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« Pure Evil » est le nouvel album de KFR, one man act piloté par Maxime Taccardi, stakhanoviste français réputé pour sa féconde créativité artistique dans le domaine de l’obscur. Sa musique est à rapprocher de son art visuel. Ses peintures sanglantes sont pénétrées par l’invraisemblable et sa musique en poursuit l’échappée.

Intrigué par le folklore diabolique de l'Islam, des histoires de Dajjal et d'Iblis. L’abrégé phonétique K.F.R ( prononcez Kāfir ) signifie en arabe « mécréant ». L'art de Maxime Taccardi porte un attrait pour les mystères et la part sombre de l'humanité. Il a été publié par Heavy Music Artworks, il a sorti plusieurs albums via des projets comme GRIIM, SATURNIAN TEMPEL, KFR, DE VERMIS MYSTERIIS…

Je souffre du pressentiment de ne trouver la lumière dans cet opus, comme une âme attend sa résurrection.

Ici il n’y aura rien de plus que le purgatoire.

Lentement tout le murmure pernicieux d’un son raw black metal qui lacère, et de ces atmosphères gothiques, électroniques, sataniques toutes proviennent des ténèbres qui puent.

La déviance est totale. Le disque est enivré de blasphèmes. KFR cultive le salpêtre et le soufre des « Fleurs du mal » de Baudelaire.

Quand on parvient à reconnaître l'inacceptable, on fait rentrer la discorde dans sa propre chair.

KFR manie le fer dans la chair, lui donne résurrection dans le sang. L’art est une catharsis.

KFR c’est de la rumination maudite intrusive, qui s’agitera comme posttraumatique. Le mélomane fait face aux émotions extrêmes.

KFR doit être vu comme un Art total.

“Il y a des regards si durs et si noirs qu'ils vous donnent l'impression d'être déjà dans la tombe…”

Les paroles de sa discographie sont axées sur l'occultisme, avec une vision philosophique liée à Sartre, Bataille, Schopenhauer, Nietzsche, Baudelaire. Le gazier est droit, pas pleurnichard. Il fait bloc pour transcender sa matière intime en création originelle. Il a écrit un livre « The Book of Demons » principalement avec son sang, dans lequel ses poèmes sont affichés parmi ses illustrations. Le sang est un moyen de donner vie à ses tableaux, il n’y a rien de suicidaire, il utilise la douleur comme une impulsion créatrice, pour se sentir vivant et en diffuser ses visions, et peut-être aussi pour marquer ses origines Libanaise et Italienne (son sang).

« Pure Evil » est une musique malaisante, noire, avec ce son raw black, venu des fournaises et de la saleté, pour vous coller une abondance de déviance sonique, de débauche funeste, d’énurésie. Pourtant cette violence fascine. Le maudit est partout. Tout le temps. Il creuse chaque sillon d’un malin plaisir. Nous voilà en captivité, dans cette geôle à écouter les murmures pernicieux d’un black metal inquisiteur.

Connecté à la tabula rasa (concept philosophique selon lequel l'esprit humain naîtrait vierge et serait marqué, formé, impressionné de sa sensibilité par la seule expérience). Cette philosophie de la création par la destruction, permet un effacement pour créer quelque chose de nouveau, voire de plus profond, d’intime.

De cet opus on retient la nuit, sous la forme d’une grisaille, bruit et fureur permanente, qui semblent insondables. Le berger tombera dans la crevasse où l’attend les flammes de l’extrême.

Parce que tout crépite, surgit du tréfonds, vous enlace d’un bras véloce, claque la porte, et vous entraine dans les bas-fonds. Vers ce mélange de tripes encore chaudes et d’odeur de putréfaction.

Retenez tout de même que dans le coin le plus sombre c’est aussi l’endroit où l’on capte le mieux la lumière. Parce qu’agiter les émois de l’intime est aussi une forme d’excavation lumineuse, malgré le froid, malgré la faim, malgré la peur et les doutes, la vérité crue est une chaleur qui diffuse de par son abandon la probité d’un cœur ouvert.

Finalement, la différence de cet album constitue une de nos plus grandes richesses, car il nous apprend à cultiver dans l’âtre artistique de la terreur pour nous faire évoluer.

Si le groupe Mutiilation reste le terreau fertile de ses racines black metal, sa principale influence musicale est Conrad Schnitzler, il apprécie également Klaus Schulze, Pierre Henry, Philip Glass, Chu Ishikawa, la musique, vraiment ritualiste. Musicalement, l’opus passe du black metal au dark ambient funèbre.

"Si vous regardez longtemps dans un abîme, l'abîme vous regarde aussi." Nietzsche

KFR expurge le fiel de ses démons, tant pis si c’est cru, bestial, parait froid et morbide, il y a dans cet audace inhumaine toutes les écueils de l’humain, les vices cachés, les profondeurs maléfiques, les attraits peu glorieux, et pourtant qui fondent l’ensemble d’un édifice dont « Pure Evil » en porte la croix…à l’envers !

Il peint avec sa musique les hallucinations, visions, délires, égarements, bizarreries, angoisses, détresses, tourments, obsessions, tentations, peines, anomalies, extravagances, que l’homme isolé, l’homme révolté (Albert Camus) renverse comme puissance de son omniprésence avec rage et passion dans la représentation de sa propre psyché.

Ce n’est pas de la galéjade, c’est du cru. Ce n’est pas de la provocation, c’est de l’intime.

Vous trouverez ce disque chez Impure Wedding Productions

KFR est solitaire mais unique, sauvage mais pas primitif, pur mais pas immaculé, bizarre mais pas esseulé, radical et nihiliste: « "Pure Evil" sortira dans le cadre de l'édition spéciale de mon troisième livre, Le livre des démons. K.F.R a toujours été sous le radar, critiqué et moqué, mais je n'en ai jamais rien donné car j'enregistre de la musique pour exorciser mes propres démons. Je me moque complètement de la scène black metal et de la scène metal en général, rien qu’une bande de chattes. Je n'appartiens à aucune communauté, je ne veux pas faire partie d'un groupe, je suis un loup solitaire et j'ai toujours été comme ça. Les groupes sont un signe de faiblesse, de toute façon vous affrontez votre propre mort tout seul quoi qu'il arrive... Après une décennie dans l'ombre, je suis toujours là, et pas une âme n'a osé me dire de la merde en face, ça en dit long sur internet, les guerriers et toutes ces conneries. Ceux qui savent, savent, les autres peuvent se faire foutre. »