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Ils s'appellent King Kong Blues et font du rock'n'roll. Un batteur, deux guitaristes, point.

Un bassiste ? Un claviériste ? Ou pire un saxophoniste ? Mais naaaaaaaaaaan ! T'es pas fada, ça grille du riff comme on écrase un clope avec énervement. Il y a une électrisation rock'n'roll chez ce trio très forte, capable de venir catapulter le blues cradingue avec effervescence contre l'ivresse sombre d'un Bashung même parfois. C'est d'autant plus rare si ces temps-ci, alors c'est vraiment cool de ressentir le fumet du rocker Strasbourgeois, surtout avec cette ambivalence sèche, ce goût de pizza...

Y a aussi un lien prolétaire à parler le langage de la rue sans mépris, et avec une once d'insolence à la Trust, ce qui ne fait qu'ajouter de la vigueur à l'ensemble. D'ailleurs parfois aussi on est pas loin du hard rock. En fait on est dans un mélange qui fout un coup de starter dans le carburateur, dans cet aqueduc sonique fleshtonien qui dégorge les tripes et se soigne chez Dr Feelgood.

Ce qui est certain c'est que c'est pas du boogie-woogie, c'est trop sec et turgescent même pour se tripatouiller la nouille pépère. Non vraiment ça pègue au corps comme si The Jerry Spider Gang et l'agitation élancée du Jon Spencer Blues Explosion avaient pris bloc. Mélodiquement on sent une urgence idolâtre à manier le rock Hi-energy dans le limon bluesy raw'n'roll.

Gilou le batteur et Gino un des guitaristes jouaient dans Orange Macadam, puis Alex qui avait fait ses armes dans les Caraks ( du punk-rock très marqué Clash et Ramones) a scellé le trio. Make Rock'n'Roll Great Again est leur premier opus produit par Martin Guevara (Capsula) dans son studio de Bilbao, le groupe a par ailleurs un premier E.P éponyme 6 titres à son actif.

On sent de suite la transpiration sur les amplis, forcément KKB est une bête en concert et tourne depuis 2015 dans l'hexagone et en Espagne, Belgique/Hollande, il a ouvert pour les Fleshtones, Powersolo, Météors, Black Diamond Heavies, les Wampas. Le chant est en français, anglais, espagnol, ouaie encore un truc de mélange, ça te file la gueule de bois, et sans ce goût frelaté qui toise un style avec caricature. C'est grisant, car cela vient très certainement du rock alternatif des 80's tout cela, et de Chuck Berry leurs influences...Alors forcément à la fin on voit décoller des Soucoupes Violentes, ou apparaître le King Kong, the Beast.


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Si le nombrilisme ethnocentrique de la variété française est le gaz moutarde permanent qui n’admet pas la propagation du rock dans l’hexagone, KKB tout en venant de racine très classiques, fait un truc à part, complètement revisité pour une interprétation bariolée.

King Kong Blues caresse le rock comme le King Kong de 1933 la blonde Ann Darrow (l'actrice Fay Wray), ou pour user de la métaphore rockienne, c'est comme si Bob Log III avait chopé une Cramps en regardant Johnny Thunders, alors ce trio fracasse : « Je vous dis qu'il y a quelque chose derrière ce mur que l'homme blanc n'a jamais vu… »