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Tag - Effervescence de la matière sonique

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mardi, septembre 28 2021

KFR - Pure Evil


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« Pure Evil » est le nouvel album de KFR, one man act piloté par Maxime Taccardi, stakhanoviste français réputé pour sa féconde créativité artistique dans le domaine de l’obscur. Sa musique est à rapprocher de son art visuel. Ses peintures sanglantes sont pénétrées par l’invraisemblable et sa musique en poursuit l’échappée.

Intrigué par le folklore diabolique de l'Islam, des histoires de Dajjal et d'Iblis. L’abrégé phonétique K.F.R ( prononcez Kāfir ) signifie en arabe « mécréant ». L'art de Maxime Taccardi porte un attrait pour les mystères et la part sombre de l'humanité. Il a été publié par Heavy Music Artworks, il a sorti plusieurs albums via des projets comme GRIIM, SATURNIAN TEMPEL, KFR, DE VERMIS MYSTERIIS…

Je souffre du pressentiment de ne trouver la lumière dans cet opus, comme une âme attend sa résurrection.

Ici il n’y aura rien de plus que le purgatoire.

Lentement tout le murmure pernicieux d’un son raw black metal qui lacère, et de ces atmosphères gothiques, électroniques, sataniques toutes proviennent des ténèbres qui puent.

La déviance est totale. Le disque est enivré de blasphèmes. KFR cultive le salpêtre et le soufre des « Fleurs du mal » de Baudelaire.

Quand on parvient à reconnaître l'inacceptable, on fait rentrer la discorde dans sa propre chair.

KFR manie le fer dans la chair, lui donne résurrection dans le sang. L’art est une catharsis.

KFR c’est de la rumination maudite intrusive, qui s’agitera comme posttraumatique. Le mélomane fait face aux émotions extrêmes.

KFR doit être vu comme un Art total.

“Il y a des regards si durs et si noirs qu'ils vous donnent l'impression d'être déjà dans la tombe…”

Les paroles de sa discographie sont axées sur l'occultisme, avec une vision philosophique liée à Sartre, Bataille, Schopenhauer, Nietzsche, Baudelaire. Le gazier est droit, pas pleurnichard. Il fait bloc pour transcender sa matière intime en création originelle. Il a écrit un livre « The Book of Demons » principalement avec son sang, dans lequel ses poèmes sont affichés parmi ses illustrations. Le sang est un moyen de donner vie à ses tableaux, il n’y a rien de suicidaire, il utilise la douleur comme une impulsion créatrice, pour se sentir vivant et en diffuser ses visions, et peut-être aussi pour marquer ses origines Libanaise et Italienne (son sang).

« Pure Evil » est une musique malaisante, noire, avec ce son raw black, venu des fournaises et de la saleté, pour vous coller une abondance de déviance sonique, de débauche funeste, d’énurésie. Pourtant cette violence fascine. Le maudit est partout. Tout le temps. Il creuse chaque sillon d’un malin plaisir. Nous voilà en captivité, dans cette geôle à écouter les murmures pernicieux d’un black metal inquisiteur.

Connecté à la tabula rasa (concept philosophique selon lequel l'esprit humain naîtrait vierge et serait marqué, formé, impressionné de sa sensibilité par la seule expérience). Cette philosophie de la création par la destruction, permet un effacement pour créer quelque chose de nouveau, voire de plus profond, d’intime.

De cet opus on retient la nuit, sous la forme d’une grisaille, bruit et fureur permanente, qui semblent insondables. Le berger tombera dans la crevasse où l’attend les flammes de l’extrême.

Parce que tout crépite, surgit du tréfonds, vous enlace d’un bras véloce, claque la porte, et vous entraine dans les bas-fonds. Vers ce mélange de tripes encore chaudes et d’odeur de putréfaction.

Retenez tout de même que dans le coin le plus sombre c’est aussi l’endroit où l’on capte le mieux la lumière. Parce qu’agiter les émois de l’intime est aussi une forme d’excavation lumineuse, malgré le froid, malgré la faim, malgré la peur et les doutes, la vérité crue est une chaleur qui diffuse de par son abandon la probité d’un cœur ouvert.

Finalement, la différence de cet album constitue une de nos plus grandes richesses, car il nous apprend à cultiver dans l’âtre artistique de la terreur pour nous faire évoluer.

Si le groupe Mutiilation reste le terreau fertile de ses racines black metal, sa principale influence musicale est Conrad Schnitzler, il apprécie également Klaus Schulze, Pierre Henry, Philip Glass, Chu Ishikawa, la musique, vraiment ritualiste. Musicalement, l’opus passe du black metal au dark ambient funèbre.

"Si vous regardez longtemps dans un abîme, l'abîme vous regarde aussi." Nietzsche

KFR expurge le fiel de ses démons, tant pis si c’est cru, bestial, parait froid et morbide, il y a dans cet audace inhumaine toutes les écueils de l’humain, les vices cachés, les profondeurs maléfiques, les attraits peu glorieux, et pourtant qui fondent l’ensemble d’un édifice dont « Pure Evil » en porte la croix…à l’envers !

Il peint avec sa musique les hallucinations, visions, délires, égarements, bizarreries, angoisses, détresses, tourments, obsessions, tentations, peines, anomalies, extravagances, que l’homme isolé, l’homme révolté (Albert Camus) renverse comme puissance de son omniprésence avec rage et passion dans la représentation de sa propre psyché.

Ce n’est pas de la galéjade, c’est du cru. Ce n’est pas de la provocation, c’est de l’intime.

Vous trouverez ce disque chez Impure Wedding Productions

KFR est solitaire mais unique, sauvage mais pas primitif, pur mais pas immaculé, bizarre mais pas esseulé, radical et nihiliste: « "Pure Evil" sortira dans le cadre de l'édition spéciale de mon troisième livre, Le livre des démons. K.F.R a toujours été sous le radar, critiqué et moqué, mais je n'en ai jamais rien donné car j'enregistre de la musique pour exorciser mes propres démons. Je me moque complètement de la scène black metal et de la scène metal en général, rien qu’une bande de chattes. Je n'appartiens à aucune communauté, je ne veux pas faire partie d'un groupe, je suis un loup solitaire et j'ai toujours été comme ça. Les groupes sont un signe de faiblesse, de toute façon vous affrontez votre propre mort tout seul quoi qu'il arrive... Après une décennie dans l'ombre, je suis toujours là, et pas une âme n'a osé me dire de la merde en face, ça en dit long sur internet, les guerriers et toutes ces conneries. Ceux qui savent, savent, les autres peuvent se faire foutre. »


mardi, août 3 2021

NOCTULE - Wretched Abyss


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“Toutes les nuances, toutes les merveilles, toutes les beautés de la vie se composent d'ombres et de lumières.” Léon Tolstoï

NOCTULE est le projet solo de Serena Cherry, qui joue dans Svalbard, groupe Anglais de punk hardcore post-black de Bristol, formé en 2011.

La pénombre de ce blackgaze lumineux trouve une brèche précieuse, et redonne foi en la magie mélancolique. L'album est une pierre brûlée dans le grand incendie des émotions.

En 8 titres, Noctule couvre les cimes du black metAl avec une végétation sonique, faite de ronces et de canules fleuries. Ce premier album porte l'enfer dans ses veines, le feu dans son corps, les flammes dans son ventre et dans son cœur bat la pureté de la mort. Il se reflète un morceau d'éden dans son abîme nourricière, une forme d’ode angélique qui l'incite à l'aimer. C'est le paradis et l'enfer dans le même corps. « Wretched Abyss » fait partie de ces opus qui tombent mille fois, et se révèlent.

Il fait parti de ceux qui ont de très grandes ailes pour déchirer nos cieux. Vous pourrez le mettre en cage, il renaîtra, car rien ne peut l'arrêter, Noctule a appris à transcender la psyché pour déchiffrer son propre cœur et s'aimer avec tout son chaos.


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vendredi, juillet 16 2021

CARPENTER BRUT – Blood Machine


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Il nous aura fait remuer du croupion, battre des paupières, lever les bras en l’air, le gredin. La force musicale de Carpenter Brut est d’agiter les remous des eighties clinquant avec une synthwave à la plastique issue de cette fluorescence tapageuse.

« Blood Machine » est la bande originale du film de deux réalisateurs français, Raphaël Hernandez et Savitri Joly-Gonfard, réunis sous un même pseudonyme, Seth Ickerman.

Blood Machines est la suite du clip Turbo Killer, clip réalisé par Seth Ickerman pour l'artiste électro français Carpenter Brut (Franck Hueso).   Le synopsie de ce film de S-F est « BLOOD MACHINES », qui suit deux chasseurs de l'espace en traquent d’une machine tentant de s’émanciper. Après l’avoir abattue, ils assistent à un phénomène mystique : le spectre d’une jeune femme s’arrache de la carcasse mécanique comme si cette dernière avait une âme. Démarre une course poursuite à travers l’espace pour comprendre la nature de ce phénomène. » C’est du genre Blade Runner aka Tron Vs New-York 1997. Pour la musique c’est l’osmose d’une Dark-synth hypnotisante, à la fois maitresse de sa dimension mystique, et qui maitrise ses mélodies progressives et atmosphères envoutantes. Si l’œuvre cinématographique officie dans le cyberpunk tout en prenant le rêve expérimental et transcende l'exercice de style dans la veine d’un trip comme « Enter The Void » de Gaspar Noé, la musique prolonge l’onirisme et en suit l’hallucination. Le cahier des charges en termes de colorisation est absolument respecté, tant visuellement que musicalement. Tout converge pour le bénéfice du sens commun, et la fusion est totale.

Dans son enrobage catchy soutenu par des nappes de synthétiseurs vintage, ce Space-Opéra qui prend toute sa place en faisant tourner image après image une bande originale vraiment impeccable, lie une somme de curiosité et d’élan pour nourrir l’imaginaire, l’irréel, l’hallucinatoire, l’échappatoire, en un mot : Le fantastique.




dimanche, mai 9 2021

ERRA – Erra


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« Est-ce que les morts reviennent ? Les livres disent que non, la nuit hurle que si. » - ‘’Demande à la poussière’’ de John Fante

C’est dans une dépressurisation de métalcore progressif que les lyrics fortement anxiogènes apportent une atmosphère si particulière à cet album éponyme et premier grand format pour "ERRA", qui a été enregistré, mixé et masterisé par le duo nominé aux Grammy Awards Carson Slovakia et Grant McFarland et est sorti via le label UNFD

Le groupe démontre des perspectives sonores à la densité de sa force créatrice. Il y a de la vigueur, une ampleur indéniable.

L’immersion est totale, on ne ressort jamais la tête de cet opus, tant il regorge à chaque nouvelle lecture d’un panel de découverte.

Son équilibre repose sur une narration de compression metalcore (horizontalité) et d’une mélodieuse émotivité (verticalité). Les différents titres s’intègrent harmonieusement comme un tableau qui fait émerger la qualité intrinsèque d’un groupe à l’expérience qui compte et à la stabilité prégnante.

« Non, ce n'est pas juste, mais ce qui rend la vie infernale, c'est qu'on s'imagine qu'elle devrait durer toujours. La vie est courte. La mort, c'est pour toujours. Vous vous en apercevrez bien assez tôt. Ça ne servira à rien de vous mettre dans tous vos états. » ‘’Damnés’’ de Chuck Palahniuk


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