WALLABIRZINE

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - La Lune Derrière Les Granges

Fil des billets

mercredi, mai 22 2019

SWEET & ROUGH


Marcher dans la nature m'apporte plus de satiété que l'ivresse d'achats impulsifs pour combler un vide dans une ville.

Se promener c'est végéter sa contemplation avec dynamisme. Flâner c'est vivre avec tendresse pour y cueillir des traits d'esprits.

Tout est une question de lumière et d'énergie.


lumiere_foret.gif

Je ne sais pas pourquoi on s'éloigne de sa véritable nature d'ailleurs ? Quel sens cela a-t-il, si ce n'est de se retrouver un beau jour fasse à soi-même et de se sourire pour s'avouer consterné.e « ah ! enfin de retour, merde, mais qu'est ce qui t'as pris ? »

L'association La Lune Derrière Les Granges s'est associée avec Les Cabrols-Ecovivial pour une soirée électronique à l'éclectisme musical. Intitulé Full MooN ExospheriC Party cela signifiait qu'à 23:11:36 soit on se changeait en loup-garou, soit on allait fusionner avec la nuit opaline l’apparence d’un charme spirituel.

Si tu habites une grande agglomération par choix de vie, tu ne vas rien comprendre à la fantaisie de verdure qui anime les Cabrols. La nature est bien faite, elle est sauvage et reconnaissante avec eux, là-bas ils.elles connaissent le goût de la terre, l'humain est un terreau, l'arbre un complice. Ils.elles butinent à l'absolu en étant dépouillé.es de cynisme. Sachant que chacun et tout constitue un élément de la nature, ils.elles ont la main verte et les yeux dans les étoiles filantes.

Ce n'est guère étonnant que La Lune Derrière Les Granges vient y dévoiler l'écueil musical. Tant il y a une corrélation de filiations entre les deux.

Cette soirée était très spéciale, comme si nous appartenions à une société secrète, où la liaison holistique était à son point culminant. Par Holistique j’entends à considérer les phénomènes d'un être ou d'ensemble comme faisant partie de la totalité dans laquelle ils s’inscrivent, comme but à atteindre.



Chacun évolue avec l'empreinte musicale qu'il a entendu. C'est comme une marque indélébile. Le.la passionné.e va pêcher autour de l’inattendu avec espérance rien que pour percevoir au loin la magie fortuite d'une nouvelle rencontre musicale. Au diable les coïncidences, elles n'existent pas, car rien n'est dû au hasard.

On reflète comme une luciole dès que le cœur s'emballe à travers les filaments précieux que la musique a tout fait vibrer à l'intérieur de soi. On connaît cette accélération que la vie témoigne quand les papillons électriques s'agitent dans le bas-ventre. Ce genre de commotion émotionnelle qui ne fait que grandir, qu’agrandir l'épaisseur molletonnée de nos secrets sensibles. Cet instant éternel a même ponctué ton existence. Cette incandescence est un instant magique, et si l'on tente toujours de revenir à cette seconde d'éternité, c’est parce que l’on respire l'air qu'une chanson a déposé par fragrance sur notre cœur. On en ressent la flamme, et jamais elle ne vacille. Après on fait appel à l'imagination, à la mélancolie afin de toujours sublimer l’intensité de cette lumière éphémère. C'est aussi beau que tragique.


beaute_tragique.gif

Est-ce que l'on arrive pour autant à voir à l'intérieur d'une personne à travers ses goûts musicaux ?

Si une personne vient vers toi pour partager un instant musical en particulier pour elle, c'est une fenêtre dans une dimension parallèle qui s'ouvre. C'est une brèche à travers deux personnes qui s'illuminent. Il ne faut jamais prendre cela à la légère, car au plus profond de soi il y a la traduction fondamentale de nos émotions, de nos sensations les plus pures. On est percé à vif, à nu, ne compte pas tricher, ni reculer, il te faudra te résoudre à l'évidence. Pour un mélomane c'est la traduction parfaite entre deux âmes sœurs.

Connaître une personne à travers ses goûts musicaux, c'est la virginité d'une empreinte dans la neige fraîche. Ce qui nous attire dans une chanson, un album, un groupe, c'est une infinité de choses intimes, mises bout à bout c'est le dessein de notre rayonnement sur terre et dans l'infinie. Parfois on aime un disque en silence, comme un secret. Le charme est omniprésent, sa magie enchanteresse. Puis on partage avec une personne ce secret d'alcôve (en fait on partage avec un être dans sa totalité = holistique) et c'est un fracas de douceur.

Dans ces secondes d'hésitations palpables et de révélation gracieuse, il y a cette incertitude de lâcheté dont on ne sait si c'est un venin que l'on a idéalisé et qui se retourne comme une gifle par la peur que l'autre n'apprécie avec la même intensité, où le bonheur de vivre et d'être compris, accepté, aimé à travers l’œuvre. Cet amour est une sorte de rêve à deux, une constitution l'un à l'autre du monde entier.

Il existe des liens qui unissent les êtres et les dépassent, et la musique en permet la reposante intimité affective, la recherche d’absolue.


tumblr_p9z7o49fXw1rpuw07o1_400.gif

Des milliards de particules flottent dans l'inconnu, comme tout un chacun. On nage dans l'immensité à tâtons, nous naissons à chaque seconde de notre existence et l'on se cache de cette vérité en échafaudant toute une dramaturgie imaginative dans l'espoir de combler les vides.

L'homme ne croit que ce qu'il voit, les femmes ressentent.

On veut voir, sentir et vibrer à l'unisson de tous nos sens, être est un besoin intense de percevoir et de reconnaître. L'émotion est quelque chose d'aussi fugace que passionnel, on ne résiste pas à cette envie insatiable de flotter au diapason de notre destinée.

« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »

Cette phrase du Petit Prince de St Exupéry fait indéniablement partie de mon être tout entier, j'y puise une acuité fusionnelle avec tous les messages, les signes, les énergies autour de moi. J'ai fui l'esprit cartésien pour ressentir.

Retrouver ma vraie nature, ma musique intérieure, sentir la brillance solaire avec le calme de l'océan.


ocean.gif

La musique électronique a joué à l'émergente apparition d'images subliminales et de sonorités faites pour onduler en nous, et pour que nous ayons la grâce d'en donner au corps la pleine libération. Faire danse avec soi s'est faire corps avec son être. La musique électronique est faite de chorégraphie rêveuse, une sorte de nuages ​​de souffle formés en mots rythmiques et en mélodies accrocheuses.

On rêve de beauté sonore, on songe afin de s'abandonner à ce sens sacré. On plonge avec délice et on respire sous l'eau lunaire en apnée. Le programme de la soirée était sélénite, on savait que l'on allait être bouleversé.es par les émanations fluides du trio Öly, traversé.es par les arcs en ciel ténébreux et explosifs de Bruit, et que nous allions prolonger dans la magie blanche de la pleine Lune squameuse avec l'évanescence d'une belle soirée en perspective…Elle était unique et bien au-delà, si l’on actait sa présence à l’instant présent.


brume.gif


********************************************************************

La définition d'Endorphine = Substance produite par certaines cellules du système nerveux central et ayant des propriétés analgésiques semblables à celles de la morphine.

Endorphine, c'était le premier à s'offrir sur la scène, avec comme explication dixit La Lune Derrière Les Granges :  Un set en cours de préparation qui verra l'intense lumière de la lune pour la première fois à l'occasion de notre FulL MooN.

Un set en cours de préparation c'est ce que j'ai entendu. Il y a certainement un truc derrière cette musique ambiant, mais je ne suis pas rentré dans leur trip. Cela a manqué de gestation, d’intuition, on a effleuré les sens, je pense que le duo ne s'est pas accompli, le temps à de la saveur, ce n'est donc qu'une question de pratique pour aboutir à sa propre réalisation. Patience…


********************************************************************

Le trip hop a eu sa séquence à l'orée des 90's jusqu'en 2000's. Grandiloquente musicalité électronique, parfait mariage de raison entre les longs travellings d'ambiant, hip hop et house/dub, une pointe de rock, de funk, de soul, et un soupçon de jazz. Quand tu disais que tu écoutais ce style de musique cela faisait classe, parce que les couleurs y étaient élégantes, précieuses, souvent oniriques, et surtout elles mettaient en relation fille et garçon. Le rythme downtempo permettait de se laisser imprégner, le chant était capiteux.


oly.gif

Une fille du soleil est venue à moi pour me faire découvrir Öly et me découvrir.

« La créature à trois têtes vous emportera au cœur d’une expérience pure et immersive. »

Cette phrase énigmatique du groupe annonce en soi une vérité cristalline. Öly se définit pratiquant une pop trip hop, sensuelle et puissante à la fois, forte d'un potentiel émotionnel. Ce que l'on sent immédiatement à travers le trio c'est leur connexion issue d'une même vibration. Chacun possède sa singularité et est complémentaire des autres. Le charme est là. Il se diffuse dans sa complexité et totalité holistique, met à jour les reliefs, à nu l'émotion, ajoure les perspectives de chaque individualité musicale.

Je retrouve la migration ancienne du trip hop avec cet éclectisme, parfait dénominateur commun pour t'amener vers des images d'envie de bleu nuit et de rayon de soleil opaque.


Une_goutte_de_beaute_sonique_pour_un_ocean_de_tendresse_musicale.gif

On fait souvent référence à une notion de rock pour le trip hop, dans ce cas précis il y a une veine pop qui l'éloigne du rock, et la rapproche du hip hop.

Le chant chaud et profond de Laura poétise comme une Beth Orton soul dans un monde imaginaire, fort et fragile à la fois. Laura possède une solide base vocale, elle est franco-britannique et une aisance à manier l'anglais. Il y a beaucoup de complicité entre eux sur scène, cette vibration se lie avec sincérité, pureté et simplicité.

Öly ne va pas dans l'obscurité, dans le dub de Massive Attack, il est aérien, avec des harmoniques soul/hip hop/jazzy et un groove inhérent à ce que tous les apports vocaux et rythmiques beatbox de Robin (ex-batteur dans B.r.e.f, groupe déjanté de rock jazz metal) apportent cette mixité hip hop World (Bumcello). Thomas au violoncelle en contamine l'empreinte par une élégante moiteur lyrique.

La mélodie est apportée par chacun tout autant que la rythmique, ce qui signifie que sur une même chanson chacun est une intonation à la ponctuation musicale, est aussi le frissonnement, la convulsion qui créer le mouvement, et c’est d'autant plus renforcé pour une formation en trio. Dans leur musicalité s'agite la drum & bass languide, le nujazz aérien, cela réverbère le punch du hip pop. C’est une unité avec laquelle on se laisser griser comme un chat par le crépuscule pâle. Les contrastes sont fluides, ils permettent un accès direct à la propagation de l'émotion, tout cela vous englobe dans une netteté de ton et de couleurs. C'est la cinématographie champ/contre-champ du trip hop, offrant plusieurs angles de vue pour une sensation panoramique sur votre sensibilité.


oly_-_capture_reve_solaire.gif

Le trio est mystique, il est connecté à ses aurores boréales musicales, Björk, Sigur Ros, dans cette new age fuyante, sa chaleur atmosphérique, sa torpeur virevoltante, son énergie.

Öly est solaire. On sent que le groupe nous touche profondément avec quelque chose qui le brûle à l'intérieur, c'est beau et pur, fort et doux. Cela tient de la puissance féminine.

On se sait baigner par une chaleur bienfaitrice, que ce soit avec la folk tendre de cute et son groOove câlin, ou par « Sweet & Rough » et sa beauté polymorphe, sa tendresse déchirante, ses parties nébuleuses. C'est une chanson parfaite au magnétisme aussi puissant que le Glory Box de Portishead.

C'est avec David Mascunan que le groupe a figé son idéal/son identité sonore (Sylvain Chauveau, Encre aka Yann Tambour, Arca) dont on retrouve l'intensité capiteuse dans la réalisation de leur E.P que je vous conseille assidûment.

Öly est astre musical en devenir où surgit une pétulance unique qui tient de l'extase trip hop. C’est à savourer en concert puisque tout prend corps et sens, allez-y vous y réchauffer le cœur et l'âme en toute confiance.




********************************************************************


L'agitation individualiste abreuve les désirs de se montrer sous son meilleur jour à chaque instant. C'est un miroir de glace, il fige et congèle, puisque chacun y projette ses obsessions par déni de tout ce qu'il n'a pas guéri.

La vie est peut-être ailleurs, sur un autre rythme, une autre échelle et tu l’as oublié.

Cette phrase du groupe Bruit le détermine entièrement.


orage.gif

Bruit est un quartet climatique débarrassé des coercitions de style musicaux. Dans son étendue sonique il y a une mobilisation d’énergie collective, de puissance tellurique. Ce n’est pas pour autant une musique si abstraite, même si le groupe étire cette notion d’espace et de temps sur les intervalles et les cycles. Il applique la synesthésie (composition florale sonique où plusieurs sens se confondent)

Le groupe est resté un bon moment dans son studio à donner vie et corps à ses prémisses, avec la recherche de manipuler une éprouvette qui transplante le cœur onirique d'ornementation de musique classique, d'odyssée post-rockienne et doomgaze, et de composantes électroniques. Le groupe embrase et embrasse dans ses filaments soniques ce genre d'ondulations instrumentales, d'atmosphères cyclothymiques et de progressions qui crescendo mène à l'absolue.

Selon ses membres fondateurs ''c'est une musique de niche instrumentale qui parle à tout le monde'‘, pourtant il n'y a pas d'images qui apparaissent mais une fluidité d'énergie.

Ce groupe parle texture sonore et de composition de son dont l'importance est fondamentale au traitement sonore, à la forme et au fond. D'ailleurs le quatuor est plus tatillon sur le son que sur le style employé. Remplir l'espace gravitationnel, par une succession de pallier, permet au mélomane de se poser la question essentielle à leur encontre : mais jusqu'où vont-ils aller ? Jusqu'à quelle hauteur explosive ? La réponse est l’infini. Le trop c'est le message politique de Bruit.

En live, il pleut des trombes d'eau purificatrice d'où émerge l'émotion d'eau salé à l'intérieur de nous, parce que l'on est traversé par l'air climatique de cette musique. Le corps devient une glaise, éponge les doutes qui ruissellent et fait apparaître la beauté charnelle d'un bruit sonique au grand jour de la nuit la plus ténébreuse.


nuit_tenebreuse.gif

L’A.D.N du projet est leur EP "Monolith" sorti le 7 octobre 2018 chez Elusive Sound. (Dont le répertoire de groupe hallucinant est à l’image du label, avec entre autre Blankenberge, TRNA, Silent Whales Become A° Dream, Blank, Au Revoir…)

Leur éthique c'est Agir. Prendre conscience de chaque élément musical et lui conférer l'aboutissement tellurique, la propension mélodique, l'expansion de son intensité, le déploiement harmonique. Le long format de leur titre est un message essentiel, et même existentiel, surtout dans notre ère contemporaine où tout doit être immédiat, furtif, obéissant à une impulsivité maligne. Bruit est une ode à la contemplation, à la réflexion sensitive et tout cela mène inexorablement à agir, en soi, à faire disparaître les barrières que l'on s'est figé, à désobéir à la prédisposition inéluctable des marchands de sommeil.

Bruit est l'essence du vertige.

En concert tout est démultiplié, grand, puissant, dans l'agitation permanente du cosmos jusqu'à sa plus fine particule où tout se connecte sans fin et forme le tout, dans cette infinité de molécules soniques agissantes où l'on additionne des médiums.



Bruit remplit l'espace sonore et l'intime, le cheminement entre les deux est la chair musicale du groupe. L'infiniment grand des contrastes entre les contrastes réduit l'émotion à sa plus simple densité, de la sorte qu’elle permet d'accéder à une pureté.

Entre expérimentation mentale et impulsion électrique le groupe se définit par une démarche globale et pour des gens qui choisissent leur destinée, leur existence. Bruit distingue une différence entre la création et l'écoute, il brode les fils de son édification pour que ceux et celles qui écouteront se reconnaissance dans les structures, et cette élévation où vous êtes une ouverture à travers laquelle l'univers se regarde et s'explore.



********************************************************************


Cette soirée était une célébration magique, l'éclosion parfaite des énergies d’une puissance inimaginable, où l'on plonge son regard dans l'existence lunaire et solaire en même temps.


twin_flames.gif


samedi, mai 4 2019

LE DESERTEUR


flyer_lune_32.jpg


J'ai raison d'avoir tort, sincèrement, c'est mon instinct qui me fixe la limite à la raison d'être étrange et étranger à la fois.

La phrase apparaît comme énigmatique au premier coup d’œil mais comme accroche pour poursuivre votre lecture, vous avouerez que c'est efficace.

Quand j'arrive à l'intersection du café le Palmarium donnant sur la nouvelle place en granit, commune mondialement à toutes les villes désormais, un écran à l'extérieur indique que le Stade Toulousain a battu d'un point le Castres Olympique. Cette information anodine semble capitale dans les rapports humains de cette bourgade refaite à neuf, c’est pour cela que je vous l’indique. Je m'avance vers le Bar O mètre, le lieu du concert, et vers Olivier de l'asso La Lune Derrière Les Granges en train de finir une discussion téléphonique, je m’enquiers de prendre de ses nouvelles et des dernières soirées de la Lune. Nous mettons de l'espoir dans la présence du public tant il nous semble impensable de rater cette affiche.

Ahahahah ! Nous étions ces deux nigauds sur une petit place en train d'échanger de l'espérance, afin de se raccrocher à une constellation oubliée devant le vacarme d'un monde toupie branché au réseau narcissique. Il me semble même que l'on dit que c'est cocasse comme comique de situation.

Je me demande, tu vois, vu de loin, comme ça, tu ne connais pas, quand tu passes et que tu entends du punk rock, ou un truc affilié, tu ne t'es jamais demandé pourquoi ces gens hurlent à s'en péter la voix ? Pourquoi ils te semblent qu'ils font du bruit et pas la musique que t'entends à la radio ? Pourquoi dans ton bled il ne se passe rien qui passe à la télé ? Sur Internet ?

Attends, heyyyyyyyyy, qui n'a jamais entendu parler du WallaBirZine ?


qui_s__en_fout_du_wallabirzine.gif

C'est bien ce qui me semblait.

Passons à la soirée proprement dite, enfin proprement...Le jeune trio *** BONELESS pratique le punk rock avec l'attitude des anciens. Ça joue à la sincérité, c'est à dire à fond comme dans le garage à répétition, avec comme unique dessein électrique d'en foutre plein les murs.



Finalement c'est devenu assez rare des jeunes pois sauteurs jouant du punk, et encore plus de s'en foutre pleinement si leur set n'a pas le niveau linéaire conforme à l'auto-Tune. Boneless en concert c'est l'insouciance de vivre vite et mourir de rire afin de profiter de chaque seconde, sans la main mise sur quoi que ce soit. Le groupe est à la fois nonchalant et bourré d'énergie juvénile.

Boneless n'a pas de style, juste l'envie, la fougue, l’énergie d'être différent. De choquer sans vraiment s'en rendre compte, un truc entre NOFX (prononcé noʊεfεks) et Sex Pistols. D'être bancal et libre de chanter à côté de la plaque. De cracher, de vitupérer, de hurler. Qu'importe l'interprétation, son côté rêche et foutraque est la marque d'une ambivalence de notre ère contemporaine où tout doit être accompli, calculé, contrôlé, dans une éradication de pureté. Boneless est dépravé, il est punk, dans sa définition de lutte, il invective comme les amateurs de fête de la musique chaque 21 juin, mais dans une ruelle sombre, et ceci toute l'année dans chaque rade qui lui prêtera de quoi salir les murs.

Leur dernier morceau a fini entre le MC5 et les Stooges dans une espèce de magma sonique gargantuesque. Tu vois il puise partout où il y a du rêche et de la révolte.

Nox le guitariste est Straight-Edge, c'est rare en Occitanie, son fanzine s'appelle Better Than A Fanzine un clin d’œil au band Better Than a Thousand de Ray Cappo (Youth Of Today, Shelter) il participe à deux organisations de concerts sur Toulouse, Caps & Dogs et La Fête Est Finie. Un bon gars quoi !


*****************************************************************************************


je_regarde_les_autres_vivrent.gif

Pourquoi je me sens isolé des autres et de leur modèle de vie, d'intérêts ?

Si chacun est libre de ses choix, on peut généreusement admettre qu'il y en a pas mal qui sont imposés, et le pire c'est que tu dois faire avec, bien souvent. Quand c'est trop souvent il faut bifurquer sinon tu te fais éventrer, bouffer tout cru. Je pense que la culture alternative est un système parallèle. De survie au départ, on en devient vite addictif, ce n'est pas le fait que l'on a réglé tous les problèmes, mais on en a déplacé assez, surtout les plus exigeants par une mesure reposante, et avec des personnes qui comprennent une bonne part de ce que tu ressens, qui tu es, et vers quoi tu tentes d'aller.

Il ne faut pas fonder toute son espérance dessus parce que l'on est pratiquement certain d'être déçu. Il n'y aura pas de miracle. Ne s'attendre à rien est un bon stratagème pour affronter sereinement la vie, mais elle devient vite monotone. Il manque ce désir que l'imagination active à travers la perception que l'on se fait, que l'on fonde pour y voir immerger la douceur, une acidité, une amertume, la violence d'une émotion que le cœur a interprétée. Même si dans la quasi-totalité des cas on se plante, qu'il est bon de se faire du bien. Parce que l'on cherche à - être bien, et par extension à être quelqu'un de bien. Personne ne souhaite être mauvais, d'ailleurs.

Je vous souhaite des désirs électriques, même enfouies, parfois même trop intime pour les divulguer parce que c’est trop fort, parce que l'on est timide, parce que trop de lumière vous aveugle. On est tous différents et on interprète tous différemment.

Quand il advient impossible de se représenter, et peut-être même d'être atteint, on ne peut atteindre personne. Les concerts sont des espaces de liberté et de rencontre commune. Il devient impératif que la jeunesse sorte de son isolement virtuel, et que les gens sortent de ce qui leur est imposé. Vous n'avez pas besoin de briller, juste d'être là et d'être qui vous êtes. De participer à votre façon, il n'y aura pas de jugement. J’ai déjà écrit ça, cela doit être du morse, une bouteille à l’amer stagnant avec les détritus plastiques polluant l’autre côté du monde.

Le concert était à prix libre, mais le public de Castres a préféré fêter la défaite, ailleurs. Je ne comprends pas comment on fait pour ne pas vibrer avec ce genre de musique, avec ces groupes humainement adorables ? La question est en suspens depuis toujours en fait. Dois-je encore plus m'isoler du jour contemporain puisque j'ai de moins en moins d'affinité avec lui ?

Le souci majeur c'est que je ressens cet éloignement comme la menace sociétale qui pèse de plus en plus sur la répulsion commune. On assiste démuni et secrètement peiné à l'avarie sans que l'on puisse interagir. Je ne peux pas, ne veux pas imposer quoi que ce soit, encore moins par une réflexion de contrainte. Il m'a toujours semblé que le dialogue était un parfait moteur d’éclaircissement, à la seule condition de trouver des interlocuteurs.rices capables de faire la part du chemin vers la réconciliation.

Je peux comprendre que l'on n'apprécie pas ce style musical, surtout dans l'hexagone, il n'a jamais bénéficié d'une réelle mise en lumière, certainement même caricaturé par une esthétique d'écorchés vifs avec canette à la main. Ce qui est assez cynique c'est que la plupart des fondements existentiels de cette communauté commencent à franchir les barrières de la normalité, mais maquillés différemment par d'autres qui ont eu la délicatesse narcissique de le prendre à leur compte, comme toujours.

Du coup on te condamne à être un rabat-joie, incapable de se connecter à la life, au game !


rabat_joie.gif

Le WallaBirZine est une alcôve dans un univers parallèle, avec pour unique but de mettre une lumière sur une alternative. De là, on peut y voir l'autre monde s’enivrer de désirs matériels pour faire râler son voisin par excès de rage compétitive, constater que sa jeunesse se dématérialise parce qu'elle ne veut plus participer à la catastrophe annoncée depuis plus de vingt ans au moins. Son repli est dans le virtuel, elle communique ainsi et certains l'on très bien compris. La drogue est toujours aussi dure, remporte un maximum, et en plus elle est légale cette fois.

Je comprends que l'on ne puisse plus aimer dans ce monde, ou moins aimer. Mais rien ne peut m'empêcher d'aimer ce que j'aime. Je ne suis pas présomptueux, je sais entendre les éclairs noirs blanchir le cœur des choses enfouies à travers une musique que vous devriez apprendre à écouter. Ce que l’on perd comme insouciance, légèreté et désinvolture après la vingtaine se métamorphose en sagesse, clarté, et mélancolie.

Je ne suis pas quelque de beau, je me sais bon. Je ne sais pas séduire, je sais juste aimer. J'ai trouvé une utilité dans l'autre Galaxie alternative, si tu arrives par hasard ici je te souhaite la bienvenue, de te mettre à ton aise, et si l'on vient à croiser notre regard un jour, saches que le mien sera doux, profond et chaud, comme le Méditerranéen que je suis, et que je ne cesserais d'être. Je te dis cela si tu as besoin de quelque chose à quoi te rattraper pour me définir. Parce que j’ai l’amère sensation qu’il faut se définir désormais pour pouvoir se rapprocher les uns des autres. Montrer des intentions légitimes afin que chacun dans sa communauté respective appose la rencontre pour sortir de sa zone de confort.


*******************************************************************


Puis la force sensible d’HEAVY HEART a pris la scène, comme mon cœur.


tumblr_on5yxldyiy1rqlyzwo1_500.gif

J'ai toujours trouvé ce groupe touchant, il se dégage de leur musique une vulnérabilité émotive assez forte pour que vous posiez un genou à terre. Mais ceci c'est quelqu'un qui a déjà lu les romans de Raymond Carver qui vous écris cela, une personne qui est déjà tombé amoureux à plusieurs reprises rien qu'avec le flottement de cheveu derrière une nuque de fille. Je ne sais pas si on peut se comprendre, si vous pouvez être saisi par le tremblement que le corps transmet comme fragilité quand il se sait vaincu par une émotion folle.

J'en retrouve la transcription à travers la clarté dorée de la musique profonde et légère de ce groupe, aussi mélancolique et lumineuse à la fois. Cette musique ne fait pas que suggérer en moi un trouble. Elle me met en émoi face à sa beauté réelle ou imaginaire. Heavy Heart est un catalyseur émotionnel dont le besoin de s'éprendre à sa douceur, à sa force pour chaque mélomane tombé.e l'obligera de se prendre pour Indiana Jones afin de trouver un substitut musical.

Je vais même vous annoncer la terrible vérité, il n'y en a pas.

Troisième fois et troisième petite mort après leur set, je ne serais plus jamais le même après, je le sais, je revis dans la plénitude.


*******************************************************************


Tu te rappelles du pamphlet que j’ai écrit au paragraphe précédent ? Ce n’était pas l'apitoiement du désespéré, c'était le déserteur qui te parlait.

Celles et ceux qui désirent reprendre du pouvoir sur leur vie devraient écouter THE ATTENDANTS . En matière musicale le groupe accorde la voie du post-hardcore monstrueusement bien à son incandescent album « Monster Chronicles ». Le trio est aussi coOol et pénétré en interview qu'une AG à Treillières, et ça c'est balèze.



Le groupe installe un sentimentalisme de reconnaissance nostalgique à travers les ricochets de son punk post-hardcore. Les zab ont conséquemment fait office d’ouverture chez eux, et aussi dingue c’est que dans leur musique il y a des allitérations des Burning Heads, enfin je trouve. The Attendants a interprété des titres de leur nouvel split Ep avec Heavy Heart.

Les canaris du punk rock se sont réunis autour d'un EP sans titre et d'une tournée propice à transfigurer un concentré sonique d’énergie vitale. C'est un disque de soutien aux caisses anti-répression du Grand-Ouest qui a été édité en 200 exemplaires au mois d'avril 2019, il se compose de trois titres par groupe, The Attendants dans la langue de Boris Vian en version post-HxC punk, et Heavy Heart dans le creux émotionnel intensif. Rencontre comme au temps de Michel Polac autour de ce projet généreux et combatif avant leur concert au Bar O mètre, organisé avec La Lune Derrière Les Granges.



Le trio a libéré l’axe post-punk de ses brisures soniques par un aspect que le punk rock ramène à une vérité crue. C’était frontal, savoureux, électrique, emporté.

La meilleure interprétation que l'on peut donner reste celle avec laquelle on se délaisse de tout pour en vivre intensément. C’était caractéristique du concert de The Attendants. Le groupe a joué serrer, sans retenue, avec une sincérité extraordinairement naturelle. Faisant fi de tout, si ce n’est d’être présent et donner le meilleur de lui-même.


Je sais au fond de moi que ce report ce n'est pas le genre de discours qui porte, parce que ce qui est important aujourd'hui c'est d'être là où il faut être vu. Le marché de l'économie est saturé de vice, la ligne occupée par des paroles de mots perdus au détour d'une publicité. Alors il faut que ça luise et reluire comme une barquette de frite bien grasse, parce que c'est toujours les meilleurs qui gagnent. Tu sais ce que c'est la gagne ? T'as déjà perdu alors.

Être vu ne t’empêchera pas de disparaître.

Le problème c'est que l’on n’arrive pas à vendre ce genre de soirée comme un produit accessible, à alimenter la curiosité, à donner l'envie de se déplacer. On pense que l'on est cool mais le cool est devenu une tendance de plus, un rien inutile enrobé dans un package étudié mais totalement expurgé de sa signification première, de sa pureté initiale.

Il faudrait que l'on se foute de cette situation, et que l'on continue notre délire comme on l'a toujours fait, intégré à notre mode de pensée, sans se soucier de rien, de quoi, avec qui. Aller de l'avant, avancer en ayant fait le pas de côté. Une chose est certaine rien ne se passera comme tu l'imagines. Tout arrive comme prévue, parce que quoiqu'il advienne, certaines choses doivent se produire.

Il n'y aura pas de victoire, il n'y a que le temps qui file, inexorablement, tu le sais, tu le sens, quand tu as fini de monter (grandir) c'est déjà la descente. Alors les mots se bousculent davantage pour exprimer les doutes et les regrets, les peines et l'espace restreint qui te gomme au fur et à mesure que tu te sens vieillir.

L'espoir s’assombrit uniquement si tu le souhaites, il n'y a pas de défaite, ce n'était qu'un concert de punk rock...Mais foutrement coOol. Il y en avait pour tous les goûts, mais il n'y avait pas grand monde, cette saveur est amère avec le recul, même si par l'inverse de grand monde, il n'y avait que des petits gens inconnus, il y avait nous, libre et commun, aimant sur la même vibration, pour une soirée lunaire, après la défaite de l'équipe de la ville, dans un coin du midi, loin de là où il faut être vu, mais pas entendu.



49.gif


jeudi, janvier 31 2019

Résonance Indélébile


concert_la_lune_29.png

Longtemps le temps nous traverse et fait entendre en chacun de soi le murmure secret vers la quête de notre présence sur terre. Mais seriez-vous davantage disposer à entendre le murmure acoustique d'un jeudi soir dans la province de Castres ?

Il est vingt heures au café Jean-Jaurès, le zinc s'illumine de binouze crémeuse, d'un p’tit blanc sec qui donne le rouge aux filles. Les conversations s'allongent d'une pimpante agitation fraternelle sous l’œil hospitalier du cafetier. Personne n'a encore pour l'heure sombré dans cet état éthylique et fini avec une rythmique free jazz dans la tête.

Comme toute personne préférant regarder les autres plutôt que participer par principe à l'installation fallacieuse d'un tour de piste séducteur, je constate qu’il y a dans ce café une approche avec laquelle on trouve le luxe d'être serein. On n'y sent pas l'équanimité hypocrite d'un jugement masturbatoire, pas plus que la violence miséreuse des addictions compensatrices. En deux concerts chaque groupe m'a annoncé exactement la même constatation, ce lieu a quelque chose d'atypique et de cool, c'est parfait pour des concerts.

Je trouve que la bibliothèque offre un refuge cotonneux, que la décoration à la fois spartiate et conviviale, notamment avec les peintures africaines de Tony Chessa dispose d'une nostalgie accueillante vers cet esprit troquet, bistrot social, commune à l'échange que connaissent bien les personnes nées au 20ième siècle. La citation de Jean-Jaurès sur un mur : « C'est au fond qu'il n'y a qu'une seule race : l'humanité » semble paraphraser l'esprit de ce café avec celle du taulier.

L’unique et irremplaçable La Lune Derrière Les Granges organise cette soirée placée sous le calme de l’acoustique avec Mauvaise Pioche et Intenable, sachant qu'il y a endogamie musicale autour des membres avec le groupe Nina's School, et Intenable aussi.

La dernière fois que j'ai utilisé l'expression « Mauvaise Pioche » je suis tombé sur le pouilleux au jeu de carte, et autant te dire que ça remonte à un bail que le proprio à déserter depuis plus de vingt piges.

Mauvaise Pioche est le projet solo d'Anthony que vous connaissez certainement comme bassiste dans Guerilla Poubelle. Son approche de l'acoustique n'est pas commune à celle des sixties du Greenwich Village, et pas plus qu'à celle estivale du noceur de plage. Il est seul sur scène, dans cette mise à nu intimidante et à la fois si libératrice dans son paradoxe, parce qu'elle offre le risque de ne plus s'estomper dans un groupe, mais permet de se révéler. Jusqu'à faire disparaître cet autre que l'on a surpris à s'inventer, parce qu'il faut bien rêver à être autre-chose, que le réel et virtuel imposent la dualité contemporaine, parfois même pour définir l’image que l’on reflète par les autres, et aussi afin de satisfaire cet ego, si fort, si tenace.

L'équipe de la salle Lo Bolegason est présente pour un apéro-tapas, sur une table le merch des deux comparses séjourne, dehors c'est café clope ou clope bière, qu'importe les lézardes pourvues qu'elles fassent un minimum effet.

Anthony entame son set acoustique, je mets entre guillemet en fait car ce futé a choisi de rattacher à son chant et à sa guitare, des pré-enregistrements instrumentaux via son téléphone portable. Ainsi si visuellement il est seul sur scène, la technologie le réconforte d'un équilibre rythmique, d’atmosphères propices à une acclimatation musicale, en fonction de l'intonation des différents morceaux. L'orientation générale est typée punk rock, pop punk, rock indé...De ce mélange cosmopolite, représentatif d'un happy-end fluorescent, d'une harmonie de doute et de craquelure amère. Anthony jalonne à sa musique des mélodies de serpentins entaillés d'éclat. Un peu comme une tablette de chocolat noir avec des amandes, c'est consistant au départ, ça fond en bouche, ça craque sous la dent, et tu as la stimulation de la sérotonine contre le stress et l'anxiété. Il interprétera en majorité des titres de son album « Premier Tirage », avec deux nouveaux inédits. Sa télécaster accuse les stigmates d'un bidouillage au scotch et c'est raccord avec cet esprit bricolage indépendant. Ses pieds suivent les contorsions mouvantes de son jeu de guitare sec, de son chant et la ligne de vie musicale que libère son téléphone.

Les riffs illustrent une dramaturgie punker avec sa longue liste d'adversité et de sinuosité bravache. Son chant granuleux se gorge d'une pigmentation émotionnelle, et d'une liberté de ton proche de celle qu'enfant on jalousait au personnage de Mark Twain, Tom Sawyer. Le temps dévore le regret, ou l'amplifie, qu'importe, on retrouve de la joie dans l'agonie. Il y a cette joie enfantine à l'intérieur des doutes de l'homme, de cet homme.

Pendant que Junk cacahouète & jus d’orange filme, Delphine Gabet fige l'instant présent avec son regard unique de photographe, quelques personnes se sont avancées devant, certaines désinhibées émettent une parole que l'alcool a libéré à la faveur d'une errance nocturne. Il y a cette femme un peu pompette, elle s'adresse à Anthony sans retenue, les mots lui glissent de son esprit embué à la forme faussement prétentieuse, mais dont le fond est bienveillant. Elle s'agite sans prise à l'étourderie, sans remords, elle titube sur ses mots et vacille avec générosité et affection. C'est à la fois amusant et pathétique.

Mauvaise Pioche creuse dans les atours de son intimité profonde de quoi soulever autant le limon du punker que sa joyeuseté. Il suffit de suivre les empreintes des astres vides et des bribes de poussières pour vagabonder dans ce chemin de traverse à la segmentation épineuse, où le gars sur scène dépiaute son mal-être, sa parole, sa vision, mais toujours avec la fraîcheur d'une espièglerie attachante.



Seules les bêtes sortent la nuit. C'est à la fois une résistance à l'incarcération du quotidien, et une désobéissance félonne, une désinvolture princière. A vingt ans, on craint le ridicule mais on aime l'excès, on abhorre la solitude, mais on s'isole par son zèle. Au-delà de la trentaine l'expérience prouve que l'horizon est inaccessible. Passé quarante...Pfffffff...Laisse tomber !

L'artiste puise en lui la force de sortir ce qui lui brûle à l'intérieur, ce qui à la fois le contamine et le nourri. Il est souvent difficile de mettre les mots adéquats sur ce que tes émotions expriment, alors magnifier son art c'est lui apporter l'exacte émotion. Cette sorte de révélation que l’autre encaisse dans l’ombre d’un spot en concert, avec l’effervescence émotionnelle qui pétille dans le ventre, et jusqu’à en avoir les jambes flageolant sur du coton transparent. Il faut manier, sculpter son art seul pour en entendre tonner la sommation sensible. Mais aucun homme sur terre n’est parvenu à réaliser seul, personne, jamais. S'entourer des bonnes personnes c'est comme un bastingage quand on tient la barre du navire. Intenable est sur scène en duo, Kévin à la guitare/chant et un violoncelliste/chœurs de punk, nommé Raw Man.

Intenable est à la base un trio de punk rock dont les maux précipitent avec une justesse mélodique ce que la plaie pessimiste des mots fendille comme vase excédentaire. C'est le deuxième concert de cette tournée, entamé la veille à Toulouse grâce à l'organisation HEY Bitches (girl raw pöwer,Organisation de concerts Pâtisserie Photographie Calligraphie Organisation de mariages / Fête de... ).

Si la formule tâtonne encore, parce que l’on ne sent pas l'osmose, je suis certain qu'elle arrivera, car pour autant chacun ne s'isole pas dans sa partie. Il s'agit juste de réglage que la scène égrène au fil des concerts. Kévin tient à son art, il en porte les lésions, la cicatrisation, un faux pas et tu touches à son être. Expliquer la trame narrative des titres fait partie du processus de liaison qui relie comme une cordée, l’auteur à l’auditrice.eur, c'est important dans le cadre d'une atmosphère plus intime, où tu dois recueillir le public sous ton aile naturiste. Prendre son envol nécessite un rapport de confiance quand tu fais face au précipice. Parce que même dans le noir complet il y a toujours une fissure où la lumière pénètre, où l'on peut teindre sa douleur d'un arc en ciel de délice. Intenable joue à cela, il laisse filtrer la lumière, à toi de la voir.



La guitare folk fut une arme dans les sixties, mais depuis que la protestation est humanitaire il y a un étourdissement dans cette oppression, on ne sait plus où en est la contre-culture, si elle est cette zone à défendre bio, facile et interchangeable dans la communication du marketing 2.0, cette haie naturelle à l'art du combat et à la résistance, où ce quartier populaire qui survie face à la médiocrité populiste où marine sa récupération avec les dents serrées ?

Traduire en folk ce que l'électricité du punk rock ouvre comme brèche à défendre est un genre de nervure boisée qui offre parfois la complicité soyeuse d'une danse. C'est lors de la Cover de Nina's School en trio avec Anthony que cet échange se produisit. C'est arrivé comme cela...Les femmes dansent, souvent, tout le temps, elles n'ont pas peur du ridicule, d'ailleurs pourquoi fendre le ridicule quand les corps sculptent ce que les mots ne permettent de faire avec autant de souplesse et de grâce ? J'aime les femmes pour leur audace à s'amuser, à libérer le contraste que la tension de l'homme cogne avec son arrogante masculinité.

Intenable finit son set l'esprit tranquille. C'est dans cette résonance indélébile que le punk rock renforce l'acuité sensorielle que chacun transbahute au fond de soi, comme un appel d'air à pouvoir ressentir librement, cet ensemble, ce tout, fragile et intense, cet animal qui vit à l’intérieur de soi.

La soirée était coOol, intime, tendrement velouteuse, merci à La Lune Derrière Les Granges, au Café Jean-Jaurès, à Intenable et Mauvaise Pioche.

Quand on sort de cette bulle on retrouve l'étrange diction du noctambule qui soulève bien des errances au rabat-joie straigh-edge.


sXe

Les noceurs m'ennuient éperdument avec leur bon-vivre, leur saoulerie du vivre ensemble, la mondanité à petit canapé et apéritif festif. Rien que le mot festif me file la nausée de toute façon. Tourner les serviettes je suis contre. Surtout en fin de repas, quand les miettes, les morceaux du repas et tous les germes se répandent sur l’ensemble des convives...On atteint le summum de la festivité à ce moment-là nan ? Autant lécher directement la cuvette d'une personne atteinte de gastro-entérite si vous voulez partager le vivre ensemble microbien.

Heyyyyyyyyyy j'aime le titre « Musique » de France Gall pour encaisser son « Faisons taire les mélancoliques, avec notre propre rythmique et notre joie. », mais bon chacun son truc, si ton trip c'est la picole et la clope, le mien c'est un livre et un thé.

Il pleuviote, les manteaux épais et les écharpes douces doivent garantir protection face à la viscosité hivernale. Je rentre vers mes pénates, les lumières de la ville s'éloignent et je m'enfonce dans l'épaisse nuitée périphérique avec le satin du « Naima » de Coltrane, et j’ai même pas mal à la tête.

Retrouver les vidéos via la chaîne WBZ, les photos via la page FB WBZ.

CiaO)))

XXX

Bir


dimanche, décembre 30 2018

FRIDAY NIGHT LIVE 2018


flyer.png

Last Friday night

Yeah I think we broke the law

Always say we're gonna stop-op

Whoa-oh

This Friday night

Do it all again

Si,si, on peut très bien citer Katy Perry pour implanter une introduction croustilleuse dans un report de punk rock.

Donc on m'a conseillé de multiple fois de faire court. En bref, je vais essayer.

Quand tu assistes à une soirée underground, en premier lieu, tu soutiens le cafetier avec une commande, il offre le cadre, l'enceinte où aura lieu l'épicentre émotif, à bien y réfléchir ce n'est pas rien.

Yep, un thé pour ma part en attendant Junk cacahuète et Vince Musclor, mes comparses de la section vidéo-game du WBZ.

Nous sommes à Castres il est 20h30 ce 21/12/2018, au café Jean Jaurès, j'avais pas foutu les pieds dedans depuis 1988. J'étais au collège juste en face et qui se nomme...Jean Jaurès. Vlan, dans le mille Émile, bennnnnnn non, Jean-Jaurès.

A l'extérieur les tumeurs les plus folles circulent dans l'air pendant que les fumeurs s'époumonent de leur sucette cancéreuse. C'est moi où il fait froid ? A l'intérieur la mixité sociale se juxtapose au préparatif de la soirée proposée par La Lune Derrière LES Granges. L’occasion de poser quelques questions à Olivier, le président du comité directoire de cette œuvre de bienfaisance culturelle du sud Tarnais.


Le café est tout en longueur, il offre plusieurs ambiances, ainsi, après le comptoir et sa faune guillerette, il y a un espace cosy avec canapé et une bibliothèque remplie de livres à emprunter. Ça pose d'emblée la compréhension de partager dans un même lieu la richesse que l'on pressent dans la diversité de la vie. C'est appréciable.

Plus loin encore, carrément au fond, un espace insoupçonné jusqu'à lors, dont la dimension est absolument parfaite pour des concerts underground. C'est la première surprise et de taille. Les groupes ont un espace nécessaire pour évoluer, le public n'est pas en reste. C'est la première soirée pour la Lune avec les nouveaux propriétaires du lieu, je ne cache pas que l'endroit est vraiment cool et que j'espère qu'il y en aura d'autres. Pendant le siècle dernier c'était une cache pour jouer de carte et d'argent.

Deuxième engagement, lui aussi d'importance, c'est le soutien aux groupes. Généralement je prends toujours un disque, c'est le minimum, surtout quand j'ai kiffé le set. Puis il y a toujours un bac de distro bien achalandé, tu papotes avec les groupes, tu crées du lien, tu fais passer ton énergie, tout le monde croise ses effluves et la magie de la vie ouvre ses pétales dans laquelle tu vas butiner allègrement...Ok, on a chié Saint-Petersbourgh parce que nous étions à l'extérieur a réalisé des ITW.

Le trio Toulousain a brisé l'épaisseur de glace extérieure moscovite avec un stoner funky, rossant la vénusté plastique de leurs mélodies chaudes. Sans pouvoir d'ubiquité ce sera pour une prochaine fois pour funker avec eux...

Pendant ce temps de cerveau disponible on a papoté dans le froid avec Gim le président de l'asso Albigeoise Pollux, chef opérateur dans le meilleur festival sudiste l'XTREMEFEST, et chanteur à cheville foulée avec Hypocondriax, il a répondu avec la coolitude qu'on lui connaît à l'actualité sonnante et trébuchante passé et à venir de la pléthore des activités énumérées plus haut.



L'abréviation SS ne correspond pas du tout à la patine mélodique de Skull Soda, groupe Toulousain du Gers (tchin 2 points), car le band appose une saccharose musicale assez peu compatible avec l'essor du troisième reich.

Sa décoction musicale est issue d'une douceur enflammée, à l'intime conviction de faire flotter dans les embruns sensibles la beauté du power rock le plus intense, et avec la fluidité du pop punk.




L’équipé épique du WBZ est saisi par le rendu en live. Le groupe est en place, le chant hyper calibré offre une harmonie de couleur vivifiante. C'est très certainement ce qu'il nous a le plus séduit. Le punk mélo sur disque c'est cool mais en concert c'est assez casse-gueule si tu n'es pas en place, et cela peut très vite engendrer un malaise à entendre. Ce qui est à trois années lumière du cas de Skull Soda. C'était chaleureux, frais et la bonne énergie du groupe a vite apporté cette chaleur au corps que l'esprit savoure dans son ivresse des cimes émotionnelles.

Je me suis régalé, Big Gim de Hypocondriax a eu raison de faire monter le son de la basse au début, puisque après ce conseil, Skull Soda avait cette rondeur adéquate au charme qu'il a diffusé, et même transplanté dans les cœurs ardents d'un public conquis. Deux E.P a leur actif seulement (pour le moment) mais chaudement recommandable, checker leur page bandcamp, leur dernier Sleep Hunt Through The Mirror est uniquement numérique, du coup le band a confectionné des petites cartes de leur artwork pour munir leur merch hyper cool.

Pas mal d'atmosphères dans leurs compositions, cela amène de la profondeur de champ, un mood délicat avec cette empreinte sensible que l'on rencontre entre Saves The Day et Trash Boat. J'espère revoir ce groupe le plus rapidement possible, ça fait chaud au cœur d'entendre et voir que l'underground sait encore illuminer ce genre de pépite.

Fabule, leur bassiste et accessoirement maître chanteur dans Ben & Fist a plaisanté avec nous après le set sur les potentielles expressions qui sied à la ville du soir, dont un dantesque Castres toi tu pues et marches à l'ombre.


2.gif

Raincheck c'est le cri du Lyon avec le froc au cheville. Sa décontraction punk'n'rollesque est tout aussi tapageuse que son hardcore est enragé. J'avais annoncé que leur set allait chier du feu et effectivement il y eu retour de flamme. Le groupe était même fourbu par sa robustesse touffe sonique. Le chanteur a fait le zazou en secouant les puces de Zeke dont il portait le t-shirt, avec la nonchalance animée d'un épileptique. Il n'y avait pas de filtre. Le groupe avait deux dates pour ce week, c'était sans prise de tête, ils ont tous un taf à côté et le groupe est un exutoire.

En fait tu peux sortir un Ep en 2016 avec cet espoir que la force soit avec toi, sans te douter une seconde que la vie va venir te biaiser son imposition d'obligation, où tu te vois obéir sans scrupule au desiderata pour torcher, boulonner un professionnalisme dont ton adolescence rebelle avait bien mentionné un refus catégorique à ce genre d'avenir. Ce week-end est une occasion de jouir sans entrave pendant cette journée internationale de l'orgasme pour libérer la jute sonique, et c'est ce que Raincheck a accompli. Un feu de joie furibard s'est répandu dans l'enceinte du café Jean-Jaurès, le groupe appuyant sur le starter et l’accélérateur les deux pieds tendus.

Un set bordélique et fantasque a propulsé cette agitation que le punk HxC offre comme acclimatation quand ta respiration s'accélère et ressent le souffle vital de ta passion prendre feu dans ses racines. Les deux gratteux nous ont offert des poses de heavy rock dantesques et des riffs capiteux, le batteur a tapé plus lourdement que ce qu'il faisait jadis dans Leptik Ficus. Est-il nécessaire de mentionner que leur nouveau bassiste portait un shirt de Freddy Mercury ? Je ne le pense pas.



Le lendemain Raincheck jouait à Toulouse chez les copains To Loose Punkers pour leur TLP Winter FEST Vol.2 à la Cave à Rock. On espère les revoir dans le coin pour une autre explosion de jouissance.

Important : Vous pouvez retrouver tous les lives de cette soirée via la page vidéo du WBZ.

Dernier conseil : Ne regarde pas le doigt du type qui te montre la Lune, vas-y.

C'est un conseil qui a son importance. Déconnecte-toi de la vie virtuelle, sors, va te confronter à la réalité, tu verras que tu ne seras pas jugé.es, emmerdé.es, importuné.es, tarabusté.es. C'est des conneries le jugement des autres, parce qu'en fait tout le monde s'en fout, il n'y a que toi qui te juge. De toute façon, on fait, on ressent comme on veut. Pour exemple, je suis souvent silencieux quand je crie à l'intérieur mon émotion. Et alors ? Pas besoin de se faire remarquer pour vivre.

Dans la vie on peut très vite être vampirisé par des personnes malveillantes dont le processus d'aliénation de vie correspond à la sentence Darwinienne : le plus fort bouffe les autres, alors que la vérité fondamentale des humains c'est que le meilleur sauve les autres, ce qui nous distingue du règne animal. La vie n'est pas faite que de fatalité, regarde la Lune, ce 21 Décembre 2018 elle était pleine, lumineuse, et ses représentants sur Terre ont une fois encore électrisé cette marée émotionnelle, dans un flux et reflux musical éclectique, dense, propulsant un joyeux bordel.

Merci au Café Jean-Jaurès, à Saint-Pétersbourg, Skull Soda, Raincheck, à Gim et sa compagne pour Pollux/Xtremefest, au public, et mile fois merci à la Lune derrière les granges.


3.gif


mardi, novembre 13 2018

Crooked Rain & Last Splash On Earth


modernité oldschool

Le modernisme du WBZ n'étant plus à prouver, il permet d'aller cueillir au plus près de l'action !

A proximité de Castres, un peu à l'écart des villages alentours, les Cabrols est une ancienne ferme appartenant à la même famille depuis plus d'un siècle. Aujourd'hui c'est une tanière roots où cohabite des personnes ayant fait le choix de réguler leur vie au diapason de la nature. L’équipée sauvage du WallaBirZine s'est retrouvée dans ce lieu pour la célébration d'une date co-organisée avec La Lune Derrière Les Granges.

Le WallaBirZine section vidéo c'est désormais Bir, Junk cacahuète & jus d’orange, puis le petit dernier Vincent bandana Gym Tonic.


Cette délocalisation était une première pour beaucoup dans le coin.

C'est une façon d'arborer la culture punk rock ailleurs que dans son intraveineuse liée au macadam. L'approche est différente parce que le lieu est différent. Il faut sortir de la ville, faire cette démarche, changer ses habitudes. C'est voir d'autres personnes, vivre quelque chose de connu mais autrement, puisque devenu différent, de par l'appréhension d'un jugement hâtif antérieur, et finalement si proche d'un ressenti commun quand on est traversé par vivre au même moment quelque chose d'intense et de similaire.

Le renforcement communautaire isole toujours un peu plus à s’asseoir dans sa zone de confort. Tant il est criant de vérité que s'entourer uniquement avec des personnes partageant la même philosophie de vie, des goûts similaires, conforte vers ce sentiment de protection, de reconnaissance.

Je trouve la démarche vraiment cool, parce que déjà la cambrousse repose de tout et dispense des sensations qui n'ont rien à voir avec les tics nerveux citadins. Cela pousse les gens à adopter une nouvelle démarche, pique la curiosité, aiguise les sens, cette nouveauté peut se concevoir aussi comme un besoin de renouer avec un agencement universel.


« L'humanité est une suite discontinue d'hommes libres qu'isole irrémédiablement leur subjectivité. » Simone de Beauvoir


Les Cabrols – écovivial c'est une démarche agroécologique en une interaction écologique entre agriculture, agronomie, social et culturel. Les résidents ont recrée ce lieu avec l'intention légitime de partager, d’échanger, d'harmoniser. L'aménagement d'une grange en salle culturelle est symptomatique de cet état d'esprit, et la coopération avec La Lune Derrière Les Granges fait valoir des valeurs communes de manière indubitable. A noter aussi la présence d'une délégation du crew de L'Xtremefest.

Pendant que les groupes se restauraient dans la cuisine d'antan, il était évident d'obtenir un éclairage sur cette initiative et les gens des Cabrols.





*******************************************************************

Suite à l'annulation du groupe Not Scientist, c'est LA PYRALE au pied-levée qui a débuté la soirée.

La Pyrale du buis est une espèce de lépidoptères originaire d'Extrême-Orient devenu invasive depuis les années 2000 en Europe. C'est aussi un duo qui vient de sortir un E.P éponyme 6 titres. Sur la page bandcamp du label Ascèse Records j'avais trouvé leur musique un peu maniérée, alors qu'en live je suis agréablement surpris de voir émerger et prédominer des éléments post-rock et de rock anguleux avec une ampleur déterminante. Il y avait aussi beaucoup d'extases autour de ces sensations vaporeuses entendues par cette musique charnue et même sensuelle. Une boite à rythme, des éléments de musiques électroniques et deux guitaristes. Le décor paraît sommaire, pourtant La Pyrale impose sa liberté de ton. Il en émane des atmosphères éparses, granuleuses, permettant d'apporter contraste et tension, là où se joue l'attraction, l'hypnose, et vers cet état de symbiose ambiant capable de révéler la beauté des forces naturelles.





*******************************************************************

Déclamer de la poésie misanthropique sur des mélo-beats synthétiques bouillonnantes c'est avoir le sang froid aussi chaud qu'une verge en érection devant une femme en chaleur.

Dans la pièce à vivre de la turne des Cabrols trois barbus me font face, c'est Michel Thor (chant/guitare), Balkany Kordy (machine) et Louis De Funeste (machine) du groupe HYSTERIE. Rencontre conviviale au plus près de l'os musical d'un trio bouffé par le ver luisant de la cold indus.



Dans la grange le froid de la nuit s'est emparé de nous glacer les os, de plus c'est avec HYSTERIE que nous devons nous réchauffer.

Convoquant le spectre vipérin d'Alan Vega de Suicide et son minimalisme, la face grège du béton brut du «  seul contre tous » de Gaspar Noé, la sinueuse musicalité électro danse sous le cloître lunaire et fait vibrer les corps par des remous vibratoires répétitifs. Bestialité rythmique robotique, séquence orgiaque de bouffée de chaleur expiatoire, la chair musicale d'Hystérie résonne dans la glaciation cold indus tout autant que dans la pétulante électrowave. Des riffs de guitares sinueux et ambiant transfigurent l'ensemble. Le chant hurlé déclame, il scande dans le froid sépulcral de la grange en un cri primal, vomissant les boyaux irascibles de l’indicible.

Le public danse sur les cendres chaudes du nihilisme d'Hystérie comme Adjani dans possession le film d'Andrzej Żuławski : Tecktonic des plaques soniques.


Tecktonic

Le groupe questionne en posant sa violence cathartique. Est ce que Michel Thor est un agitateur véritable ou un personnage habité dans sa vérité ? Cette question est venue se percuter sans que j'en résolve un semblant de réponse.

Je me suis demandé si l'équation artistique de ce groupe au départ de leur existence était : sang froid électro + rap = slam-froid hystérique ?



Je pense que le proto-punk a dû jouer de courant alternatif dans son rôle de dynamo. Dans sa veine évolutive il est certain que la noirceur psychotique est devenu une transe corrosive, et qu'elle s'est engouffrée dans la brèche pour une constellation de torsion sonique et de souffre épileptique. Souvent affilié à Metal Urbain et au Béru pour la cassure musicale du premier et la protestation du second, je trouve davantage de consanguinité musicale avec le nihilisme du groupe Programme, formé en 1997 composé d'Arnaud Michniak (ex-Diabologum) (textes, musiques) et de Damien Bétous (musiques, programmations). Ainsi qu'avec le rap de Nonstop de Fredo Roman en spoken words sur des textes surréalistes et haineux et des instrumentations hip-hop agressives et bruitistes. Dont le dernier album date de 2009 et s'intitulait « J'ai Rien Compris Mais Je Suis D'Accord ».

Le dernier titre joué s'est détaché du reste de leur set en étant davantage rock dans sa composition, avec un Pink Floyd époque Syd Barret, des riffs doom en son clair, un Public Image Ltd au psychédélisme électronique catatonique.

Il n'y a pas de frénésie synthpunk chez Hystérie, il y a une violence sourde et froide, un appel névrotique à expurger le fiel et à faire trémousser les particules élémentaires.



*******************************************************************

Connaissez-vous l'histoire d'amour entre une tronçonneuse et une plume ?

Un entretien capiteux était indispensable pour en comprendre la nature, parce que BITPART façonne une noise pop mélodique avec une musique inique ayant la banane du Velvet, le rabot à fer de Sonic Youth,  la désinvolte sophistication douceâtre de Yo La Tengo.



BITPART (2010) est un trio né des cendres de Fat Beavers (début 2009) dont le nom est une référence à la chanson des Lemonheads..

« I want a bit part in your life ; Rehearsing all the time »

« Je veux un peu de ta vie ; Répéter tout le temps »

Guitare Fender mustang, chemise à carreau, converse colorée, c'est parti pour un set rocailleux Sebadoh/Pavement sound et de douceur sucrée dans un mood à la Deerhoof. Bien cool évidement, un truc 90's, absolument pas lisse, il faut saigner de l'oreille pour ressentir le sucre mélodique, et il y en a.


« Une vie humaine paraît presque toujours incomplète. Elle est comme un fragment isolé dans un long message dont elle ne nous livre qu'une faible partie, souvent indéchiffrable. » Julien Green


La mélodie sonique de Bitpart est similaire, elle paraît incomplète, isolée, indéchiffrable, et pourtant quand elle se découvre tout devient clair. Le groupe préfère l'authenticité, la spontanéité...Tout en optant pour une recherche pondérée tant mélodique que rythmique. C'est à la fois un rock lo-fi tendu et dissonant comme Pavement/Lemonheads, et des structures mélodiques ouatées comme The Breeders. C'est une musique âpre, raboteuse, hirsute, et à la fois avec toujours l'insouciance d'une révolte permanente.

Le groupe a une discographie qui en suit la liberté, et a réalisé pas mal de collaboration avec des split E.P ( Joyride, Ghost Trap, Blanche Beach ) en fonction des opportunités et des affinités. Je vous conseille d'aller visionner la chaîne youtube de Bitpart très bien fournie avec des séquences de leurs tournées, ainsi qu'une série intitulée drawings & noises absolument magnifique.





*******************************************************************


3.gif

MARY BELL c'est une convulsion du rock alternatif dans un mood de Riot Grrl griffé par le Tigre et dans l'agitation permanente du proto-punks des Stooges. Un moyen d'extraire frustration et violence pour tout traduire en art sonique.

Rencontre spontanée dans le décor terrien de la ferme des Cabrols lors de la soirée du 26/10/2018, avec une luminosité assortie à la couleur des fauteuils et un chat qui vomit.



Pendant que les garçons repassent l'ossature rythmique avec douceur, les filles cassent la vaisselle sonique, secoue les cloisons musicales et exaltent en chipie.

Ça couine en furie un chant éraillé, la guitare libère le suc gastrique fuzzien sur des mélodies papier verre, la basse se colle aux courbes pendant que la batterie trépigne à l'ampleur du chant. Il y a de l'espièglerie dans ce retour enfantin au désordre, à manier avec liberté l’innocence et le désenchantement tout à la fois. De cette grogne sauvage de l’existence on a vu le saut éperdu d'un rock riot Grrl, avec son ersatz de venin subliminal et la même dose d'absurdité folle que les Melvins parfois, peut-être par le regard du groupe sur l'aberration du monde ? Parce que Mary Bell est en colère et à trouver le moyen d'extraire la frustration et de la traduire dans son art électrique.



Etant donné son goût pour l'esthétique ésotérique j'ai oublié de mentionner à Mary Bell l'existence du livre « Paris occulte : alchimistes de l'ombre, spirites inspirés, mages sulfureux, traqueurs de fantômes et astrologues visionnaires » de Bertrand Matot.

Rendez-vous compte qu'au milieu du XIXe siècle la fascination pour les sciences occultes prend une ampleur inédite puisque dans les salons de la bonne société on faisait danser les tables pour communiquer avec l'au-delà et les fantômes. Alors que dans notre 21ième siècle ce qui est regrettable c'est que l'on ne fait plus que tourner les serviettes.


La soirée s'est terminée sur cette bourrasque musicale et le froid automnal, cela ne nous a pas fait oublier qu'il faut toujours rester au plus prêt de son excitation enfantine, seule capable d'être toujours émerveillé par le syndrome de Peter Pan.

Merci à l’hospitalité de la ferme Les Cabrols, à l'organisation de La Lune Derrière Les Granges, à tous les groupes, et à toutes les personnes du public pour cette soirée.


53.gif


- page 1 de 2