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Gravitant autour de l'émancipation, Soror Dolorosa gifle avec exubérance un troisième opus sobrement lumineux.

Servile d'une attache sombre, l'encre noire a coulé sous les eaux saumâtres depuis l'antiquité discographique du groupe. Jadis effleurant l'albâtre sombre avec Severance (2009) et Blind Scenes (2011) tout aussi emprunt de noirceur divine, que d'abîme opaque qu'exhale leur soupir final, Soror Dolorosa avait étendu lymphatique des mélodies à la tristesse profonde, tout en s'exhibant dans la mélancolie Baudelairienne.

Pourtant tout a commencé par : "Vierges qui, au coin de chaque rue, ouvrent les bras du fond d'une niche, parmi des cires et des roses sous un globe, qu'on dirait des fleurs mortes dans un cercueil de verre. Oui, il secouerait le joug mauvais! Il se repentait. Il avait été le défroqué de la douleur. Mais il ferait pénitence. Il redeviendrait ce qu'il fut. Déjà il recommençait à être pareil à la ville. Il se retrouvait le frère en silence et en mélancolie de cette Bruges douloureuse, soror dolorosa. Ah! comme il avait bien fait d'y venir au temps de son grand deuil! Muettes analogies ! Pénétration réciproque de l'âme et des choses! Nous entrons en elles, tandis qu'elles pénètrent en nous." - Bruges-la-Morte, 1892 - Georges Rodenbach

Sans jamais renier ses racines cold Wave / Post Punk, la basse n'est plus cette héroïnomane sombre que les guitares cristallines projetaient dans les veines musicales du combo, défroissant la mousseline gothique, exhumant une sonorité coldwave aux différentes blessures, à défaut d'être cicatricielle.

Il me semble que désormais le groupe a dévêtu de manière préventive et non curative son apparence gothique.

Voilà, l’expression est lâchée, et elle invoque une resucée de stéréotype avec laquelle Soror Dolorosa s'en détache à peine les chaînes, s'émancipe de cette chrysalide, et lui permet de prendre réellement son envol. Leur précédent album No More Heroes (2013) était déjà marqué de cette métamorphose entre The Cure, Sister Of Mercy et David Bowie. Cette saignée se confirme désormais vers une empreinte ambiant, post-rock-shoegazienne, comme avec le sculptural titre Yata. Sauf qu'ici c'est l'ensemble de l’œuvre qui en est constellée, comme la pop brumeuse versus le trio norvégien AHA avec Another Life ou celle de Depeche Mode avec That Run .

Accentuant les vertiges mélancoliques vers l'évanescence instrumentale, opérant à cœur ouvert dans les abysses shoegaze, le groupe a beaucoup appris de l'évacuation sensible que l'on remue entre ciel et terre en concert, que l'on convoque près d'un précipice épousant le vertige quand il est temps de se dénuder entièrement. Leur tournée avec Alcest et une gestation de quatre ans auront eu mille fois raison d'offrir le nectar créatif de sa phase instinctive, pour cet album exalté par cette trempe de cygne noir Bauhausien, et dans ce brouillard anglais de Joy Division.

Le groupe « rencontre les écumes sulfureuses et nitreuses, les marie, et par un art subtil les réduit, adustes et cuites, en grains noirs » selon le Paradis perdu de John Milton.

Le spectre baroque est séminal, la lumière de ce kaléidoscope sonique est toujours aussi fataliste dans le chant tragique d'Andy Julia, et il est formellement spleenétique musicalement. Apollo respire l'essence même de la vie ténébreuse, romantique, romanesque, il sécrète de son essaim angélique la splendeur et la beauté fatale, son air est dangereux et fatal, il convole son offrande lumineuse dans un rock noir qui rend triste et chagrin, absolue d'ivresse, de froideur lunaire, d'éclipse solaire, et de chérissement cotonneux.

Capable d’aimer comme aimerait un ange, d'embraser comme s'enflamme la passion, de papillonner loin du péché véniel, la beauté est partout dans cet opus au baiser vermeil  !


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