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La face cachée de la vie abonde d'une série illimitée de péripéties en tout genre où la plupart des gens non absolument aucune prise directe sur leur modeste vie, assez insolite d’ailleurs dès qu’il y pense. Dans un bar on en retrouve bien souvent les plaies sanguinolentes constituées par une déroute sentimentale, sociale, et plus si affinités...En répertorier les bourrasques et vous pouvez monter un band de black dépressif sans encombre, parce que vous aurez ainsi suffisamment de matières premières pour étourdir votre public accroc au analeptique. Néanmoins aussi farfelu que cela puisse paraître comme angoisse, il est de bon aloi de se suspendre au-dessus du vide et de ne rien espérer, si ce n’est de donner un sens légitime à cette vie, bien étrange d’ailleurs dès qu’on y pense.


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Le grand orchestre Charly Fiasco est venu pour la première fois à Castres, flagorner avec son absolue couillardise méridionale son répertoire grandiloquent de musique amplifiée, heyyyyyyyy c’était immanquable.


The Fatswines est le premier groupe à ouvrir les festivités du soir. Ce groupe existe par la force centrifugeuse que le hasard de la vie décide un jour de mettre en lumière quand l’obscurité soudaine des embûches de la life avait jusqu’à lors tout envahie. Anciennement nommé Les Bigoodies, ce groupe capillaire essentiellement familial à ces débuts bifurque avec l’apport du bassiste de Fecouffes Fifmiques pour changer de perruque en The Fatswines. Le trio se dessine alors en quatuor avec le chant chevelu de Mändy Boule, chanteuse au sein de Mändybowlz & The Turbosuckers, et ancienne partenaire il y a quinze de cela du premier groupe monté avec Romain Boule, chanteur opiniâtre et excentrique des Charly Fiasco. Vous suivez ?

Leur street punk rock à l’accent Clashien possède cette filiation de la rue et du punk à roulette instauré outre-Atlantique par le biais de good riddance, pennywise, face to face and co…C'est-à-dire que ça roule tout seul. Le grain vocal de Mandy se rapproche de la oi et propulse leurs compositions dans ce genre de ruelle que le street punk affectionne. Le set est cool, bancal, le groupe place sa volonté équanime de satisfaire le public avec une sincérité propre à la loyauté des punkers, et il y parvient avec spontanéité, une dose d’énergie brute et conséquente pour échauder l’enthousiasme des premiers rangs. Sans aller chercher midi à quatorze heures de toute façon il était déjà plus de dix heures du soir, The Fastwines a prodigué avec ses limites musicales une quantité suffisamment récréative, revigorante, tonique pour oublier les bonnes résolutions de 2018, et les changer par plus de concerts.



La vidéo est de Junk Koroba !


En discutant autour de cette date, on s’aperçoit bien vite dans cette région agricole que si tu ne transites pas par les réseaux sociaux et bien elle reste absolument secrète, ce qui est regrettable, voire fâcheux pour la pérennité de l’association qui l’organise. Pourtant avec le recul il ne fait maintenant nul doute que les réseaux sociaux sont une embouchure égotique menant à un cul de sac existentiel, hors la vie réelle existe et prouve que tu existes, France Gall l’a chantée avec la philosophie d’une naïveté surprenante.

Mais alors comment rapprocher les gens du réel à partir du virtuel ? Nous sommes à Castres, ville de province droite comme une croix religieuse et pourvue d’une garnison militaire, dont la culture se base essentiellement sur les résultats de son équipe de rugby en top 14 et de son principal employeur dans la pharmacopée. Mais des légendes citadines racontent encore avec les yeux embués de colle que des keupons squattaient devant le supermarché des Dames de France, ici même, à Castres bordel des dieux de la bière alsacienne et du vin de table, que la jeunesse dévoyait même dans les 80’s sur des riffs de salpêtres et des lyrics outrecuidants.

Le souci principal c’est que nous rabâchons à Castres sur ce passé révolu, hors depuis quelques lunes (et derrière la grange c’est dire si elle est bien plaquée) une association de philanthropes a décidé de réintroduire le désordre dont les adeptes quadragénaires pour la plupart oscillent entre revivre dans ce passé fondateur et vivre le présent sans penser à demain.

Première étape, faisons fi du passé, osons l’intuition, sans quoi on ne connait jamais la folie frissonnante qui ignore les regrets. Vivre intensément le moment présent me parait sain, et comme me l’a annoncé Angelo Papas des inoxydables Dirty Fonzy, ‘’si tu écoutes ta raison tu ne fais rien’’, et comme le gars possède une philosophie qui convient à mon athéisme je soutiens à 200% l’association de coussin péteur Pollux ainsi que le festival Xtremefest. D’ailleurs et d’après ses dires, l’annonce finale du festival sera annoncé fin Février, gros maximum, de quoi faire trépigner la bonne dose de fans à ce week-end hautement fun & coOol.

C’était une exclusivité WBZ, ne me remercier pas c’est gratuit, comme ça lecture et ses pirouettes.


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Pour en revenir à notre sujet principal donc, il devient impératif de se délester de ce poids mort qu’est le passé afin de laisser s’épanouir chaque nouvelle génération. Ce constat est valable partout dans l’hexagone, parce que l’on voit toujours les mêmes en concert, le seuil d’admission est pourtant ouvert à tous et libre, comment éduquer les nouvelles générations accro au virtuel, à la symphonie vaporeuse des esprits Oki Doki et au rap misogyne ? C’est carrément à l’inverse de l’esprit du punk. L’impression est aussi frappante que dans un ring de MMA, que tu ailles à Castres à Toulouse ou ailleurs, les ‘’petits’ ’concerts dans les bars n’attirent plus. Sortir et assister à un événement avec des gens vrais est synonyme de visiter les égouts de la cité avec sa faune de nuisible et sa flore bactériologique.

Le rock, le punk & co ce ne sont pas tendance. Pourtant la musique est partout, elle s'immisce sans arrêt dans chaque endroit, dans chaque parcelle par un son, une mélodie, elle est devenue une institution subventionnée par des maisons de disque en mutation 2.0 star’up, il y a même des établissements étatiques respectables pour en diffuser la création artistique et en permettre la déconvenue ( Les Smac - scène de musiques actuelles, etc...). Elle est ce truc ordinaire dans le paysage, sa banalité lui confère la désinvolture polie d’un sifflement de ritournelle. La musique préfabriquée est là pour vendre de l’apéritif et des barrettes à cheveux dans le subterfuge de sa ventriloquie.

Le rock n’est pas une présence, sa fonction principale est d’électriser. C’est une nuance de taille, mais tout le monde le sait depuis les révélations que délivre le net, ce n’est pas la taille qui compte, c’est le goût. Alors si tu veux le brasier, la révolte, l’émotion, c’est le venin du rock, si tu veux paraître c’est la musique préfabriquée, à partir de quoi le sens que tu donnes à ta vie peut prétendre de la trivialité de ce genre de choix. Vous vous marrez mais l’aphorisme  ‘’N’aspirez pas à vouloir plus mais à être davantage’’ correspond à la légitimité du punker. Heyyy c’est là que tu rigoles jaune en raclant ta glotte.

On peut te faire croire que tu as quelque chose en toi de Tennessee, mais c’est faux, toi qui sillonnes les bouges underground en véritable électron libre, tu incarnes plus que tout l’existence du danger, ce que les autres souhaitent se désincarner en une posture de rock’n’roll attitude. Hors vivre est un art. Si France Gall aimait sucer des sucettes à l’anis pour quelques penny pendant que son compositeur de mari jouait du piano debout, pourquoi ne pourrions-nous pas nous assourdir simplement avec de la musique de rue dans un rade Castrais hein ? Vous pouvez reprendre la rigolade.


‘’Le prochain morceau n'est pas en Fa car le groupe est antifa.’’ Pouet ! C’était le tour à Charly Fiasco de foutre le bordel.



La vidéo est de Junk Koroba !


Ils sont 5 sur scène, pour un quatuor ce n’est pas commun, mais avec la ménagerie Charly on ne s’étonne plus de rien. D’ailleurs pourquoi le ferions-nous ? Le trublionisme consiste à faire les cons, trait spirituel avec lequel ne pas confondre avec un con. Et oui quand tu te sens désespérément seul et donc incompris, le monde est constitué essentiellement de cons et de leurs cousins les connards, hors si chacun se révèle en sa vérité, effectivement toi-même tu deviens le con de quelqu’un, voire son cousin.

Faire le con est tout un art dont la subtilité sémantique échappe pour beaucoup dans une époque de repli communautariste et liberticide. Charly Fiasco se présente pour la première fois à Castres, à ses débuts il était venu à 3km de là au festival des Salvaches, alors on va en profiter un maximum car c’est si rare hein !

Romain Boule est donc chanteur uniquement ce soir, et c’est un fait. Il a toujours la moustache de Cabrel et la coiffure en bataille de Mort Shuman, il en porte la nostalgie comme un vestige seventies que d’autres accessoirisent dans les bals costumés de Monsieur l’ambassadeur Congolais. Plus surprenant pour un néophyte c’est ce florilège d'accent du sud-ouest et de l'est dans sa diction, sorte d’exutoire à divertir pour porter cette estocade régionale à base de R roulerrrrrrrrrrrrrrrrrr et de cabourdise à choucroute.

La biennale des arts contemporain devrait se porter sur le cas Charly tant il me semble qu’il y a là de quoi sculpter avec audace bien autre chose que les merdes intellectuelles actuelles qui pullulent dans ces lieux masturbatoires où s’ébahie la modernité avec ostentation.

Un concert de cette trempe n’est pas à prendre avec des pincettes d’esthéticienne. On n’est pas là pour faire une manucure, ni pour s’épiler les couilles. La probité d’un tel défoulement est cathartique, c'est-à-dire qu’il ne suggère pas d’être une abstraction ou un concept de foire.


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Un concert de Charly Fiasco est unique en soi, même si le groupe ne sait jouer qu’une dizaine de morceaux, il ne triche pas avec ses capacités, ni avec ses intentions louables. En comparaison, assister à un concert de manipulateurs est un exercice de style, tu sais que ce n’est qu’une illusion, et tu te laisses emporter le temps d’un déni vipérin. Le bombec de Fiasco c’est un truc que tu peux mâcher encore et toujours comme une vérité inexpugnable, son goût de se perdra jamais dans le dédale de ta vie.

Le groupe a joué serré, oui à cinq dans 5m2 c’était les Gypsy King du punk rock dans une caravane du camp de la pause (ndlr : territoire gitan castrais). Chaque instrumentiste rentrant dans le lard d’un public obséquieusement acquis à la déconnade des punkers de la capitale d’Occitanie. Deux guitares en proie à l’allégresse, un bassiste primesautier et un batteur toujours aussi fougueux. Boule Romain (et oui ça fonctionne aussi à l’envers) a déboulé son franc-parler de comique troupier, jadis il y avait dans sa flamboyante jeunesse de débit de boisson du Miossec chez ce garnement, aujourd’hui c’est du Benoit Poelvoorde, le verbe est haut, l’esprit vivace et absurde libère des punchlines désopilantes. La relation qu’il entretient avec le public est courtoise et totalement saugrenue. J’avancerais même qu’il possède un taux de sympathie permettant de faire faire une chenille pit sans encombre à des trentenaires et quadragénaires même pas tous soûls.

Pour votre Kulture générale : La chenille pit est une danse de salon entre la bande à Basile et Comeback Kid. Le public s’est prêté à l'exercice avec le sens de la dérision qui caractérise une soirée désopilante avec Charly Fiasco en tout bien tout honneur, et tirelipimpom sur le chiwawa un coup en l’air un coup en bas.


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Le fourre-tout du bar O mètre (ce nom ne s'invente pas, faut aller le chercher celui-là) proposait un bestiaire assez cocasse mais pas représentatif de la population de la cité Castraise, ainsi il y avait dans le désordre : un gars torché avec son gamin sans protection auditive, des couples recomposés, des solitaires décomposé(e)s, des passionné(e)s restant dans l’ombre, des désinhibés par la bière blonde, il n’y avait pas de cadre sup de Pierre Fabres, ni de bidasses en folie, pas plus que de sportif à la testostérone d’ovalie. Mais au détour d’une composition pugnace des Charly Fiasco on a pu entendre un : ils sont bons ces cons nan ? Résumant à merveille la capacité significative du public de Castres autour des musiques amplifiées.



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C’était une soirée punk rock, un lien social direct sans piqûre de rappel pour les junkies à la mode keupon des dames de France, elle était organisé par La Lune Derrière La Grange, en partenariat avec Pollux, de terre Albigeoise, vous pourriez en connaître la saveur tout au long de l'année, il vous suffit pour cela de regarder la page sociale de la Lune, sa lumière vous portera et vous sortira de votre isolement.

Alors décérébrez-vous de vos attaches internautes, vivez pleinement, jouissez sans détour, et surtout rappelez-vous que vivre est une expérience terrestre, pas une activité virtuelle.



La vidéo est de Junk Koroba !