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Les fils prodigues des Stooges rentrent tout juste de Mercure pour vous faire rôtir les cages à miel dans l’avènement gluant de ce « Caligura » fort jouissif.

Si vous avez la préciosité mélomane de récurer au quotidien votre encéphale avec un papier de verre de qualité noisy et sludge, il ne vous saura pas anodin de vous munir d'un tulle gras de circonstance pour essuyer le salpêtre explosif de cet alboOoüm tonitruant.

Depuis 2004 à Gand,  ville belge néerlandophone, située en Région flamande au confluent de la Lys et de l'Escaut de Frida la blonde...Gura manifeste une envie indécrottable de jouer avec la boue et la suie. Le groupe a sculpté des formes neurasthéniques de combustions dont la mue depuis 2015 avec l'arrivée d'un saxophoniste, vient à point nommer un style d'expérimentation sonique assez torride pour vous en jaser la libation.

Dès la première effraction de mesure on déboutonne son froc et laisse aérer la toison pubienne car on sait intuitivement que cette indolente errance de free-sludge accole une descente des profondeurs de doom cosmique. Diantre nous y sommes, ben oauie à la convergence de notre voie lactée, à ce point de rendez-vous de tous les fêlés de la planète qui ont cette sublimation existentialiste de vénérer l’outrage et la désinvolture, avec une violence de l'acte et la beauté du geste fou.

Tu ne vois toujours pas de quoi je parle et où je veux que tu ailles hein ? Dis toi que l'absurdité des contrastes adhère à l'hystérie collective dans ce disque. Donc forcement que ce groupe a pioché sans vergogne dans la discothèque de leur parenté ces disques dégoulinants de stupre sonique que les sixties/seventies en avaient régurgité la convection libertaire en mélangeant autant de drogue qu'il existait à cette époque précise. Ainsi la basse tombe le masque de plomb dans la lave volcanique d'un surréalisme du trouble, le saxophone dégueule des morceaux entiers de stridences saxo-cacophoniques, oui bon et ben allez Zu quoi....La batterie poignarde une marée de toms et de cymbales dadaïstes, le hurleur vomit du sang vocal dans le mélange d'une poésie de beatnik au point que l'on en perd son Fluxus !

Il est vrai que cette façon d'empiler des strates musicales en cube du vorticisme est habituelle pour le fan de Stromae !?! Mais selon la défiance universelle étrangère à sa zone de confort, je ne saurais que trop vous conseiller de suspendre vos doutes et mépris au croc de boucher de Leatheface et d'aller vagabonder dans le nectar outrecuidant de cet opus. Tant la pesanteur d'un Down sous acide y cloque d'indépendance, que les extravagances d'un Primus au haschich acétifie les thèmes progressifs, que le rock à moustache de Franck Zappa se bourre d'une toison de souffre sonique visqueuse, pour que l'acid rock frappadingue d'Amon Düül II en intensifie l'effervescence attraction.

Dans la passion fulgurante que la vie apporte à chaque écoute d'un Gråäl audacieux et jubilatoire il y a des instants de doute et de folie que l’usage de la musique réussit à adoucir quand la tempête s’immole dans la pureté d’une eau qui en éteint l’incendiaire. C’est avec ces moments de soulagement que la vie d’un mélomane se trouble à l’ordre divin de l’existence musicale, juste avant d’être à nouveau terrassé sur place par la puissance de feu d’une autre musique aussi sauvage que le plus terrifiant des orages d’été. Cet album possède la foudre bestiale d’une sauvagerie orageuse dont le rock en est le plus primitif émissaire.

Veuillez à cet effet édifier rite, statue et plus si affinité, parce que cet album foudroie avec l'impétuosité menaçante de déraciner vos idoles. Ceci fait acte de fulgurance, mais ne vous y trompez pas dans quelques temps, la coutume de son écoute altérera une routine qui en étouffera le brasier, et alors ainsi ce totem s’oubliera, comme tant d’autres. Pourtant après bien des années de silence il ressortira fétiche, s’entichant d’une aura que les nouvelles générations consentiront pour s’agenouiller à son illumination. C’est à partir de cela que cet opus peut prétendre à sa prestance avant-gardiste et rejoindre le panthéon des œuvres de méditation lumineuse, car « Caligura » est un opus comme « Metal Machine Music » et le « Fun House » traversés de fulgurance de gravitation noire schizophrénique.


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