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L'époque est d'une tristesse insondable. On s'imagine toutes et tous reprendre une vie active, pleine de sociabilisation physique, et de jeter dans les oubliettes ce passage à vide.

Le séisme épidémique aura ravagé jusqu'à la dernière parcelle de dégoût et d'exaspération. la contagion covid 19 a ligaturé toute initiative culturelle en un état de mouroir. Ce n'est plus une séparation à l'amiable, avec une disparition entre parenthèse. Le manque est palpable, la crispation est tenace, elle inonde pour les acteurs de la culture une frustration et un schisme bien évident. La récente disposition pour les festivals 2021 et manifestations culturelles dans les musiques amplifiées ne laisse aucune tergiversation, ni arrangement, c'est dans les heures sombres que tu sauras trouver ton allié.

On connaît la chanson Thatcherienne "TINA", son refrain "there is no alternative" et son manque absolu de souplesse. Pour moins dépendre de cette confiscation culturelle et apporter de la résistance solidaire à l'alternative, pour donner un second souffle, une ligne de vie, vous pouvez compter dans le sud Tarnais sur l'enthousiasme fédérateur d'association comme La Lune Derrière Les Granges, la radio étudiante Radiom, le WallaBirZine, la disponibilité bienveillante des Ateliers.

Pour nous l'alternative guide notre évolution, notre émancipation humaine et culturelle. Elle vivifie cet élan de transmettre, de donner, de partager, de fédérer autour de la répartition. Nous étions des aiguilleurs du ciel le Samedi 27 Février 2021 à Castres, ville morte à partir du couvre-feu des 18h00, car il y avait deux groupes pour vous ouvrir les artères culturelles, coOooooool


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La soirée avait son antenne sur la planète virtuelle, unique solution afin de permettre d'enduire les cortex d'une échappatoire à Netflix, la procrastination, les substances illicites, les jeux de société, concours de cuisine, la masturbation.

A 17h00 je laisse mon fils aîné chez des amis pour la soirée et nuit, je lui indique que je laisserai mon téléphone allumé si jamais il a un problème d'asthme. 17H10 je suis dans l'enceinte des Ateliers, 22 rue Mérigonde 81100 Castres.

Nous sommes toutes et tous masqué.es, gélifié.es hydroalcooliquement, l'impression d'être dans un colloque d'orthodontiste, mais bon, la routine quoi. Je ne sais pas vous, mais j'ai de plus en plus de mal à supporter le masque, une sensation de suffocation permanente. On fait avec...Avons nous le choix ? Nan.

Hey, le seul truc que l'on va finir par choper à force d'être comprimé.es dans un repli acariâtre, ce n'est pas le covid, mais bel et bien le syndrome de Gilles de la Tourette.

17h20 Les Ateliers est un lieu unique, hyper cool, on se sent bien là-bas, entre la chaleur humaine qui y siège la même dose d'énergie positive que toutes les initiatives favorisant les circuits courts (restaurant, épicerie) et l'économie circulaire (Recyclerie), l'endroit possède une belle âme à part entière. Olivier de l'asso La Lune m’accueille et me donne le programme de la soirée en fonction de ma contribution, de ce fait la collaboration me prête à la rencontre avec Hoggins de Radiom qui est déjà avec son comparse Nico dans le feu de l'action.

Radiom est une radio étudiante de l'agglomération Castres - Mazamet, Tarn, elle commence à émettre en 2007,  son rayonnement radiophonique fonctionne par alternance entre diffusion FM et streaming Internet, autour de thématiques étudiantes.


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La transmission culturelle underground c'est cool, dense, volubile, et c'est autant de volonté que d'abnégation. Cravacher pour vous offrir le meilleur dans une soirée c'est aussi un engagement avec des principes de vie que l'on retrouve chez Radiom, tout comme La Lune Derrière Les Granges.

Je pense que pour obtenir un gramme de gratitude il faut des années d’efforts quand tu es dans une alcôve. Tu ne fais pas cela pour briller, non. Tu fais cela parce que tu te sens fécond de générer une résistance utile, tu te réalises.

18h00 Je discute avec les membres de Death Proof Bastards pendant que l'ossature scénique et le soundcheck (réglage et l'équilibrage de toutes les sources d'un concert) se mettent en place.

19h00 Arrive la première interview du soir avec Oshawa Sharks. Les gars ont passé physiquement le seuil de l’âge mûr, pourtant leur rock trame cette liberté de ton et de saveur tenace que l'orée juvénile en libère l’effervescence. On a aucun mal à imaginer que ce groupe a très certainement mordu à l’hameçon au croisement où le diable troquait au 20 siècle et appose une demande de soul crowdfunding dans le 21ème.

Leur rock est rempli de ces strates musicales où l’humain s’adonne à déchirer son cœur et son âme pour le donner en pâture à d’autres humains, et laisser éclore dans cette intense vibration que chacun ressent dans le tapage du rock’n’roll.

19h30 Après plus d'un an sans concert, quand leur set débute face caméra en live-stream, et presque seul face à eux-mêmes, les quinquagénaires grattent le pourtour de leur adolescence timide, à partir du second titre, la fluidité reprend les termes d’un concert qui n’en finira pas de s’intensifier. C’est à partir de là que j’entends enfin toute la panoplie de leur musique et de ses atours soniques.

Dans cette densité musicale saillante, une affiliation est palpable avec le punk garage des Japonais The Michelle Elephant Gun. Vous pouvez saké cette passion furibarde car c'est la même intensité que nos requins, mais pas que...Et c’est là qu’est le délice de ce groupe, cette propension à élargir leur musique. Du rock US au punk anglais, du rock garage Australien à la soul, dans tout ce firmament d’hybridation musicale, Oshawa Sharks en libelle la puissance, la vigueur, l’insouciance et la crépitation. Ils sont quatre sur scène et l’apport d’un second guitariste et claviériste apporte indubitablement de nouvelles couleurs à leur musique.

On ressent bien que les gars s’éclatent à fond. Enfiiiiiiiiiiiiiin ils peuvent faire éclater les tours de leur bolide chromé, bien vintage. Quand il passe à toute berzingue tu le prends plein fer avec délectation. On s'éclate les nageoires comme un petit squale ! (bim 13 points au scrabble)


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20h15 Le groupe agite cette vigueur rawk que draine le rock garage, je retiens surtout ce contraste permanent et intemporel que leur musique mélange avec la teinte sucrée de la soul. Oshawa Sharks aura pulvérisé les microbes covidien mais surtout soulever les cœurs.

Les membres de la Lune sont tous affairés à parfaire le concert.

L’aboutissement de toutes ces années d’apprentissage sur le vif, à se remettre en question en permanence, apporte une légitimité à La Lune Derrière Les Granges. Et ce n’est pas le genre à s’asseoir sur leurs acquis, ni à émettre une quelconque prétention. C’est des endurants, tout vient de la sueur, dans cette loyauté, fidélité, dévotion, modestie, simplicité, et les groupes qui ont participé à leurs noces, connaissent les bonnes conditions, et le gage humaniste de cette association. Et dans ce cadre-là bien précis, c’était du caviar. Avec le magnifique lieu des Ateliers et leur hospitalité, toute la lumière médiatique de Radiom avec sa puissance de feu radiophonique, le live stream pour en transmettre le direct sur les ondes virtuelles, toute cette force accouplée à toutes les compétences, c’était une réussite pour chacune et chacun de participer à une telle aventure humaine et culturelle.

Notre existence en démontre toute la valeur, le sens et la vérité, surtout en ce moment de privation, nous avons besoin d’extase, de sens commun et de sociabilisation.

Alors que la plupart de la population se terrent comme des lombrics six pieds sous terre, il se trame dans l'intervalle de la soirée, un autre groupe dont la profondeur de ton invoque maître cornu. Dois-je rappeler que nous sommes pile un soir de pleine Lune ! Rien n’est anodin, pas plus que le fruit du hasard, la magie convergera à rendre force à Death Proof Bastards.


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20h40 Le chanteur en digne maître de cérémonies terrorise de sa jugulaire endiablée un grain vocal grumeleux. Le guitariste déploie des riffs de mammouth, ce qu’amplifient la basse et la batterie par une densité d’épaisseur doomy. Le théâtre est dressé, il sera dense, compact et à la fois, il restera toujours une part de mystère, de sable psychédélique pour en fluidifier les atmosphères, les contrastes.

Le spectacle sera au rendez-vous pour désinhiber dans ce maelstrom sonique toutes les vertus cathartiques.

La résonance de leur limon sonique libère cette échappatoire où le sable stoner nous glisse des doigts pour inonder la tête de chimères, d'images spectrales et d'un égarement nocturne licencieux. L'apport pour pratiquement chaque titre d'un séquenceur permet de joindre des samples, de colorer d'atmosphères, de peintre un horizon cinématographique intense. Le set prend une épaisseur psychédélique, la trame narrative brille sur nos cauchemars comme des grains de sel dans nos bouches.

Il y a le plomb malsain d'Entombed et de Down, la brisure alcaline de Led Zeppelin et Deep Purple, le peyotl du Monster Magnet et le psyché du Mushroom River Band. De temps en temps des nuages sablonneux et un solo interstellaire donnent un répit aux contempteurs de pleine lune.

22h30 Avec davantage de concert dans les mains, il ne fera nul doute que le groupe saura élargir sa gamme, son trip sonore et visuel ainsi que sa part d’improvisation, en lui permettant de faire tourner des boucles d’atmosphères, de sensations flottantes, d’intensifier ses parties explosives, et ses nuits incantatoires. On a fini la soirée par une interview copieuse sans compteur Geiger pour éclaircir la tornade Tarantinesque Death Proof Bastards.

23h30 Je pars dans la nuit avec une feuille d'autorisation dérogatoire durant les horaires du couvre-feu, et remercie La lune, les Ateliers, Radiom et les groupes pour cette belle soirée lunaire.

Vous pouvez retrouver l'ensemble de cette soirée très cool, itw et concert sur Radiom


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Epilogue

Mon téléphone sonna à 2h45, un ami de mon aîné m'interpelle pour m'annoncer que mon fils n'est pas bien, qu’il a du mal à respirer, j'arrive sur les lieux sans feuille dérogatoire bien entendu ( fuck da police dude ! ) il est allongé sur un lit, son teint est livide.

je me dis qu'il manque d'oxygénation. Je lui prends la main, la tapote pour le stimuler, et lui demande comment il se sent. Là j'ai trois onomatopées, pas plus. Je sens que mes baskets glissent sur une matière visqueuse, il y a du vomi par terre, et sur un côté de la couette. Je me rapproche du visage de mon fils, il empeste l'alcool. Rien à voir avec de l'asthme.

Je le relève, il est complètement pété, les yeux qui roulent dans tous les sens, il a du mal à se tenir debout, il capte que dalle. Je demande à un de ces amis "qu'est ce que vous avez pris comme substances ?"

De l'alcool

combien ?

un autre copain qui ne peut rien cacher : beaucoup

c'est à dire ?

Il a bu 5 bières et trois vodka pomme...

Bon je me contente de cette réponse. Je me dis qu'en plus de la pomme de terre dans la base de la vodka si il rajoute le fruit en plus, le jour où il me présente sa petite copine, déjà ce ne sera pas une poire, et si elle s'appelle pomme, c'est la bonne.

Je le ramène (c'est toujours moi qui fait Sam, je suis sXe), le couche sur le côté en lui indiquant le côté où il y a le seau même s'il ne comprend rien. Je surveille son sommeil et continu pendant ce temps ma lecture du Damnés de Chuck Palahniuk : « Satan es-tu là, c'est moi Madison. Si je puis me permettre encore un aveu, je n’ai jamais été douée pour passer des examens. Crois-moi je ne suis pas en train de rejeter la faute sur quelqu’un d'autre, mais j'ai horreur de cette ambiance de jeu télévisé qui règne généralement lors des moments déterminants de nos existences..."»

Heyyyyyyyyy, j'espère que dans la bulle d'une soirée comme celle-ci vous avez pu sortir de votre marasme covidien, parce que moi c'est un gros oui !


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