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En écoutant « Mud » je me suis dit qu’« On dirait le sud », ce sud que je reconnais alors que je suis à l’ouest de l’éden, perdu dans les affres existentiels d’un cadastre sans foi, ni loi.

Chaque personne ici-bas cherche une boussole de survie. C’est une quête souvent longue et épineuse, avec laquelle la proposition des chemins de traverse à prendre est nombreuse, et l’incertitude de se tromper fait que l’on passe son temps à marcher à côté de ses pompes pour finir par passer à côté de sa vie. La prise de risque confine souvent à ne rien faire, les plus valeureux réussiront par le vice de leur certitude par mordre la queue du serpent qui les mènera de la gloire à leur propre perte.

La vie est un voyage temporaire qui glisse sur le même rythme qu’une ballade, et les émotions que l’on découvre vous mettent à nu et vous façonnent. Durant cet accomplissement on cherche hagard quelque chose qui souvent ne viendra pas. On voudrait sans cesse retenir la nuit magique et calmer les douleurs que le temps n’efface jamais. On se subtilise à outrance pour s’accomplir en une destinée alors que l’on ne voit plus que ce que l’on veut bien voir. Ainsi on s’isole en pensant que l’on est aussi seul au monde que dans cette carcasse corporelle qui fait corps avec l’esprit, et vaille que vaille l’on continue à chercher un signe. On trace des points pour segmenter sa vie pour ne plus se perdre, et à chaque fois on revient à son point de départ, en se laissant guider par la lumière familiale qui indique tout le temps d’où l’on vient.

Il arrive fréquemment que la boue mélancolique s’immisce dans chaque commissure et vous inonde jusqu’à l’asphyxie, au point de sombrer dans cet état lamentable que la médecine occidentale la caractérise par le terme de dépression.

La boue de Whiskey Miers n’a rien à voir avec un état dépressif. Sa mélancolie est un endroit nostalgique où la tradition est un sanctuaire. Boire jusqu’à la lie à cette fontaine de jouvence vous fera sortir de cet état confédéré à bâfrer ce que l’on vous refile à becqueter comme junkfood musicale, pour préférer la légende du son sudiste.

Tu sais le sud, cet endroit éloigné du monde que le temps ne parvient pas à effacer la sauvagerie. Là-bas la vie a ce goût imputrescible d’une rivière claire qui coule le long du sablier mortel des habitants qui la peuple. Il s’y passe ce que la vie veut bien vous apporter, pas plus, ni moins.

Ce band vient du Texas et il perpétue la tradition du Country Southern Rock& Folk, « Mud », leur 4ème album studio, est produit par Dave Cobb (Chris Stapleton, Rival Sons…) avec deux titres qui sont co-signés avec Rich Robinson (guitariste des Black Crowes).

Whiskey Miers œuvre en tous sens dans cette qualité sudiste de faire perdurer ce mythe musical, de sa tranquillité traditionnelle jusqu’à son honnêteté à retranscrire la beauté simple d’une vie modeste, d’ouvrir son cœur avec la romance naturelle des hommes de caractère, de puiser sans fin dans le puits sans fond de la passion du sud éternel, d’établir un toit sur chaque titre, de mettre du bois dans le foyer des mélodies pour réchauffer les émotions. C'est toute l'Americana de ZZ Top, The Allman Brothers,  Creedence Clearwater Revival,  The Georgia Satellites,Lynyrd Skynyrd, Hank Williams Jr, Waylon Jennings...

Avec « Mud » une voix chaude vous ranime l’âme et vous parle avec sincérité, c’est un repère certain dans la brume sombre et froide qui enserre la vie. Chaque sentence résonnera en vous dans cette beauté sauvage que les hommes conservent pour affilier à chaque génération la saveur d’avoir accompli ce labeur qui tend à la raison, qui relate encore et toujours que les choses les plus simples se découvrent à soi, avec la douce sauvagerie d’être revenu de tout, et de retrouver la douceur enfantine des joies simples et réconfortantes du Home Sweet Home !



Message à la Lune :

Stéphanie, ma sœur, tu me manques tu ne peux pas savoir à quel point depuis ta disparition. J’ai tout le temps la peur au ventre de perdre ton visage à chacune de mes courtes nuits, d’oublier tout simplement d’être le dépositaire de ton existence. Cet album d’hérédité musicale et de sagesse indomptée m’a remémoré notre enfance, ta force de vivre, qui par malheur t’a quittée un soir de 19 Août 2005.

Je regarde à chaque fois la pleine lune pendant quelque instant car je suis certain que tu te caches dedans, je sais que tu fais tout pour me protéger sur terre, mais je souffre éperdument et constamment de ton absence. Tu es et restera ma boue, mon eau claire qui me lave chaque jour d’être ton petit frère.