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Tag - rock brut

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dimanche, juin 23 2019

FOGGY BOTTOM – Une Histoire à L'envers


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Tout paraît asphyxiant et paralysant parfois, au point de rêver vers un ailleurs au goût de liberté pendant tout ce temps de furie tempétueuse, comme une compensation à un passage de frustration. Puis le vent se calme, et l'on retourne à son ancienne vie sans que l'on discerne un éclat de lassitude, comme par sagesse, comme par lâcheté, et en fait on ne le saura jamais vraiment.

En 1997, Foggy Bottom vient éclore de sa chrysalide existentielle avec le mur du son des Thugs à celui de My Bloody Valentine, l’âpreté élastique du punk power pop d'Hüsker Dü à celui de Sugar. Il y a la douceur enfantine de la twee pop mélangée à celle cotonneuse du shoegazing pour un chant en douceur, un genre de délicatesse nacrée, un opiacé superbe et incandescent pour une pop faussement ingénue, transmission à celle d'Elie & Jacno, Étienne Daho, au groupe Aline. Le trio se compose d'ex-DAVY JONES LOCKER (grunge noise), ex-PORE (metal indus), ex-BEESWAX (heavy noise), ex-CRASHROBOTS (sonic noise) avec Sophie V – basse , Christophe V – batterie, David V - guitare / chant.

Discographie :

• Columbia 300 (Démo 4 titres, 1998)

• Foggy Bottom / Paneeni (Split 45tours, 1998)

• Six Song About This Famous Andrew (CD 6 titres, Autoproduit, 2001)

• Parler à Une Fille Comme Toi (Démo 5 titres, 2003)

• Foggy Bottom (CD autoproduit, 2004)

• Sur le Fil (CD Autoproduit, 2017)

• Caravelle (CD Single, Autoproduit, 2018)

• Une Histoire à L’Envers (CD 7 Titres, Twenty Something, 2019)

Dégingandée par cette powerpop revigorante, par ce mur du son de guitare saturé, de ces mélodies ciselées pour la gourmandise en apesanteur, on se laisse percer à jour par ce contraste spleenétique à fleur de peau noisy, car parfois il y a du calme même dans toute tempête intérieure. Le groupe fait émerger le reflux de la brume shoegaze lascive, une dose de liberté de ton alternative 90’s, et dans cette veine nostalgique et émotive qu’une époque a consignée (Swervedriver, Truly).

Le band en libelle la saveur lointaine sans regret, parce que la jeunesse c'est de tout désirer avec légèreté, vieillir c'est vivre de la vie des jeunes gens et d'épouser leurs passions. On sent bien la teneur mélancolique des embruns et cette joliesse émotive pleine d’énergie et de candeur, même si le trio n’a plus la même désinvolture, il reste tout ce spleen et cette insouciance à braver la turpitude pour aller à l’essentiel, au nécessaire, à l’indispensable.

Faire fi du surplus, des méandres, circonvolutions et autres détours. Le groupe s’immole dans un entrelacement jointif pour pleinement conserver le suc, la pleine âme de ses envies soniques.

Tout se lie à cette osmose essentielle de faire apparaître et réapparaître à la fois les spectres passés et ceux que l’on entend dans la même plasticité de contraste, de ton, de couleurs contemporaines.

On trahit toujours quelque chose quand on a le courage d'aller vers son destin, « srevne'l à eriotsiH enu » n'en est pas une.




mardi, juin 18 2019

CATALOGUE - High Grey Effective


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Le deuxième opus du trio Catalogue fait passer un examen de la prostate avec des faux-ongles, et même jusqu'à aller éperonner la substantielle moelle épinière de la no wave.

Cette musique à l'univers blanc, très rock, sortie conjointement sur le label indépendant marseillais Crapoulet Records et Hell Vice I Vicious Records, pose une structuration de déséquilibre avec sa propre identité. Les amateurs.trices. de sculpture au burin et au rabot sonique connaissent l’envergure musicale de ce trio, tout comme son sens du riffing en dissonance.

Le groupe dégauchit à la serpe la frénésie rythmique d'une boîte à rythmes oldschool sur des guitares incisives et d’une basse efflanquée. Le chant appose comme la musique une tension permanente, avec ces atours d’angle droit noisy et d’un rock abrasif. Tout se lacère dans un nuancier tendu de gris brut de décoffrage.

C’est un nihilisme de purgatoire, il tient vers ces maux de l'esprit où il n'y a plus de règle préétablie. Sorte de Michel Houellebecq prenant du 220 V post-punk avec la morgue et la nonchalance punk pour toute vacuité en guise d’étendard. Tout cela dans un maintien de bande son d'un livre de Virginie Despentes, toutes griffes rentrées à celle du trio de riot Grrl Le Tigre, mais avec la beauté voilée de Lydia Lunch, et la hargne du trio Sloy pour cette déstructuration dadaïste.

C’est avec la même élasticité que Wire, de The Fall et son côté rêche, la face dansante et robotique electro-punk de Prvada, et toujours dans l'urgence du punk, que se génèrent les climats bilieux et suffocant de froideur Bauhausienne. Mais il y a des espaces pour reprendre son souffle avec un quadruple pontage mélodique avec des ersatz pop du « Dirty » des Sonic Youth. Le son transpire la musique amplifiée bruitiste de Band Of Susan avec une enveloppe d’hypnose robotique pour syncope lancinante.

Le matériau se peaufine au papier verre pour une découpe ambitieuse, n'empêche que derrière le stuc il y a le Styx qui se révèle, haletant de vision avec son relief rompu à la percussion auditive, à la beauté de la fracturation, et dans cette une énergie à laquelle la vibration incantatoire devrait convenir à la novöVision du critique post-punk Yves Adrien et de sa devise : « Être dissident de tout, y compris, et surtout, de soi-même. »

Cet opus peut rendre timbré.e, le ménager & la ménagère en attente du catalogue des 3 Suisses et qui reçoivent ce "High Grey Effective" en guise de sex-toy raboteux.


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dimanche, juin 16 2019

OPIUM DREAM ESTATE - Dark Shines


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Opium Dream Estate est un affranchi qui s'éclaire à la bougie avec un Dark néofolk en provenance de Paris, composé de Sébastyén D. (chant, guitare), Guillaume Jannin (basse, choeurs), Flora Gousset (claviers, choeurs) et Vincent Fauvet (batterie, percussions).

Expurgé par un minimalisme assez froid de prime abord, le trouble se dissipe par un gothic blues vapoté par une ambiant crépusculaire. Le quatuor appose une réclusion, comme si sa musique douce et sauvage à la fois était venue avec le vent d'une contrée lointaine. On imagine alors un western capiteux en pleine houle psychédélique, sobre, et écorché de noirceur stagnante.

On y voit l'apparition spectrale du passage vénérien des Doors, la beauté crépusculaire de Nick Cave, la chaleur vaporeuse de Death In June, l'éther du Floyd, l’abîme de Tom Waïts, la conquête de l'ouest de 16 Horsepower. On est dans le songe du réalisateur Jim Jarmush, une estampe de clair-obscur, les méandres de la transe à traverser le Styx, avec la sensation d'un dimanche soir pluvieux, ou l'on mélancolise de ne pas être un noctambule à la capacité sociale adapté pour capter le rire étouffé d'une nymphe, d’une main tendue, d’un regard sibyllin entre une braguette ouverte, un verre de porto et le lancement d'une chenille sur la piste de danse tout à la fois.

Bienheureux l'inadapté à ce monde cynique qui suivra l'empreinte d'un chemin de traverse fait de fureur et de bile, de beauté sombre et de caresse subtile, avec « Dark Shines » il puisera à la source d'une eau purificatrice.


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lundi, mai 13 2019

WASHINGTON DEAD CATS – Attack Of The Giant Purple Lobsters !


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La dernière séance des Wash passe un film de Homard vinaigrette à la sauce Bis, il n'y a pas de navet à l'intérieur, ni le vieux Eddy pour en résumer le scénar. Ça électrise du rockab'n'roll garage avec du country punk et des fragments de Soul power.

Toujours hors norme, hors cadre contemporain, les Washington Dead Cats turbinent dans leur garage le real rock'n'roll. Since 1984, 12 albums dans ta gueule, et des concerts électriques à foison dans toute l'Europe plus loin, le groupe sort cette pépite de genre.

Trop à l'étroit dans un costume de rocker à flanelle, le groupe a élargi son cadre, façon panoramique, avec plus de distance, davantage de tension, créant contraste, style métissée, et une hétérogénéité d'atmosphères et de couleurs musicales vraiment très coOol. Il faut l'entendre comme la bande originale d'une série B où des homards géants violets contaminés par les eaux de Fukushima reviennent prendre leur revanche sur les humains, avec un Jack Hill à la réalisation et Sergio Leone après une série de téquila paf dans le cornet pour une bande originale qui suinte du Rocket From The Crypt, The Supersuckers, Social Distorsion, Johnny Cash, Dead K par tous les pores de l'existence rock'n'rollienne.

Putain, faut dire que ça joue, ça mord, tes oreilles ronronnent le cats sur Black Cat Bone, sentent le roussi sur Give Me The Fire, prennent une torgnole sur You Came To Haunt Me, se dandinent pendant des funérailles à Ciudad Juarez avec Satan's Graves, se font engloutir dans le tube du Surfing Over Stunamis, en fait tout l'album est truffé de titres qui remuent, secouent, servent de courroie de transmission. Ton cerveau intègre la mise en image, la mise en abîme et la bobine prend tout son sens. Parce que les Washington Dead Cats font du rock'n'roll à la coOol, sans compromis, le caractère bien trempé de leur foisonnement érudit sur les genres et sous-genres du rock'n'roll font feu de tout bord et sans artifice de décorum, aucune caricature, ni stéréotype, c'est du sang pour sang.

Le disque est sorti en Avril avec sa variété d'images aussi subliminales que l'île de pâques.




mardi, avril 30 2019

FLECHE - Do Not Return Fire


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Quatre garçons dans le vent attisent en une flèche l'attachement ardent d'une émotivité rock indé afin de toucher dans le cœur de la cible.

Il y résonne le lointain éclatement de la pop et du post punk, vers cette confection décousue qui apporte une fluidité rock indé. Dans cette enivrement il y a une infinité de saveur, de réminiscence venant se projeter en image par seconde à chaque sensation ressentie, en agitation dense, comme une sorte d'ascension lente permettant d'alimenter chaque élément, d'en ingérer la plénitude jusqu'à ce que qu'éclate cet orage d'émotions et son riff entêtant, cette secrète liberté de faire corps avec l'exaltation intimiste.

On remarque ce léger brouillard de guitare shoegaze cotonneux, une rythmique batteuse d'un cœur en prise avec ses affects, une basse pleine d'épaisseur et parfaite pour distendre un enrobage doux et apporter cette profondeur de champ. Puis il y a ces décharges électriques de grosse guitare orageuse, ce chant épris de contraste généreux, vibrant à la clameur sensitive. Ce n'est pas le banquet de Platon mais celui de Bloc Party avec sa nervosité post-punk et ces estafilades tourbillonnantes sur « Gold And Black », avec cette saveur de saccharose follement dansante. L'opus est traversé de la fragilité d'oiseau blessé d'American Football, les fêlures émerveillées de Tears For Fears, la craquelure sensible de The Get Up Kids, la teenage hargne de Dead Pop Club, il y a aussi cette douceur de l'abîme égale à celle du groupe Movements.

La vie est faite de doute, remplie de charme et de sécession, et souvent tout à la fois. On esquisse trop souvent la beauté pour se vautrer avec un délice masochiste en ne se souvenant que du pire. « Do Not Return Fire » arrive et vous agrippe la main, vous serre le cœur en vous redonnant la vue sur la beauté.

Cet opus rend toutes communications et téléportations impossibles. On se sent happé.e par son champ de dispersion émotive et son confinement passionnel, comme une flèche en plein cœur.




jeudi, février 28 2019

LANE – A Shiny Day


#3 Pac_TEMP

L'enrobage cotonneux d'un shoegaze, la prophétie mélodique qui flotte dans les rêves éveillés, une falaise sonique pour vous étourdir...Heyyyyyy depuis son E.p 4 titres, Lane suit sa trajectoire météorite lunaire.

Vous retrouvez cet album sur le label Nineteen Something !

Ce magma de rock sophistiqué est un album dense et complet. Il est imparable car il épouse la résonance d'une noisy brumeuse à fendre l'air ambiant de Fugazi, les flâneries grungy à la noirceur élégiaque. Dans ce groupe la consanguinité est une osmose créatrice, une intemporalité sonique propice à l'émergence d'une collision au rock alternatif 90's/2.0's, avec le sens mélodique de Bob Mould. C'est dire !!

Les mélodies mélancoliques sont en perpétuelles impulsions, prises dans le plâtre d'une résonance émotive subtile, dans ce seuil de stridulation sombre et d'instabilité sur faille sismique. Les contrastes y sont nombreux, l'intensité est prégnante, et la chaleur omniprésente.

Lane a dépassé le caractère nostalgique de son bastion angevin, sa force de frappe et sa beauté émotive épousent toutes les formes soniques que les passionné.es de mélåncölie puissante honoreront en faisant un vœux solaire devant cette météorite lunaire.


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lundi, février 4 2019

 Little Bob Blues Bastards


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Il est de ces histoires qui s’inventent une prophétie et avec lesquelles le monde bascule autour d’une invention de rituel et de divinité. Les griots se refilent la pépite à travers un langage rythmique qui claque entre les dents un sortilège venimeux et ensorcelant. Si la terre des hommes des cavernes tourne autour du soleil avec la vitesse de rotation que les pales d'un Bell UH-1 Iroquois surnommé « Huey » chez les Viets, il en va autrement dans celle où les guitares électrisent le cœur et où le temps n'a plus la même prise...Branché sur du 220 ? 380 ? Qu’importe ! L'électrisation passe toujours.

Il existe ainsi des êtres périssables dont on garde un profond respect tant les secousses électriques que l’on a échangées demeurent l’épicentre d’un lieu de culte.

Dans la marée portuaire des cendres de la seconde guerre mondiale le petit bob a grandi avec l’artillerie lourde du rock’n’roll. Il en a rutilé la sonorité rebelle sans jamais en omettre la beauté irradiante, la caresse vipérine, la lubricité féline. Toute une vie accordée à la tumeur rock’n’rollesque avec sa trajectoire de comète Haley, de contorsion Pelvisienne, de bigoterie Chuck Berrytesque, à faire rouler la pierre angulaire d’une énergie vibratoire sans commune mesure dans celle de l’humanité.

Dans le moindre mag de rock du siècle dernier, il y avait souvent une brève sur un skeud, un concert de Little Bob, et dès ton premier concert avec le Havrais tes poils pubiens se hérissèrent comme par magie. Ne me dis pas le contraire, ça nous l’a fait à tous.tes.

Le sacre d’un tour de piste est passé au Boleg' de Castres un dimanche en fin d’aprem, avec le poivre et sel des fourrures des convives. Je m’y rencarde avec mon cadet, douze ans d’âge et l’œil affûté à fortnite.   Le groupe déboule sur scène et le petit Bob entame a cappella. Le sudiste a le sang chaud mais pour une fois il ferme sa gueule. Tu m’étonnes ! Le velours vocal de Little Bob mérite le déplacement et la vénération, du moins autant que la loyauté qu'il a voué à la culture du rock’n’roll.

Pour mettre à l’honneur ce grand petit homme, l’équipée sauvage Blues Bastards écharpe les enceintes d’une liqueur ouatée par les âges des pubs et des salles fécondes en chaleur bestiale.  

Le blues, le rock’n’roll mec, c’est un truc de contrebande. Pour les jeunes d'aujourd’hui et les évolutions musicales, c’est obsolète, c’est carrément charrié vers le rebut musical, direct. Du rock à papa juste bon à faire rougir des prothèses de hanches avec un goût nostalgique de barbe à papa d’une époque révolue à jamais. Ah les ptits cons !

Ouaip, mais n'empêche, le groupe mouline sur scène la saveur ambrée, et les gorges chaudes humides reçoivent la liqueur rock’n’rollienne à pleine lampée. On reçoit la tendresse du petit dans son regard mielleux, et cette putain de voix rocailleuse, unique vous ricoche dans le cortex en libérant le stupre vibratoire d’une musique bestiale, foncièrement issue de la classe ouvrière. Les Bastards forgent chaque titre, le font tourner comme une boule en fusion et le chant du petit le façonne, à coup de ciseau à bois, net et précis, à coup de marteau sur un chalumeau en feu. C’est dans ce mythe de l’acier que le groupe ferraille son art en bandant son set. Puis comme le petit vieux n’a plus le même jeu de jambe, la sérénité d’une ballade à cœur ouvert opère vers cette tendresse tigrée entièrement dévolue à satisfaire une humidification des parois vaginales.

Mon fils se dandine, ce ptit con vient de prendre son premier shoot, le venin est inoculé je ne doute pas des effets à venir…Il se retourne et me dit que le vieux ressemble à maître Yoda… ! Merde, ce gosse a hérité de mon humour à la con.

Le gars est une oldie à lui tout seul, certes, il sait qu'il n'a plus la vitesse, par contre il a l'intensité et l'éternité dans nos yeux pour faire reluire la brillance du rock’n’roll. Dans l'air flotte un mélange de térébenthine, d'argot de polar et de coup de grisou tout à la fois, une urgence dans un instant de bourdon et de whisky mélancolique.

Pendant que le contrebassiste frappe son instrument les riffs percutent la salle sous couvert du miaulement de l’harmonica et des roucoulades du petit Bob. Le vieux matou braise sa voix de papier verre avec les cendres fumantes du rock’n’roll, libère le feu sacré. Dans son chant il y a le vice et le sang des fantômes rebelles. Le breuvage sonique statufie ce totem mouvant où beaucoup ont perdu le sens des réalités pour vriller dans la bacchanale du rock dur qui bande mou.

On se fait darder par le cuir épais de ce blues rock millénaire, puisque il a toujours était là, dans les cœurs de pierre, dans les culottes des filles, dans le choc d’un coup de sang, dans la fièvre d’un samedi soir où le retentissement rythmique d’un moteur à explosion sur l'asphalte. Little Bob griffe, larde, explose, effleure, gifle, caresse, mord…Toujours, encore, et encore. Tu peux critiquer ce sens du boogy, ricaner de ce rock séculaire, le touché est là, c’est des effusions de blues que tes tripes ressentent quand tu connais le goût de l’effort, et la douleur qu’un chagrin d’amour a pétri fortement.

Il y a un an de cela la France du tatouage d’aigle et du deux roues a enterré un Belge avec toute la solennité d'un cérémonial pour un empereur Corse. Faudra détruire le Havre une seconde fois alors si l’on veut canoniser Little Bob !




dimanche, novembre 25 2018

VODUN - Ascend


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Un premier EP « Eat Up the Sun » en 2013 en préliminaire, un album « Possession » en 2016 pour étourdir, un set au Hellfest 2017 me permettait de constater que « Vodun y prêchait la musique noire pour chapelle blanche avec un mood The Bellrays aka Slo Burn VS Captain Beefheart. Dans ce concert de haute volée la formation en trio permettait d'étendre son punch, surtout avec le duo de griot grrrl en la personne d'une batteuse pugnace, et d'une chanteuse possédée par un grain vocal gospellien et d'un sens instinctif des percussions. La chaleur d'Afrique subsaharienne rendait le culte vaudou en corrélation avec un mélange d'insolation et de bestialité. L'ensemble a su trouver le ruisseau de feu qui mène le cortex à célébrer l’inattendu brasier qu’offrait un tel set démoniaque, jusqu'à ce croisement maudit où le diable marchande l'âme du voyageur mélomane avec cette eau de feu sonique. » Ouaie je me cite, carrément, mû et imbu par une expertise à la Delon, Nasty Samy & co.

1/ Présentation de la tribu

Derrière le doux patronyme de guerrière Ogoun coexiste la batteuse qui fait office de mentor, enfin plutôt de gourou, la possession de son jeu à la rythmique traditionnelle africaine et à la frappe ancrée à la terre des ténèbres lui confèrent cette assisse folle à la Ginger Baker du trio Cream.

The Marassa cache sous un nom féminin le seul gars de la troupe, il officie à la gratte, avec des nuances libertaires au rituel africa jungle stoner.

Vodun sacralise la tradition du shock rock, de sa théâtralité à son jeu d'interprète, on s'immerge totalement dans leur univers, porté par le chant d'Oya, tigresse de velours toutes griffes dehors attenant à la puissance féline de la Queen Beyoncé avec la moiteur exotique pop et un tribalisme funk stonien.

2/ Rapport d'expertise abracadabrante

Le métissage endiablé apporte au trio londonien de Vodun cette singularité d'ébène et d'ivoire, de fièvre capiteuse faisant ronronner le voodoo child sur fond de heavy rock, tout en lui conférant une posture de missionnaire où Fela Kuti jouerait avec Uncle Acid & the Deadbeats.

Ce sens du métissage ethnique se prévaut d'une production soignée, permettant de joindre au Stoner créole, africanisme doomesque, heavy pop, soul funkadélique un contraste de couleur musicale progressiste. Ainsi par cet enlacement de sorcellerie Vodun invoque le feu de la terre mère pour conjurer les foudres du père stellaire dans un ritualisme vaudou cosmique, et ceci jusqu'au psychédélisme sonique.

Notez dans vos Iphone-smartphone que le titre « New Doom » se distingue par la présence caractéristique au chant de Chris Georgiadis de Turbowolf, dont on retrouve la réciprocité vocale sur l'album « The Free Life » de Turbowolf avec la chanson Very Bad et la présence de Chantal Brown ( aka Oya ).

En guise de mixité contemporaine, avec son grain davantage pop räwk cet opus mêle Sly And The Family Stone aka The Destiny Child !


Un disque de sauvage


samedi, novembre 17 2018

PAUL McCARTNEY – Egypt Station


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Y a t'il un intérêt quelconque à écouter un nouvel album de Macca en 2018 ?

Pour moi oui.


Paul est resté ouvert au monde, je ne sais pas si il donne à entendre ce que l'on attend de lui, en fait je m'en fous. Je sais qu'il est sincère, rien ne me le justifie, à part mon intuition et surtout mon cœur. Il parle à mon cœur plus qu'à ma tête, et ceci est une preuve irréfutable de sa force.

Macca est un compositeur génial, il a derrière lui une carrière longue pour en attester de la stature et en façonner la cyclothymie. Des Beatles au Wings, Paul est un père fondateur, une divinité créatrice, l'impérissable Macca est un artiste solaire à l'euphorie légère, sa pop vacille dans la complaisance mélancolique quand la saveur du soir se cache vers le crépuscule lunaire étincelant. Il pianote une élégance démodée par le givre d'une époque austère et fait apparaître les fantômes de l'amour dans chaque soupir. Pour les érudits chaque titre offre une relecture de toute sa discographie, la production applique avec justesse la saveur de chaque élément qui le compose. L'artwork est superbe, c'est même lui qui en a conçu une grosse partie. C'est aussi enfantin que les collages de Manu Chao dans ces albums solo.

Acteur principal d'un lyrisme rock et d'une pop pacifique, ce velouté musical n'est pas une soupe en sachet pour vieux hippie et jeune hipster. La magie musicale fait partie du charme mélodique, parce que ce mélodiste funambule au dessus du vide existentiel vous ramène les pieds sur terre avec le repos de l'âme torturée, et les yeux clos.

On a les yeux fermés parce que l'on baigne dans la confiance, la sérénité, et qu'il ne nous arrivera rien de mal avec lui. C'est un instant de quiétude, de pause sur l'agitation permanente d'un monde fou, illusoire. Il y a du beau chez Macca. Il caresse avec prévenance et le cœur libre est engourdi de gratitude. On découvre une atmosphère particulière, reposante, câline, le raffinement est une poésie et non une politesse cynique.


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Dès le début un titre comme « I Don't Know » donne dans cet écrin de sensibilité unique et superbe, un brin suranné mais absolument reconnaissable de l'empreinte Mc Cartney, et donc vers cette stature intemporelle. C'est la magie de Macca, même démodé on traverse l'espace temps avec sa musique. L'orchestration de chaque titre est un univers à lui tout seul. Le mood change avec délicatesse, car tout se fait en douceur. Chaque élément est une harmonie, il y a cette recherche pointilleuse pour exprimer avec simplicité le cœur des choses enfouies. Il épouse les formes d'une musicalité trendy car le bonhomme a une oreille musicale qui fleure l'air du temps sans en gommer l'héritage permanent, ni en déteindre le fond par une superficialité.

Macca est et reste un enfant dans l'âme, il joue avec beauté, mélodise avec clarté, harmonise en douceur.

Je pourrais en parler pendant des heures tellement cet homme m'émeut, mais à quoi bon parler, il est préférable de l'écouter, puis de respirer son existence avec prévenance et béatitude.

Voilà c'est tout.

Oui c'est tout ce qu'il vous faut en fait, pas plus. « Egypt Station » est une futilité fleurit d'amour tout le reste devient grossier. Selon l'écrivain Okakura Kakuzō Le premier homme de la préhistoire qui composa un bouquet de fleurs fut le premier à quitter l'état animal. Il comprit l'utilité de l'inutile.




vendredi, septembre 21 2018

ARNO DE CEA & THE CLOCKWORK WIZARDS - Retro Futurisme Volume 1


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Depuis l'aube rugissante océanique l'homme glisse avec une prétention assourdissante en terrain conquis, à la recherche d'une échappatoire à son insatisfaction au monde moderne.

Hors un disque vient subitement de perforer avec audace cela, intitulé « Retro Futurisme Volume I ». Mais qu'est-ce donc ?

Oui qu'est ce que le rétro-futurisme ? Déjà cela ne se mange pas. C'est une dissipation et une évolution tout à la fois, qui intègre deux tendances qui se caracolent et que l'on peut condenser ainsi : « l'avenir tel qu'on le voit dans le passé » et « le passé tel qu'on le voit du futur ». Sorte de retour vers le futur musical, intégrant ici les aspects de la surf exotica dans le prisme fusionnel contemporain du post-noisy surfique, téléportant son trip dans les confins interstellaire sensitif. Ce disque est absolument parfait pour des adultes émotionnellement instables.


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D'Arno De Cea j'en conte mon émerveillement à chaque disque qu'il sort, et à chaque fois je nage tel un océanographe dans ce récif corallien avec l'apaisement de Jacques Mailhol sous vingt mille lieux sous les mers.

« Retro Futurisme Volume I » est un disque dystopique à l'ambition rêveuse, il vient chatouiller en tout sens plusieurs formes stylistiques et pas une fois nous vient l'envie d'en freiner le relief. L'architecture des morceaux est construite autour d'une inspiration Googie, c'est à dire qu'elle se définie (enfin je le conçois tel quel) selon le style architectural futuriste du milieu du xxe siècle des USA (de 1940 jusqu'à 1968), puisant son inspiration dans l'âge atomique et la conquête spatiale. Empreint de qualités métaphoriques propre à l'insolite, le disque pourra être tenu subtilement de déroutant et d'exubérant, puisque « L'espèce humaine a quitté l'obscurité des cavernes et, à force de travail et d’ingéniosité, a bâti un monde moderne et merveilleux. Dans sa lancée, l'espèce humaine finira par surmonter les derniers obstacles et colonisera le reste de la galaxie, sans toutefois perdre le lien sacré avec l'authenticité de la nature ». C'est cela le retro-futurisme un rêve éveillé, un objectif lunaire, une métaphore animée.

Ainsi les éléments naturels de la surf doivent avoir une forme abstraite, les thèmes doivent être multiples, la gravité doit être abolie comme suspendu dans les airs, et l'inclusion est à préférer au minimalisme. On ne s'ennuie pas quoi ! L'album n'a rien à voir avec une musique d'ascenseur, de casserole en inox vintage que l'on tambourine dans l'électronica, on reste dans un idiome surf music mais moderne et à la fois révolu. C'est le fameux « l'avenir tel qu'on le voit dans le passé » et « le passé tel qu'on le voit du futur ».


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Sur ce, sachez que la musique instrumentale est une forme de langage suprême qui se substitue aux mots impuissants, je vous souhaite un bon voyage, live long & prosper.

Arno De Cea : Guitare , orgue , claviers analogiques et voix. 

THE CLOCKWORK WIZARDS :

Maarten Schepers : Batterie et Percussions. 

Thierry Causera : Basse 

Enregistré par Stephan Krieger au Studio Amanita à Anglet , Côte Basque du 03 au 08 Septembre 2017. Mixé et masterisé par Stephan Krieger. 

Le disque est somptueux dans sa couleur turquoise que vous pouvez obtenir via les Productions de l'Impossible, vous trouverez aussi d'autres bizarreries surfiques & exotiques chez Calico Records.

Le temps de la relativité surfique est suspendu avec ce Rétrø-Futürisme !


La perspective de l'illusion de la surf music


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