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Thomas Jefferson Cowgill a débuté son art par la noirceur du black metal avec Book of Black Earth et le hardcore de Teen Cthulhu, sans jamais trouver la formule adéquate pour dégorger son éducation. Car voilà un gars atypique issue d’un divorce, élevé au spiritisme par une mère lunaire pratiquant les incantations païennes, et par un père priant les cieux en buvant jusqu’à la lie le sang du Christ en bon chrétien américouain. Tout sera affaire d’astres pour ce dandy gothique qu’est King Dude qui enfantera comme par magie noire à un mystique « Apocalyptic Folk », un sous-genre de Johnny Cash chez les gothiques, brûlant dans l’essence de Nick Cave les restes de Death In June sous le regard fantomatique de Buddy Holly et la bienveillance de Bob Dylan.

King Dude est un projet né d’un coup de bluff, une esquisse rageuse envers une colère sourde, reposant sur une rédemption luciférienne qui épouse le charme des balades vespérales innocentes pour mieux nous crucifier à son autel caverneux. On s’accorde dans ces méandres musicaux à puiser un esprit sein à téter pour trouver l'obscurité dans l'étincelle de ce folk, et y crever de ce poids mort existentiel pour ne plus être mauvais.

Mourir c’est renaître après, et King Dude applique ce genre d’illumination remplit d’amour et de lumière que les coups tordus de la vie changent en désespoir et amertume. Sa formule de politesse pour signer son acte de pensée est tout aussi clairvoyante : “With the Love, Light and Glory of Lucifer upon us all! “- King Dude

Une fois encore le Dude nous confie les passages sombres de sa genèse avec « Sex », dont la famille Manson cristallise l'horreur satanique. Il en est question ici.

Avançant dans la pénombre blafarde, le disque déroule sa funèbre torpeur musicale avec l’aspect cadavérique du dark-rock. L’ombre de Sister Of Mercy plane dans les atours funestes de l’américain et aussi celle de Tom Waits, qui supplante même tout, et de loin. Car King Dude sait parfois faire retentir un blues lugubre, faire rutiler un vieux truc lointain qui vient de l’âme, et dans ce genre d’amertume émotionnelle qui en délivre toute la portée sépulcrale. Le côté bancal de son approche sonore (pour ne pas dire lo-fi), apporte une dimension atrabilaire, permettant d’intensifier à bon escient la face éplorée et mortifère. Maiiiis tout n’est pas tout noir dans « Sex », car cet homme sombre a la bonne idée de remettre du punk dans les esgourdes pour fluidifier la gravité de certain de ses titres. Alors il en profite pour sulfater avec un esprit bordélique de garage rock punk, et ça refout un coup de peps bienvenu ici-bas.

J’ai énormément apprécié au Hellfest 2016 sa prestation, en un instant de plénitude noire, contrastant avec la théâtralité excessive de la majorité des groupes du Hellfest. D’autant plus que j’avais moins accroché à son album « Songs of Flesh & Blood - In The Key of Light », il me manquait une épaisseur à la fois sombre et cotonneuse qui en faisait tout le charme et l’épaisseur lors du concert. Chose que je retrouve avec cet opus, bien plus fourni, malléable avec ses atmosphères que l’étaient les précédent opus. Il y a aussi un côté robotique punk à la Devo en filigrane et puis une face new wave pour apporter de la profondeur de ton à l’ensemble.

Oui King Dude a pour ainsi dire fait acte de modifier sa messe, et ceci n’est pas pour me déplaire.

Voilà un album vraiment cool, tant il regorge de différent moods, tout en restant dans la cohérence. Je pense qu’il a voulu court-circuiter cet aspect trop macabre, trop sérieux et souffreteux. Par ce fait de multiple alternance il apparaît encore plus humain avec cette diversité, tout en restant dans ce pathos qui en a fait son sceau dès que le ton s’aggrave vers les ténèbres intérieures. C’est un contrat maléfique très justement admis par la forte acuité sensitive du mal qui touche à l’émotion pure ici, car cela fait mouvoir un envoûtement de méditation et d’occultisme à la fois que l’on ressent comme une brûlure intense et pérenne à son écho.

Mon conseil : « Sex » est un disque à écouter en lisant « California Girls » de Simon Liberati.