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Le come-back des sisters Deal fera t’il frémir la nostalgie des quadragénaires ? C’est peu ou prou ce que l’on conçoit avec désinvolture pataude en 2018 à l’annonce d’un nouvel album des Breeders.

Après les Pixies Kim Deal déballe The Breeders pour un premier opus ‘’Pod’’ marquant, mais c’est avec la déflagration du hit ‘‘Cannonball  ’’ sur leur second Last Splash que le groupe parviendra à toucher une nimbée de fans en 1993. La suite est simple comme un prolétaire que l’on fout sous la lumière pour amuser la galerie et faire du fric avec après qu’il ait passé son adolescence à entendre sans cesse que c’était une burne. La célébrité se chargera de fournir à l’ego de quoi perdre la réalité, ou du moins de l’éviter avec le cocktail parodique du rocker : dope & alcool.

De reconquête en reconquête, depuis une re-formation dans une époque qui recycle, 2 albums cool et une tournée anniversaire pour le jubilé de l’album de Last Splash plus loin, nous en sommes là. Mais pendant que les folowers folowisent, les tweetos tweetent, est-ce que The Breeders a quelque chose à dire en 2018 ? Est ce que les quadra, quinqua et trentenaires vont lâcher leur smoothie bio menthe poivré à la papaille du Mexique pour écouter ce rock ankylosé de torpeur mélodique grungy ?

Ils seraient vraiment bête de s’en passer tant le groupe fluidifie avec un sens mélodico-tragique ce qu’il avait façonné avec race et beauté en 1993.

C’est donc avec ce même mélange d’hébétude subtile que les mélodies trouvent un angle pour se reposer dans votre esprit, puis s’épanouir au fil d’écoute toujours plus profonde, toujours plus intime.

Il n’y a que les femmes pour aller puiser à l’intérieur cette puissante douceur ravir à jamais une profondeur si câline, bienfaitrice, réparatrice. Le disque passe sans encombre les atermoiements suspicieux et ne rature pas l’image écornée du passé. Fini le temps où l’on figeait une époque à travers un disque, d’ailleurs à bien y repenser pourquoi résulter à une telle démarche sourde ? Puisque du coup le groupe était emprisonné dans un cocon d’où il ne pouvait s’extraire, et ne pouvait papillonner à sa créativité. Peut-être que The breeders l’a bien compris et appose à ses nouvelles compositions le nectar créatif de sa beauté solennelle, singulière et intemporelle.

La reformation d’illustre groupe est généralement une justification afin de ressortir du catalogue la discographie et faire des leçons de goût en imprégnant son retour dans cette forme d’édification de son aura, et de son culte. Bien souvent aussi l’album de la reformation est un prétexte à se dédouaner de morceau ancien et d’essayer tant bien que mal de réactiver une osmose naïve de jadis, qui n’a plus lieu depuis que l’ensemble du personnel s’est jeté aux ordures tous les non-dits.

Mais ce groupe revient certes avec des rides de maturité, mais il souligne surtout dans ses titres ancrés dans une énergie de sagesse, une relation très intime. Alors c’est vrai que l’on ne peut s’empêcher de regarder dans le rétro avec nostalgie apparente, mais la mélancolie des Breeders est quelque chose d’unique à vivre au présent, sans détour, rien qu’avec cette intime conviction d’être ancré avec quelqu’un que l’on connaît bien, et qui nous connaît mieux que tout. Les abîmes dans lesquels le groupe laisse des bouts de son souffle ne sont plus, les émanations du passé flottent comme la flamme d’une bougie, et sa lumière éclaire, et dévoile en nous ce qui se cachait à la surface.

C'est certain, avec ce disque il y a quelque chose de typiquement féminin de ne pas voir les choses mais de les ressentir. Alors fermez les yeux, et soyez être à l’écoute de l’autre sans le voir, et être dans la perception de l’autre sans le décrire.


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