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Le retour feutré du shoegaze de Slowdive fait partie des correspondances que l'on cajole.

La luminosité de leur musique s'ouvre telle l’Épervière frutiqueuse au tout début de l'aurore et en tout fin de journée crépusculaire avec l'Hipomée pourpre. Comme le naturaliste Linné, à l’écoute d’une Nature généreuse, prend soin de l’observer et met au point l’Horloge de Flore, véritable et merveilleuse prouesse botanique, accompagnant le temps qui s’écoule et s’appuyant sur le simple fait qu’un grand nombre de plantes s’épanouissent et se ferment à des heures fixes, Slowdive réalise une prouesse identique avec nos émotions enfouies. Sa faculté musicale est empreint d'une délicatesse d'orfèvre, avec ce quatrième album le temps se dilate et referme avec lui , le doux parfum capiteux des réminiscences et celui de vivre le plein instant.

Slowdive c'était il y a longtemps, vingt deux ans en arrière, dans une autre vie maintenant. Ce groupe était un point lumineux dans la noirceur de l'inconnu. À la mode Shoegaze dans la première moitié des 90's, le jeune groupe est insouciant avec la tête plongée vers le sol, sans pomper l'air. Il jouait avec détachement des embruns soniques, émanation superbe et incandescente que la dream pop en fera fructifier le penchant acidulé en un temps suspendu. Puis le glas est survenu avec l'emblématique britpop et dissipa en un coup de vent médiatique les nuages shoegaziens pour la grisaille arrogante du royaume britannique.

Dans l'ère contemporaine Slowdive est une influence fertile, post-rock & blackgaze lui doivent leur co-existence. Depuis un appel d'air nostalgique qui empile le retour des Pixies, Blur, les Stone Roses, Ride, Lush, My Bloody Valentine, The Jesus & Mary Chains, en 2014 le groupe remet son art sur scène, puis apparaît cet album. Le band joue ses effluves mélodiques indolentes dans une torpeur ténébreuse, avec ce spleen émotif, pudique, dans une époque qui a toujours du mal à se détacher de sa dépression. On émiette chaque titre en s'enracinant à cet opus éponyme à chaque écoute. Le groupe y injecte une tristesse tranquille, et sa mélancolie écumeuse dépose sur chaque ressac émotionnel reçu une infinie quiétude.

Il y a une lumière incomparable sur cet album, celle d'une maturité que l'existence féconde avec lenteur. La brume sonique n'est plus ce parfait isolant thermique à nos anxiétés-souffrances que le groupe a édifié en un mur blanc shoegazien. C'est désormais une cachette onirique, où perle des puits de jour. Ce retour attendu délivre un engourdissement nécessaire à l'ébullition ardente que le monde presse dans sa dynamique clinquante de boule à facette. Si il te semble que c'est trop propre et fade, écoute sans rien attendre, alors le vide en toi se remplira de lumière.

Les amoureux de l'air libre apprécieront cette dépressurisation perpétuelle des anglais de Newcastle. Parce que leur cœur s’ouvre à cette voix musicale comme s’ouvrent les fleurs pendant la bise blonde de l'aurore ! Slowdive est un bien-aimé qui sèche les pleurs, rassure la tendresse avec ses mélodies d’autrefois, et permet que l'on se verse dans sa coupe, pour voguer dans l’ivresse ! Sous sa brise légère le cœur frémit d'amour et de compassion. Le cœur s’ouvre à sa voix musicale comme s’ouvrent les fleurs pendant le baiser noir du crépuscule !

Slowdive revient et avec lui la douceur.


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