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Aussi lointain qu’est apparue la vie sur terre, nous venons tous de la mer. C'est une révélation assourdissante pour les témoins de Jéhovah, mais pas des plus déplaisantes pour les passionnés de Poséidon.

D’ailleurs n’avez-vous jamais eu la sensation d’exister plus intensément quand votre corps flotte ? Et bien oui moi aussi, et c’est encore plus probant quand vous nagez tout nu. Saviez-vous que la seule différence entre un homme et une femme nu dans un bain, tient en tout et pour tout à cette sensation plaisante qui arrive inopinément quand l’homme expulse dans l’eau, en faisant remonter des bulles de pet gazeux qui lui chatouillent les testicules ? Mais je ne vais pas dépenser votre temps de cerveau disponible à philosopher sur la matière aqueuse, puisque cet énoncé tout aussi étonnant et pompeux qu’il soit, va me permettre d’éclabousser vos éventuelles retenues quant à la surf-music.

Parce qu'il y a une saveur surannée dans le son et les mélodies de la surf, qui est tout à la fois sauvage et intemporelle.


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L’histoire est simple et limpide comme la quiétude de l’eau dans un lac de montagne. Je quitte mes pénates tarnaises pour me recueillir dans un rade Toulousain. Le premier band à faire suer le pit pour qu’il se désaltère avec des binouzes c’était LEMMY FUCKERS. Un trio basse, guitare x 2, plus boite à rythme. Oï, oï, et aïeeeuuuuuuuuuuu, car c’était Lemmy chez les cocos pour le bal des agités.

Il y avait un quadragénaire à côté de oim qui pensait venir voir un groupe de reprise de Motörhead tout bonnement, je t’explique pas la gueule qu’il tirait le gazier. Parce que les Lemmy Fuckers c’est du punk qui crachouille son pus de pounK. Le groupe a bazardé des covers des bérus, OTH, Dead K pour donner envie de passer des vacances au Cambodge. Enfin, il manquait le « If the Kids are United » des Sham 69 tout de même... Puis quand même last but not least, le groupe a joué « Overkill » de Motörhead, mais versus les béruriers noirs dans un squat. Bin oauie, Oooooooooooh faut pas exagérer tout de même, c’est des punks élevés sous la mère sex pistols.

Pendant ce temps de noce pOunk, je prenais un thé sous le regard étonné de l’assistance du comptoir plus prompte à la libation maltée, voire anisée même. Pendant ce set, il y avait surtout des punks à crête, heureux comme des coqs-en-patte pour reprendre les refrains tout en pogotant, pogotant, stoin, stoin. Je me faisais chié à loisir, non pas que le groupe soit mauvais, mais que je n’avais pas une once envie de me faire griller l’audition avec une musique pour ami des rats des villes. Nann pas envie du tout, mais bon, le thé était bon et on me regardait comme un truc bizarre venu d’ailleurs, au point que dans le regard de la barwomen je distinguais qu’elle n’en revenait toujours pas d’avoir servi une telle collation à cette heure avancée où le punk se frictionne plus communément les épaules, la tête, alouette, je te plumerai, ah,ah,ah,ah…


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Il y avait des gens dehors qui commençaient à se refroidir les articulations car le froid faisait son apparition automnale, la jeunesse de la rue profitait de se remplir les poumons avant de rentrer dans le ravelin. Pour paraphraser le barman quant à la prestation des Lemmy Fuckers : « C'était bien les 80's ». Le band prit dans son enthousiasme a clôturé avec un final interminable qui raclait sur le temps des surfers bisontins, mon thé était fini, le barman regardait l’heure en espérant que la soirée se terminerait dans la légalité, une punkette au cul d’enfer sortait pour retrouver de l’air pur avec la moue mutine de l'arrogance de sa vingtaine.

Le bar le Ravelin possède un cadre sympa, dont l'agencement rappelle celui de l'Autan, mais en plus petit encore. Au détour du comptoir j'ai bavardé avec Rémi "RAMIREZ" le batteur du groupe The Branlarians et sur leur avenir suite au décès cet été de leur saxophoniste et chanteur Julien Youl. Il m'a confié que le band allait continuer, et peut-être avec une formation de 2 guitaristes. Pour le moment c'est avec La semaine du SKA à Tolosa que la mobilisation est totale.

Leur association DTC (créer pour le Rock'n'stock festival) est à la base de l'ensemble de cette superbe semaine pour vous faire déhancher avec le sourire aux lèvres sur du rocksteady-beat et du ska.

Ma présence du soir, je la devais toutefois à Hawaii Samuraï, trio surfique de l'est, qui prouvera qu'il fait exactement l'inverse de ses initiales avec un set explosif, où il était l'heure à la fureur et au tumulte de donner toute leur résonance.


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A tous ceux qui hurlent dans la nuit profonde que le vrai rock'n'roll n'est plus, je leur tends la reddition en vinyle de l'album « The Octopus Incident », avec lequel le combo avait réunit des covers, du live, d'ailleurs on y entend du saxophone, chose que nous n'entendrons pas dans le Ravelin, puisque nous avons la formation de 2004, avec guitare, basse, batterie. Rendez-vous compte que ce trio a proféré des insolations surfiques avec des concerts par centaine dans toute la France et dans le reste de l'Europe (Suisse, Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Hollande). Le groupe a joué avec Dick Dale (Usa), Jon Spencer Blues Explosion (Usa), Bob Log III (Usa), Sonny Vincent (Usa), Speedbuggy (Usa), Custom Made Scare (Usa), the Darlingtons (Usa), the Pipelines (Suede), Washigton Dead Cats, Uncomonmenfrommars, Neurotic Swingers, Cowboys from Outer Space, Hellsuckers, the Juanitos, Jerry Spider Gang, Weak, the Hatepinks, Gomm, Bikini Machine, Holy Curse, Hellbats, Chewbacca All star, Sparkling Bombs, Second Rate, Surfin' Matadors, El Ray (Danemark), the Manikins (Suede), Los Banditos (Allemagne), Leopauld Kraus (Allemagne) et bien d'autres...Avec 3 albums, des splits ep (45t) et une poignée de titres sur des compilations et samplers sous le coude, les 3 Ninjas de Honolulu Besac City prouvent encore et toujours que le surf rock instrumental a de beau jours devant lui. Chose que nous leur devons par l'activité outrancière de leur félonne saturation sonique. Jadis le groupe surfait sans fin, effrontément, superbement. Mais voilà, que l'histoire rebondissait dans les strates profondes de sables mouvants lorsque subitement est apparu la dissolution après The Final Assault Tour en 2005. Égarés dans la vallée infernale nous étions devenus ces crabes que l'on voit déambuler sans but dans le silence maritime.

L'océan de solitude nous faisait face et le regret semblait éternel.


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Puis par cet effet de magie noire que réserve la vie terrestre est survenu la réhabilitation du vinyle, ce qui avait suscité au label « Les productions de l'impossible » de sortir le premier opus « Let There Be Surf » d'Hawaii Samuraï. Ceci avait permit au trio de waxer son surf avec quelques dates en début d'année 2012, mais uniquement à l'Est. Aucun passage dans la brique toulousaine bordel de chiasse à merde. Après 13 années d'eau calme à patauger dans la Garonne, le trouble n’est plus de mise, Hawaii Samuraï est de retour, la vague perpétuelle menace d'être gigantesque et de tout engloutir sur son passage. On raconte dans les vestiaires de l'ovalie que les guerriers maoris du rugby se font dessus dès que l'on agite les légendaires vengeurs de la plage venus des îles hantées du pacifique. Il est vrai que toutes ces histoires de créatures ensorceleuses, de monstres maléfiques, peuplés d'aventures exotiques sont l’apanage de ce groupe et de son pur surf rock cryptique emprunt de riffs nostalgiques, façon Dick Dale, Trashmen, Surfaris, Revelaires, Man or astro man.


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Au merch des surfeurs, il y avait le sieur Gwardeath, un peu fatigué de cette fin de tournée, mais toujours aussi agile quand à sa répartie sur les domaines culturels en tout genre. Par monts et par vaux, cet homme d'une sagesse conforme à l'encolure libertaire, sillonne le vaste monde en ayant toujours ce regard espiègle, absurde et parfois mélancolique, il vous rend grâce d'en lire le contenu via ses contributions périodiques, épisodiques, mensuelles dans de multiples chroniques virtuelles et papiers de haute qualité.

Hawaii Samuraï s'est présenté à nous en empruntant un look symptomatique de la somme de crossover que propose leur surf intergalactique. Dick Den's avait enrôlé une cagoule comme un indépendantiste, Buenax camouflait son regard avec le masque de Green Hornet et Nasty Samy en bandeau noir autour de la tête. Pour fédérer et afficher les mêmes couleurs  il y avait la veste sans manche avec dossard libellé à l’effigie du band, rappelant par la même occasion l'autre groupe de surf de Nasty Samy, Demon Vendetta.

Si dans l'espace personne ne vous entendra hurler, au fond de l'océan guère plus, et le cosmos corallien d'Hawaii Samuraï réserve l'incongruité subliminale d’apparitions fantasques.


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Le groupe arrosait sa surf-music dans l'essence du rock garage afin d'enflammer avec un esprit de punker dans l'âme. Leur set était constitué de compos originales et de reprises diverses et variées, de Link Wray à Dead Kennedys, en passant par the Tornadoes, Bobby Fuller, et des génériques de Spiderman, Batman, Buffy contre les vampires !La zique d'Hawaii est une force de la nature, sa déflagration sonique est bestiale. Si on ajoute à cela une sensualité spectrale, un érotisme abyssal, il est évident que le concert du soir allait nous déposséder de nos angoisses, par la multitude de ses résonances et j'en constatais les effets par les cris d'orgasmes que le public a poussé. Avec ce groupe, le twist a le goût du sang séché.

Nasty Samy donnait dans ce calme apparent d'un volcan qui ne demande qu'à exploser, Dick Den's apposait à son reflet l'élégance racé de la surf music et de sa folie perpétuelle, Buenax a distillé le carburant nécessaire pour faire chavirer l'ensemble dans un tsunami sonique. Le groupe a offert une dédicace à Lucas Trouble avec le titre « Haunted Orbital Station ». Pour rappel historique, ce fut un homme de l'ombre dans la production d'Hawaii Samuraï, et qui en a longtemps façonné le son, puis il y eu aussi une dédicace pour the gypsy master, le sieur Django Reinhardt.


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Si, si.

Cette surpuissance surannée que l'on entend est en fait légitime de leur passion. Rejeton légitime de la maquerelle Poison Ivy et de Man or astro man, Hawaii Samurai a fait rutiler l’histoire du rock et son venin carnassier pour un final primitif et progressiste. Dans le tohu-bohu du ressac surpuissant des sonorités aiguës qui n'en finissaient plus d'exalter en nous des vagues d'euphorie jubilatoire qu'offrent la surf quand vous vous retrouvez à boire son bouillant magma surfique, qu'à la toute fin, nous trouvions dans le macadam une plage de sable fin douce et soyeuse, avec son goût salé dans les discours de bienséance de procrastinateurs, qui invoquent le destin sans pitié de leur infortune pour s' exonérer de leur futilité et de leurs fautes quant aux mauvaises décisions prises. Oui, il faut bien l'avouer ici-bas, Hawaii Samurai offre en plus de tout le reste, la possibilité aux formes les plus larvaires de l'existence de se désoxygéner en aspirant son aqueuse décompression musicale.

Mais souvenez-vous d'une chose capitale en ce qui les concerne : Only HAWAII SAMURAI are pure cryptic and voodoo instrumental surf-punk, & Ultimate Surf Abomination !


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