec le souffle court, juste avant de tomber ?

Je suis certain aujourd’hui de m’étourdir autrement, et cela m’a pris plus de quarante ans.

Cavaler à en perdre haleine c’est aussi fuir, et le courage c’est d’affronter sans crainte. On ne peut comprendre que ce que l’on est à bien d’admettre, et pourtant si l’on cesse de comprendre pour ressentir vraiment que se passe-t-il donc ? Convenir une musique à ses goûts c’est réduire son champ des possibles, c’est atrophier sa curiosité, alors que se laisser submerger par le désordre qu’une musique est capable de bouleverser à l’intérieur de soi demeure pour un mélomane l’assouvissement le plus transcendant, et pur qu’il soit donné de vivre.

Vous serez très nombreux à vous reconnaître à ceci.

Il y a des sourires qui montent au visage spontanément, et l’on sait à cet instant que cette révélation est une introduction à notre transformation, et qu’elle se réalise en une infinie douceur. Je vous laisse à votre délicieuse mutation si vous avez fait le choix de la lenteur et de la dépossession égotique, pour vivre pleinement chaque instant, devenu alors paisiblement tumultueux.


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samedi, avril 22 2017

ZENZILE - Éléments


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Zenzile ne manque pas d’Air avec sa nonchalance pointilleuse, son rétro futurisme J.M Jarre et ses envolées à la Pink Floyd, autrefois électronicien dubiste dans l’aquarium enfumé de Lee Scratch Perry, le groupe a su métamorphoser son évolution en ouvrant encore plus grandes les fenêtres pour une vue cinémascope, encore plus trip-hop qu'auparavant.

Lors de leur précédent opus, Zenzile s'est frotté à la bande-son d'un long-métrage muet « Berlin, la Symphonie d'une grande ville » (sorti en 1927), cette expérience a forgé ce goût intense pour les atmosphères. De toute façon ce groupe a toujours eu cette mainmise sur le grand angle avec le long travelling bien propre des jazzeux.

Il prolonge son accointance cinérama par une approche classieuse et élégante avec des tournures au caractère bien pensé. Cet album converge dans cette vénusté de maîtrise musicale, de mesure concrète et d’épanouissement. Leur trip-hop est Air-éré, délicat et élancé, et dans cet espace-temps contemporain qui recycle le vieux en le remettant au goût du jour, ainsi s'en trop en avoir l'air "Eléments" n'hésites pas à bousculer les anciens codes trip hopesques se reposant sur leur laurier ronflant.


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dimanche, avril 2 2017

GOAT - Requiem


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Goat est une créature rock venue de l’univers hippy sound, munit de cet esprit foutraque et libertaire lui apportant le pelage sonore d’un animal fou à poil laineux, à poil laineux, à poil laineux, à POILLLL !!!

La première écoute est assez désopilante, tant le disque apparait dans son aspect le plus extravagant, cependant, en grattant on constate avec une certaine passion folle, que ce groupe d’hurluberlus aussi fantasque soit-il, fait concevoir la primauté d’une innocence, assez caractéristique d’une désinvolture assez habile pour ne plus les voir comme un simple one shot divertissant.

(rire gras) AhAhAhA….(puis rire jaune)…ahahahah…(débridé quoi)…ahahahah…(jusqu’à ce consternant)…Ah bon ?

Et oui !

Goat inscrit dans le marbre de votre discernement virgule, que l’on peut être aliéné dans son œuvre, vivre à tambour battant dans sa camisole, et être en tout point accepté en tant que bizarrerie. Et pourtant, et pourtant comme le rappelle Charles Aznavour dans sa chanson phare ‘’Et pourtant’’ : «  Il faudra bien que je retrouve ma raison ; Mon insouciance, et mes élans de joie ; Que je parte à jamais pour échapper à toi ; Et pourtant. Et pourtant. »

Parce que au-delà de l’effet incongrue de leur étrangeté, leur singularité naissante n’est en fait qu’une somme diluvienne des attraits sonores du funk, du rock psychédélique, de l’afrobeat, du tribalisme sonique.

Et oui ! Si Goat est terriblement attractif, Goat est aussi malin que l’esprit de la bête qu’il fait ressurgir à ce carrefour où le diable avait confondu Robert Johnson avec James Brown, ou Fela Kuti je ne sais plus… Parce que ce groupe possède une façon de ritualiser le sens de la fête avec la naïveté d’un hippie qui se réveille d’une nuitée intense de trip en tout genre, et qui ne voit seulement la réverbération des paillettes en train de clignoter devant ses yeux dans un cimetière vaudou taché de sang liturgique à base de tomate concassée (certifiée bio et issue de l’économie durable).

Goat est un groupuscule pacifiste de Suède émanant de cette constellation d’illuminés qui préfère se vouer à l’amour plutôt que de soumettre au pugilat le plus béotien. C’est avec cette tolérance que le disque se promet corps et âme à l’incantation variétale et tribale afin de former une nouvelle ethnie de freaks. S’ensuit une musicalité qui tient lieu à la dévotion d’afficher sa ferveur, avec la vivacité d’enivrement que l’ivresse de l’adoration comble en offrande aux divinités de l’extase. La communion devient un étourdissement d’effusion sonore, et le groupe n’en finit plus de sa libéralité musicale avec une succession d’offrandes mélodiques, afin de rassasier son totémisme musical.

La diversité des instruments se jumelle au transfuge des styles musicaux du monde libre de la world music, avec l’ébriété de flûte indienne au sortilège aztèque à l’africanisme Fela Kutinien, jusqu’à ressouder les plaques tectoniques en une terre arable où la communion des cultures sera un nouveau monde d’espoir.

Goat est donc un entrelacement festif d’une ode à l’hallucination pure par son incantation.

Son trip est une douce folie qui n’engendre aucune aliénation et accoutumance, mais offre cependant la liberté de danser avec pureté et impudicité à l’humanité toute entière.


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lundi, janvier 30 2017

ROPOPOROSE – Kernel, Foreign Moons


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« Elephant Love » leur premier opus avait su oser et surprendre par sa découverte. Son côté bricolage lo-fi, sa liberté tenace, et peut-être sa dépossession de tout acte de compromission avait permis au duo de prétendre à poursuivre l'aventure.

Il n'est pas rare que les soubresauts du collage rock indie isole plus qu'il ne fédère, les chenapans s’écharnant à manipuler à outrance dans un hermétisme qui stature vers cet état de tête à claque. Hors il n'en est rien pour ce duo. Ropoporose est arrivé à ce stade de maturité qui de garnement passe avec facilité à cette épaisseur sensitive de l'exaltation.

L'inventivité au service de la composition, la maîtrise au service de l'inventivité, tout ceci inaugure des compositions denses, folles, contrastées. Les styles rock indie se mélangent, se jugulent, s'épousent dans des formes que seuls les Barbapapas sont capables de telles contorsions. Le duo agite une féerie subtile, poétisant sur l'abstrait avec une vérité flottante jusqu'à donner vie à la beauté musicale. C'est un fait, Ropoporose est le digne rejeton des Pixies, Tortoise, Sonic Youth, Stereolab.

Leur attrait pour coloriser la mélancolie leur confère une douceur que les plus humanistes d'entre-vous en comprendront les bienfaits. Il y a une transe frénétique dans tout se désordre homogène que l'on peut y entendre les célébrations de David Byrne dans Talking Heads. Il est vrai aussi que ce disque étend le spectre des 80's et de l'avènement 2,0 à son incandescence.

Chercher l'exaltation ici et vous trouverez le noyau des lunes étrangères de Ropoporose, avec son impétuosité dessinée façon Arcade Fire à l'affabilité abrasive de PJ Harvey, sa mise en orbite satellitaire configurée de Grandaddy au Beta band.

Noisy, kraut, indie, pop, post...Le rock est passé à la moulinette rêveuse, et en plus de la profusion élastique des compositions, on le doit à la joliesse sonore de Thomas Poli (Montgomery, guitariste de Dominique A, Laetitia Sheriff), qui a permis de jalonner une empreinte singulière dans la constellation contemporaine.

Labellisé par l'excellent défricheur Yotanka Productions (Kid Francescoli, Zenzile, Von Pariahs), ce disque se devra de vous faire aimer plus que de raison à l'univers sensoriel de Ropoporose, parce que la beauté insensée et silencieuse que génère ce vacarme musical à l’intérieur de soi est saisissante.


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