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On avait laissé Widowspeak avec leur troisième album All Yours en 2015, produit par Jarvis Tarveniere membre du groupe Woods, le duo maternait sa dream-pop avec un shoegaze intimiste et nostalgique, ténue dans le spectre musical des 90's.

Cet album a été écrit lorsque la chanteuse Molly Hamilton s'est retrouvée à la dérive dans une période ambivalente de sa vie, là où les bouleversements entre passé/présent/futur trouvent l'épicentre d'une déflagration existentielle. Autocritique, doute, incertitude, errance, tergiversation, vague à l'âme, recherche vers le temps perdu Proustien...Dans le nœud insoluble de cette errance la beauté diaphane de Widowspeak tutoie les nuages de la mélancolie.

oOOOooOOOooOOOooOOOooh !

Et oui. La voix douce et délicate de Molly Hamilton fait résonance à celle d'Hope Sandoval de Mazzy Star avec lequel le groupe partage la symbiose hypnotique des reverbs de guitare cristalline, et même cette lenteur flottante qui donne la sensation que le temps s'arrête tout net.

Hors le temps ne stoppe jamais sa marche, et quand les choses vous échappent, que l'anxiété s'immisce en vous, cela donne les compositions du quatrième opus du duo de Brooklyn, avec son mélange de twee Pop allant de Black Tambourine à Heavenly, un peu du zeste du Velvet Underground, la fragilité de Blonde Redhead, la folk voluptueuse de Cat Power, la romance mélancolique de Nada Surf avec celle de Landscape. On en retourve le nectar dans des titres comme Dog, Good Sport, The Dream qui retiennent dans les songes, et la chanson Fly On The Wall aussi, oui comme le titre d'un album médiocre d'ACDC.

Produit par Kevin MacMahon (Swans, Real Estate), Molly Hamilton et Robert Earl Thomas ont recruté de nouvelles têtes avec notamment Willy Muse à la basse et James Jano à la batterie, et cela s'entend. Des volutes oniriques de regret, des saveurs enfouies venant flotter dans chaque commissure des compositions, une flânerie rêveuse matelassée des mots que l'on susurre la nuit de pleine lune, des instants flottants de trouble, des attentes en suspension au dessus du vide, des gestes qui réchauffent, et d'autres qui étouffent par leur incertitude, le bruissement des illusions, l'ajournement des fuites en avant, les envies initiales, les perspectives de lutte contre l'oubli, l'ébranlement des convictions, la pause en attendant l'embellie.

Oui Widowspeak partage le même doute que la vie, et c'est en cela que son album touche par sa fragilité.


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