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Avec Black Tusk on lève tout simplement les bras au ciel en attendant la déferlante de la vague sludge-HxC.

Comme seul face à l’océan en colère, prêt à être englouti, transbahuté sous les roulis aqueux, à faire face aux éléments rugissants, à une nature intrépide, indestructible, et en être laminé par la déflagration avec la délectation d’en ressentir toute la pleine puissance. Et oui !

Black Tusk est revenu de la mort, il a faim, il veut vivre toute l’intensité de la vie, il veut faire revivre toute l’intensité de l’un des siens. On l’attend, on entend le fracas furibard au loin et c’est déjà impressionnant. On frémit à l'idée même, on tremble d’excitation avec toutes nos sécrétions endogènes en état d’euphorie, où dopamine, sérotonine, endorphine, adrénaline provoquent un étourdissement salvateur. On est là, parait et prêt à tout prendre, puis la vague arrive au loin. Plus immense encore qu’il y a deux minutes, on sent le frémissement de fraîcheur et le grondement tellurique, on sent que c’est tout proche et on voit l’obscurcissement qui se lève en une muraille dense, puis……La vague est là….

J’ai vu ce groupe au Hellfest et c’était…Whaouuu : I N T E N S E.

Le trio était véritablement complémentaire, il formait une osmose incroyable. Les gars étaient dans un sacré bon spirit ce jour-là parce qu’ils ont joué avec la banane, entrelaçant sans arrêt leurs boucles rythmiques hyper groovy avec comme unique point culminant de nous faire rugir d’enivrement, jusqu'à nous faire lever les bras au ciel par instinct de rendre salutation à des dieux. Ouaie c’était géant.

Puis en fait peu de temps après, le bassiste est décédé des suites de ses blessures dans un accident de moto. Je pensais qu’au vu de l’osmose il était fort probable que les gars n’étaient pas que fusionnel avec leur musique, et que Black Tusk ne pourrait faire face au décès de l’un de ses membres fondateurs. Mais honorer la mémoire d’un copain c’est persévérer à faire vivre sa musique, pour qu’elle contamine la perte encore fraîche en un souvenir à jamais éternel. Je pense que c’est une des premières déterminations avec laquelle les deux autres membres ont poursuivi l’aventure.

Donc ce nouvel album est bâti à partir des compositions de l’époque du bassiste Jonathan Athon et du coup on retrouve toute la lave sonique du combo. Un putain de groove incroyable, cette violence stoner, cette bestialité sludge, cette cruauté Hardcore, cette barbarie heavy, du concentré de Black Tusk pur jus et à l’état originel :

LA CLAQUE !

Né avec la scène de Savannah, Black Tusk s'est bien gardé de conserver la primeur volumétrique, la sauvagerie primale de ces débuts, même si Kylesa a suivi une évolution épanouissante et conséquente (ce n'est que mon avis), je vois Baroness s'enliser dans une fange à produire de la cochonaille pour Hipster.

Le nouveau bassiste de Black Tusk c'est Corey Barhorst (NICHE, ex-KYLESA), il doit soutenir, investir l'âme d'un défunt, la tache est ardu, difficile, espérons qu'il aura toute sa place et qu'il réussira à se fondre dans le moule pour s'épanouir, pour faire épanouir ce groupe instinctif.

Entre une atmosphère Mud Day et Mad Death, cet opus est un génial glissement de terrain Sludge, une ode à la terrible existence, et vous pouvez monter le volume, vous foutre devant vos enceintes, levez les bras au ciel et attendre la déferlante, avec ce sourire de nigaud qui en dira long sur vous, surtout quand il faudra expliquer aux pompiers la démence qui vous a pris, et l’état de vos oreilles en sang.