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Des boursouflures Meat Loftienne dépassent du tricot de peau de ce groupe de hard-ocre, les fans sont choqués, ils ne reconnaissent plus rien de Twitching Tongues.

Heyyyyyyy faut pas exagérer les jneus, cet opus possède une approche new wave que vous ne comprenez pas.

Torturé par une noirceur outrageusement enkystée, rien n’est souple ou lisse dans ce disque, il y a des angles partout et ils sont saillants. Toi jeune, tu t'accroches à chaque contraste pour ne pas sombrer dans la lassitude, et je sais bien que tu n’as pas l’habitude de ce truc si opaque. Pour solutionner ton désespoir le paradoxe c'est qu'il va falloir te taper du Siouxie & The Banshess, des trucs froids et vipérins, et pas une compil de new wave 80’s en pensant que Enola Gay est un truc cool pour danser sur les cendres atomiques du sarcasme eighties. Ça l’est certes, mais à la base, c’est ironiquement toute l’ivresse britannique qui tient à l’intérieur comme un coussin péteur Monthy Pytonesque dans ce seul titre.

Bon allez j'ai pitié de toi, je t'explique, jeune. Twitching Tongues avait métallisé son art avec son opus précédent «  Disharmony », il adjoint en sus cette tension fiévreuse, ce truc sous-jacent colérique et orgiaque, telle une bulle de fiel arctique.

Œuvrant dans ce charme antique des sentiments exacerbés, délicats et écorchés, le groupe semble s’être adouci dans une profondeur un poil pataude. Hors il n’en est rien. Les riffs sont plus lourds qu’auparavant, c’est effectif, seulement c’est le chant qui devient le chantre des vagues mélancoliques au spleen new wave, et apporte à la lourdeur musicale cette sorte de brutalité soignée, de sécheresse féconde.

Cet opus électrise des mélodies venimeuses et torturées au souffle lourd rythmique, jusqu’à pulser les riffs à la contraction qui évite au chant les écueils de l'emphase comme de la scansion artificielle.

Il est évident pour ceux qui n’ont saisi la magie corrosive de cet album, qu’entendre les choses différemment ou entendre des choses qui perturbent n’est pas la même chose. Différemment et il y a quiproquo, ce qui s’avère cocasse et litigieux selon ce que les deux parties perçoivent autrement. Qui perturbe c’est davantage dans l’idée que l’on se fait d’un Gilbert Montagné importuné lors d’une représentation pécuniaire, en entendant le vol d’un essaim de mouches à merde autour de lui. Cet aveugle donnera ainsi l’impression assez cocasse d’essayer de les gober, avec la bouche tout le temps ouverte et de les faire fuir en tapant des mains, dodelinant par un mouvement de balancier latéral lors d’un étrange ballet aliénant.

Mais ce n’est pas un souci vital si tu ne sais si cela te perturbe le tube digestif ou bien si tu n'as rien compris au point d'affirmer avec la main sur le pubis que tu n’as pas aimé ce disque. De mon côté c'est tout juste si j’arrive à concevoir dans l’absolue le fait que tu ne pourras jamais apprécier la morsure de la beauté un soir de lune claire.

Ah oui, il y a aussi dans ce disque un slow new wave que l’empire britannique avait jadis la clef mélodique pour hébéter le françaouis, avec le support d’une orchestration dithyrambique. L’ignare peut prompt à ce genre de sarabande a déjà gommé le groupe d’un next virtuel. Le sage connaît la saveur que réserve la patiente avec la musique, surtout quand elle arrive à pénétrer dans le nœud émotionnel pour y germer de charme. Twitching Tongues a conçu un disque trop pénétrant, du moins si l’on se borne à ne percevoir en lui qu’une recette efficace et passéiste de l’émocore, et non une forte plénitude dans sa noirceur.

S’il vous vient l’envie d’écouter cet album, laissez réverbérer l’obscurité en vous.


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